LE VÉLO DES PETITS MATINS !

     J’entre vite dans l’eau ce matin-là et bang ! Face à face avec six cannetons et leur moman ! On se regarde de part et d’autre.  Personne ne bouge ! Bof, je retraite le premier et  remonte sur ma rive. La sainte famille à palmes et à plumes repart. Sorte de promenade maritime matutinale ? J’observe cette famiglia qui contourne tout, quais, radeaux, petites baies, monticules gazonnés. Le surlendemain, ils y sont de nouveau ! Comique de les voir parader si calmement, si fièrement semble-t-il. La mother à long cou en avant ou, plus souvent, fermant la marche. Me voilà apaisé, tout réjoui par ce défilé de bernaches, images du bonheur champêtre. Mon Dieu que nos vies tiennent à peu de choses pour se transformer en paix et bonheur !

      Entre-temps, le matin, sortie des vélos. Rituel pour moins de vingt kilomètres : partir tôt, ventre vide, de l’ex-gare de Ste-Marguerite Station, filer vers « Plein Air », le bistrot de « la belle mexicaine » à Val David. Un trajet d’une dizaine de tableaux naturalistes différents. D’abord, nord-est de Sainte-Ad, de la forêt. Dense. Un jour,on y vu gambader, traversant la piste, bon nombre de jeunes chevreuils, image à la sauce waltdisneyienne. Ombreux chemins et donc fraïcheur !

 

FUNESTE RENCONTRE

Ensuite, Nous traversons un chemin de terre battue et nous finissons par quitter ces lourds boisés, bouleaux blancs et gris, petits pins, hauts sapins, hêtres, ormes et érables en quantité,  pour arriver à cet imposant  tunnel aux deux hautes falaises. J’imagine chaque fois  les cantonniers de l’ancien temps -du gros labeur- l’installation du « Train-du-Nord », dynamite et sueurs, pics et pelles.  À l’orée de ce tunnel pierreux, brouhaha soudain ! Un homme retient son grand chien en laisse. Le furieux cabot grogne, il veut assassiner quelque chose. Mais quoi ? Nos cris de surprise car voici le motif de sa rage : un porc-épic ! Énorme bête, le pelage hérissé. Mon premier… Sa large queue. De castor on dirait.

       On dirait qu’il va foncer vers nous. Vélo en mains, notre reculade car « l’épic » affolé en est imprévisible. Il contourne

une des parois, le cabot, un  molosse, va fendre sa laisse ! Cris fous. Le porc-épic, yeux clignotants,  énervé, descend vite vers la rivière invisible à nos yeux mais dont on entend les rugissements. Fin ! Le cerbère se calme. Son maître aussi. On remonte en selles. Plus tard, À la radio, étonnés, Raymonde et moi, nous entendrons vanter le goût particulier du, oui, oui,  porc-épc cru ! Retour actuel à la sauvagerie hein ! Pédalons. Traversée du faux tunnel, et c’est la Nord bousculé, ce ravin de bruits revigorants, sommet de cette excursion, ce chapelet de cascades aux écumes brassées. Comme malgré nous, on y stoppera souvent, fascinés. Furtif chargement d’énergie par osmose ? Laissez-nous rêver…

        Puis la Nord continue sa lente ascension. Toute calmé soudain. Parsemée bellement de blocs erratique, rochers tout nus, certains couverts de petits arbres-nains qui s’accrochent. La Nord se nous et se dénoue, caprice naturaliste. Voici plein de canards couleur chocolat, du genre «  80 % cacao » !

 

ET LES CRAPAUDS CHANTENT LA LIBERTÉ ?

À mesure que nous nous éloignons de Sainte-Adèle, que Val Morin se rapproche, la nature se « désauvagise ». Moins de collines. Moins d’arbres aussi. De bonnes odeurs, à plein nez, effluves appréciées : celles de fleurs inconnues ou senteurs d’herbes rares, giroflées ? Senteurs bénies de fruits sauvages ? Notre méconnaissance de la nature nous garde dans le mystère. Le matin, rares pédaleurs à croiser, un gros patapouf  mais rapide, casqué, ganté qui ne voit rien; il est en Tour-de-France ? Ou cette trop maigre adolescente qui sue sur son pédaloir. Ou un lent marcheur à bâton de pèlerin qui nous salue, rapide joggeuse qui surveille ses calculs, une-deux, une-deux. Un couple de Japonais, kodak au cou, le nez en l’air. Un gamin pêcheur à longue canne, une religieuse retraitée prie (?) sur un banc en aval du lac, dans une de ses deux larges baies. 

       Soudain -nous sursautons à chacune de nos randonnées en vélo- des cris rauques, prompts, secs, le primaire langage, comme abrupte, des batraciens des « terres basses ». Que l’on traverse avant la plage municipale de Val Morin. Milieux humides donc avec des quenouilles ou de lumineux lotus, des blancs, des jaunes. Voici encore plus de beauté : le lac Raymond. Voici sa « si jolie petite plage » (titre connu), hélas, interdite pour cause de puisards débordants à Ste Agathe; réparez vite vos égouts dégoûtants !

       Repos ? Voici la neuve mini-gare reconstruite, halte pour visite chez Charly ? Et ce sera, derniers efforts, la hâte de l’œuf, du café doux de notre « belle mexicaine. On redouble donc d’énergie. Voici un chemin de traverse en sable, quelques rares chalets bien camouflés. À une croisée de chemins, un bac à fleurs fait d’une voiturette ! Sur des côtes au dessus de nos têtes d’amateurs de « petite reine » un gros domaine à piscine, mal caché, avec sa triste barrière de type Frost !

        On arrivera. Ce faux champ, un chemin inconnu, ouvrage de bull avec son tas de moellons pour former dolmens cons. Lire « private property ». On file plus vite. Talles de beaux et hauts mélèzes, puis derniers épiceas. Courage. La rivière proche de La Sapinière. Fin. Nos bécanes mises à la clôture de la terrasse de Plein Air. Encore 8 kilomètres au retour. Buvons le café.

DE PAUVRES CONS !

(Écrit pour l’hebdo « LE QUÉBÉCOIS »)

Il y a des bornés qui voudraient faire taire tous ceux qui ont pas eu la chance de s’instruire. Seules, nos élites « ben éduquées » auraient le droit d’être passionnés. Tu parles Charles ! Ainsi, des mercenaires stipendiés par des richards fidèles à la fédérastie canayenne, -suivez mon regard… vers Charlevoix au dessus de Saint-Irénée, domaine clôturé où vont se balader les Sarkosi-de-l’heure- parlent d’un paradoxe : « Ils défendent la langue et ils la parlent mal ». Hon !

Selon ces adversaires acharnés du nationalisme, seuls les favorisés du sort peuvent être des patriotes ! Les cons ! Non mais…« Parlez et écrivez sans faire de fautes sinon… gardez le silence. » Ce serait un paradoxe selon ces bons-chiens-couchés de défendre la patrie québécoise et d’ignorer l’orthographe, la syntaxe et la grammaire.

EFFETS DE CAUSES CONNUES

Un paradoxe ? Les cons. Il s’agit d’un effet. L’effet d’une cause que ces valets protégés font mine d’ignorer. « Le mal parler et le mal écrire » est l’effet d’une cause connue. Quelle cause, dira le cave, l’innocent, le bouché des quatre bouts. Réponse : l’abandon par Louis no. 15, la fuite des istallés, des forts, des bien munis, le ré-embarquement pour Paris, la Défaite donc (ne jamais dire la Conquête), puis les tentatives d’assimilation (Durham et allii), la lutte farouche faite au français, partout, la domination dure : pas d’instruction publique durant presque qu‘un siècle, mon grand père signait d’un X. Ajoutons : aucun droit de toucher aux affaires, commerce et industries en chasse-gardée par les Anglais. Contentez-vous, habitants ignares, de semer et récolter pour nous nourrir, sales chiens de Français-du-Canada !

Notre aliénation, notre colonisation, voilà, non pas « un paradoxe », m’sieur Pratte-le-valet, mais « un effet ». Avec ses répercussions, même en 2008, qui font que, collectivement, une majorité des nôtres ne possède pas la maîtrise de notre langue. Et il y a maintenant, obstacle terrible, la faveur mondiale de l’english speaking. Voyez Paris, masochiste, tombé en anglophilie imbécile ! C’est la langue des dominants, la langue de la mondialisation, pour nous, ici, la langue de nos 300 millions de voisins, héritiers d’une puissance planétaire.

Même en lointaine Palestine, c’est, dehors, le visage de « l’omniprésense » de l’American Pop Culture (restos, musique, cinéma, séries-télé) ! Je viens de lire cela chez S. Amar, à Jérusalem. C’est dire !

LA LANGUE DE PAUL McCARTNEY

Un prof du cégep Marie-Victorin, Michel Pruneau, ironise là-dessus avec talent et prédit que le Vietnam commémorant les 450 tonnes de bombes et napalm USA, s’achètera une star-USA : Marah Carey ! Que l’Afrique commémorant son colonialisme, va se payer les Rolling Stones ! Que le Choeur de l’Armée Rouge sera invité en Lettonie, en Lituanie et en Estonie ! Que ce sera Johny Halliday l’invité pour fêter à Alger, la liberté ! Enfin, pour commémorer la fin de l’Occupation des nazis, on va inviter, dit Pruneau, à Paris le groupe de Berlin, « Rammstein ».

J’ai ri. Jaune. Les managers-à-la-Gélinas, sans tripes, sans aucune fibre nationale, sont des businessmen. Point. Un Cassivi, et tant d’autres, cependant, ont remarqué la chose : la gigantesque « pub » dans tant de médias du monde, vient des contestataires et non pas du concert du jeune-vieux Beatle. Ah bon ! Le maire bien complaisant, à Québec, devra-il récompenser les Curzi et Cie pour cette formidable promotion, géante, de la vieille capitale ?

AVEZ-VOUS DE L’IMAGINATION ?

Imaginez maintenant, le Vermont, ou l’Iowa peu importe, un des états des USA qui serait, pour des raisons historiques, « tout italien ». Avec une solide « loi 101 » protégeant sa culture italienne. Imaginons l’aide de l’Italie à cet état « unique » dans l’empire US ! C’est notre cas, état français dans un « océan » de plus de 300 millions d’anglos-saxons et assimilés. Avec lcet hypothétique état italien, vaillant résistant, foin de ce concept archi prudent et insignifiant de « non-ingérence » n’est-ce pas ? Et pour fêter sa singularité en Amériqe du Nord, cet état italien n’irait-il pas chercher un Italien de grand renom au domaine de la chanson populaire. Non ? Oui, n’est-ce pas ?

Jugez alors de notre colonialisme imbécile. Ou de l’emprise d’un simple businessman bien con, M. Gélinas. Un déraciné qui se pète les bretelles, au cash avec le Labaume (sic), maire béni-oui, oui, ces temps-ci.

DEVOIR MAINTENANT RÉMUNÉRER LES CURZI ?

Tout se tient dans notre histoire nationale : le mépris arrogant des Pratte envers ceux des nôtres qui parlent et écrivent « pas bien » et ces crachats empressés aux Curzi et tos ceux qui se posent des questions valables.

Ces attitudes de « colons frileux » nous font nous souvenir d’un snob et imbécile personnage (bien joué par Hélène Loiselle en 1965) dans « Les Belles Sœurs » de Tremblay. Une superbe conne, une imbécile dénaturée et déracinée, une maudite « fraîche », revenant de Paris, qui a honte -tellement honte- de ces simples ménagères qui « perlent bien mal ». Elle, la bouche en cul de poule avec son langage pointue à la parisienne, dérisoire, montrait la totale aliénation, une Pratte en jupons.

LE MALHEUR DE L’EXIL

Pour terminer sur une note grave ? À Avignon, au célèbre Festival d’Avignon, le doué dramaturge exilé du Liban, W. Mouawab, triste et franc, déclarait : « Je ne suis pas poète car lui, il écrit dans sa langue maternelle et moi je ne sais plus parler l’arabe. » Son désarroi palpable !

Dostoïevski, réfugié en Suisse, l’a déclaré : «Être Apatride, il n’y a pas pire malheur au monde ! » Ici, pleins de Québécois sots, jouant les « citoyens du monde », qui crachent sur leurs commencements, qui bavent sur le patriotisme. Ils se croient au dessus des bienfaits « des origines ». Mouawab, lucide et franc, avoue sa « solitude », admet une « déchirure », une « perte » (ses mots). Il admet volontiers que de créer lui est un exorciste.

DES FRAIS CHIÉS !

Quelle leçon pour nos frais-chiés qui veulent vivre en « mondialistes » explotables et corvéables à merci…, sans passé, sans histoire, sans patrie. Des ignares, non ? En un Québec aliéné encore, menacé sans cesse par l’immensité culturelle étatsunienne, hélas, nombreux sont les nôtres qui bafouent volontiers tout cela qui est si précieux comme nous l’affirme un jeune dramaturge « déplanté ». W. Mouawad se sent malheureux et perdu. Il creuse avec ses images, ses tableaux, pour un peu « d’enchantement » (son mot), malgré tout.

Nos exilés (économiques ou non), et nos concitoyens réfugiés (des guerres ou des famines), adultes conscients, doivent, avec raison, mépriser les adversaires du primordial « devoir de mémoire ». Ces nouveaux-venus, qui nous ont choisi, doivent espérer que leurs enfants à eux, nés ici, deviennent de bons patriotes. Patriotes de leur nouvelle patrie et cela malgré nos colons cocus et contents.

QU’IL CRÈVENT !

Souhaitons qu’ils crèvent l’un après l’autre, ces renégats, ces traîtres à la patrie québécoise. Et surtout qu’ils ne se renouvellent pas, qu’ils soit stériles ! Ou bien que leurs enfants, grandis, les renient et éprouvent un jour une honte salutaire de tels géniteurs « étripés », parents « peu adultes » qui consentent à tolérer et même à entretenir -sadiques que nous vouons aux diables- nos aliénations collectives. Au fond de sombres brutes bien masochistes et qui prennent jouissance à lécher leurs vieilles plaies de colonisés.

HARO SUR… LES MÉDIAS ?

Je viens de lire encore une attaque contre les médias; les communications quoi. Comme chez le fabuliste Lafontaine (« puisqu’il  faut l’appeler par son nom »), on y voit « le » coupable, « le » grand responsable de nos malheurs. Tirons sur le messager ! Cassandre, annonceur de nouvelles embarrassantes, gênantes ? À fusiller ! Un Mario Roy vient de fustiger… la presse. et autres canaux. Un Pratte le fit et tant d’autres. Des éditorialistes, juges haut-perchés, nous disent en pleine face que leurs collègues, confrères en tous genres, sont des filous, des macaques, des ganaches…des dangereux ! Étonnante attitude  cela, non ?

Le Mario de La Presse, s’attaquant aux « mauvaises nouvelles stressantes » termine sa charge anti-médias (anti La Presse donc ?) par : « Le Prozac a maintenant triplé chez les ados ». On sait pourtant que les ados ne lisent guère les journaux ! Il écrit aussi : « le bon peuple en redemande », (des frousses, des peurs). Oh, cette hauteur : « le bon peuple » ! Quel mépris ! Plein de Roy, bien au dessus des mêlées populistes,  de cette manière noble,  s’en prennent à « la présence médiatique, ses frissons virtuels…dans une société au fond sécuritaire mais qu’on finira par voir comme la plus dangereuse, la plus violente. »

Chez moi « l’heure des actualités » est comme sacrée en début comme en fin de journée mais je connais des citoyens ultra sensibles (?) qui ne lisent plus les nouvelles dans les journaux ni ne les écoutent à la radio ou à la télé. On plaque un bâillon perpétuel sur la sale gueule à débiter des pronostics sombres. Tous les Cassandre de ce monde empêchent nos petits bonheurs ! «  Ferme-la! » Et puis quoi ? Bouchons-nous les yeux et les oreilles ? C’est vrai et je ne suis pas sans péché qu’il nous arrive parfois de ces envies de fermer le clapet des annonceurs déprimants. Par santé mentale. Par besoin d’hygiène primaire. Mais je résiste. Il importe que le citoyen reste lucide, courageux aussi. Qu’il sache bien que l’humanité contient sans cesse son lot de voleurs, de bandits, de rastaquouères vicieux. Certains jours, c’est du « Allo Police » sordide à toutes les manchettes, non ? Pédophilie, suicides, infanticides, viols horribles, etc.

On peut bien reprocher la tendance (très ancienne) de faire grande part de ce qui va mal. On peut souhaiter plus d’espace et de temps d’antenne aux bonnes nouvelles que l’on néglige (qui ne feraient pas lire, pas vendre le journal, dit le petit chef à son pupitre). Cela souhaité -davantage de clarté sur ce qui fonctionne- il n’en reste pas moins qu’il serait imbécile de cacher tout ce qui grince dans le monde, loin d’ici (Irak ou Iran) ou à nos portes. Mais cette crainte de voir les jeunes déprimer est une très sotte bêtise. Allons, allons, chaque être vivant normalement constitué sait faire la part des choses. La jeunesse comprend bien que l’être humain, dans sa grande majorité, est bon. Sain. Qu’il sait de quel côté se situe le bien et le mal. La jeunesse actuelle est ni meilleure ni pire qu’avant. Elle fait face évidemment à de terribles situations, inédites aux aînés. Et puis quoi ? Étant optimiste -normal- de nature, je fais le pari que les jeunes sont très capables de lire, d’entendre,  à 17 h. ou à 22 h., le sombre menu des « nouvelles du jour » et cela sans sombrer dans la dépression totale.

Vive les places, désormais multiples, où l’on append tout sur les actualité. Il y a eu assez d’époques quand l’on dissimulait les réalités aux peuples, à ces masses indignes, n’est-ce pas de tout savoir, jauger, analyser. Assez de ces temps anciens où les nouvelles étaient cachées, censurées, réservés seulement aux aristocrates et autres décideurs, potentats, seuls détenteurs du bon jugement. La démocratie exige le dévoilement des actes de ceux qui règnent, avec des moyens énormes, ou qui nous gouvernent, élus aimés ou, au contraire, regrettés. Ceux aussi qui nous exploitent sans vergogne ! La seule affaire à craindre est le silence imposé (salut pauvre Afrique !) par des potentats, des tyrans, des despotes maléfiques. Et la puissance étonnante de certains proprios de médias qui, mauvais citoyens, très capables de camoufler les horreurs perpétrés. Non, l’homme n’est pas un animal inquiet, cher Mario, l’homme est un être qui tend à la lumière.

« LET IT BE »…

Le Québec est situé loin de la France mais tout est relatif. En 2008, la planète se rapetisse. La vitesse par ordinateur. La France, mère-patrie, c’est juste six heures en avion. Je m’approche lentement d’un Paul McCartney qui est venu de Londres pour chanter en anglais sur les Plaines. Là où se célèbre la naissance de la colonie française, il y a 400 ans; attendez, vous allez voir.

D’une part donc on est « assez loin » de la France (et de la Belgique franco, Suisse romane et Afrique-du-nord) mais on est proche de New York, de Boston, pas bien loin de Chigago. On est le voisin nordique d’un immense pays, riche, puissant, les USA. Répandant -partout sur la planète- son influence. Clair ? Ce Québec de 7 millions d’habitants francophones fait face, qu’il le veuille ou non, à 300 millions d’anglophones. C’est disproportionné ? Oui. Des visiteurs de France n’en reviennent pas, sont sous le choc -ils le disent, le publient-  quand ils débarquent ici et découvrent la relative bonne santé linguistique de ce petit îlot français. 2% sur ce continent. Nous oublions ce fait singulier. J’ai connu des Français éprouvant une émotion géante face à notre incroyable résistance. Quasiment une anomalie, c’était imprévisible. J’y arrive à Sir Paul.

Donc, s’amène 2008 et « l’anniversaire ». Avec l’idée qu’il faut fêter ça « en grande ». Qui faire venir ? Des artistes consacrés d’ici, une Céline Dion. Cela s’imposait. Qui encore ? le voyageur Robert Lepage, étonnant imagier-artificier surdoué. Le Cirque du Soleil ? Bonne idée. Qui encore ? B’en, des étrangers célèbres aussi, pourquoi non ? Le budget prévu a de gros moyens. On a jonglé longtemps ? Je ne sais pas. C’est ici qu’ on doit revenir aux faits têtus : l’Empire-USA. Une méga puissance dans l’axe anglo-saxon. Or Elvis est mort, Frank Sinatra aussi. Madonna ? Y a-t-on songé ?  Il s’agit pas de montrer « du talent français », s’agit de faire voir qu’on doit inviter un artiste « huge », venant d’ailleurs. D’où ? De Chine ? Non. De l’Inde ? Non. D’Allemagne, d’Espagne, d’Italie ? Non. Songez « empire anglo-saxon ». Pas de ce Johnny Hallyday, p’tit frenchy !  Revenons à… « ci-haut » : nous sommes sur le continent nord-américain. Les touristes « en moyens » viennent des USA. Tout ce monde-là, eh b’en, il cause in english. Alors ? Un jeune gérant-potentat a eu l’idée de faire venir un anglophone émérite, non pas étatsunien, mais britannique. Un des héros de la pop-music devenu jeune vieillard pimpant et qui fait commerce -une industrie payante- de nostalgie. Revenant de Kiev en Ukraine -imaginez-vous le gros sac de fric offert- la vieille idole a dit : « Yes, Kouaybec City, here I come ! »

Il y a très longtemps, le comité aurait invité les célébrissimes, disons, Ballets Russes. Les temps ont changé. Fin des salles de concert pour élites, on ouvre de vastes prairies (Woodstock), on y sème des « dame pipi » en cabanes,  on pose des écrans géants, des colonnes de haut-parleurs. En avant la zizique ! Oubliez Mozart, Seigneur ! Le ballet est un art réservé aux aficionados. L’époque actuelle fonce de tapages en tapages. De bruitages en bruitages. Boum-boum, le rythme est roi. L’ex-star Sir Paul, aux si jolies chansons -que j’aimais-  fait moins de bruitage que tant d’autres, cela a éliminé les voyous -music’s holligans-du show. Se frottant les mains, les  organisateurs ont imaginé les foules d’adultes, jeunes et moins jeunes, qui ont les moyens d’acheter de grands gobelets de bière. Et des cossins variés !

Bien compris tout le monde ? Ce dimanche-là : Champlain devenait un show, pas une cérémonie de prestige ou un événement historico-culturel. Il y en a eu. Avec de jolies médailles, des diplomates invités dans des salons à dorures. L’anniversaire 1608, c’est aussi un business. Mes amis Curzi ou Falardeau doivent saisir que le patriotisme au sein de ces chiards devient hors-sujet. Doivent se rentrer dans la tête que Québec est en nord-amérique où il y a 300 millions de têtes-de-pipe à écus sonnants et trébuchants. Que Céline, aussi businesswoman, chante dans la lange d’Elvis, sans trop d’accent. Que la sauce internationale est always anglo-saxonne. Le poète  Vigneault, connu et apprécié en francophonie, est un inconnu aux states. Ces continentaux, nos voisins, sont en majorité, des xénophobes et sont embarrassés par la variété des cultures du monde, se contentent de leur « vaste » enfermement.

AMOURS D’UN GOÉLAND ET D’UNE BERNACHE

     Vous avez vu au petit écran ces drôles de cigales rongeuses d’hêtres. Ouash ! Et, toujours à la télé, ces larves verdâtres écoeurantes dévoreuses de récoltes ? Re-ouash ! Ma Raymonde : «  Tu vois ça ? Cesse un peu de louanger le monde des bibites, il y en a d’indignes. » Quoi, me rabattre sur le règne minéral ? Je collectionne de jolis galets, « mes chères pierres chanceuses », mais de là à en faire de grands éloges, cela qui ne remue jamais. Elles, les bipites bougent.

        Matin de brume, ce jeudi au ciel mat et nos collines laurentiennes sont toutes enveloppées d’une très pâle ouate. Rideaux diaphanes, sorte d’entoilage, l’ouvrage d’un Christo. Midi s’amène et le paysage est vite dégagé de ses tentures romantiques. À l’eau canard ? Oui. De mon rivage, je tend l’oreille : Marc Labrèche ? Où se cache-t-il ? Je parle de son laideron favori, la célèbre grimaçante grenouille, Yolande.

       

CREVE-YEUX ET PERCE-OREILLES !

       Parlons grenouilles : il y a des années, j’avais joué le goddam Monkton de 1755 en Acadie en organisant un « grand dérangement ». Avec des petits-fils à filets, des grenouilles quittaient « de force » le delta du lac à l’ouest pour installation obligatoire chez nous. J’avais lu que la gente batracienne  dévorait mille moustiques à la minute. Chacun ! Une aubaine. Mange ma Yolande, mange.

       Étendu sur le quai, j’écoute les cris prompts de deux -ou trois- grenouilleuses. Certains de leurs gutturaux borborygmes sonnent très creux, crapaud-buffle ? Au dessus de ma tête, vivant escadrille d’or et d’argent, des libellules. Alias demoizelles. Alias crêve-yeux aussi. Ce terme. Enfants apeurés, les apercevant, on se bouchait les yeux. Autre terme : « perce-oreilles », une autre bibitte mal aimée. Au milieu de mon petit pré, me retournant, je vois Valdombre-le-pelé jouant encore le fauve-de-vaudeville et de mes demoizelles métalliques filent vers lui. Yeux à crever ? Hon ! Soudain, spectacle curieux sur mon petit radeau; un couple d’un genre inusité. Voici une bernache (mâle sans doute) qui se dandine autour d’un goéland (une goélande ?). Oh, la parade ! Le canard fringant s’ébroue, fait de l’esbroufe, ouvre et referme sans cesse les ailes, va, revient, joue du cou et du bec. Il fait le beau quoi. La « goélande », elle, impassible sur le radeau, observe et, sans doute, s’étonne de voir un séducteur « pas de sa race ». Je jouis du spectacle, délaissant une biographie de ma très chère Colette. Oups ! Indifférence ou méfiance ? Macdo, l’oiseau blanc convoité s’envole avec superbe vers la plage municipale. C’est le cas de le dire, le bec à l’eau, fin seul sur l’eau, « le »  bernache se calme le pompon. En voilà des mœurs !

 

DONALDA EST ENCEINTE ?

       Je n’aime pas nos goélands, arrivés par ici avec l’établissement de tant de nouveaux restos rue du Chantecler. Ils salissent mon radeau, que de crottes à ramasser ! L’an dernier, j’avais mis un faux hibou comme repoussoir du dollarama adélois car on me recommandait la chose. Foutaise. Dès que posé, il s’amena davantage de goélands chieurs. Mon épouvantail de plastique gît, inutile, dans une haute branche de sapin. Pas loin de Mario, mon hénaurme girouette made in Val David, cadeau du fils. Mario, nous montre -à peu près- d’où vient le vent. Sous Mario, Valdombre, ventre à terre, redresse les oreilles, regard fixé sur l’armada de demoizelles.

         Passage de nuages inattendus, ciel qui se couvre. Valdombre recule -ce vieux chat a une « renverse » ma foi- retraite et vise la balançoire du voisin Maurice, y grimpe. Un môme, un marmot, ce vieux félin pelé.  J’écoute Yolande. Macdo revient pour observer son bizarre Roméo-à-plumes. Qui n’est plus là ! Il fait beau et bon, c’est le bel été. Voici notre marmotte sortant du dessous de la galerie et se fait aller la grasse bedaine. Donalda serait enceinte ? Ou trop gourmade ? Trottinant vers la haie très fournie de chèvrefeuilles, elle cherche son mari volage ? Bon, assez joué le fainéant sur grève, voici Maurice, armé de ses outils. J’ai un précieux voisin qui est aussi un bricoleur éméritus : « Alors mon Claude, ta cuvette défectueuse, c’est aujourd’hui qu’on la change, oui ?  »    

        Adieu mes p’tites bêtes. Au travail. Le Maurice expert m’enverra chez Rona. Puis chez Théoret. Youpi, je me console de l’abandon de mes bibites  car un homme, c’est bien connu, n’a pas de lieu mieux chéri qu’une  quincaillerie ! « J’y cours, Maurice, j’y vole ! » Ne me suivez pas les crève-z-yeux !

 

 

             

LE CAS D’UN « ADÉLIGATOR » ?

Il y a des limites. J’ai parlé de l’ours-du-Sommet-Bleu, sorte de yéti, des chevreuils en dévoreurs de haies de cèdres. De l’orignal-aux-pommettes chez Jodoin. J’ai narré mes bêtes rôdeuses, racoons, moufettes, rats musqués et marmotte- Donalda sous la galerie; il y a couple désormais, sachez-le. Vous savez mon bouffon Jambe-de-bois la queue en l’air, mon tigré Valdombre, au pelage bin magané… Quoi encore ?
Voilà-t-y pas qu’un matin d’il y a quinze jours, une voisine Ouellet, deux lots de chez nous, me raconte les visites d’un coyote, petit loup « qu’on aurait aperçu du côté de la plage municipale. » Quelle faune en plein village ! N’en suis pas trop surpris. À Ahuntsic, des voyageurs de nuit en quête de déchets à déguster longent le chemin de fer, avenue de Port Royal. Furent surpris dans des cours des rues voisines, Sauvé, Sauriol.
Des écoliers marchant au catéchiste (non, c’est fini ça) marchant au skateboard… témoignèrent à ma fille, rue Prieur angle Chambord : « coyotes en vue madame ! » Bref, j’écoute ça et, un peu plus tard, au rivage des Ouellet, floue, lointaine vision d’une « remuante tache rousse ». Coyote ? Je dévale l’escalier et, très prudent, je tente de mieux voir l’intrus roux, me dissimulant derrière mes pins.

ADIEU AU PETIT-LOUP
On voit pas bien car deux haies touffues me séparent du roux fringant ! Soudain, la rousse bête se secoue, s’agite, saute en l’air, fait des tours sur elle-même et, zut, disparaît à l’ouest du terrain, chez l’amie Nicole, « la grand’femme-du-docteur » pour parler le claude-henri-grignon. Je ne vois plus le —peut-être— coyote et n’ose aller enquêter. La peur. Oui car, venues de mon enfance, de tristes z’histoires de coyote agressif me hantent.
En vieillissant, vous verrez les jeunes, deux choses : on pleure plus souvent (aux films tristes) et on craint des attaques sournoises. Alors, je rentre penaud. S’il y a dommage « carnivore » du fait d’un coyote enragé, je l’apprendrai en lisant La Vallée, non ?
Mais quand je raconte le coyote à l’ancêtre bavard, à la mémoire d’archiviste, McKay, le voilà qui trépigne : « Un coyote ? C’est rien ça. Vers 1930, mon jeune (hum !), en fin d’été, le gamin d’un touriste aurait jeté dans le lac sa bestiole. Un pet griffu monstrueux et qui serait devenu une calamité. Oui m’sieur, plus personne ne voulait se baigner au lac Rond. » Je m’installe sous pergola au jardin de cet ex-couvent de briques rouges, rue Lesage; j’aime les raconteux : « 1930 ? À quelle bête marine faites-vous allusion ? » Heureux de me voir appâté : « Oh ça ! On a pas pu retracer le garçon et on a jamais pu savoir de quelle espèce au juste était la bibitte dont il s’était débarrassée. »

L’AGRANDISSEMENT DU CAÏMAN
« Chose sûre, mon p’tit garçon (hum !) comme pour alligators ou crocodiles, la « chose » mise à l’eau a pu s’agrandir, grossir. S’ajustant vite aux dimensions du lac. » Mon conteur, fier de m’avoir captivé, me dit l’avoir « vu de ses yeux vu » au printemps de 1934. « Mon ami, ce fut en quelques saisons un sorte de serpent géant qui nageait du côté du Chantecler. Des loustics la voyaient : de longs crocs jaunâtres, une peau d’écailles verdâtres, une gueule de dragon chinois, une lourde queue qui battait férocement l’eau. Le tout reposant sur quatre pattes palmées. Un horrible griffon ! »
Je restai jongleur : « Vous me menez en bateau ? » Lui : « Pantoute, essayer de retrouver des journaux de 1933-34, vous verrez, on en a parlé dans tous nos cantons. Sérieux comme un pape, McKay continua : « Plus de touristes, plus de baignades, des recherches, avec des grappins puissants, des phares, jours et nuits, furent faites dans tout le lac Rond. Rien. Un certain mois de novembre de 1936, on retrouva la queue de la bête. Toute Moisie. Putréfiée. Se décomposant. La mort. Ce fut la fin des cauchemars et on a supposé que le monstre, exilé malgré lui de la caraïbe, s’était épuisé à mort de vouloir s’échapper de Sainte-Adèle. Soulagement, en été de 1937, la vie reprit son cours joyeux. »
Satisfait, mon McKAy s’en va, avec sa mine du chat raminagrobis, content de son effet. Et moi qui jonglait à un simple coyote échappé de nos bois, ça ne pesait pas bien lourd face à un alligator adélois jeté de son bocal… Prière, si vous fouillez d’anciennes annales, de confirmer l’adéligator !

Ô ANIMAUX !

C’est vraiment l’été. Le temps donc des animaux en plus grande visibilité. Ainsi, certains des canards migrants nagent encore sur le lac. Ils n’iront pas plus loin donc et pas plus au nord ? Ma voisine Savard –madame-docteur hilare– me raconte ses marmottes à elle -là où jadis La Chaumière régnait avec raison et mérites. Sont-ce des descendant de ma Donalda sous l’escalier ? Et  pas gênées pantoutes, elles lui passent entre les pattes alors que Nicole s’affaire au jardin.

Plus étonnant ? Ma fille Éliane, de retour d’une noce jasminienne (on était à Ogunquit) aux rives du Richelieu, à Saint-Antoine où, m’assure-t-elle, sorties de jolis étangs, des rainettes grimpent aux arbres ! Aïe ! Et chantent comme des oiseaux ! Au secours ! Une personne charitable voudra-t-elle confirmer de ces grenouillettes-oiseaux. Ou bien me suggérer qu’à ce mariage on en a fumé du bon. L’autre soir, un soir de douceur rare, attablé avec Aile pour d’excellentes coquilles ( linguini alla vangole ) à l’Esméralda du Chemin Chantecler, de nouveau belle vue sur le lac de canards qui s’épivardent en d’étonnantes taquineries ! Des oiseaux ludiques ? Bon, il n’y a pas que les bêtes pour réjouir l’homme, il y a l’homme aussi. Ainsi, il nous est revenu, rue Valiquette,  comme à chaque été revenu, l’homme aux fruits et légumes si frais avec son modeste étalage de tous les matins. Je souhaite un tel  p’tit-homme-la-joie dans tous nos villages aux alentours. De ces marchands joyeux qui jacassent, pleins d’humour avec le monde de son chaland.

MARCHANDS DE JOVIALITÉ ?

P’tit-homme-la-joie, à chaque visite, me replonge dans cette atmosphère de jadis quand, à deux rues de chez nous, vingt, cent, maraîchers emplissaient l’air du marché de leurs appels, interjections, protestations et cris joyeux. Simple gamin, j’entrais vers les halles (avec ma voiture et ma mère !) avec un sentiment accru de vivre vraiment. Oh le beau tumultueux brouhaha intense du marché Jean-Talon. Cela devenait un spectacle de vie intense. Les cris des poules ! Les bavardages croisés des clientes et marchands, ces négociations incessantes, tout cela formait de grouillantes  tranches d’une existence que l’on chérissait alors.

J’en ai gardé une nostalgie vive. Qui se console un peu chaque fois que je découvre, n’importe où, des tétragones rustiques, vite installés, des paniers, des casseaux, des barquettes, du frais manger offert en plein air avec un marchand guilleret qui vante ses lots sans vergogne.

A BÊTE MARINE SANS NOM

Au fait, pourquoi donc chaque fois que j’entre dans Saint-Sauveur, dans sa célèbre rue principale, cette impression de fête ? À quoi tient cela ? L’air comme festif et qui fait que l’on se sent une sorte d’invité que l’on va choyer, bichonner. Un mystère ? Un lieu rare car du «vieux » Saint-Jérôme-sur-rivière avec ses jolis cafés et ses boutiques, jusqu’à Sainte-Agathe-sur-le-lac avec son noyau rénové, sa place-de-plage d’un parc embelli, il faut l’avouer, Saint-Sauveur, reste unique. Bien entendu il y a la variété des sites -salut à Orange et pamplemousse– où déguster en terrasses. On y trouve la restauration classique : « Italien-Asiate-Grec ».  Mais il y a, supplément peu commun, une électricité d’accueil dans l’air ? J’en jase car, j’y ai des connaissances et on n’y cause jamais animaux, gros ou petits ! Pourquoi cela aussi ? Saint-Sauveur minéral aux falaises minérales inouïes, végétal, bien fleuri et rien pour les animaux ?

Moi, je ne me lasse pas du monde animal, des rainettes-oiseaux aux-branches-d’arbre jusqu’à mes poissons rouges du rivage si loin de la mer caraïbe. De mon géant Alligator mythique ou, si minuscules…toutes ces fourmis noires qui grouillent sur tous les bras de notre escalier. Une biblique plaie d’Égypte et Raymonde, excédée, a concocté une sauce mortelle sur pièces d’ouate imbibées. Espoir d’une mort collective. Hon! Viennent-elles, ces mini-bestioles, de mes si belles pivoines blanches, hélas, qui meurent si vite ? « Tout casse, tout passe, tout lasse », répétait mon père. Ici, ce matin de juillet, nez à terre, voici Valdombre-au-guet. Là, lustré, luisant, mon gros rat musqué, Monsieur, nage sur le dos, bedaine en l’air !

Oh, depuis peu, fugitives visions, j’ai vu fuir devant mon râteau qui ramasse limon noir et feuilles mortes, algues violettes, une étrange petite chose… Qui me fait peur. Ses pattes palmées, son dos bossu, sa peau rosâtre, une sale gueule de travers, des yeux comme deux clous de girofle et sa vitesse de fuite est imbattable dès que je veux l’approcher ! Ma foi on dirait une gargouille de 2008; mon Dieu, on dirait un restant des âges préhistoriques. Je me tais. Je guette avec prudence et je vous reviendrai…