LA PEUR D’UNE CERTAINE « MARIE »

« L’Arlésienne » est le titre d’une dramatique singulière où l’héroïne y est invisible, on en parle sans cesse mais on ne la voit jamais ! Ainsi, je vis en une certaine intimité depuis des années et des années avec une bête quasi invisible. Je l’aperçois très rarement qui file se cacher -dodue et boitillante- sous le bas balcon d’en avant. Elle s’en va ou elle s’en revient en un éclair comme une pécheresse honteuse.Étonnant comportement. Parfois envie de lui boucher ce trou unique sous le plancher dudit balcon. Pas de cruauté inutile. Qu’elle vive, « ma » bestiole à toison noire et blanche, sauvage et délicate et qui semble nous dire : « Je ne veux pas déranger. »

Notre manie, on l’a baptisée. « Marie », en l’honneur de ma camarade-à-couette, Marie Laberge. Celle  des sagas populaires. Notre « Marie » ne veut donc rien savoir de nous mais je me demande comment elle vit, de quoi ? Vagabonde-t-elle que la nuit venue ?

Il y a des années de ça, nous rentrions du cinéma Pine et l’on l’aperçut, s’enfouissant sous nos pieds, « la bête ». Nos cris sur le perron, la frayeur connue des « bêtes puantes ».Cette légende incrustée : « petits enfants ces minous noirs et blancs pissent inopinément des jets d’un liquide malodorant. » Autre évocation terrible : « il faut une pleine baignoire de jus de tomate pour arriver à se débarrasser de son pestilentiel fumet. » En villégiature, enfants, nous espérions ne jamais rencontrer de ces animaux-là.

MADEMOISELLE ORIFCE

Dans les années 1940, à Pointe Calumet, il en rodait et, rentrant des dancings, on fouillait des yeux le moindre fourré. La peur ! Or, un jour, toute une famille de mouffettes s’installa dans un cabanon sous les piquets de cèdre d’un chalet voisin, celui de mademoiselle Cherubina Orifice, italo-québécoise « encore belle », vieille-fille, journaliste à « Le Petit Journal ». Des ricaneurs l’appelaient  « Mamzelle » Dutrou. Le chalet de « Chérubine », et ses alentours, devinrent donc un lieu tabou. Enrageant pour la très sociable Melle Orifice. Tous, nous faisions de grands détours, Un ground zéro suspect en diable. Tout cet été-là, ce sera l’attente, le guet du cri fatal : « Melle Dutrou a été arrosée ! » Rien de moins que l’Apocalypse.

Un maraîcher, Ubald Proulx -« tomes, blés dingues, pommes à vendre »- qui n’avait pas froid au yeux, entreprit de délivrer la reporter de sa mise au rancart. Un soir d’août, Cherubina put sortir de « sa mise au ban » de notre société. Ubald avait installé des appâts, avait fait un feu et beaucoup de bruit. La grasse mouffette et ses rejetons furent vite réunis au fond de deux cages puis déportés dans un boisé de Saint-Joseph-du-lac.

Derrière la moustiquaire de sa véranda, Cherubina Orifice retrouva la paix avec ses amies, nos mères, veuves d’été. Les parties de cartes à dix cennes reprirent, son petit vin rouge home made coula de nouveau, et, à son flanc, son gramophone  victrola, His  master’s voice, reprit les chants opératiques avec  Caruso ou Benjamino Gigli.

COPAINS COMME COCHONS ?

Ainsi s’agrandit la peur des mouffettes. Je vis sur un volcan quand je rentre tard chez moi. Lui faire peur sans le vouloir pourrait me valoir un arrosage et j’ai toujours remis à « la semaine des quatre jeudis » d’organiser -tel le père Ubald- le piégeage de cette co-loc indésirable. Et puis, un matin d’octobre dernier, qui apercevons-nous sur la longue galerie d’en arrière ? La Marie ! En toute quiétude, mangeant des graines d’oiseau, à ses côtés, calme et nerveux à la fois, Jambe-de-bois, mon écureuil acrobate. Manque-t-il à ce point d’information ou d’expérience, ignore-t-il les satanées giclées impromptues ?

Assez ! On sort et l’écureuil disparaît puis la bête puante se sauve aussi, sans nous arroser, long escalier dévalé. Juste au pied, nous apercevrons, faisant ami-ami, Donalda, la marmotte du voisin Boisonneau. Vraiment en manque de camaraderie, Marie ? Non, notre demeure, son environnement, ne deviendront pas un zoo. Vifs coups frappés dans nos mains, hauts cris et  fuite du duo.

Enfin, la paix, cher poète Baudelaire, voici calme, beauté, luxe et volupté, ouvrons nos transats et nos chers livres. Bruits d’ailes ? Qui va là ? La nature toujours, car atterrit sur un bras de la galerie, notre familier -et pas du tout farouche- couple de tourterelles tristes. Ô beauté d’argile fauve au roux tout doux ! Aimez-vous les Laurentides ?

PETIT VOLEUR MASQUÉ !

[NOUVEAU: LE CHAPITRE 4 DE «BRANCHES DE JASMIN]

Une devinette. Indices : dès qu’on lui voit la binette, on l’aime. Il fut l’objet de bandes dessinés, de films. Animal bien mignon. Tant qu’on a pas eu affaire à lui concrètement, on ne se méfie pas. On a mal au cœur de tant en voir, ensanglantés, sur nos voies publiques.

Trop loin du mont Royal, dans Villeray, mon quartier d’enfance, jamais on n’en voyait… ni le bout de la queue ni le bout de son minois rigolo avec son masque -ce loup- tout noir. Vous devinez ? Installé en Laurentides, je fis connaissance intime avec lui : le raton-laveur. Racoon, dit l’anglo. Il n’est plus seulement l’amusante -rayée- boule bien fourrée, c’est aussi un vidangeur effronté. Déception car on aurait envie de le garder dans son jardin, un si joli chat sauvage ! Mais hier encore… chanterait Aznavour.

Hier encore, ça grouillait fort dans mon bac noir. Tu soulèves le couvercle et qui y est prisonnier ? Un raton-laveur. Envie de le libérer car il te regarde tout affolé. Te voilà hésitant…c’est que tu te souviens qu’il y a peu de temps, était répandu tout autour de ta poubelle-sur-roues, des détritus : coquilles d’œufs, os de jambon, brins de salade, deux pleins sacs de plastique déchiquetés. Son dégât. Il te regarde innocent ce vilain goinfre salisseur, au fond du puits noir, le museau en l’air, il te dévisage, remue frénétiquement, attend que tu l’aides à s’en sortir quoi. Le « vidangeur masqué », cette fois, n’a donc pas pu se sortir du noir local à rebuts ménagers.

SE MARCHER SUR LE COEUR ?

C’est clair -grand cœur- si tu lui rends la liberté, il va revenir la nuit prochaine et réussira encore à expulser tes déchets, à les répandre autour du balcon. Dilemme. Refermer le couvercle et attendre le passage du camion municipale : Crunch ! Quoi faire…disait Lénine dans un célèbre pamphlet. Quoi faire en effet ? Je me marche sur le cœur, je referme ma boite noire. Il y a des limites à la tolérance. Aucun arrangement, petit et joli vidangeur incivique ! Je pars m’acheter les journaux du matin au Calumet en face du cinéma et je dirai : « Tantôt j’ai trouvé un racoon dans mon bac. » Le fidèle M. Taillon : « Méfiez-vous du microbe de la rage mais sont-ils assez kioutes ces petites bêtes-là ? » Encore ? Éloge du si mignon racoon ! Je ne dis rien sur mon « renfermé » ! Je rentre petit déjeuner avec un doute en passant près du bac : Y est-il encore ? Je me penche, j’écoute. Pas un son, rien ! S’est-il évadé ? J’ouvre. Il y est et me voit. Son muet appel « au secours ». Lui laisser une video poker per pcplay free kenoaprire un casino onlinecasino italia gratis3d rouletteenquete casino on netgiochi slotsamerican roulettegiocare casino onlinevideo slotsplay casinoeuropa casino onlinequestionario bonus casinocasino livecasino gioco virtualecasino on line concasino gratis slot machinemigliori bonus casinotrucchi per video pokervideo poker machinecasino no depositcome giocare alla roulette,roulette per giocare,giocare roulettesistemi gioco roulettecasino on line gratiscasino poker gratisslots machine gratisvideo poker da scaricare gratisgiochi jack black in lineagiochi blackjackroulette casino,casino on line roulette,roulette da casinowww rouletteroulette da scaricare gratiscasino on line roulette,roulette on line,giochi on line roulettecasino on net comcasino virtuale,casino virtuale per giocare senza soldi,giochi casino denaro virtualecasino en lignewww casino comrisposte casino on netbonus dei casinoroulette strategycasino 10 euro gratiscasino baccaratgioco roulette gratisweb casinocasino on line,casino on line italiano,casino on line con bonusvideo poker machinescasino en lineastrip roulettewww casinoroulette systems dernière chance ? Peut-être a-t-il pris conscience qu’il peut être fatal pour lui de s’introduire dans le « trou noir » et qu’il ne récidivera pas ?

PRIÈRE AU GRAND MANITOU ?

Un simple charité : pencher ma boite noire mais l’image fréquente des déchets répandus me revient. Soyons ferme. Va à ton grille-pain, au café , aux journaux, « cœur dur » ! Je sors la confiture et, oui, je songe à cette si jolie souris grise…que j’ai tué froidement…mes vagues regrets parfois.

À l’heure du lunch, nouvelle sortie et je n’ai pas le courage d’ouvrir le bac, de le revoir. Je file en vitesse, -lâche va !- pour une visite chez Ratelle-père-et-fils, Barbiers des sportifs et je dis :« Ça grouillait ce matin dans mon bac noir, un voleur aux yeux masqués y gigotait ! » Le père Ratelle goguenard : « Non mais c’est-y assez mignons ces petites bêtes, hein ? » Encore ça ! Je me ferme, me laisse raser sous drap de Coty dans le fauteuil à bascule : une huître.

Revenu, j’ouvre pour un coup d’œil : il y est, racoon recroquevillée, désespèré, immobile. Il ne me jette pas même un regard, c’est qu’il devine ma fermeté : « Fais ta prière au grand manitou ! » Il y a un bon dieu pour les tueurs candides de mon espèce : je ne souffrirai pas longtemps car c’est demain matin l’enlèvement rituel des ordures. Le soir venu, je pousse donc la poubelle à roulettes au bord du trottoir. À l’aube : fin de sa brève existence sur terre et…j’éprouve un léger -très léger- point au côté. Furtive vision d’une souris grise. Niet ! Qu’il veille en son noir « jardin des oliviers. »

Ce soir-là, à Artv, documentaire sur les bêtes, mes émissions bien-aimées. On y cause, d’Australie, de la disparition de certains marsupiaux et me voilà comme attendri. Je ne cesse plus de penser à mon prisonnier masqué au fond du bac. Je n’en peux plus, me lève. Vite, mon manteau, foulard et tuque et je sors dans la nuit, me penche le bac noir au raz du trottoir : sors misérable !

J’attend, je guette : rien n’en sort. Il n’y était plus et aveu, j’en étais content. Demain matin, aucun intrus masqué car j’ai mis une vieille brique, lourde pesée, sur le couvercle du bac. J’aurai la conscience en paix au prochain docu télévisé sur les animaux.

DES FABRIQUANTS D’HOMOPHOBIE ?

     L’art -la littérature surtout- souffre de I’indifférence des gens et alors certains ont très souvent recours aux marginaux pour attirer l’attention du monde. Aux sujets tabous. Réels ou apparents. Pour se gagner de l’audience, on voit des créateurs désespérés faire appel à des personnages, à des situations, que l’on dit «extravagants ». L’inceste, par exemple. Il est encore un bon moyen de titiller les foules amorphes. L’art n’est pas souvent au rendez-vous, hélas. C’est voyeurisme sur exhibitionnisme. Ces auteurs « guidounes », bateleurs de bas de gamme, n’hésitent jamais à farcir leurs histoires de caractères bizarres. « Le monde va venir ou b’en on va dire pourquoi ».

Tel semble le moto de ces soi-disant audacieux en scénarios divers. On pousse « son » histoire aux limites  du supportable. On sait que « Les monstres attirent la foule » selon l’adage connu. Le cirque ancien exposait volontiers des infirmes invraisemblables. En 2008, il ne reste aux exploiteurs avides que la bestialité. Ça viendra, voulez-vous parier ? Dernier tabou à faire tomber. Faut que « les caisses » sonnent, pas vrai ?

Tout le monde ne peut rédiger avec subtilité sur l’homosexualité, par exemple, tout le monde ne possède par les dons d’une Marguerite Yourcenar qui signait « Les mémoires d’Hadrien » à propos d’un César homophile. N’est pas André Gide -« Coriolan »- qui veut non plus. Alors on verra au feuilleton radio-canadien, titré  « Tout sur moi », un jeune pompier embrasser à pleine bouche l’un des héros de la série. Brusque trait d’une affection subite et cela au beau milieu d’une station aux portes pliantes grandes ouvertes ! Voilà qu’ensuite -petite gène à retardement- une personne en poste à la SRC conseille, assez pertinemment je trouve, de stopper la production de « Tout sur moi ».

Vite on verra s’organiser des protestations qui viennent à n’en pas douter de ceux qui confondent censure et dévergondage visuel aux frais du public. J’affirme que des producteurs, réalisateurs, scripteurs font un jeu -qu’ils ignorent- liberticide. Ce sont des fabriquants d’homophobie dans ce cas de « Tout sur moi ». Exagérant les paramètres du tolérable, ils font surgir tôt ou tard les censeurs énervés, les archi prudents. En fin de compte, leur zèle, leur goût d’attirer la foule à n’importe quel prix, conduit aux lois du genre C-10. Ces imbéciles friands d’images osées, prosélytes de vaines tentatives d’agrandir une permissivité futile nuiront à la moderne liberté. Ces écrivaillons à gros sabots, épaulés par les montreurs-du-cirque, seront responsables des contraintes à venir. L’homosexuel fut trop longtemps, un sujet invisible, un sujet de cachette niais. Mais, excès contraire, en introduisant à la mode actuelle, partout, l’homosexualité -effrontément, grossièrement illustrée- on nuit carrément à une cause normale. Provocation infantile.

Pour faire monter « l’indice d’écoute » qui stagne, ou pour grossir la file au cinéma, des scripteurs nous encombrent d’ivrognesses pitoyables, de jeunes putains  droguées, de vicieux « hors-normes », de loques humaines en tous genres. Pas fou, le bon public, le bon peuple, refusera bientôt cet indigeste  gavage intéressé.

Je suis de ceux qui croient au bon sens, au jugement sain de nos contemporains. Je fuis et je renie le mépris -pas d’autre mot- de ces attrapeurs grotesques. Surgissent des émissions, du théâtre, des films sans cette complaisance morbide, ces portraits abusifs  à la mode et ils qui connaissent des succès populaires. Je songe autant à « Le Ring » qu’à « Le scaphandre… ». Redisons-le, les créateurs détraqués, mondains désaxés, sont les assassins de la vraie liberté.

AMOURS, DÉLICES ET…SKI !

Maria, Suzanne, Mado, Hélène… ou Pierre, Jean, Jacques, ça sonne comme une chanson de Guétary ! Chaque femme a son petit chapelet de prénoms secret comme chaque homme a le sien. La mémoire conserve des images d’amour jeunes, enfuies. Parfois douloureuses tant cela fait mal. Ou merveilleuses tant s’y mêlaient une naïve confiance, une espérance folle.

La femme exilée qui me lit sait de quoi je parle. Elle rêve à des noms de sa patrie perdue, avant d’émigrer ici. Un réfugié d’ici aussi. Qu’il nous soit venu d’Algérie ou du Liban, du Brésil ou de Saigon. Il songe lui aussi à ces prénoms de filles aimées. Dont les traits s’effacent mal. Cicatrices mal refermées. Plaies vives ou à jamais oubliées. Tout être humain traîne sa vie entière -vous verrez jeunes gens- des traces de ces amours impossibles ou interrompues. Cassures ? On ne sait même plus pourquoi. Il était trop pauvre? Elle était trop riche ? Il était marié. On en a connu des êtres fiers qui se consolaient hypocritement : « Bof, c’était un voyou ! » Ou : « C’était une guidoune ! » Au fond de sa mémoire que de regrets inavouables…ça saigne encore. Un peu.

J’avais 20 ans, je boulottais comme plongeur à l’hôtel du lieu. La jolie Maria, 16 ans, était forcée d’être la gardienne de ses frères et sœurs. Dans cette demeure délabrée, mal tenue, au coin de la rue, là où se dresse maintenant un mini parc. Elle perdait sa jeunesse : père amérindien irresponsable, alcoolique, mère accablée, serveuse dans un snack mal fréquenté. Maria avait les plus sourires de tout le village et, pas bégueule, me montra vite ses appâts. Elle affichait un tempérament, disons imprudent. Hélas, subitement un jour -déménagement ou fuite ?- un carton dans sa fenêtre : maison à louer ! Vrai, j’ai pleuré, cher Arthur Rimbaud.

Suzanne avait 17 ans, jolie brunette aux longs cheveux dorés, une très belle grande fille qui n’aimait rien tant que ce cheval prêté. Qu’elle montait sans cesse. Ô la belle cavalière dans nos collines ! Baisers, embrassades, caresses calculées derrière l’écurie de l’hôtel. Mais ma Suzanne avait peur de tout à part sa superbe monture, je m’énervais de tant de prudence, de tant de réserve. De pruderies. Les frustrations accumulées. Ne plus vouloir rester puceau, alors, sans cesse, mes défis et puis des audaces. Sa peur, raisonnable pour elle, devenait à mes yeux insultante. Oui, Rimbaud, on est fou à vingt ans. Au home désert de son veuf de papa, garagiste sur le boulevard, attaque du jeune désespéré. Ce sera la rupture brutale de ma peureuse, scandalisée. La fin. Plus tard, je la reverrai au bras d’un chanteur –crooner ultra populaire- qui avait trois fois son âge. Adieu belle cavalière !

Dès lors, moi aussi je n’allais pas dédaigner la différence d’âge, voici venue à mon pauvre atelier une bien fascinante visiteuse : Mado. « Vieille » beauté de… 29 ans ! Qui veut s’initier au modelage, au dessin, qui s’ennuie en son domaine de luxe. Mon coeur bat, quelle chance j’ai, moi le tout-nu, l’aspirant artiste du village. Mado la magnifique n’a pas froid aux yeux, rit sans cesse. Me repousse mollement sans grande conviction si j’ose vouloir toucher son cou gracieux, sa poitrine opulente, ses longues cuisses… Répétition de gestes très imprudents du sensuel énervé, entre deux argiles modelées. Mado la riche-mariée qui envie tant ma pauvre vie de bohème. Tempête de désir fou, de feu, pour la si jolie bourgeoise, la mal mariée à un entrepreneur de Mont Roland. Bien trop vieux pour elle.

J’ai déjà publié ailleurs le récit de son consentement, de son audace adultérin. Par un doux et bien beau crépuscule de début d’avril -rougeur sur le lac-, le sang aux tempes, Mado accepte ! Monte à l’échelle de mon petit grenier. Elle a enlevé sa jupe, a levé les bras, a secoué sa magnifique chevelure d’ébène. Excité, je lui retire son chandail de laine rouge et… Patatras ! Le vieux mari en colère au bas de l’échelle, ses cris, fin abrupte d’une étreinte amorcée. Fin aussi de ses cours de céramique. À jamais.

Plus tard, je l’apercevrai au Café des artistes, divorcée, re-mariée à un savant et fameux vulgarisateur à la télé débutante. Pour ma belle Hélène, ça ira vite. J’étais amoureux de nouveau. Elle avait le visage d’un ange… bien charnel. J’allais souvent, le midi, manger chez elle, à trois cent pieds de l’atelier. Là où, aujourd’hui, gîte le resto L’Esméralda. Sa mère tenait une salle à dîner succulente aux prix si modestes. La soupe bien chaude …si bonne, la fille élue… serveuse si jolie ! Non, rien à faire, cette demoiselle ravissante n’est pas pour un rêveur à la salopette toujours encrassée de glaise. Étroite surveillance de la mamma, puis départ en pension organisée. Pour l’artiste dépenaillé, il y aura l’efficace barrière du rang, des classes.

BONJOUR LA POLICE ?

Entendez-vous l’hypocrisie qui crie ? Entendez-vous les protestations niaises ? « Ottawa va voter une loi C.10, la vilaine censure à nos portes, la police des idées, c’est effrayant, terrible ! » Non mais…Quelle bande de singes criards, ce gang de faux innocents. Je l’ai déjà écrit : la licence folle amène, tôt ou tard,  les flics.

Des jumeaux ? Un réalisateur voyeuriste obsédé qui s’acoquine avec exhibitionniste obsédé, cela l’argent des économies des travailleurs, ça peut donner un « Bordeline ». Film complaisant, statique, simpliste. Redondante illustration d’une mignonne psychosée, étudiante en littérature à l’Uqam, qui « agace » son prof mal marié. Oui, les créateurs détraqués attirent la censure, les déboussolés, la police. Face aux infantiles niaiseries -à pipi-caca-foutre- c’est la montée des réactionnaires. Le « réac » confondra érotisme sain avec les excès de ces marchands. Même chose pour le film à couteaux, à fusils pour fleuve d’hémoglobines avec carcasses humaines mises en coffre d’automobile.

Ces séquelles d’amériquétaineries en vue du record au guichet « du week-end », peuvent se faire mais avec le fric de ces commerçants, pas avec nos impôts et nos taxes. Une intelligente Loi-10 pourrait-elle régler la question ? Sinon ? Sinon, à force de puériles démonstrations pornos-avec un « s » car la violence gratuite est une porno-, fatalement ce sera la venue d’un horible vrai Ministère de la peur. Tel que décrit par Arthur Koestler. Qui nuirait totalement à la vraie liberté. Je le ré-affirme : sont liberticides ces connards qui ont comme seul talent d’exciter le petit-bourgeois. Un jour ils ricanent avec leurs images de déréliction et, un autre jour ils se voilent la face : « Maman, voilà les flics, la loi C-10 ! »

Je me rase en écoutant brailler tout ces chroniqueurs, critiques, décadents qui applaudissent complaisamment les markettés « exprès pour » scandaliser. Face à C-10, ces pleureuses en leur cortège hypocrite chialent  :  « C’est-y assez effrayant, le gouvernement veut régir les moeurs ! » Qui tue la liberté ? Eux, ces publicistes en violence et en porno, ces artistes pathétiques qui confondent déliquescence et sujets courageux. Tel l’excellent « Le Ring ». Ces libidineux frustré sèment les graines de la répression et des néos-cons nerveux vont en profiter. Pour museler nos épivardés, ils feront taire les courageux qui cherchent à repousser vraiment les frontières de la création.

Au Québec, plein de réalisateurs-producteurs, vieux  voyous incultes, jouent volontiers les bums-de-la-pellicule et cela avec les subventions de l’État. Donc avec le fric des travailleurs. En médias, c’est le docile chorus à esprits soi-disant forts qui louange dérives et dérapages. La servitudes des complices combinée à la niaise peur de passer pour moralisateurs. Je suis moraliste, et fier de l’être, jamais moralisateur. Tant ignorent la différence. Le « bon sens », comme le « bon jugement », est entreposé au rayons des objets perdus, résultat actuel : l’ombre de la censure s’agrandit. Ça pourrait finir par -puritanisme compensateur-  vouloir « cacher ce sein…», comme dans un Molière ?

Voilà le risque. Bien le savoir : les assassins de la liberté sont ces libertaires sans boussole aucune qui versent des larmes de crocodile à la « paradeanti-censure ». On me permettra de refuser de me mettre en rang à ce défilé. Contre ces zélotes commerçants du pipi-caca-foutre, voici mon modeste avis : Oui, il y menace avec cette loi C-10 mais il est  trop tard les geignards, taisez-vous les irresponsables, les p’tits cochons bornés qui servez à dresser cette sorte de  bûcher.

À cause de votre imbécile amoralité tous azimuts, juste pour le box office, eh bien oui, vous avez amené les policiers au Parlement, chez M. Harper. Hélas pour les talents capables, eux,  de défendre les vraies libertés. Ayez la décence de vous la fermer, surtout, la décence de fabriquer votre pacotille à cul-que-veux-tu avec vos propres sous. Téléfilm et autres subventionneurs ne doivent plus à collaborer, encore moins promotionner, financièrement vos navets, même s’il sont populaires auprès d’un peuple enniaisé que l’on  méprise, qu’on abuse, dont on profite .

POUR VICTOR-LE-MATAMORE

Ami, de quoi t’as l’air là ? Veux-tu bien te calmer un peu. Voilà-t-y pas que les gazettes m’apprennent que tu jettes ton nouveau livre (La grande tribu) au feu après avoir invité des reporters au bord de la bavette de ton pouèle à bois ! Non mais…

Aussi, je lis que, dans deux mois -le premier mai-, tu vas en jeter un bon paquet d’autres. Deviens-tu pyromane ? Faut respirer par le nez mon petit camarade. Tu files un mauvais coton. Des articles de ton Trois-Pistoles natal -à propos de cet incendie littéraire- racontent vaguement tes griefs, les motifs de ton enragement. Tu as mis des lunettes noires, trop noires. Pas trop sûr d’avoir tout bien compris. Tu crains quoi ? Une sorte d’écrasement général ? Une démission sociale, culturelle, et politique. Pourquoi ça diable. Je vois poindre, moi, mille bons signes de santé su tous ces plans.

Tu as annoncé orbi et urbi que tu te retires de la vie publique aussi pour raison de santé. Là, je deviens inquiet et sérieusement je ne veux pas que la maladie s‘installe chez toi, dans ton cher petit paradis basdufleuvien. Je me fiche un peu de tes chats, chiens, poules et chèvres et même de ton agneau pascal, je ne me fiche pas du tout de l’auteur des Grands-pères et du Rêve québécois, ni, à la télé, de celui de Race de monde et de L’héritage ou de Montréal, P.Q.

J’ai cru comprendre que tu es découragé de « tout le peuple ». Là, mon veux, tu files vraiment un mauvais coton Victor. Il y a dix, vingt, cent raisons, au contraire, de garder espoir. Je suis très confiant face à l’avenir, Même face à l’avenir prochain du Québec. Sois tranquille, je ne te parlerai pas de Céline Dion, ni du Cirque du soleil ou de Bombardier et de Quebecor. Je te parle de fameux récents bons spectacles vus à La Licorne et au GO, de formidables nouveaux romans, dont « La sœur de Judith » que je viens de terminer, de films québécois forts, extrêmement bien faits, dont « Continental », oui, il n’y a absolument rien, mais vraiment rien de décourageant du côté qui nous intéresse tous les deux : la culture vivante, la culture qui se fait et va se faire. La vie culturelle est ces temps-ci fort dynamique et offerte par « ceux qui viennent », par les jeunes créateurs québécois -filles et garçons- qui commencent à étaler les fruit de leurs dons bien solides.

Allons, faut te secouer mon cher Victor. Du cran et bon courage. L’hiver est long, c’est certain. Mais le printemps s’en vient, est à nos portes. Et tes belles bêtes vont pouvoir courir dans ton pré que ce sera pas long. Tiens le coup, allons ! Je te vois mal en un Yvon Deschamps qui, un mauvais moment, prévoyait notre disparition. Ou en un Jacques Godbout pas moins fataliste. Foutaises et fadaises. Évite ces oiseaux de malheur, t’es d’une autre trempe, non ? Tes écrits le prouvent. Ton imagination si fertile, si généreuse, dément cette mauvaise passe de noirceur que tu traverses, ta funeste lecture d’un réel bien mal perçu. Bon repos, cher Vic. La jeunesse du Québec actuel a besoin d’aînés confiants, lucides mais optimises aussi. Les prédicateurs de désespoir (Nancy Huston a bien raison) sont nuisibles, sont de stériles éteignoirs. On en a bien assez dans notre petite patrie, non ? Victor, nous avons un devoir d’espérance face à nos cadets qui, aujourd’hui même, sont penchés à leurs établis, chevalets, écritoires et autres « planches » de création.

Pas vrai ?

Claude Jasmin

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