« LET IT BE »…

Le Québec est situé loin de la France mais tout est relatif. En 2008, la planète se rapetisse. La vitesse par ordinateur. La France, mère-patrie, c’est juste six heures en avion. Je m’approche lentement d’un Paul McCartney qui est venu de Londres pour chanter en anglais sur les Plaines. Là où se célèbre la naissance de la colonie française, il y a 400 ans; attendez, vous allez voir.

D’une part donc on est « assez loin » de la France (et de la Belgique franco, Suisse romane et Afrique-du-nord) mais on est proche de New York, de Boston, pas bien loin de Chigago. On est le voisin nordique d’un immense pays, riche, puissant, les USA. Répandant -partout sur la planète- son influence. Clair ? Ce Québec de 7 millions d’habitants francophones fait face, qu’il le veuille ou non, à 300 millions d’anglophones. C’est disproportionné ? Oui. Des visiteurs de France n’en reviennent pas, sont sous le choc -ils le disent, le publient-  quand ils débarquent ici et découvrent la relative bonne santé linguistique de ce petit îlot français. 2% sur ce continent. Nous oublions ce fait singulier. J’ai connu des Français éprouvant une émotion géante face à notre incroyable résistance. Quasiment une anomalie, c’était imprévisible. J’y arrive à Sir Paul.

Donc, s’amène 2008 et « l’anniversaire ». Avec l’idée qu’il faut fêter ça « en grande ». Qui faire venir ? Des artistes consacrés d’ici, une Céline Dion. Cela s’imposait. Qui encore ? le voyageur Robert Lepage, étonnant imagier-artificier surdoué. Le Cirque du Soleil ? Bonne idée. Qui encore ? B’en, des étrangers célèbres aussi, pourquoi non ? Le budget prévu a de gros moyens. On a jonglé longtemps ? Je ne sais pas. C’est ici qu’ on doit revenir aux faits têtus : l’Empire-USA. Une méga puissance dans l’axe anglo-saxon. Or Elvis est mort, Frank Sinatra aussi. Madonna ? Y a-t-on songé ?  Il s’agit pas de montrer « du talent français », s’agit de faire voir qu’on doit inviter un artiste « huge », venant d’ailleurs. D’où ? De Chine ? Non. De l’Inde ? Non. D’Allemagne, d’Espagne, d’Italie ? Non. Songez « empire anglo-saxon ». Pas de ce Johnny Hallyday, p’tit frenchy !  Revenons à… « ci-haut » : nous sommes sur le continent nord-américain. Les touristes « en moyens » viennent des USA. Tout ce monde-là, eh b’en, il cause in english. Alors ? Un jeune gérant-potentat a eu l’idée de faire venir un anglophone émérite, non pas étatsunien, mais britannique. Un des héros de la pop-music devenu jeune vieillard pimpant et qui fait commerce -une industrie payante- de nostalgie. Revenant de Kiev en Ukraine -imaginez-vous le gros sac de fric offert- la vieille idole a dit : « Yes, Kouaybec City, here I come ! »

Il y a très longtemps, le comité aurait invité les célébrissimes, disons, Ballets Russes. Les temps ont changé. Fin des salles de concert pour élites, on ouvre de vastes prairies (Woodstock), on y sème des « dame pipi » en cabanes,  on pose des écrans géants, des colonnes de haut-parleurs. En avant la zizique ! Oubliez Mozart, Seigneur ! Le ballet est un art réservé aux aficionados. L’époque actuelle fonce de tapages en tapages. De bruitages en bruitages. Boum-boum, le rythme est roi. L’ex-star Sir Paul, aux si jolies chansons -que j’aimais-  fait moins de bruitage que tant d’autres, cela a éliminé les voyous -music’s holligans-du show. Se frottant les mains, les  organisateurs ont imaginé les foules d’adultes, jeunes et moins jeunes, qui ont les moyens d’acheter de grands gobelets de bière. Et des cossins variés !

Bien compris tout le monde ? Ce dimanche-là : Champlain devenait un show, pas une cérémonie de prestige ou un événement historico-culturel. Il y en a eu. Avec de jolies médailles, des diplomates invités dans des salons à dorures. L’anniversaire 1608, c’est aussi un business. Mes amis Curzi ou Falardeau doivent saisir que le patriotisme au sein de ces chiards devient hors-sujet. Doivent se rentrer dans la tête que Québec est en nord-amérique où il y a 300 millions de têtes-de-pipe à écus sonnants et trébuchants. Que Céline, aussi businesswoman, chante dans la lange d’Elvis, sans trop d’accent. Que la sauce internationale est always anglo-saxonne. Le poète  Vigneault, connu et apprécié en francophonie, est un inconnu aux states. Ces continentaux, nos voisins, sont en majorité, des xénophobes et sont embarrassés par la variété des cultures du monde, se contentent de leur « vaste » enfermement.

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