MON CHAT ET SA MARMOTTE !

Nouvelle série -Les belles histoires laurentiennes qui illustrent la « ma vie de par ici » et qui seront publiées dans le journal La Vallée.

(à monsieur Jean de Lafontaine)

L’hiver, mon gros chat-tigre ne vient plus guère roder chez moi. J’écris « mon » chat mais c’est une bête qui ne m’appartient pas, sauvageon félin qui surgit en jouant le fauve-à-la-chasse. Il n’a rien du « pet » aimable que l’on cajole. Je le sens misanthrope. Si je l’appelle, « minou, minou… », aucune réaction ! Mon chat symbolise d’évidence l’indépendance, la fierté des chats. De ma petite grève du lac, ou de mon haut balcon, je le vois presque chaque jour qui s’amène avec une auguste lenteur. S’il m’aperçoit, il ralentit ses pas calculés d’un carnassier à l’affût. Il hésite puis continue sa traque mystérieuse. Il lui arrive d’émettre quelques grognements alors je l’ai donc baptisé « Valdombre », en mémoire du farouche pamphlétaire, C.-H. Grignon, mon ex-voisin.

Valdombre se tapit dans mes haies, guette l’oiseau mais s’en retourne bredouille le plus souvent. Un jour je le verrai pourtant avec un mulot gigotant dans la gueule. Un autre jour, voilà mon Valdombre grimpé dans mon vieux saule. Pensez-vous qu’il appelait « au secours », non, juché à un carrefour de grosses branches, tête en l’air, il reniflait un joli merle, qu’on dit rouge de gorge, occupé à sortir quelque larve friande d’une écorce. Ayant voulu l’aider à redescendre de son perchoir, pour la première fois, je l’avais mieux vu, ouash !, pelage tigré tout déchiqueté, la queue mal en point, les oreilles écharognées, un œil plutôt amoché.

LES CHATS DE RUELLE !

Je découvrais un de ces chats-marcoux du temps de ma « petite patrie » et je me suis souvenu de nos cruelles « chasses aux chats » à coups de manches-de-moppes.

Ratissage, battues soutenues par nos parents : « Chassez-les, faut nettoyer la ruelle de ces « chats puants sans colliers ! » Remords, je souhaitais maintenant soutenir mon Valdombre-sur-saule, mal pris. Voyant mon bras tendu, Valdombre au pelage magané fit un saut étonnant, dédaignant superbement ce Saint-François d’occasion. Revenu sur le plancher des vaches, mon vieux poilu traversa le terrain des Boissonneau puis celui des Ouellet pour disparaître dans les herbages de ma lointaine voisine, Nicole Savard. Ira-t-il plus loin ? Jusque chez Jodoin, dépassant le domaine des Laniel, aboutissant aux condos-Villa Major ? Bête libertaire au vaste territoire.

Ses longs guets chez moi se déroulent le plus souvent en fins d’après-midi quand le soleil se dérobe derrière le Mont Loup-Garou. Une fois je le vois de très bon matin, dos courbé, toujours prudent, reins arqués, la patte chercheuse, le museau fouineur. Une proie ? Derrière un bosquet de jeunes sapins, soudain, paf ! Un saut griffu, éclatent des lueurs bleues et blanches parmi des ailes affolées ! Un geai bleu agonisa. Sachant ce bel oiseau prédateur des nids des autres, je m’en console.

D’OÙ SORT-IL , OÙ VIT-IL ?

Le saurai-je une bonne fois ? Valdombre est mon « sans-abri », vieux fugueur, mon délinquant. Valdombre est ce qui reste de « sauvage » dans notre nature peignée, arrosée, trop entretenue, il va de pair avec nos rats musqués d’un muret pierreux voisin, avec aussi ce grand héron gris, ou mes quelques canards « épisodiques ». Ou encore avec cet orignal qui nous rend visite certaines aubes automnales, venu s’abreuver au Lac Rond. Noble faux-tigre, indépendant raminagrobis, je l’imagine descendant mythique du chat « vénéré » en Egypte antique !

Viendra pourtant, fin de cet automne, une révélation. Que vois-je en un certain crépuscule ? Valdombre, face à face avec un gras siffleux, notre familière dodue marmotte, qu’on a surnommée Donalda. Qui a ses appartement souterrains chez mon voisin. Je fige ! Verrais-je un funeste combat ? Non, rien, Valdombre se frotte le museau au museau de Donalda ! Et puis, pfitt !, je vois, ébahi, le couple enjoué, qui disparaît dans le terrier de la marmotte ! Fera-t-il une sortie barométrique au printemps, Valdombre hiberne-t-il tout l’hiver ?

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