DEUX GRAVES CONNERIES

La première ? Les (perpétuelles) excuses envers nos indigènes. Peu pour moi. Et vous ? On a pas à s’excuser, gens de 2008, pour des cochonneries commises jadis, par des gens en place, de pouvoir, et très stupides. Pour des saloperies commises il y a des centaines d’années ou… il y a 50 ans.  Point à la ligne.

Cette sotte mode des agenouillements « historiques », avec publicité organisée, ne réparent rien. Voir les déguisements à plumes et à calumets fumant, est navrant, c’est un folklore dérisoire.

Le coco Harper -et ses larmes de crocodile blanc- devrait-il endosser un costume de 1770 face aux emplumés d’occasion -à la la Chef-Picard et Cie- en ces occasions célébrées ? C’est de la niaise rectitude politique. Des chefs autochtones intelligents devraient refuser ces cérémonies cul-cul à la mode et exiger du « compensatoire », Du solide et du sérieux. Plus important encore, les gens du peuple (vous et moi) ne peuvent accepter de devenir les responsable -par association lointaine -des gestes honnis commis par des aristocrates venus de Londres, des « chefs de guerre non élus », des militaristes haut gradés stupides et racistes, de ces bornés impérialistes en ces époques lointaines, tel cet écoeurant Amherst et ses couvertures à microbes. Ou moins lointaines :ces navrants pensionnats payés par les fédérastes du temps pour déculturer les Indiens, les déraciner à fond. Je n’y suis pour rien. Nous n’y sommes pour rien, peuple Québécois ! Assez de nous embraquer collectivement et rétroactivement dans ces horribles plans (politiques et religieux) de colonisateurs infâmes.

Bref, je ne ferai jamais aucune demande de pardon face aux Amérindiens abusés d’antan. Nous n’avons rien à nous faire pardonner, simples citoyens. Personne parmi les honnêtes travailleurs de ce pays -Canadian ou Québécois- n’a à présenter des excuses.

Deuxième connerie ?

Je lisais à propos du multiculturalisme (cette plaie ) en Hollande que des gens en poste regrettaient de ne pas faire mieux, de ne pas faire plus pour enseigner la langue du pays (le néerlandais) aux émigrants. Non mais… J’ai songé à nos braillards d’ici qui ne cessent de proclamer que le Québec doit dépenser davantage pour enseigner gratuitement à nos émigrants notre langue.

Vraiment incroyable cette attitude. Des personnes ont choisi de migrer au Québec. Bien. C’est à eux de s’intégrer. C’est à eux de s’organiser que leur intégration fonctionne. Moi si je décide de m’exiler en Italie, je vous jure qu’en y arrivant je me jette par tous les moyens possibles pour m’intégrer et pour que mes enfants deviennent rapidement des petits Italiens. Pas vous ?  Donc bien évidemment apprendre l’italien. Même chose si je décidais pour l’Espagne. Je vous garantis que je parlerais l’espagnol et le plus vite possible. Et j’irais pas quémander à l’état espagnol des moyens, les sous des contribuables de ce pays, pour l’étudier. Cette attitude est normal. Arrivant aux USA, depuis des siècles, tous les émigrants se sont débrouillés et la langue anglo-amércaine n’a jamais été enseigné gratuitement aux nouveaux-venus. Allons donc.

Cette attitude de tapis mou, de carpette idiote, a assez duré. Pour réussir son intégration dans un pays nouveau, il n’ a qu’à apprendre la langue du pays choisi. C’est clair. C’est simple. Que les chantres de « l’Ordre du Perpétuel aplatissement » aillent au diable.

P.S. : Aux dernières nouvelles, le ghetto anglo s’agrandissant à Montréal-Centre -en faveur de l’anglais- serait le fait que ceux qui viennent d’Asie (Inde, Chine, Indonésie tc.), ou des pays de l’ex-URRS (slaves ou non), penchent irrémédiablement pour la langue de la Reine ! Alors, c’est clair : n’ouvrir les portes du Québec qu’aux candidats francophonisables.  Seulement eux. Sinon ? Sinon ce Montréal-Centre in english ne fera que s’amplifier. Trop simple cela, très honorable Ministre de l’Émigration ?

JE VOULAIS VOIR LA MER

C’est fou. Une obligation que l’on se fait à soi-même : voir la mer quelques jours, l’été retrouvé. Comme le pieux mahométan à son pèlerinage, j’éprouve dès juin venu, le besoin lancinant de voir la mer. Oui, comme le musulman ira à la Mecque pour prier. J’avais 27 ans pourtant quand je pus voir un rivage océanique pour la première fois de ma vie. 1958, c’était au Cap Cod avant que Provincetown ne se transforme en « mecque-exclusive-pour-homos ».

Juin s’en allait donc et je sifflotais : « je voudrais voir la mer », comme dans la chanson populaire. J’en arrive. Lundi, sortant de Concord et puis de la 95-north, je l’ai revue au carrefour d’Ogunquit, sur Beach Road. Heureux, je me suis assis sous les auvents, là où tournoient des faux-tramways. Ô la belle beauté ! Envie de marmonner le Charles Trénet : « La mer, bergère d’azur infini… »

La plage d'Ogunquit (photo Marc Barrière) En direct : Le port de Perkins Cove à Ogunquit

à gauche Ogunquit sur mer, à droite le port de Perkin’s cove en direct (webcam).

L’ATLANTIQUE SUR MAINE

Avec son pâle fin sable tapé sur des centaines de pieds à marée basse, ses blancs oiseaux à la douzaine, comme toujours, j’en aime encore et encore le fascinant chuintement, répétitivité hallucinante, ses vastes eaux qui roulent depuis les débuts du monde, ses moutons frisés, collets fougueux dévorant la rive. Ce ciel violet et puis mauve au fond de l’horizon, en son milieu,  les variétés de verts sur lesquels s’amusent des surfers et où « surlignent » à l’horizon quelques véliplanchistes, plus au large, de rares blancs yachts.

Arthur Rimbaud a tout dit : «  Quoi ? L’éternité ? C’est la mer en allée avec le soleil ». Ô mon cher Ogunquit où nous allons depuis tant de décennies ! En ce genre de station balnéaire, vous décelez une sorte de joie brouillonne, partout répandue, une exultation générale et cela dès l’arrivée. Ça tient à des riens : à  ce très jeune couple, les yeux rieurs, à ces petits enfants très excités devant la pizzéria du carrefour ou à la vitrine de la boutique aux mille bonbons, à ce duo de nonagénaires, aux bras bien noués de solidarité, à la démarche ultra-prudente, qui montrent du doigt une façade toute rénovée et qu’ils comparent à leurs souvenirs, à cette américaine très obèse comme soulagée de pouvoir admirer des corbeilles fleuries hénaurmes au balcon d’un vielle maison victorienne

Malgré, au départ,  de sombres pronostics de pluies et nuages, ce sera un beau paquet de journées de très beau soleil faisant mentir la météo funeste. Un soir, nous irons au village voisin, Wells, pour du frais homard dans une grange aux tables rustiques. Le lendemain de fameux steaks avec pâtes chez Roberto’s sur Shore Road. Des exceptions car, redisons-le, la cuisine chez les amerloques ne vaut vraiment pas cher face à nos restos laurentiens. On en vient, découragés, à ne plus bouffer que des hamburgers et des croque-monsieur. Prudence d’échaudés.

UN DRAGON AU FIRMAMENT

Un matin, très tôt, un frénétique remue, les bras en l’air au bout de sa longue canne à pêcher. Vain espoir, je le crois. Plus loin, un enfant de 30 ans (!), court la tête tournée, surveillant son dragon à longue queue de soie rouge et noir qui frétille au firmament. Ça n’est pas long que la grève va se couvrir de « nations en joie » (Rimbaud encore) et la saison était bien jeune pourtant. Ce sera « pour elle et moi », l’habituel spectacle « du monde qui s’allonge ». Un grouillant théâtre de silhouettes si vivant, avec nos scénarios imaginaires.

Nous irons marcher le très célèbre « marginal way » qui conduit à Perkin’s Cove en zigzaguant au dessus des récifs de pierres aux tons variés avec contournements des odoriférants massifs de fleurs sauvages. Au bout, on y a « notre » banc (initiales gravées) sous des cèdres maigres. Nous apercevons soudain une « Clémence-au-bain », mer dans le dos, pas frileuse dans une baie de l’estuaire de la rivière Ogunquit. Jasette et rires. Ce village très  new england, Ogunquit, a été un lieu bien aimé pour Robert Bourassa ( au Aspinquid) ou pour le pas moins fidèle René Lévesque (au Dolphin ). Jadis pour Mae West -« Meet-me-sometimes »- ou un Rudolf Valentino, beau brummel adoré aux temps où se tenaient, traversant Ogunquit, des courses d’autos. Pour Henri Matisse et Picasso aussi. Qui y furent  invités par Pierre Matisse, le frère de l’autre, important galériste à New York.

Quand viendra le moment du retour, point au cœur. Le soleil, insolent, fait encore reluire l’océan. Jusqu’en Normandie ma foi ! La brise océane nous remplit les poumons et s’amènent   sur le petit pont de la rivière les premières familles chargées de jouets. S’affichent les sourires anticipés des amateurs de tunnels fugitifs. Devoir s’en aller quand le bonhomme Galarneau chauffe les dernières brumes du large. Merde ! Bof, on reviendra en juin 2009, c’est un rituel, une coutume sacramentelle !  La mer y sera, immuable, la longue plage aussi, à perte de vue, ces plans d’eau superposés en verts variés. Braves, on a tourné le dos, on a filé vers la vieille route no. 27, celle que l’on adoptait du temps d’avant les autoroutes. Revoir les villages modestes du Maine, rentrer au pays  par la 55, filer sur la 10, repasser sur le Pont Champlain toujours remplie, lui. Hélas ? Oui et non. Un besoin à été satisfait : revoir la mer.

CE CHEMIN PIERRE-PÉLADEAU ?

      Je vois son nom désormais, il a un chemin à son nom. Parler souvent de quelqu’un qui est mort c’est le faire revivre sans cesse. Roulant sur la 117 vers Saint-Jérôme, notre capitale (régionale), je vois des tentes, des ballons. Je songe aussitôt au gros party annuel de l’adélois Pierre Péladeau. Fête géante en été, qu’il aimait organiser pour « son monde ». Que de belles et bonnes heures passées là, au bord de la rivière, invité car « ancien » rédacteur. Comme René Lévesque, Marcel Dubé ou Bourgault etc.

         Quand je lui dis à un de ces fameux pow-wows : « Pierre, vous ne craignez pas la construction de blocs de condos sur votre rivage  d’en face ? Il rigole : « Non, aucun danger, j’ai pris des options sur tous les terrains de cette rive ! » J’entends encore l’éclat de ses rires, sorte de gloussements à l’étouffé, le rire des timides ?, en tous cas gargantuesques ! Je m’ennuie du bonhomme. Un sacré bonhomme.

     J’ai connu ce diable d’homme, culotté courageux, affairiste audacieux, et malin. Rare chez les nôtres, un entreprenant sans vergogne, c’était au temps fou de la Crise d’octobre en 1970. Je me cherchais de l’espace pour chroniquer. Ayant quitté La Presse (1967), ensuite voyant agoniser Québec-Presse (1969)  (les syndicats n’y croyaient, diminuaient le financement)  et puis le Sept-Jours (1970),celui de Bernard Turcot, au bord de la faillite aussi, je souhaitais « le grand public ». Donc  je visais le jeune quotidien de Pierre Péladeau.

 

UNE TRIBUNE POUR LE FUTUR ROI ?

      Rue Papineau, juste en face de L’Immaculée Conception (!), le P.P. d’alors y avait vaste bureau mais en un local tout modeste. Avec tribune surélevée ! Oui, pour le hausser. Besoin de puissance inavouable ? « L’empire » débutait tout doucement, bien lentement. Je lui vante l’idée d’un magazine et lui fait voir « ma » maquette. Lui : « Non merci, les nôtres n’aiment que le journal et tabloïd. Un magazine ? non, ça ne prendra pas par icitte ».   

       Bon. Je rentre dans ma houache de décorateur bien bredouille. J’irai volontiers écrire au « Point de Mire » de Bourgault, je devinais qu’il y aura là aussi, une autre faillite. J’y ponds un long article fustigeant cruellement la légèreté imbécile des « canards » radio-télé de Monsieur P. Mon directeur, Jean Côté (de Point de Mire), avertissait Péladeau qui, discrètement, finançait l’hebdo de Bourgault. P.P. : « Publiez. Pas de censure. Publiez, ça va juste fouetter mes gens ! » Le cher financier fit d’avantage encore : il me convia à son domaine adélois pour rencontrer tous ses rédac-chefs. Grand caucus et c’est lui, P.P., avec tablier sur la bedaine qui prépara et servit lui-même un énorme spaghetti.  Sauce « sans » viande, viande à chien, Donalda ! Point-de-Mire tomba à son tour faute de lectorat. Revenant à sa tribune, rue Papineau, le patron m’offre dare dare deux grandes pages dans son hebdo, alors ultra populaire, Échos-Vedettes. Ensuite, Charron, son jeune employé le quitta, fonda son magazine, connut un vif succès et, jaloux, contrarié, P.P. fondait son magazine, « Montréal ». Qui connut aussitôt l’échec. Le « boss » finira par acheter la publication de Claude Charron.

 

365 CHRONIQUES PAR ANNÉE !

       Et moi -j’avais insisté sans cesse- j’entrerai enfin au Journal de Montréal. Cela de 1971 à 1976. Un FAMEUX HAUT-PARLEUR « de tous les matins » pour communiquer avec les foules laborieuses. J’ÉTAIS RAVI ET ME MOQUAIT BIEN DU SNOBISME DE MES BOUDEURS INTELLOS, RESTANT EUX, SANS AUCUNE TRIBUNE. Ce sera donc mon entrée dans cette famille grouillante et parfois populiste, baptisée Québécor. Cela allait s’agrandir sans cesse avec des achats d’imprimeries.

       Je revoyais un peu plus souvent « cet ami » -qui savait tout de même, art difficile, tenir les gens à bonne distance lors de lancements, de fêtes. À Sainte-Adèle comme en ville.

      Il aimait mes effronteries -« T’es un voyou, toi,  au fond  non ? »- il me le disait. Il était l’ennemi des façades, des niais salamecs, de la rectitude, des mensonges calculés, des honneurs frelatés, des glorioles imméritées, des  politesses obligées, des faux-grands-airs. Lui -le voyou d’Outremont ?-, le petit « vendeur de sapins de Noël, restait sobre, frugal quand on l’a dit pingre. Par exemple, l’apercevant au vraiment « mini » « Petit resto », rue Valiquette, je lui lance : «Mais Pierre, que faites-vous ici, un riche millionnaire ? » Il rétorqua : « Viarge, c’est simple Jasmin, c’est bon et c’est pas cher ! »

       L’homme collaborait à des œuvres, sans le dire. C’est lu qui offrait, geste généreux, les Feux de la Saint-Jean à mon ami Pierre, le maire Grignon. Ayant su la vente proche d’un petit temple protestant Chemin Sainte-Marguerite, (pas encore « son » chemin) à changer en discothèque, il en fit l’acquisition, y présenta des concerts et des expos.

 

APOLCALYPSE PÉLADEAU ! 

     Parfois, je peux entendre au dessus du lac Rond le fracassant ronronnement d’un hélico ( ô Vietnam !), et je revois les passages de P.P. jadis, pour promener sa « vézite » des dimanches ou quand il allait -ou revenait- à son « château de verre », son «  temple » de la rue Saint-Jacques, à  sa-tour-sans-ivoire », face à celle de l’ex-Bourse, Place Victoria. Il était loin le bureau de la rue Papineau et sa ridicule tribune, loin aussi la nouvelle « centrale », en face d’une poissonnerie estimé, rue Roy.      

         Non, à partir d’un certain temps, Maître Péladeau s’accorda des espaces valorisants, prestigieux, mérités. Le rond petit laideron qui débuta à Rosemont -où il fit ses débuts en hebdos-  québécois rare, nationaliste multimillionnaire,  n’irait plus aux misérables locaux d’Ahuntsic, le long de la track où je livrais mon « papier » quotidien.  Un jour, il fit construire tout au bout de l’Avenue du Mont Royal, en vaste et solide.

      C’est dans « sa » tour moderne que je fis la rencontre de deux de ses « dévoués ». L’un, devenu noble vieillard, était son fidèle de très longtemps et régnait -un peu. P.P. était fidèle à ses premiers encourageurs. L’autre conseiller était un fringant jeune homme, rigolard, -P.P. estimait l’humour. Il lui servait de relationniste, de tamis aussi, on imagine les nuées de quémandeurs pour un « empereur ».

    Un soir, généreux buffet à la brasserie Molson, rue Notre-Dame, le voilà soudain seul et c’était rare, je lui tire la manche : « Que faudrait-il encore pour « le bonheur parfait » à un homme tel que vous ? » Il cligna des yeux comme à son habitude :  « Jasmin, « le bonheur parfait », ça n’existe pas. Je n’y ai jamais cru et mon bonheur ordinaire vient de là. » Il fit trois pas et, vite, il y eut vingt courtisans. Qu’il  n’écoutait que d’une oreille. Comme toujours.

 

DE LA SÉDUCTION SEXUELLE

       Des féministes bornées -et autres énervés des deux genres- parlent ces temps-ci d’une théorie (!) néfaste : la séduction juvénile chez des adolescentes. Allons, il ne s’agit pas d’une théorie, il s’agit d’un vieux besoin, d’un instinct : attirer, séduire le mâle. Cela vient du fond des âges, des débuts des civilisations. C’est tout entendu, ce très antique instinct a mué. Oh oui ! Les temps modernes y ont mis bien du piquant. Les temps actuels connaissent même du dérapage. Des exagérations qui offusquent les gens de bon sens. On n’a pas tort de mettre en garde de jeunes fillettes déguisées bien tôt en aguicheuses de garçons.

      Il y a le monde du commerce aux attrayants colifichets variées qui collabore, Qui contribue volontiers, il y va de son intérêt financier, aux pétaradantes modes en cours. Reste que « plaire », « séduire » sont des besoins fondamentaux. On perdrait son temps à souhaiter le retour de la retenue d’antan, de la modestie, du bon goût, de l’intelligence. Notre époque veut confondre « sex appeal » et appâts de jeunes « grues ». Les allures de putes amusent une couche de la population, la plus fragile, la moins instruite et, conséquence, la plus vulnérable. On verra donc de ces très jeunes filles soumises aux commandements folichons d’une séduction vulgaire. Clinquante. Se transformer en simples « objets » à collectionner, à « user » vite fait. Plus tard, on les  entendra, vieillies, solitaires, se lamenter : « Pas d’amour, jamais, nulle part ! » 

         Nos joyeux jeunes drilles de 2008 auront 50 ans un jour et il y aura « le retour du réel ». Inévitable. Pour avoir voulu vider la sexualité de tout sentiment, de la moindre émotion humaine, ce sera un goût de cendres aux bouches siliconées ridées, la défaite et l’échec regretté. Des cendrillons anciennes aux maquillages défaits pourront pleurer, il sera tard. Trop. Les humains doivent rester des humains. Jouer la bestialité, l’arrogance des unions d’un seul soir -sacrifice consenti aux dieux de la consommation- juste des frictions d’organes en chaleur… c’est se mépriser.

        Une réforme doit désormais s’enseigner dans les familles. Et dans les écoles ! Car les familles dont si souvent des lieux (non plus d’éducation sociale ) mais de passages rapides -bonjour-bonsoir !- pour bouffer vitement, regarder la télé et l’ordi et puis dormir. Le répéter à ces enfants trompées, à ces lolita ignares : que ces contacts sans but humain se font sans cesse au sein du règne animal. Là où se joue la commande de reproduction naturaliste et multi-millénaire. Les jeux érotiques et amoureux n’y ont guère d’espace. Avec de rares exceptions : certains oiseaux à parade exotique avec plumages aux colorés. Toujours, au fond, la quête de reproduction.

      Deux vaches qui s’accouplent ne songent pas au bonheur durable, ni à l’enrichissement ou à l’épanouissement d’un couple. Un but : se multiplier. Point final. Le chien ou le chat, le lapin ou le rat c’est « on se renifle deux instants et hop » !

Le Conseil du statut de la femme a mille fois raison d’y voir (la mode fillettes-en-putes) une dégradation. Le mot morale est tabou, on le sait, il s’agit de bien davantage, de bien plus grave, il s’agit d’abrutissement collectif. Joint au silence froussard complice ( inconscience !) des laxistes que sont les parents déboussolés, ce mutisme pour ne pas paraître scrupuleux, prudes, « anciens », est un crime. Ils vont payer très cher cet aveuglement. Pascale Navarro, l’auteure, a bien fait d’alerter un féminisme niais, trop empressé de condamner les méchants hommes. Elle insistait : les garçons sont jetés dans ce même moule trompeur du devoir con de séduire vite et à tout prix. De performer. Des industries, avec les médias qui veulent des annonceurs, font en sorte que cette course occidentale au plaisir (faute de bonheur durable), font mousser sans vergogne cette crise. L’argent coule. L’Inde comme la Chine vont y venir dans moins de temps qu’on pense. Le gâchis sociale sera alors vraiment universel et les dégâts -pire que l’environnement menacé- seront planétaires.

      L’écologie importe, importe aussi de réagir : réformons, crions d’insatisfaction, osons punir, dégageons nos fillettes de ce joug pernicieux. À  bas le laxisme des lâches. Agissons chacun dans notre secteur.  Il y a urgence. Il en va d’un avenir neuf, d’une humanité délabrée. toute entière.        

         

SAINTE-ADÈLE, VILLAGE DU PÉCHÉ ?

      J’ÉCOUTE JASER LES GENS QUI ATTENDENT COMME MOI LES VENTES « DES DEVOIRS CULINAIRES ». ON S’INQUIÈTE : « ENCORE DES CHARS DE POLICE DANS NOTRE RUE ».

        À les écouter ce n’est pas la première visite de nos constables en voiture au Sommet Bleu. À les entendre, il y a « du monde bien louche » dans leurs parages. Comme toujours, je lis. Ne capte que des bribes des conversations, assez pour saisir qu’il ne se passe jamais beaucoup de temps entre une arrivée des policiers et… une autre ! Comme tant de gens d’ici, j’ai déjà entendu la rumeur publique : « L’ancien village de Séraphin Poudrier est devenu une place-de-pègre ».   

        Hon ! Inflation verbale ? Comme on dit : « théorie de complot » ? Un loustic m’énumérant un lot de commerces : « Tout ça, mon cher, c’est la propriété d’une « famille de bandits » originaire de Saint-Henri ! » Ouen ! Tu me dis pas, chose ? Un hurluberlu en rajoute : « Si tu questionnes en haut lieu, tu sauras que la place icitte est infestée de dealers de drogues. Tu as bien vu, récemment, ces deux importantes descentes de police ? »

 DANS LES MARCHES DE L’ÉGLISE ? 

         Un jour, à un policier venu chez moi pour un vol bénin, je dis : « Que dites-vous là, tous ces petits vols de radio, télé etc., pour se procurer de la drogue, ici, en mon si calme village ? » Sa réponse : « De la drogue, m’sieur, on en trouve ici jusque sur les marches de l’église. » Bigre de bigre ! Souvenir : en 1975, je confie hors d’ondes au gras animateur de TVA : « Je songe à m’installer à Sainte-Adèle. » Réal Giguère aussitôt : « À Sainte-Adèle ? Mais c’est une « place de maffieux » ça, mon vieux ! » J’avais cru à une blague mais on me redira souvent cela ! On me montra un « grosse cabane » en bordure du lac : « Tu vois ça, en face ?, ce fut la demeure d’un « Cotroni » et son locataire actuel est un illustre membre de la cosa nostra. Plus tard, déménagement: « C’est maintenant le logis d’un criminaliste très lié au monde interlope ». Eh b’en !

 CADAVRES DANS NOS CANIVEAUX !

    Comme tout le monde, j’ai appris un matin que la police avait découvert un macchabée percé de balles, abandonné dans un caniveau de l’une de nos rues ! Je me disais : « Ça arrive partout, une fois par décennie ! » «  Non, me disaient certains Adélois, c’est une fois par année ! Au moins ! » Seigneur ! Comme l’on chantait jadis : « Y a des églises à Las Vegas, y a des écoles… »…mais mon village, ici, en village-du-péché; lira-t-on un jour à son entrée : Welcome ! Ste-Adele, Sin’s village ? En réalité, dès qu’un lieu devient populaire, bien garni d’endroits où danser, où prendre un coup et draguer des puppets grimées, on y dénichera des gens du monde interlope.

       Rien à faire, ces parasites circulent en coulisses, escrocs qui guettent les jeunes proies aux caractères mous. Aux faibles résistances. Il n’en manque jamais -dans aucun bar à la mode- de ces jeunes mollusques avides de fonne noére, en quête d’excitants, de stupéfiants, d’hallucinogènes divers. Ils n’ont pas de vie. Alors ils s’en imaginent une, c’est ainsi partout en Occident. Et aussi à Bangkok ou à Bali désormais. La jet-set voyage ! À Sainte-Adèle, en 1950 quand j’étais un skieur de 20 ans, quand Giuseppe -dit Peppé- Cotroni régnait, déjà courrait dame rumeur avec ce « Sainte-Adèle-la-maffieuse ». En 1960, là où s’étiole, désert, verdit, ce neuf « Parc des Familles », le très fringant dancing nommé Red Room (sous l’hôtel Montclair démoli) rassemblait des foules denses et y circulaient bien des… matières !

LE MONDE EST BON

       Mais la réalité -c’est enrageant pour les délirants

pranoïaques- est toujours variée. Il y a à Sainte-Adèle, du bon monde. Des gens d’une civilité exquise, j’en connais, paisibles et cultivés. Comme à Saint-Sauveur ou à Sainte-Agathe, on y trouve des associations diverses, caritatives, dévouées, avec des buts sociaux nobles et variés. Un peu partout en Laurentie, des bénévoles se dévouent sans compter. Certes, la police surgira encore sur la colline du Sommet Bleu mais il reste que le monde est bon. Le plus souvent.

        Tantôt, sauçé tout joyeux dans « ma » piscine de L’Excelsior, je jonglais : il se peut qu’en ce moment même deux motards -ex-amis de Miss Couillard ?- en chics complet-veston, se concertent en cachette. Rue Morin ou Boulevard Sainte-Adèle. Projet ? La mort d’un gêneur. On trouvera encore un exécuté dans le caniveau. Pis ? C’est un monde à part et l’assassiné sait fort bien pourquoi il ne respirera plus, allez. La majorité peut dormir en paix, pas vrai ?

 

L’EAU, Ô L’EAU !

Enfin on a retrouvé nos vélos sortis de la cave. Beau temps ce jour-là et on roule joyeusement au chaud soleil partant, vers l’ouest, de la jolie gare de Mont-Rolland. Là, car on y trouve une boutique aux gens compétents pour l’entretien des bécanes. Dès les premiers tours de roue, charme pour les yeux, c’est la rivière du Nord avec ses courbes gracieuses, ses mini-baies, ses écores parfois doux,parfois abrupts. Soudan, pagayant calmement de leurs palmes-aux-pieds, on y voit tout un lot de bernaches ! Des tranquilles, pas sauvages du tout, qui semblaient nous observer, les humains grimpés sur nos bécanes. Pédalons vers « La cabane à Frank », connue des familiers du « P’tit train », qui est barricadée ! Pour cause de… crétinisme, vandalisme idiot.

L’avions-nous oublié en ce si long hiver ? Nous voilà très stimulés à la vue des « rapides blancs » – chantez : envouengnihan– de la rivière Doncaster qui se jette dans la Nord. De jolis sentiers nous invitent à entrer en forêt. Y résister ? Rencontre d’une pédaleuse -jasette- qui nous dira : « Mon mari a travaillé un demi-siècle aux si beaux papiers de la Rolland. » Un moment de silence mais la Doncaster roucoule très fort dans ses frisettes transparentes.

L’eau ! Ah oui, l’eau vive, impétueuse parfois. Absolument fascinante aussi comme lorsque l’on longe ces cascades inouïes juste avant d’arriver au Lac Raymond de Val Morin. Beauté baroque -salut Claude Gauvreau !- de cette suite de « cuvettes à tourbillons ». De « crinières » fluides. De farouches « lessives » imaginaires. Un déferlement mythique aux grondements énergiques. Creuses « baignoires » ahurissantes avec son décor naturaliste : mille et mille millions de bulles translucides. Personne ne s’en lasse. J’ai vu là, un matin, kodaks aux cous, des asiatiques très énervés par ce spectacle féerique. Comme bouleversés, je ne sais trop, qui riaient, qui couraient en tous sens en ses abords, qui étaient pris d’heureuses convulsions, voyant ces ravins pierreux si frénétiquement arrosés. Imaginons le jeune curé Labelle et sa troupe de découvreurs à sa première découverte de pareils remous sauvages ! La vue de ce canyon aquatique en effet nous remplit de joie chaque fois qu’on y roule, nous envahit d’une sore d’éblouissement, de moment de grâce béni. Allez-y voir. Ou revoir….

L’EAU MIRACULEUSE !

Je m’en souviens, papa-le-pieux m’amenait avec lui en tramway, avant le lever du soleil, sous le Pont Viau. Tout au bout de la rue Lajeunesse, à quatre pattes au bord de l’eau vive, je devais l’aider à remplir ses chères, précieuses, bouteilles « d’eau de Pâques ???????? ????? ????????» ! Vénérable talisman catholique. En quoi croyaient tant de nos « vieux », pour se prémunir en cas de maladie. Contagieuse ou pas. Eau miraculeuse afin de nous éviter d’être placardé, rue Saint-Denis, avec des affiches officielles barrées de rouge, fixées dans nos portes vitrées. La honte pour les familles :« Manque d’hygiène, ces gens-là ! » Ô ces maladies infectieuses : scarlatine, picote volante, rougeole, etc. Époque d’avant nos efficaces vaccins modernes. La Des Prairies de ces aubes pré-pascales : première rivière de mon enfance ! Cours d’eau qui m’était familier puisque, juste en face du pont de chemin-de-fer du CPR, nous visitions régulièrement nos grands-parents de Laval Des Rapides, dans le Rang du Crochet. Là où s’élèveront tant de bungalows et cottages, dans les années 1930 et 40, ce n’était que champs de maraîchers. À genoux, à la porte du caveau de pépère, en ai-je équeuter des carottes, des navets et des patates !

RAPIDES DU CHEVAL BLANC !

L’eau. Beaucoup plus tard, grâce à mon fils, un jeune motard non-criminalisé (!) alors et grand amateur de canotage, j’ai connu tant d’autres rivières. Mon Daniel voulait me montrer d’abord la Diable et puis la belle Rouge. Qui sont de longs cours d’eau laurentiens si apaisants quand on va les avironner loin des bruits des villes. Découverte émouvantes de tant de régions silencieuses, désertées, la bonne paix. Aussi, une fois, ce sera une étonnante excursion autour d’îles sauvageonnes entre Berthier et Sorel sur le fleuve. Oh ! le bon plaisir de naviguer tout doucement, à l’aveuglette, sans cartes, sans plan précis. Liberté ! De nous imaginer au bout du monde, Ou bien « au commencement » de notre monde ici, de notre histoire, quand nos ancêtres et les « bons » sauvages emplissaient ces cours d’eau douce qui nous environnent. Que l’on voit bien mal, en vitesse, du haut des autoroutes.

L’eau. Jeune homme, j’avais fait l’achat d’un petit moteur de 15 forces et d’une légère chaloupe d’aluminium. Ce sera des expéditions un peu partout. Candide, je m’imaginais un audacieux aventurier à la Jones ! Un pirate, un flibustier ! Je fouinais un peu partout. À trois endroits, ces étés-là, ce sera cette admiration dont je parle ci-haut : celle l’eau qui se déchaîne. Il y eut d’abord, sur la Des Prairies, les formidables rapides dits du « Cheval Blanc », en face de Sainte-Dorothée. Plaisir de se faire brasser –bardasser vraiment- quand on a appris à déjouer les fonds rocheux. Puis, ce sera le bouillon dangereux du côté de Saint-Eustache, où l’on m’enseigna qu’Il faut longer de tout près un pilier de pont si on veut pas casser la « pine » de son moteur. Enfin, il y aura les pas moins énervants rapides tournoyants à Sainte-Anne de Bellevue en amont de la Mille-Îles en aval du grand Lac Saint-Louis. Là-aussi l’on peut se faire initier à « comment éviter le barrage et donc les attentes » et aussi à « comment ne pas briser son hélice. »

À bicyclette, quand, joyeux, je revois nos remous cascadeurs inouïs en aval du Lac Raymond (que certains cochons de Ste-Agathe polluent !) c’est un peu ma jeunesse « à moteur » que je revis !