TRUITES BIEN FRAÎCHES !

 

       Je suis d’un type -d’un tempérament?- impatient. Aussi aller à la pêche ne m’excite pas trop. Pourtant… On m’a narré les péripéties énervantes des « vrais » pêcheurs de saumon qui font le tour d’un « trou » – d’une fosse- à saumons », en Gaspésie. Ou ailleurs. Du vrai sport très excitant, semble-t-il. Je l’imagine.

       Mon Jodoin-de-voisin, en fin d’avril, m’a raconté une pêche miraculeuse (biblique !) sur notre petit lac. Une bande, des « Malo », dans sa chaloupe empruntée, qui sortait de l’eau des truites à la dizaine ! Les glaces venaient de disparaître.

      Ces dernières années, j’ai fait quelques essais. Nuls hélas ! Il y a un an, mon Laurent, un de mes petits-fils, a pu exhiber une bien belle truite et sa prise le rendit fou de fierté. Jadis, souvent, sur mon petit radeau, mes gamins, parfois avec des vers, parfois avec des grains de maïs, sortaient du lac des tas de petites perchaudes. Leur vif plaisir ! Ou c’était des crapets-soleil. Immangeables ! En somme, pêcher « comme un jeu », qui les amusait fort.

      L’autre midi, étendu au soleil pour lire « Les années » d’Annie Ernaux, j’ai soudain imaginé à quatre terrains du nôtre, un gars lançant sa ligne sans cesse et guettant qui mordra. Le fameux petit Claude-Henri, étudiant « buissonnier », détestant la belle-mère (m’a -t-on dit), rêvant dans sa barque d’un avenir de pamphlétaire mordant.

      J’ai raconté (dans « Chinoiseries ») mes rares et brèves séances de pêcheur au port de Montréal, en 1935. Quand papa m’amenait chez ses fournisseurs de bibelots Chinois.

     

MAMAN ET LES ÉCAILLES MAUDITES

      Dès 1940 et nos étés à la campagne, ce sera la découverte de la vraie pêche. Que l’on fait  sérieusement.  « Pour manger ». Tels ces Groulx, ces Proulx, des hommes qui se levaient aux aurores, qui partaient pour le fond ouest du Lac des Deux-Montagnes, ou sur l’autre rive à Vaudreuil. Qui nous revenaient des heures plus tard avec leurs « cordes » remplies d’une récolte fructueuses. Si fiers. Maman en achetait un peu et puis s’enrageait à sa table de pique-nique, dehors, les cheveux dans le visage, s’échinant à devoir bien écailler certaines espèces.

        Feu Rudel-Tessier, le journaliste, m’avait donné  une bonne recette pour de la perchaude frite qu’il tenait de Félix Leclerc quand Félix habitait (et pêchait) en face de Pointe Calumet, aux Chenaux de Vaudreuil.

         Jeune adulte, père de famille, revenant l’été au « Château de ma mère » (merci Marcel Pagnol), à la Pointe, ce sera la re-découverte de la pêche, Éliane, ma fille, y pendra un bon plaisir : rares brochets de la Grande Baie qui est juste à l’est de ce qui deviendra le Parc Paul-Sauvé, quelques belles anguilles, si faciles à déshabiller !,  et des barbues bien grasses, plus les inévitables perchaudes, toujours abondantes, elles.

        Bientôt, venu de son cher Saint-Sauveur, l’ami Murray va saucer encore sa barque d’aluminium à moteur électrique. Avec son immanquable « GPS » bien pratique et dont je suis jaloux. Mais je ne l’accompagnerai pas : mon impatience chronique.

       Il y a longtemps, comme tant, en famille. nous allions à Old Orchard. L’ami Théo Mongeon, longtemps « secrétaire dévoué »  de tous les agronomes du pays, un jour, organisa une expédition de pêche « en haute mer ». Je me voyais alors en intrépide et expert pêcheur, Ernest Hemingway. Ce légendaire chasseur d’espadons géants au large de La Havane, à Cuba. Je m’embarquai donc les yeux luisants et la solide canne à pêche louée bien haut portée !

      Trop bercé (brassé ?) par la forte houle, il avait fallu, assez vite -hélas pour mes compagnons au pied marin-  faire un humiliant demi-tour. Le mal de mer ! Et ma honte ! Mon Théo rigolait : « Tout un marin ça, mes amis ! »

 

PROMESSES D’ÉTÉ ?

      Étés de 1965-1969 et, j’y songeais à l’instant, je revois ma petite Éliane dans des matins en or, ses longs cheveux blonds dans les yeux, penchée, courbée plutôt sur les bancs de joncs voisins inondés, pourchassant si habilement -avec son filet fait de torchons à vaisselle- les petits ménées. Ses fabuleuses cueillettes. À pleines chaudières ! Elle irait pêcher encore au crépuscule, sa grande joie. Son frère, lui, Daniel préférait capturer les rainettes si vives. L’été ! La paix ! Ma jeunesse enfuie ! 

        L’an dernier, ici, le beauf’ Albert qui s’amène et, dans ses mains, des cannes à pêcher ! Ah !   « Oui, fini le golf, mon Claude ! »  Le voilà entiché par son nouveau dada : la pêche. Venu avec lui, l’autre beauf’, Tit-Louis, avec une des canes d’Albert, attrapera une bien belle truite « adéloise ». Qu’il remettra dare dare à l’eau : « Oui, trop petite. Je la repêcherai ! ». P

   Le duo parti, on me laisse en cadeau quelques lignes de joli plastique luisant, avec moulinets adéquats et leurs fils de nylon… hélas tout emmêlés, hélas. Me restera à défriser ces cheveux de nylon maudits et, oui, oh promesse !, aller combattre mon impatience congénitale.

       J’irai, je me le promets. C »est si « Zen » la pêche, pas vrai ? Si reposant, non ?,  si dé stressant. J’emprunterai la chaloupe à Jodoin-voisin car je veux combattre mon vice du « va vite, fais vite ». Je serai bien patient, poserai de gros vers bien gras, attendrai les petites gueules qui mordent ! Promis ! 

       Trop tard, m’explique-t-on, pour les mouches, déjà, semble-t-il, dès juin, les truites du lac Rond -ensemencement annuel par ici- se tiennent « dans le creux », bien, c’est noté. Au fond ? Bof, ce n’est pas le fil de nylon qui manque, ça va se dérouler en grande ! Cette « École des p’tit chefs », rue Lesage, peut maintenant fermer pour les vacances. « On mangera des truites fraîches, ma chère Raymonde ! » Elle a des doute, la venimeuse : « Des truites ? Tu aimes tant la raie, la plie, et mes calmars rôtis, non ? »

      J’enrage de nouveau quand elle me dira aussi : « Mon pauvre chou, toi, des heures à guetter, à attendre que ça mordre ? » Oui j’enrage : « Toi, mal assis, durant des heures, lire tes chers ouvrages sur la science quantique avec crampes aux reins ? » Je lui rétorque que notre Rona doit bien vendre de ces dossiers ajustables pour chaloupe de pêcheurs, non ? » Son silence.

     Bon, allons rue Valiquette, au magasin tout bleu de mon cher jaune Vietnamien, juste m’acheter un gobelet de grouillants asticots bien roses !

 

 

 

 

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