« QUI QUI SKIE ? TOUT L’MONDE SKIE ! »

Ci haut, vous lisez des paroles de potache pour des collégiens partant skier à Saint-Sauveur. Le bus pour une piastre ! 1950, plus d’un demi-siècle !, et j’y songe en observant des skieurs sur l’anneau du lac, regard aussi à Jambe-de-bois revenu, mon écureuil facétieux. Dans trois semaines sera-ce le vrai début du printemps et le retour du chasseur d’oiseaux, mon matou Valdombre ? Tant de blancheur, j’y revois les belles cartes postales hivernales. Le vieil homme prends conscience de ne plus souvent s’insérer dans cette nature à collines. Coup de nostalgie. Pourquoi avoir cessé de skier ? Que le vélo l’été, la natation quasi quotidienne, deux seuls modes d’exercice ?

Chantons : « Que reste-il de nos amours ? » Ces belles années sur nos pentes…pourquoi avoir abandonner mes vieilles planches de bois vernis ? Ceux de ma génération se souviennent du ski d’antan, les câbles de remontée qu’il fallait agripper -à s’en arracher les bras- pour les douces 68, 69, la terrible 70, la longue 71. Ah, le nord à 17 ans, collégien à tout petit budget, luncher au Nymark Hotel de Saint-Sauveur pour « une piastre » ! 1950 : j’avais vingt ans, dévaler des heures et des heures dans cette belle nature, nous les jeunes venus d’« asphalte sous gadoue ». Ces joyeuses pauses pour un chocolat chaud à cette gargote aujourd’hui disparue : La vache qui rit !

QUE SONT NOS AMIS DEVENUS ?

Un jour, fini tes études, s’amène souvent la séparation d’avec les camarades, faut te dénicher une blonde steady. Aller fleureter aux salles de danse, plus tard, aux pistes des clubs de nuit. Les soirs d’été aux parcs publics-kiosque à fanfare- au vaste mont Royal. Un jour : l’amour, salut Cupidon, bienvenue Saint Valentin ! Vouloir fuir la maison des parents, ces « p’tits vieux » ! Ton mariage. Te trouver un job steady, cher Yvon Deschamps ? Les bébés… un, deux, à élever, à protéger. La vie, la vie quoi ! Ensuite, tu as 30 ans, les enfants grandis te ramènent au ski en chères Laurentides. Retrouver « la Suisse au Québec », comme me disaient des amis européens. Plaisir de sortir d’un placard tes bons vieux skis. À harnais de métal. À bottines de cuir usé. Tes enfants sont bien jeunes, prudence, La Marquise à Saint-Sauveur, c’est assez haut. Viendront -gré capricieux- le Mont Olympia, Avila, Belle Neige, ou, un temps, ce Mont Sauvage. Puis tu auras 50 ans et tu conduis toujours -ces samedis matins- tes ados aux pieds des côtes. Toi, tu t’installes au chaud en cafétéria, par exemple aux côtes 40-80 de Sainte Adèle ou à celles du Chantecler. Lire tes chers journaux tant tu détestes ces trop longues attentes au bas des côtes; à cette époque pas de ces sièges modernes à quatre places, ces téléphériques à cabines. Tu as abandonné -comme sans t’en apercevoir- le ski alpin ! 1975 : 60 ans bientôt ! Mode en vogue : le ski de fond. Tu vas t’y adonner avec ferveur.

Tes enfants ont un p’tit appart et le temps passe vite, te voilà les cheveux gris. Et puis blancs. Paresse, frilosité, tu y vas de moins en moins; tes skis restent dans le portique. Un bon jour, tu te rends compte que tu n’y vas plus du tout. Tu t’inventais des excuses pour rester au salon avec tes journaux, un magazine, un roman un DVD loué, un neuf CD. « Skier ? Non, trop de neige tombée ou pas assez ! Fait trop froid, je ferais pas un kilomètre aujourd’hui. Ou, fait trop chaud, la neige sera collante. Bonjour les prétextes ?

FLEURETER À SKIS !

80 dans trois ans et je m’ennuie de skier parfois; j’admire cette jeune « vieille », Danielle, toujours folle de skier. Ou le voisin Jean-Paul, 79 ans, partant le matin vers les pentes d’en face. Songer à y revenir parfois. Tard ? Mes os fragiles, danger de fractures ! Ô procrastination. Me souvenir : 14 ans : j’étais si content de ces minuscules pentes, Parc des Hirondelles à Montréal Nord. Si heureux d’y aller les après-midi de congé du collège Grasset avec mes « mal fartés » au fond d’un tramway. 15 ans : vif plaisir désormais sur l’imposant mont Royal. Lieu à se rompre le cou dans des sentiers abrupts, ô ces flammèches sur des rochers à cause des steel edges mal vissés, nos folleries risquées pour un retour pressé au tramway d’en bas. !

Skier là le soir au clair des réverbères, sous les ailes de cet ange… de bronze ! Doux soirs de mars à fleureter des étudiantes accortes au grand Chalet du sommet. Baisers volés, promesses d’idylles éternelles… Qui duraient un seul hiver. « Si Ou Pla, donne-moi ta photo, voici la mienne ! », précieuses images dans nos portefeuilles vides d’étudiants cassés. Le sucré des jeunes lèvres, la tête qui tourne, coeurs qui battent à l’unisson, premières caresses sous des cèdres lourds d’ouate immaculée.

Bon, assez, me reste à guetter la sortie de Donalda, ma marmotte ! Viens donc, viens beau printemps !

MON VOISIN GROGNARD !

Chaque fois que je passe devant sa porte, à quatre de la mienne, je pense à lui. Ce Grignon, ex-maire, a mis « sur la carte » mon village d’adoption et l’excellent film de Binamé,  -condensé du téléroman- a bien illustré le Sainte Adèle de 1890-1900. Mon célèbre voisin, mort en fin d’années 1960, a offert « sa » longue version de L’Avare de Molière. Pierre Grignon, ex-maire lui aussi, promène une conférence sur son fameux « mon oncle ». Captivante causerie illustrée avec des archives-photos familiales. Claude-Henri, «le fils d’un gros docteur », décrocheur de collèges, farouche autodidacte lettré mérite cette reconnaissance.

J’entendais parler, jeune, de ce Valdombre, autoproclamé « Le lion du Nord ». Pierre Grignon m’a offert des exemplaires de ces brûlots. J’ai découvert un personnage pas piqué des vers. Rencontre -posthume- d’un adèlois hors du commun lisant des intellectuels de Paris, les commentant pour les fustiger ou les louanger. Malgré un brin d’anarchiste, ce « fils de » (père médecin et Agent des terres) se fera placé bureaucrate et y sera un… voleur ! Voleur d’occasion pour secourir un des siens mal pris. Ce sera Bordeaux ! Sorti de prison, rencontrant son « modèle », Olivar Asselin, il va fonder ici, rue Morin, « son » mensuel, revue dans laquelle il signe tous les articles ! Un sacré bœuf à plume.

UN VILLAGEOIS TRÈS ÉTONNANT

Ce neveu Pierre vient de faire éditer un manuscrit caché et retrouvé :  « Le pamphlétaire  maudit », Éditions Trois-Pistoles. Texte qui se veut un portrait d’Olivar Asselin, mais « le lion » ne parle que de lui ! Autour du « bon bourgeois conservateur » -que le feuilletoniste était devenu-, on lui déconseillait la publication. C’est fait. La couverture montre fait une photo laurentienne d’un champêtre disparu, rue Morin, son dactylo sur son balcon, le lac Rond pas loin. Homme de son époque, il fait voir de l’antisémitisme, un machisme éhonté, bref, un conservatisme de la pire espèce.1930. Ressemblance avec nos « anciens », partisans de l’immobilisme. Quand va pointer le moindre progrès, la moindre tentative de secouer le joug clérical, Grignon s’indigne de tout, de l’instruction gratuite comme du dangereux (!) vote des femmes !

Néanmoins, c’est phénoménale : il fut un villageois cultivé étonnant tout entouré de beaucoup d’illettrés quand le Québec était une morne plaine peuplé d’anti-intellectuels primaires.

RÉPUGNANCE BIZARRE  À L’ARGENT !

« Le pamphlétaire maudit » offre une vision inédite du géniteur de l’haïssable Séraphin. Jeune homme frais marié, il s’y montre en misérable pitoyable, en perpétuel « quêteux » de jobs du « govern’ment » qu’il méprise. Son logis, rue Morin, sera même changé en modeste « maison de chambres » ! Le vindicatif en arrache pour joindre les deux bouts, alors, selon les gages offerts, il se fera anti-Libéraux ou anti-Duplessistes,. Va venir son salut. « Grande gueule » girouette mais à petit public confidentiel, il va composer un roman. Ce sera « Un homme et son péché ». Un fort succès. L’on sait la suite : d’abord la radio et la fin des modestes chambreurs. Puis, en 1954, viendra la télé, les meilleurs cachets. Et des décennies « d’auto-exploitation », pas d’autre mot.

On frémit en lisant certains passages du Valdombre (son pseudo). Des écrits d’un ultra-conservateur louangeant des us et coutumes passéistes, prédicateur de « La ville est dégradante » ou de l’illusionniste « retour salvateur à la terre ». Avec la femme voulue en servante docile. Enfin, bizarre, une répugnance viscérale de l’argent ! Tableau d’un Québec vanté, pourtant dominé par les valets « en soutanes »  de l’Establishment anglo, notre Haut-clergé se chargeant, durant un siècle, de 1850-1950, de nous garder dans la soumission à nos bons maîtres.

Tout de même fascinant par sa flamboyance verbeuse, ses enthousiasmes littéraires. Ce « grognard  » maniait une prose piquante avec des métaphores aux allégories bien trempées. Ce voisin que j’apercevais, en 1950, vêtu de chat sauvage, sortant du pub du coin de la rue Chantecler, a donc été un drôle de pistolet dans notre pays d’en haut, un haut-parleur étonnant. L’argent gagné (viande-à-chien) fit taire le railleur et râleur. Un temps Rouge, vire-capot (de chat), puis Bleu, en 1960, Grignon se méfia de notre nécessaire Révolution tranquille. Stipendié (?), il fit campagne pour Daniel Johnson. Ce sera le silence littéraire au grenier de sa rue Morin car l’ex-jeune-révolté rallongeait sans fin ses « belles z’histoires »,  mourut ainsi un romancier doué. claudejasmin.com 

SUR JUSTIN TRUDEAU | SUR LE KOSOVO LIBRE !

Le fils-Trudeau dans un hebdo d’Extension-Park, méprise publiquement -ça y donne des boutons- le mot « nation ». Selon le reporter Bellavance (La Presse) Trudeau-junior déclare : « Nation, c’est une réalité dépassée depuis les années 1990 ». Quel con, justement, depuis 1990, la chute du soviétisme, surgissait une très longue liste de nations se débarrassant de la fédération nommée URSS.Victoire toute récente ? Les Kosovars dans les Balkans. Sans oublier toutes les nations qui se débarrassaient des colonialistes en Afrique depuis la fin de la guerre 1939-1945. Intelligent, Harper, chef des conservateurs n’a pas craint ni le mot ni le fait. Quel zéro, quel cancre en géopolitquece le p’tit Justin !

En un certain congrès, l’aspirant-chef, Ignatieff, acceptait le mot « nation ». Mais pas Steph Dion. L‘establisment libéral-contre toute attente- ouvrit les bras à l’inapte Dion. Ce bonhomme très probablement battu par Harper aux élections qui s’en viennent, il faudra que les Libéraux se dénichent un nouveau chef. Éliminé dans Papineau, l’innocent Justin s’en ira où ? En Ontario ? En British Columbia où il n’aura plus à s’énerver du mot nation car, en anglais, le mot devient subitement merveilleux. Cela se nomme Canada Nation Building.     

« Qui sont Québécois, seulement les de souche ? », se questionnait le fils de Pet. Bon. Des Maka Kotto, tant d’autres, vont lui répondre. Il s’interrogeait encore: « Cette notion de « nation » exacerbe trop les différences. » Qui souhaite la conformité ? Chaque citoyen est différent des autres, c’est formidable. Souhaite-t-il la meute des « semblables », des « pareils », des « mêmes » ?

 Au delà des caractères, des personnalités -et à part nos demi assimilés volontaires, amateurs de ghettos et profiteurs des divisions ethniques – il y a un grand nombre de « nouveaux venus » qui se voient membres à part entière de la nation québécoise francophone. Ils font bien de s’intégrer intelligemment à nous tous, 84 % de francophones.

À ce rouge congrès, l’aile orthodoxe s’est fourvoyée, les mots du reporter Bellavance. En beau maudit contre les mots « nation québécoise » et donc contre Ignatieff, l’aile a commis une trafique erreur. Leur chef nul, stagnant dans les sondages -de là, ces jours-ci, ses calculs et hésitations honteuses- craint l’abattoir aux urnes, avec raison. Harper réélu, au prochain concile des Rouges ce sera enfin l’admission du mot maudit. Et l’élection du Ignatieff, chef autrement plus charismatique. Élections donc à la mi-2008, oui mais le kioute Justin pourra-t-il calmer sa niaise frousse du mot en question ? L’Ignatieff discret, prudent, se trémousse déjà de hâte et on  verra donc -une « première » depuis Pet et Chrétien- un chef Libéral qui ne craindra ni le mot ni la chose.

Porte-parole du chef Harper, Dimitri Soudas, fustige ce Justin-anti-nation : « Avec lui, déclare Soudas, se poursuit l’attitude méprisante, trudeauiste, envers les Québécois. » Tel père, tel fils ?  Harper a dit, depuis son acceptation du « vilain » mot et cela jusqu’en Australie : « Je contribue à « l’Unité nationale ». Quoi ? Nationale ? Laquelle des deux nations car il a reconnu la nôtre ? Qu’il utilise alors l’expression « Unité fédérale ». Si Harper admet qu’il y a « deux nations » en cette fédération, il faut changer les étiquettes, c’est le mot fédéral -et non plus national- qui doit chapeauter les institutions fédérales car le Québec a ses propres institutions.   

Les mots ont un sens, oui ou non ?

Bon. En attendant de voir ce changement sur les plaques de bronze, regardons bien aller ce Justin : ou bien il va devoir accepter de faire face à une réalité incontournable, la nation québécoise… ou bien il va s’enfuir loin de cette nation, mot qu’il maudit.

J’y reviens, où ira-t-il faire carrière, en quelle contrée niveleuse ? À Moscou, à l’ombre poutineuse de l’actuel Kremlin, aplatisseur des Tchétchènes et autres nations ? À Belgrade,  auprès des Serbes négateurs du Kosovo libre ? À Edinburgh (Écosse), avec de ces louches loyalistes combattant les patriotes ? À Bruxelles, collaborateur des Wallons, nerveux  francophones effarouchés par le normal nationalisme flamand ? À Madrid -méfiante des Barcelone libres- à Madrid où l’on vient de dire « non » au fier Kosovo libre ?

Pas facile de nos jours de se dégotter un nid fédéraliste. Voilà ce qui arrive à ces déracinés volontaires, à ces apatrides consentants. Sans cesse -gens des 195 nations de l’ONU- faisons enrager ces petits cons mondains se disant sans racines et « citoyens-du-monde », petits-bourgeois étripés et fiers d’être sans patrie ! Écrions-nous « vive les nations ! »  

        

           

        

« Tu seras un cyborg, mon fils ! »

   Un humain de type cyborg ? Pas mon fils sans doute, ni même mon petit-fils mais le fils du petit-fils de mon petit-fils ? Ah ! Il serait mi-chair, mi-métal  ! Mais quoi, qui n’a pas un ami ou un voisin vivant avec un implant sous la poitrine ? Cette personne n’est pas encore un robot mais… « Ce n’est qu’un début, continuons le combat ». C’est le cri triomphant de quelques centaines de membres enthousiastes du « World Transhumanist Association ». Le WTA. Ils ont des publications, un congrès annuel.

À travers l’Occident, plus nombreux aux USA,  il y a donc de ces des gens -regroupés en quelques associations- qui promeuvent la venue au plus tôt du robot humain, du cyborg. Ils disent qu’il est plus que temps de changer de cycle, qu’il et dépassé l’homo sapiens, sapiens. Que l’on devrait dater chaque nouvelle année de notre époque, non plus à partir d’un chef religieux nommé Jésus, mais de l’année de naissance -les opinions varient-  d’Einstein, de Newton ou de Darwin ? Ou bien cet « an un » serait l’année de la découverte de l’ADN. Ou du premier né in vitro ! Ou de « l’année où l’homme a pu cloner un animal ! » Faites votre choix.

Des scientifiques – pas des amateurs qui bricolent- parfois venus de Princeton ou du MIT, veulent encourager, stimuler l’avènement de toutes les technologies de pointe. Ils applaudissent  par  exemple à ces implants -nommés cochlétaires- pour faire entendre les sourds ! Ils se disent post-humanistes et guettent la venue prochaine de la mise au point de lunettes munies de micro-caméras avec puce, capteur, antenne pour que les aveugles voient !

      Aux yeux de ces audacieux chercheurs -répandus en une douzaine de laboratoires- l’homme nouveau sera cyborg ou ne sera pas. Pour ces idéalistes -qui se disent des réalistes pressés- c’est le cri  du « Vive la manipulation des gènes ! » Fini l’ère du religieux ! À bas les résistants romantiques. Bienvenue l’ère de la raison. Des sciences. On parle ici d’un eugénisme ? Qui n’aurait plus rien à voir avec l’eugénisme raciste -et sélectif- des fascistes, du nazisme. Les améliorations biologiques s’offriront à tous, en peine démcaratie  Le nouvel appel  ? Cyborgs du monde entier, unissez-vous !  Le vieux marxisme ouvriériste est mort et enterré bien entendu. Ces hérauts proclament : « Un nouveau monde est à nos portes. » Ils invoquent de vieux mythes antiques sur la quête lancinante de l’immortalité. Ils dénichent un peu partout des propos transhumanistes autant chez un ancien savant comme Descartes qu’avec le moderne astrophysicien Stephen Hawking.

« Personne ne veut mourir », dit la chanson. Bien vrai, évidemment. Alors ? Vive le cyborg à nos portes ? Cependant des savants humanistes redoutent des dérives graves et du dérapage regrettable. Un savant comme Francis Fukuyama tient son pied sur le frein et fait enrager ces scientifiques que lui juge inconscients. « Danger, lance-t-il, c’est une chose de vouloir choisir le sexe de son enfant, c’en est une toute autre de vouloir le cloning de reproduction. Une technologie pas encore au point. Même Le cloning dit géniticothérapique, le recours aux cellules souches ne fait pas l’unanimité. Nous le savons.

Le confiant post-humaniste rétorque : « La myopie ne fut-elle pas corrigée merveilleusement par les lunettes ? Pourquoi ralentir, craindre le progrès ? » Il y a les OGM montrés comme le formidable secours de l’humanité pauvre… ou condamnés. C’est selon les tendances, selon ses exigences face à l’éthique ?  Baliverne disent-ils : « Il y aura, n’en doutez plus, pauvres conservateurs timorés,  le « HOG ». Oui, oui, l’homme modifié génétiquement. Utopie ? Non, place à la nanorobotique. C’est l’avenir, affirment-ils en leurs rassemblements.

Selon ces chercheurs scientifiques d’avant-garde le nouvel humain peut déjà songer à vivre au delà d’un siècle ! Croire  à une longévité assistée (!), tenez-vous bien,  vivre « deux ou trois fois » en centenaire ». C’est pour 2050  !Plus optimistes, certains avancent : 2020, c’est demain !  L’homme implanté de toutes parts, survivra avec ses organes robotiques sophistiquées. Les réticents répondent : « Attention : délicat de tripoter les gènes. On le sait en 2008 : en voulant corriger le gène de l’anémie on peut libérer la malaria. » Sacré dilemme ! Un romancier comme Houellebecq (-Les particules élémentaires, La dérive d’une île,  etc.- peut ben s’amuser mais il en va autrement si on va trop loin, trop vite, en ce domaine dit de la génotypie !

En attendant l’immortalité, il y a l’amélioration des vieilles conditions de la vie humaine actuelle. Il y a des comprimés à explorer.  Des pilules magiques. Oui, la dope ! Des transhumains souhaitent l’audace là aussi. Des molécules nouvelles, vitamines encore inédites,  seraient un apport merveilleux. Fin des « puritaines » condamnations de certaines drogues, allons. L’homme, disent ces audacieux chercheurs, fait bien de s’aider, la chimie révolutionnaire est là pour collaborer efficacement à… la survie, Il faut la développer de toute urgence. S’emparer de cette pharmacie fantastique.

Ce n’est pas tout, pas assez, de chercher à combattre la démence ou le diabète, il faut combattre la mort. Il faut utiliser les psychotropes qui pourraient conserver la vie pus longtemps, pas seulement pour des performances aux Jeux Olympiques, pour résister à la mort. Il est là le grand but, le grand combat des posthumains : « tuer la mort ». Se débarrasser de la mort. On saisit que tout le monde dresse l’oreille car qui accepte avec plaisir de mourir ?

MORT D’UNE P’TITE BÊTE !

Scénographe salarié pendant 30 ans, en 1985 je devenais soudain un travailleur autonome. Donc libre de tout horaire strict. Je ne monte jamais à mon bureau pour travailler le soir. Jamais ! Comme un principe. Mais, tout récemment, correction urgente, je monte à l’étage. J’entre dans mon bureau. Qu’est-ce que je vois, au beau milieu du tapis gris, une toute petite boule poilue, très exactement du même gris que mon tapis. Elle remue légèrement, ne craint pas mon arrivée et ne se sauve pas ! Souris hors du commun, anormale ! Une souris plus vivante que l’autre souris celle de la famille des instruments indispensables à tout internaute.

Comme tout le monde, j’en ai vu de ces petits rongeurs. Que de trappes à ressort -de type victoria- furent installées dans cette maison plus que centenaire, que de pièges-à- fromage. Dans la cave et dans la cuisine. À l’étage ? Une première ! Si kioute ! C’est du Walt Disney ma foi. Ma bestiole égarée m’offre un ben charmant aspect, d’un naturalisme déplacé ici. Qu’elle est ronde ! Si mignonne ! Bel « échantillon de beauté » et j’hésite à la tuer, que fait-elle donc ici, immobile, insolite au milieu du tapis ? Il n’y a rien à ronger par ici !

Combattant mon admiration, d’instinct -avec une petite gêne- je retire une de mes pantoufles et… Paf ! (comme dirait Steph Dion). Un spasme d’agonie et ma boule de laine grise passe de vie à trépas. J’éteins l’imprimante et, faisant pipi dans la pièce voisine, je réfléchis. À comment m’en débarrasser ? Devoir redescendre, ouvrir la porte, la jeter dans la nuit froide, pour mon matou Valdombre qui rôde peut-être ? Vessie vidée, je reviens au cadavre miniature. Miracle ? Ma p’tite boule est redressé sur ses pattes et remue de la queue ! Une vitalité étonnante car il me semble bien que j’avais frappé très fort.

PAPILLONS, SAUTERELLES ET CRAPAUDS

Elle vit ! Est-ce que je rêve, suis-je couché, endormi dans la chambre voisine, est-ce que je vis un songe ? Ma foi, je doute du réel. Cette souris était trop jolie aussi, trop ronde, trop du même gris que mon tapis. Une vision ? Me suis-je drogué au souper avec un aliment périmé ? Je n’en reviens pas de cette apparition à l’esthétique inouïe. Éveillé ou non, je persiste : tout humain normal, n’est-ce pas, ne peut tolérer que vivent inopinément des souris dans sa demeure. Alors, de nouveau j’enlève très vite ma pantoufle et re-paf ! Plus rien ne bouge, cette fois le coup opère. La mort ! De nouveau, j’éprouve cette petite gêne. Soupçon de remord. C’est que ma boule n’avait rien d’un vulgaire mulot, d’un rongeur anonyme. « La beauté », vous dis-je.

On ne change guère ? Petit enfant, je fus de ceux qui répugnent à écraser une sauterelle. À tuer les fourmis. À éteindre la frêle existence d’un papillon pourtant capturé. À écrapoutir une grenouille. Ou le crapaud galeux qu’on venait, gamins cruels, de faire fumer ! Contemplant ma victime, je tentais d’imaginer ce que j’aurais pu faire. D’où venait cette si jolie bibitte, de quel trou de mur, de quelle fissure des vieux planchers, de quel cachette au plafond du faux grenier ?

SARBACANE, FRONDE ET ARC À FLÈCHES

Debout au pied de ma grise prise inerte, je me demandais : comment fait le chasseur face à une admirable bête -chevreuil, orignal- qui le dévisage ? Suis-je un vrai mâle ? Gamin, la seule arme que j’ai détenu était une sarbacane à cinq sous, tire-pois inoffensif. Ou cet arc-à-flèche de mes dix ans, outil inefficace en diable. Quoi encore ? Cette fronde à dix cennes, pour tirer les moineaux. Me souvenir aussi-il la voulait tant !- de l’achat d’une carabine-à-plomb pour mon fils, ce sera la crainte incessante que mon Daniel blesse quelqu’un.

Non, je ne suis pas du contingent des amateurs de chasse. Évidence. Bon, ça suffit ! Je dois agir, poser le dernier geste : effacer complètement la rencontre d’une souris bien jolie avec un drôle de pistolet trop sensible ? Je ramasse donc ma p’tite boule fourrée et je vais carrément la jeter dans la cuvette des toilettes. Mais voilà que, plongée dans l’eau, je la vois qui remue encore ! Pincement au cœur, un « petit meurtre ». Je tire la chasse, c’est fini. La bête souris plastifiée de mon ordinateur, elle, n’a rien vu !

POUR EN FINIR AVEC UNE FAUSSETÉ !

On est plus en 1867, on est en 2008. Plus on avance dans le temps, plus il va falloir choisir. Il agonise, ce vieux souhait d’un Canada bilingue. Le sait-on bien, ce souhait irréaliste d’un romantisme frelaté, a fait s’engloutir des sommes vraiment faramineuses. La ruineuse Commission « B and B » fut une foutaise tablettée. Les larmes du bon vieux Laurendeau ou-son successeur- celles de Jean-Louis Gagnon : mises au panier de l’histoire ! Allumez les nostalgiques, les temps changent ! C’est l’espagnol, mieux, le mandarin, qui doit être enseigné aux étudiants anglais du Canada. Pas le français. Soyons lucides un petit brin, faudrait savoir, Québécois, ce qu’on veut. Suffit les protestations et, parfois, vains rugissements. Surtout dans deux cas. Un. Ces lamentos -lettres ouvertes- en découvrant : « Hors du Québec, on parle plus français ! » Les niais ! Plein de -souverainistes parfois- nationalistes qui braillent comme des veaux : « C’est-y effrayant, à tel endroit du Canada, plus de français ! »

Rentrons nous cela dans le crâne : le français est la langue des Québécois et les Canadians -demi-amerloques, faux-américains- qui habitent les neuf autres provinces de cette pseudo-fédéréation n’ont nul besoin du français. Un fait têtu. Notre langue est inutile dans toutes ces autres régions. Ça grogne avec raison chez les voisins : « cette langue française nous servira à quoi? À aller jaser au Carnaval de Québec, une fois l’an ? C’est regrettable pour nos minorités francos hors-Québec ? Ils sont devenus des exilés malgré eux ! Rien à faire. Aux USA il n’en va autrement n’est-ce pas ? Pas un mot en français, ni à New York ni à Los Angeles, nulle part. On dit rien, évidemment. Pareil pour ce Canada désormais !

Normal aux USA, eh bien, il en va ainsi, et de plus en plus, en Canada. Le vaste Canada -pays voisin et néanmoins ami-, est un pays anglais, exactement comme les Etats-Unis. On enrage de devoir ouvrir les yeux aux aveuglés des songes d’antan. « Non, cher Abbé Groulx, nous n’irons pas civiliser le Canada coast to coast, oubliez ça ! » Clair ? Pourtant plein de braillards candides: « J’étais à Ottawa pis… J’étais en avion, pis… » Silence bande d’ innocents ! Il faudrait se mettre dans la tête et une bonne fois pour toutes : le Canada est un pays anglo. Avec leur émigrations galopantes, pour seul exemple en Ontario, s’en vient vite un temps où nous serons -les français- de plus en plus minoritaire en Canada, à Ottawa un tout petit groupe sous représenté face aux autres Canadians, M.Harper est entrain d’y voir et c’est tout à fait démocratique. Normal.

C’est ici seulement que nous sommes majoritaires, 85%, C’est ici seulement que nous devons causer (merci à la loi de Laurin !) en français. Partout au Québec, même au centre de notre métropole si peuvent se secouer les lâches du « Conseil » de la langue à Québec, cachottiers mous du régime de pleutres actuel. Non mais…est-ce que cette attitude de chialeurs va s’achever une bonne fois pour toutes.

Deux ? Deux : il est où le problème quand un représentant de notre gouvernement ne parle pas en anglais aux reporters étrangers, ou du Canada, ou de ce « Montreal-Ghetto », « The Gazette » ? Oui ou non, Québec est-il un pays français ? Pauline Marois ne devrait parler publiquement qu’en français. C’est normal partout dans le monde. Qu’est ce c’est que ces horions de « colonisés » si elle ne jase qu’en français à ses conférences de presse. Comme il est normal de voir un élu du Canada -fut-il un frenchy élu à Ottawa- qui cause in english only à une Chamber of commerce ? Fichons la paix à ces élus « canadians ». Le Canada est un pays anglo.

Le bilinguisme officielle, légalisé (qui doit être une affaire personnelle) fut un gaspillage éhonté. Une folie ! Un songe-creux -oh, une business payante aussi- une niaise entreprise fédérastique pour des inaptes à concevoir le réel.Des idéalistes déconnectés de tout. Que ce soit MM. Charest, Dumont ou autre élu québécois, c’est le français qui règne par ici. Pauline Marois aurait intérêt, pour l’agrandissement économique futur du Québec, à apprendre le Chinois. Ou…la langue de l’Inde. !

Mais quoi ?, il n’en va autrement en Allemagne ou en Espagne, dans tous les autres pays du monde. Personne n’exigera autre chose que l’italien chez les élus en Italie ! Finissons-en avec le rêve idiot du coco Trudeau qui n’a pas pu fonctionner, cela crève les yeux en 2008. Tentative naïve, folichonne. Les pleurnicheries des vieux nationalistes, c’est caduque. Monsieur Fraser, pauvre pion stipendié du bilinguisme canadian raté, perd son temps et, plus grave, l’argent public en un énorme gaspillage.

Ville aux cent clochers?

Rentrant du nord, on voit la flèche argentée de Sainte-Madeleine d’Outremont. Soupire. Le sanctifiant où maman, «la belle Germaine de la rue Hutchison», dixit père, prit époux. «Le fils d’habitant de Laval», dixit mère. Puis, ce jour de 1925, ils allèrent «nocer» sur le Saint-Laurent, la «classique» croisière au Saguenay. Revenu, le jeune couple s’installait dans cette rue chantée par « Beau Dommage», Saint-Vallier.

Chaque clocher ramène chacun de nous, Montréalais de naissance, aux trois grands moments d’une vie. Naissance. Mariage. Mort. Sus aux souvenirs, on parle de démolir —ou de vendre en condos— les églises. Les unes après les autres, sauf les belles architectures patrimoniales.

Papa, fils et petit-fils de cultivateur de Laval-des-Rapides —quand il y avait là des rapides— n’était pas peu fier d’avoir fréquenté une Outremontaise. Cela même si sa Germaine était née rue Ropery à Pointe Saint-Charles d’un père gros boucher de la rue Centre. Ce grand-père, devenu agent d’immeubles, émigra donc au nord de cette chic banlieue.

Les jeunesses qui me lisent râlent moins face à ces démolitions d’églises. Souvent ils ne sont pas baptisés. Et souvent finiront en cendres dans une jolie urne à encastrer dans un crématorium. Cela sans cérémonie catholique. Pour eux, un clocher d’église qui tombe, bof!

Pour les gens de ma génération l’église c’est des tas d’évocations. D’abord des messes, parfois de grand apparat, de fastes cérémonies.

Sans oublier le cher sous-sol de l’église, lieu des bruyants bingos, des excitantes tombolas. Aussi du théâtre. Très chers mélodrames édifiants! Pour les enfants, le local pour d’épatantes séances de vues animées.

À Sainte-Madeleine ou chez moi, à Sainte-Cécile, l’église d’avant la télé —et les centres commerciaux, les jeux vidéos— c’était la place publique où commérer, échanger les nouvelles, potiner à propos des voisinages, apprendre des grands malheurs ou des petits bonheurs, cancans humiliants ou nouvelles de fierté.

Mon beauf, Jacques le retraité, s’amuse souvent à aller reluquer nos anciens bâtiments partout en ville. Ex-prof, il aime fureter, s’attache parfois à de ces guides pour mieux savoir sur un quartier un peu célèbre.

Ces guides de quartiers existent et pas seulement pour le riche Vieux-Montréal, mais aussi pour examiner Outremont ou le bien coté Plateau. Ou Hochelaga-Maisonneuve. J’ai envie parfois de tracer un plan pour mon cher Villeray et son marché Jean-Talon, la Petite-Italie, son parc Jarry.

Rue Rachel, à cette église Saint-Jean-Baptiste, celle du beauf, on ne risque pas le marteau démolisseur, car on y donne souvent des concerts, l’acoustique du lieu étant propice. L’autre jour, je me penche donc à mon balcon et je regarde encore le clocher voisin, Sainte-Madeleine, je pense à ma mère morte. À mon père disparu. Deux signatures pour une union conjugale qui allait durer bien plus qu’un demi-siècle. Ah, le temps!

Je viens d’apprendre qu’un autre tout jeune couple de mon entourage se fracturait. Un autre! Craindre pour l’épanouissement d’une enfant qui vient d’avoir un an. Puis me secouer, foin de morosité, tenter de me convaincre que les enfants de nos temps modernes s’adapteront. À tout. Tant le vouloir ce bonheur des enfants!

Je me pencherai encore un jour et il n’y aura plus de clocher? Une autre tour à condos à la place? Pas grave, le vieil homme. «Toute civilisation est mortelle», ai-je appris chez Valéry. N’empêche, j’aime bien, dans le ciel d’Outremont, ce clocher parmi d’autres dont celui de Saint-Viateur, altier, imposant lui, lieux si chargés de passé —on est train de ravaler le noble édifice— de le mettre au propre. C’est comme si on mettait au propre un ancien texte d’importance. Écrits de pierres. De pierres taillées, avenue Laurier, qui racontent des vies. Des gens peuvent y lire leurs vies. Ses petits et grands malheurs, ses petits et grands bonheurs advenus.

FANTASMER EN FAISANT LA PLANCHE ?

Le vieil homme que je suis devenu vous le dis : pas d’âge pour fantasmer. Imaginez-moi à l’heure de l’apéro dans ce charmant hôtel spa, l’Excelsior. Imaginez ces couloirs clairs-obscurs où s’activent d’accortes dames en blanc sarrau. Le lieu pour réparer « les dégâts de l’âge » ou pour conserver sa bonne santé. Pour relaxer. Pour « la vie belle ».

Quand je m’ajuste le maillot de bain, hiver comme été, tout autour déambulent ces expertes vestales souriantes qui entrent ou sortent de locaux à-se-faire-bichonner. Offres de massages en tous genres, du haut du cou jusqu’au bout des orteils. Cela avec des crèmes parfumées, des plantes maritimes, des huiles ou des boues ! Mystère pour moi qui vient venu d’un mode où le bain public puait l’eau de javel. Où nous assourdissaient les cris des jeunes pataugeurs aux dents souvent cassées ou bien ces stridents coups de sifflet du gardien.

À l’Excelsior, j’y vais pour nager et je fantasme. Je me sens comme replongé dans un film de Federigo Fellini. Atmosphère paradisiaque. Jeunes gens, allez louer -comptoir marqué « classiques »- « Huit et demi », l’ouvrage visuel du génial italien. « Huit et demi » car c’était son huitième -et demi- film. Vous y verrez Marcello Mastroiani au milieu des jolies femmes déshabillées, jouant le chef de harem, le bellâtre cheik se laissant caresser en toute licence. Fellini, avec talent, montre « le mâle » en mal de femme-mère. Oh ! la mamma des Ritals ! Et le Québécois en vieil « enfant mal sevrés » ?

RÊVER EN ARABIE IMAGINAIRE

Au Excelsior de la route 117, je me surprend à rêver de tendresse tarifée, en d’invitantes installations, on dérive en des rêves -inavouables ?- proches des « mille et une nuits ». Vais-je conseiller à Jacques Allard, le proprio, d’y faire jouer des mélopées arabisantes ? Nager et les jolies plantes vertes autour de la piscine deviennent une palmeraie ! Mais, un peu Séraphin et étant du genre « d’anciens mâles qui résistent aux cajoleries », je me retiens de quêter de ces soins. La quoi…l’algologie ? J’y résiste. Je viens d’un temps où le vrai mâle dédaignait « les petits soins » et ne songeait qu’à s’endurcir. Je sais bien : des jeunes hommes se font épiler, se maquillent parfois, m’assure-t-on, avant d’aller danser en discothèque ! Ô mores, ô tempora !

Pour ceux de ma génération, ces mœurs paraissent bien bizarres. Au nom de quoi, le mâle n’aurait-il pas droit à autant d’embellissements et de « petits soins » que la femelle ? Notre conception d’un « vrai homme » a évolué ? Et on ne parle pas « travesti ou transexuel », non, on parle de vrais gars, tatoués souvent !

SCANDINAVIE À LA MODE

Je me contente de nager en zieutant derrière les parois vitrées ces gracieuses silhouettes vêtues de blanc aux mains éduquées, qu’on dit…thérapeutiques. Un bon jour, terrassant mes vieux préjugés masculinistes, je sauterai la clôture et offrirai mon corps vieilli à ces massages sophistiqués à noms scandinaves ? En attendant de vaincre une timidité, que certains qualifieraient de puritaine, je nage dans l’eau bleue et je fantasme : des naïades diplômées se glissent dans la jolie piscine se livrant sans vergogne à des attouchements autorisés. Me voilà donc comme Marcello dans « Huit et demi », un léger fouet à la main, j’ordonne à ces déesses caressantes, à ces fées des frottements scientifiques, de me rajeunir.

Alors, je ris. De moi. Chaque fois je me moque de ce pacha laurentien, sultan de pacotille, et je me réveille : je vois alors des vacanciers en robe serviette qui lisent sur les transats, d’autres qui remuent d’aise dans le bain à tourbillons. Un gras chauve -ventre en l’air- se commande un jus frais au bar du fond. Dehors, partout, des épiceas (épinettes) enneigés. Et pas un seul palmier ! J’aime l’eau et je suis bien en mes après-midi. Dubaï, c’est à combien de kilomètres de Sainte-Adèle ? À combien de kilomètres l’Afghanistan où un jeune beauceron vient de sauter dans la mort. À l’abri de tout, ici, je me contente de fantasmer, de voir cette jeune maman en bikini rose qui enseigne patiemment à sa mignonne fillette comment nager sur le dos. L’enfant m’observe en gigoteur frénétique et je vois dans son sourire ingénu qu’elle songe à son grand-père, j’ai droit à son beau sourire. Je flotte mieux, je chantonne du Trenet : La mer ? Bergère d’azur. Infini… » Le bonheur ordinaire, sorti de l’onirisme oriental du film fellinien.