LE VÉLO DES PETITS MATINS !

     J’entre vite dans l’eau ce matin-là et bang ! Face à face avec six cannetons et leur moman ! On se regarde de part et d’autre.  Personne ne bouge ! Bof, je retraite le premier et  remonte sur ma rive. La sainte famille à palmes et à plumes repart. Sorte de promenade maritime matutinale ? J’observe cette famiglia qui contourne tout, quais, radeaux, petites baies, monticules gazonnés. Le surlendemain, ils y sont de nouveau ! Comique de les voir parader si calmement, si fièrement semble-t-il. La mother à long cou en avant ou, plus souvent, fermant la marche. Me voilà apaisé, tout réjoui par ce défilé de bernaches, images du bonheur champêtre. Mon Dieu que nos vies tiennent à peu de choses pour se transformer en paix et bonheur !

      Entre-temps, le matin, sortie des vélos. Rituel pour moins de vingt kilomètres : partir tôt, ventre vide, de l’ex-gare de Ste-Marguerite Station, filer vers « Plein Air », le bistrot de « la belle mexicaine » à Val David. Un trajet d’une dizaine de tableaux naturalistes différents. D’abord, nord-est de Sainte-Ad, de la forêt. Dense. Un jour,on y vu gambader, traversant la piste, bon nombre de jeunes chevreuils, image à la sauce waltdisneyienne. Ombreux chemins et donc fraïcheur !

 

FUNESTE RENCONTRE

Ensuite, Nous traversons un chemin de terre battue et nous finissons par quitter ces lourds boisés, bouleaux blancs et gris, petits pins, hauts sapins, hêtres, ormes et érables en quantité,  pour arriver à cet imposant  tunnel aux deux hautes falaises. J’imagine chaque fois  les cantonniers de l’ancien temps -du gros labeur- l’installation du « Train-du-Nord », dynamite et sueurs, pics et pelles.  À l’orée de ce tunnel pierreux, brouhaha soudain ! Un homme retient son grand chien en laisse. Le furieux cabot grogne, il veut assassiner quelque chose. Mais quoi ? Nos cris de surprise car voici le motif de sa rage : un porc-épic ! Énorme bête, le pelage hérissé. Mon premier… Sa large queue. De castor on dirait.

       On dirait qu’il va foncer vers nous. Vélo en mains, notre reculade car « l’épic » affolé en est imprévisible. Il contourne

une des parois, le cabot, un  molosse, va fendre sa laisse ! Cris fous. Le porc-épic, yeux clignotants,  énervé, descend vite vers la rivière invisible à nos yeux mais dont on entend les rugissements. Fin ! Le cerbère se calme. Son maître aussi. On remonte en selles. Plus tard, À la radio, étonnés, Raymonde et moi, nous entendrons vanter le goût particulier du, oui, oui,  porc-épc cru ! Retour actuel à la sauvagerie hein ! Pédalons. Traversée du faux tunnel, et c’est la Nord bousculé, ce ravin de bruits revigorants, sommet de cette excursion, ce chapelet de cascades aux écumes brassées. Comme malgré nous, on y stoppera souvent, fascinés. Furtif chargement d’énergie par osmose ? Laissez-nous rêver…

        Puis la Nord continue sa lente ascension. Toute calmé soudain. Parsemée bellement de blocs erratique, rochers tout nus, certains couverts de petits arbres-nains qui s’accrochent. La Nord se nous et se dénoue, caprice naturaliste. Voici plein de canards couleur chocolat, du genre «  80 % cacao » !

 

ET LES CRAPAUDS CHANTENT LA LIBERTÉ ?

À mesure que nous nous éloignons de Sainte-Adèle, que Val Morin se rapproche, la nature se « désauvagise ». Moins de collines. Moins d’arbres aussi. De bonnes odeurs, à plein nez, effluves appréciées : celles de fleurs inconnues ou senteurs d’herbes rares, giroflées ? Senteurs bénies de fruits sauvages ? Notre méconnaissance de la nature nous garde dans le mystère. Le matin, rares pédaleurs à croiser, un gros patapouf  mais rapide, casqué, ganté qui ne voit rien; il est en Tour-de-France ? Ou cette trop maigre adolescente qui sue sur son pédaloir. Ou un lent marcheur à bâton de pèlerin qui nous salue, rapide joggeuse qui surveille ses calculs, une-deux, une-deux. Un couple de Japonais, kodak au cou, le nez en l’air. Un gamin pêcheur à longue canne, une religieuse retraitée prie (?) sur un banc en aval du lac, dans une de ses deux larges baies. 

       Soudain -nous sursautons à chacune de nos randonnées en vélo- des cris rauques, prompts, secs, le primaire langage, comme abrupte, des batraciens des « terres basses ». Que l’on traverse avant la plage municipale de Val Morin. Milieux humides donc avec des quenouilles ou de lumineux lotus, des blancs, des jaunes. Voici encore plus de beauté : le lac Raymond. Voici sa « si jolie petite plage » (titre connu), hélas, interdite pour cause de puisards débordants à Ste Agathe; réparez vite vos égouts dégoûtants !

       Repos ? Voici la neuve mini-gare reconstruite, halte pour visite chez Charly ? Et ce sera, derniers efforts, la hâte de l’œuf, du café doux de notre « belle mexicaine. On redouble donc d’énergie. Voici un chemin de traverse en sable, quelques rares chalets bien camouflés. À une croisée de chemins, un bac à fleurs fait d’une voiturette ! Sur des côtes au dessus de nos têtes d’amateurs de « petite reine » un gros domaine à piscine, mal caché, avec sa triste barrière de type Frost !

        On arrivera. Ce faux champ, un chemin inconnu, ouvrage de bull avec son tas de moellons pour former dolmens cons. Lire « private property ». On file plus vite. Talles de beaux et hauts mélèzes, puis derniers épiceas. Courage. La rivière proche de La Sapinière. Fin. Nos bécanes mises à la clôture de la terrasse de Plein Air. Encore 8 kilomètres au retour. Buvons le café.

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