L’EAU, Ô L’EAU !

Enfin on a retrouvé nos vélos sortis de la cave. Beau temps ce jour-là et on roule joyeusement au chaud soleil partant, vers l’ouest, de la jolie gare de Mont-Rolland. Là, car on y trouve une boutique aux gens compétents pour l’entretien des bécanes. Dès les premiers tours de roue, charme pour les yeux, c’est la rivière du Nord avec ses courbes gracieuses, ses mini-baies, ses écores parfois doux,parfois abrupts. Soudan, pagayant calmement de leurs palmes-aux-pieds, on y voit tout un lot de bernaches ! Des tranquilles, pas sauvages du tout, qui semblaient nous observer, les humains grimpés sur nos bécanes. Pédalons vers « La cabane à Frank », connue des familiers du « P’tit train », qui est barricadée ! Pour cause de… crétinisme, vandalisme idiot.

L’avions-nous oublié en ce si long hiver ? Nous voilà très stimulés à la vue des « rapides blancs » – chantez : envouengnihan– de la rivière Doncaster qui se jette dans la Nord. De jolis sentiers nous invitent à entrer en forêt. Y résister ? Rencontre d’une pédaleuse -jasette- qui nous dira : « Mon mari a travaillé un demi-siècle aux si beaux papiers de la Rolland. » Un moment de silence mais la Doncaster roucoule très fort dans ses frisettes transparentes.

L’eau ! Ah oui, l’eau vive, impétueuse parfois. Absolument fascinante aussi comme lorsque l’on longe ces cascades inouïes juste avant d’arriver au Lac Raymond de Val Morin. Beauté baroque -salut Claude Gauvreau !- de cette suite de « cuvettes à tourbillons ». De « crinières » fluides. De farouches « lessives » imaginaires. Un déferlement mythique aux grondements énergiques. Creuses « baignoires » ahurissantes avec son décor naturaliste : mille et mille millions de bulles translucides. Personne ne s’en lasse. J’ai vu là, un matin, kodaks aux cous, des asiatiques très énervés par ce spectacle féerique. Comme bouleversés, je ne sais trop, qui riaient, qui couraient en tous sens en ses abords, qui étaient pris d’heureuses convulsions, voyant ces ravins pierreux si frénétiquement arrosés. Imaginons le jeune curé Labelle et sa troupe de découvreurs à sa première découverte de pareils remous sauvages ! La vue de ce canyon aquatique en effet nous remplit de joie chaque fois qu’on y roule, nous envahit d’une sore d’éblouissement, de moment de grâce béni. Allez-y voir. Ou revoir….

L’EAU MIRACULEUSE !

Je m’en souviens, papa-le-pieux m’amenait avec lui en tramway, avant le lever du soleil, sous le Pont Viau. Tout au bout de la rue Lajeunesse, à quatre pattes au bord de l’eau vive, je devais l’aider à remplir ses chères, précieuses, bouteilles « d’eau de Pâques ???????? ????? ????????» ! Vénérable talisman catholique. En quoi croyaient tant de nos « vieux », pour se prémunir en cas de maladie. Contagieuse ou pas. Eau miraculeuse afin de nous éviter d’être placardé, rue Saint-Denis, avec des affiches officielles barrées de rouge, fixées dans nos portes vitrées. La honte pour les familles :« Manque d’hygiène, ces gens-là ! » Ô ces maladies infectieuses : scarlatine, picote volante, rougeole, etc. Époque d’avant nos efficaces vaccins modernes. La Des Prairies de ces aubes pré-pascales : première rivière de mon enfance ! Cours d’eau qui m’était familier puisque, juste en face du pont de chemin-de-fer du CPR, nous visitions régulièrement nos grands-parents de Laval Des Rapides, dans le Rang du Crochet. Là où s’élèveront tant de bungalows et cottages, dans les années 1930 et 40, ce n’était que champs de maraîchers. À genoux, à la porte du caveau de pépère, en ai-je équeuter des carottes, des navets et des patates !

RAPIDES DU CHEVAL BLANC !

L’eau. Beaucoup plus tard, grâce à mon fils, un jeune motard non-criminalisé (!) alors et grand amateur de canotage, j’ai connu tant d’autres rivières. Mon Daniel voulait me montrer d’abord la Diable et puis la belle Rouge. Qui sont de longs cours d’eau laurentiens si apaisants quand on va les avironner loin des bruits des villes. Découverte émouvantes de tant de régions silencieuses, désertées, la bonne paix. Aussi, une fois, ce sera une étonnante excursion autour d’îles sauvageonnes entre Berthier et Sorel sur le fleuve. Oh ! le bon plaisir de naviguer tout doucement, à l’aveuglette, sans cartes, sans plan précis. Liberté ! De nous imaginer au bout du monde, Ou bien « au commencement » de notre monde ici, de notre histoire, quand nos ancêtres et les « bons » sauvages emplissaient ces cours d’eau douce qui nous environnent. Que l’on voit bien mal, en vitesse, du haut des autoroutes.

L’eau. Jeune homme, j’avais fait l’achat d’un petit moteur de 15 forces et d’une légère chaloupe d’aluminium. Ce sera des expéditions un peu partout. Candide, je m’imaginais un audacieux aventurier à la Jones ! Un pirate, un flibustier ! Je fouinais un peu partout. À trois endroits, ces étés-là, ce sera cette admiration dont je parle ci-haut : celle l’eau qui se déchaîne. Il y eut d’abord, sur la Des Prairies, les formidables rapides dits du « Cheval Blanc », en face de Sainte-Dorothée. Plaisir de se faire brasser –bardasser vraiment- quand on a appris à déjouer les fonds rocheux. Puis, ce sera le bouillon dangereux du côté de Saint-Eustache, où l’on m’enseigna qu’Il faut longer de tout près un pilier de pont si on veut pas casser la « pine » de son moteur. Enfin, il y aura les pas moins énervants rapides tournoyants à Sainte-Anne de Bellevue en amont de la Mille-Îles en aval du grand Lac Saint-Louis. Là-aussi l’on peut se faire initier à « comment éviter le barrage et donc les attentes » et aussi à « comment ne pas briser son hélice. »

À bicyclette, quand, joyeux, je revois nos remous cascadeurs inouïs en aval du Lac Raymond (que certains cochons de Ste-Agathe polluent !) c’est un peu ma jeunesse « à moteur » que je revis !

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