MOURIR EN ÉTÉ EN ALGÉRIE ?

Le grand Pascal (Blaise) déclarait : «  Le malheur de l’homme c’est qu’il ne peut rester assis dans sa chambre. » Devenu vieux, je m’étonnes de rester longtemps -bien longtemps- assis sur ma galerie. À écouter un pic-bois acharné par exemple. À guetter mon matou-Valdombre sous les sapins, à rire de mes Donalda et Alexis, marmottes qui se cognent le nez partout. Ou bien à voir naviguer avec superbe « Monsieur », mon rat musqué. Mais jeune, rester assis ? Non. « Une vraie queue de veau », disait ma mère.

Voici un jeune neveu, Christian, engagé par la très solide firme d’ingénierie « SNC-Lavalin ». Tout le monde est content mais il aurait pu partir, à contrat, pour l’Algérie, là où ça vient de sauter à mort. On vient d’écouter ça aux actualités télévisées ! Ne plus jamais nous revenir. Ce « paquet de tués » dans un de ces attentats « islamistes ». Mais non, mon neveu est parti travailler très au nord de l’Algérie en atlantique-nord,  dans l’âpre pays de l’une des plus belles chansons de Dubois quand Claude évoque des chiens hurleurs, des glaces luisantes, des rochers enneigés, oui, Christian analyse des sols là, au lointain Labrador. Rien, mon pauvre Pascal,  d’un « assis dans sa chambre » hein ?

La mort en Algérie, merde, au pays de l’enfance ensoleillée du grand Camus, le p’tit garçon pauvre et  intelligent  -« prix Nobel »- d’une femme de ménage. « Assis dans votre chambre », à l’abri de tout  fanatisme, promettez-moi de lire « L’étranger », curieux bref roman, hypnotisant, inoubliable. Mais, à part un Christian Boucher, il y a un Thomas Jasmin qui est un des cinq petits héros de mon récit « Des branches de jasmin ».

Mourir en été en Espagne ?

Mon Thomas grandi n’ira pas en Algérie, non. Avec ses économies d’un job-étudiant il a filé en Europe avec deux amis. France, Tchéquie, Hollande, Belgique et, dernièrement en Espagne. J’entends un air de guitare, ô flameco !,  un chant du poète Federigo Garcia Lorca et il a vu les « molles architectures » de Gaudi. Le papi –assis s’u’a gal’rie– à Sainte-Adèle, écoutait les nouvelles. Oh la la, bang ! En Espagne justement : un avion vient de s’écraser; bilan :150 morts. Mon jeune Thomas ?  Mourir en été ? Non. De Val David, téléphone de Daniel, mon fils, qui me rassure : « Oui, Thomas était dans un avion. Mais pour Paris et il s’en revient. » Ouf !

Je suis d’une génération qui voyageait si peu : avoir vu la Gaspésie à vingt cinq ans ! Voir un jour Londres, Rome et Paris. En 1980, à presque 50 ans grâce au fric d’un prix littéraire, le France-Québec (pour « La sablière »). L’amie Monique Miller, elle, part pour Paris à l’instant et pour la énième fois, connaissant aussi bien la prestigieuse mégapole culturelle que notre métropole.

Quand je chante « revoir Paris », c’est pas l’envie qui manque mais je fais des calculs : il y a ceci et cela, les préparatifs, les prévisions, les réservations, des complications possibles. Frayeurs connes et craintes niaises ? Prétextes pour ne pas partir ?  C’est dérangeant voyager n’est-ce pas ?  Des valises, les passeports, des billets, des hôtels. Et… l’avion (qui tombe en feu à Madrid !) que n’apprécie guère ma dulcinée. Bon, on y va pas. Plus facile. Paresse ? Ça se peut. Anti-nomadisme crasse ? Sommes devenus des sédentaires profonds ? Ça se peut. La sainte paix et à tout prix ? Éviter ainsi des désagréments. J’ai un peu honte d’obéir à la sagesse du fameux penseur, Blaise Pascal : «…le bonheur, rester assis dans sa chambre ».

L’avion qui s’abat !

C’est qu’ « on est si bien sur la terre où nous sommes nés » (Louis de Ratisbonne). Les années passent, nous serons très vieux un jour, éprouverons-nous des regrets ? Peut-être. Mais qui osera l’avouer : certains (beaucoup ?) partent « sans cesse » pour, comme on dit, changer « leur » mal de place. Sans le dire, à personne, ils ont mal, insatisfaits de leur existence, ils s’ennuient avec eux-mêmes. La compagne, le compagnon de vie, hélas, ça ne suffit plus guère au bonheur. Il y a lassitude ou trop de mauvais souvenirs, des erreurs de conjugalité, des griefs rentrés, tus, cachés…enterrés par « l’accommodement raisonnable » du vouloir vivre ensemble malgré tout ».

Alors, l’agence de voyage, allo ?

Partons. Oublions. Se distraire de nos mornes existences avec l’exotisme d’un « ailleurs ». La croisière de vies à la dérive fera mine de s’amuser, quoi, on verra des nouveaux visages : « Bavardons sur le pont, montrons photos des petits enfants charmants, de nos jolies demeures rafistolées. » J’ai eu des confidences.Tout cela n’excuse rien, ni ma paresse, ni mon besoin de confort tranquille. Rester assis dans la chambre, vieux Pascal ? Le bon fauteuil moelleux et louer d’excellents  films sur DVD. Aller au cinéma Pine en bas de la côte (« Batman » ? Joker fascinant mais c’est trop long, ça finit pas) ou lire (ma vraie passion, lire) d’excellents romans nouveaux.

Guetter mes petites bêtes… Hélas,  tempus fugit, j’aura 80 ans, j’aurais mal à mes vieux os, serai plus sourd que jamais avec la vue toute faible. Ce sera trop tard pour dire : « revoir Paris ». Thomas -ou mes autres petits-fils- viendra me narrer des anecdotes de ses voyages. Comme le Grec Ulysse, bonhomme Homère, il a fait un beau voyage. Moi, le pépère, bien dans mes coussins (content Blaise Pascal ?), je me bercerai en guettant le chat Valdombre, la marmotte Donalda, Rat-Monsieur. Peut-être un porc-épic égaré… Ou bien ce sera encore l’hiver et, ma canne à la main, le vieillard fera le tour du lac sur son anneau ? Mon Thomas aurait pu dire : «  Les gars, si on allait aux Canaries voir où l’auteur -de Shippagan, de Kamouraska et de la si belle toune « Évangéline »- Michel Conte est mort ? » Et l’avion qui s’abat !

UN RIEN ME MET EN JOIE ?

À quoi tient le bonheur ? Vieille question. On lit des reportages sur de grands  richards pourtant malheureux. Il y a la détresse entière de certaines populations. La misère n’est pas toujours la même, tout le monde le sait, dans Hochelaga ou au fond d’une contrée en Afrique. Là où des enfants doivent survivre dans le dénuement total. Il n’empêche que la pauvreté extrême est insupportable que ce soit ici, dans un joli village laurentien ou dans une campagne lointaine, exotique.

Il y a un immense scandale au delà de ces considérations. Un vrai, un effrayant : de nos gens, ici, qui profitent de tous les progrès coutumiers et, pourtant, qui se plaignent, qui se lamentent jour après jour. Des ingrats. Un proverbe que j’estime, si vrai : «  La familiarité engendre le mépris ». Ces braillards ingrats sont les habitués, les familiers, de nos modes de vie si confortables. Alors, ces sinistres bougons les méprisent donc.

LE DON DU P’TIT BONHEUR

Cela dit, à voir certains éternels chialeurs, j’en arrive à croire volontiers qu’il y a un don -inné, acquis- pour le bonheur, pour une propension au bonheur, oui, que certaines personnes ne sont pas disposés à être heureux. Mais les adeptes des chansons légères entonnent avec plaisir l’immortel Charles Trenet : « Un rien me fait chanter… Vive la vie ! » Je l’avoue, un rien me met en joie. Ainsi ce joyeux vol, comme fou, de nos mésanges engrangeant des fruits sauvages ces temps-ci. Ou, ce matin, ce rayon de soleil sur le tapis. Laine changée en vitrail. Ce gros chien beige si pacifique au quai des voisins, Matisse, cinq ans, gamin de notre menuiser Jean-François, tout fier de récolter de tout petits crapets.

Oui, un rien peut faire chanter. Dont ceux qui ne méprisent pas ce qui est familier. Rester les yeux bien ouverts, neufs.

Si c’est inné, pas de mérite alors ? Ça se peut. Tenez, je m’amuse à déceler au fond des voitures d’enfants de futurs citoyens heureux. Rien qu’en voyant les visages des bébés. Un jeu ? Je ne sais trop. Il me semble qu’à simplement découvrir, sur un trottoir, de ces petites joyeuses bouilles, frimousses gouailleuses déjà, c’est un signal, oui, de prédisposition au bonheur, à la joie de vivre. Face à certains minois qui font déjà grise-mine, déjà une gueule d’enterrement parfois, b’en…oui, j’y décèle une tendance au malheur plus tard. Ce n’est pas scientifique, certes.

Certains dans mes entourages me disent un type « de tempérament joyeux, volontiers blagueur, parfois farceur ». La vieille expression : « il a bon caractère ».  D’autres encore, les sévères et les sérieux, les « graves » dit le Saguenay,  disent : : « jamais sérieux, plutôt  insouciant et même inconscient. » J’avale. Qu’ils sont donc méchants ? Francs, diront mes contempteurs. Je dois l’avouer, tempérament ?, je suis ainsi fait. Il me faut un embêtement bien grave pour « me gâcher ma semaine » (Félix). Me faire perdre ma bonne humeur. Le plus souvent je supporte l’existence avec légèreté; ma nature sans doute. Vrai, aucun mérite, aussi je ne m’en vante pas.

LE GAMIN ASSASSINÉ PAR LA POLICE ?

Difficile de rester joyeux ? Oui. Tout récemment, des jeunes gens prennent l’air dans un parc du nord-est de la métropole. Deux policiers -un homme et une femme, loin du dabadabada de Claude  Lelouch – veulent interroger l’un d’eux. Voici la peur, la méfiance. Des deux côtés, grands enfants et adultes. Un gamin déteste voir son grand frère se faire bousculer et s’interpose. Un policier tire plusieurs coups et le petit frère meurt. Bavure. Émeute et ses conneries.

Ce policier si fragile, sans jugement solide, pas fait pour ce job, souriait-il, petit bébé dans sa voiturette ? Je ne ais pas. Des doutes. Mais bon, la vie, la vie, si sotte parfois autrement, oui, un rien me met en joie. L’écureuil fou dans le haut sapin. Des marguerites d’un blanc éblouissant dans un champ ingrat, modeste. Deux épis de maïs. Un chat jaune. M’accable aussi ce jeune mort pour rien dans un parc ordinaire.

Un rien me fait chanter ? Mais oui. La vie offre mille et mille occasions d’avoir le coeur en fête -ne rien mépriser- regarder à neuf nos familiarités environnantes. La vie offre aussi « compagnons des mauvais jours » (Prévert) des occasions de grave tristesse. Ces coups de feu de trop  à Montréal-Nord. Tristesse immense, larmes et puis la révolte s’ensuivait, avec ses profiteurs délinquants, ses casseurs inévitables.

Dimanche, du soleil ! Enfin ! Ooccasion de se réjouir. Tins, un bébé vient de naître dans ma famille. Un de plus. Le petit garçon de ce neveu qui va combattre trop souvent à mon goût là, au Moyen Orient. Cela qui me fait peur. Cher Claude. Je vais aller examiner cet enfant de ta Geneviève, voir s’il sourit déjà…

« ÊTRE OU NE PAS ÊTRE…QUÉBÉCOIS »

Qui est Québécois, qui ne l’est pas ? Question délicate ? Les frileux frissonnent avec la peur d’être mal jugés. La vraie question: être ou ne pas être Québécois ! On en voit qui cherche de midi à quatorze heure, c’est simple, si facile. Celle ou celui qui vit ici en français, qui parle français dans sa vie de tous les jours, est Québécois. Pas les autres. Point final.

Pourquoi pensez-vous ces tourniquetttes autour du pot ? La grand’peur sotte d’être jugé raciste. Nos sommes, Québécois,  de vieille souche ou de souche toute récente, car c’est beaucoup plus de 80% qui vivent en français au Québec. Les racistes -inconscients ou non- sont ceux qui ne parlent pas la langue de la très grande majorité du Québec. Aux colonisés américanisés, s’ajoutent nos assimilés, nommés aussi « anglicisés ». Au centre-ville de Montréal ou à Oka ou à Pointe-Claire, paquets de ces ghettos. Parfois pauvres, parfois riches. Tas d’îlots d’anglaisés. Ils ne sont pas des Québécois. Un Italien parle italien dehors et chez lui, un Espagnol parle l’espagnol. Un Canadian comme tout Étatsunien parle l’anglais.

Clair et simple mais nous sommes entourés de timorés, qui refusent ces termes, craignent de bousculer les descendants des occupants anglos, merde !, nous sommes en 2008, loin de 1760 et du Rapport-Duram avec ses fréquentes tentatives de nous diluer, noyer, assimiler, loin de La Défaite sur les Plaines, ne plus jamais dire La Conquête, s.v.p.

Voici, là-dessus, des jeunes gens qui viennent de se réunir en congrès-jeunesse pour veiller sur l’avenir d’un parti politique, souvent, soi dit en passant, le parti-de-papa. Ces grands enfants un peu politisés ne sont pas embarrassés du tout de bien montrer -par leurs résolutions votées- qu’ils sont des Libéraux très conservateurs. À droite de la droite. Question français, que recommandent ces fils-à-papa ? Vite, enseigner aux écoles primaires  la lingua franca venue des voisins puissants. Vieille querelle ? Oui. Car le « principe de réalité », à ne jamais bafoué, enseigne en effet que la langue des Amerloques -un anglais primaire, utile- est parlée partout. De Moscou à Pékin, de Tokyo à Prague.

Apprendre une langue étrangère est chose avantageuse, personne ne le nie. Cependant il faut des occasions de le pratiquer. Sinon …J’ai eu des camarades de travail qui ont appris l’italien, l’allemand aussi, qui m’avouèrent avoir oublié cette langue  « autre ».  Qu’ils aimaient tant. Faute d’occasions de le pratiquer. J’ai connu des gens en mes entourages qui, obligés par des jobs précis, ont appris une langue nouvelle en peu de temps en des instituts spécialisés comme « Berlitz. »

Ici, à moins de deux heures en avion de New York, la langue de Melville et de Miller est répandue. Encore pire qu’ailleurs en Occident, au Québec car les magazines, le cinéma, la télé et la chanson pop, le rock des USA sont de perpétuelles offres (populaires) culturelles. En lisant les articles de la presse franco actuelle, on peut mesurer le degré d’aliénation face à cet empire médiatique aux moyens prodigieux. Pourtant, il y a plein de Québécois qui n’auront aucun besoin de la langue anglaise-américaine et cela toute la vie (mon cas). Pourtant ces francophones, « culturellement » seront constamment baignés par les produits de la culture populaires des riches voisins.

C’est pire encore évidemment pour les Canadians. Ainsi, Toronto c’est Chigago, c’est New York en mineur ! Les gens de Toronto, hors les profs des universités, sont des Étatsuniens, ils le savent, c’est bien connu des observateurs neutres. Cela fait enrager les « Canada Builders » fanatiques. Il n’en reste pas moins que tous ceux qui, ici, vivent en français sont des Québécois et les autres de simples courroies de transmission des amerloques. Ce fait très têtu est nié stupidement et fait sacrer les rêveurs du fédéralisme canadian. Voyagez au Canada en dehors du Québec, vous comprendrez tout, c’est « un autre » pays. À Vancouver comme à Toronto, des gens lucides, les pieds bien à terre, rêvent alors d’agrandir les States, de s’y engloutir confortablement. Barak Obama va installer le welfare à la canadian, non ? Ainsi ils se conformeront à une géographie  mentale, psychologique, sociologique. Parlant la même langue, partageant la même culture ils sont tous d’origines anglo-saxonnes. Ou bien proviennent de mêmes contrées d’émigration. Sur ce vaste continent, aux us et coutumes d’une même conformité, il n’y a que le Québec pour faire « culture à part ». Plein de nos apatrides et déracinés volontaires n’en  profitent même pas, n’en tirent aucune fierté, collaborent volontiers à l’érosion de la langue française. Des chiffes molles, des collabos.

L’ÉCURIE DE SAINTE-ADÈLE

1951, j’ai vingt ans. Ici, une adèloise inouïe, fille cultivée d’un vieux médecin de la place, la célibataire Pauline Rochon anime le village. Peut-on imaginer un petit bourg du nord où il y a des concerts, un modeste salon du livre dans l’ex-boulingrin du Chantecler, des expos, des cours de peinture par Agnès Lefort, prestigieuse galeriste de la rue Sherbrooke, du théâtre par Fernand Doré et sa compagne, Charlotte Boisjoli, des conférences culturelles diverses ?  Et… un atelier de céramique. Ma branche.

En ces années-là, tout en bas de la côte-Morin, dans une vieille maison à pignons (qui sera longtemps une crêperie bretonne), la « sur active » Pauline Rochon organise toute seule toutes ces activités. En est l’âme. Au printemps de 1951, j’ai un diplôme de céramiste tout neuf, un été de chômage et puis voilà qu’un poste de « prof de céramique » s’ouvre à ce prestigieux « Centre d’art » laurentien. J’accepte de m’exiler, heureux comme un roi.

VIVRE DANS UN ÉCURIE !

J’ai raconté l’échec dans mon bouquin, « Sainte-Adèle-la-vaisselle », ce drôle de séjour précaire, l’éloignement « premier » de ma petite patrie, l’absence de reconnaissance, le manque d’élèves, de matériel aussi, aussi, le métier de laveur de vaisselle à l’hôtel. Pour ne pas crever de faim. Je connaissais les Laurentides que par des excursions, le ski des collégiens du Grasset. À l’automne de 1951, c’était une vraie installation. Le proprio de l’hôtel, M. Thompson, offrait au Centre d’art de Pauline son écurie (devenue un entrepôt de chaises de soleil). C’est là que je m’installe donc -une première- loin du béton, du goudron, du ciment, de l’asphalte, des promiscuités des ruelles, des rues aux logements empilés les uns sur les autres. Adieu Villeray et ses escaliers en colimaçon !

1951 donc, vingt ans, puceau, pas encore « majeur » comme on disait, avec hélas seulement trois ou quatre élèves. Alors les « gages » versés par Pauline Rochon comblaient fort mal mes besoins essentiels. Comme de manger à ma faim, malgré la modicité des prix pour manger à la « Pension Lamoureux », rue Chantecler. Première semaine et, déjà, une nuit d’angoisse pour l’urbain élevé hors la nature car, de ma chambrette sous le toit, un mini grenier exigu, j’entends gratter aux murs de bois de l’écurie. Cela m’a réveillé net. Oh, les sons lugubres vont s’amplifiant !

Cette fin de septembre est très chaude et j’ai laissé mes fenêtres grande ouvertes, celle de l’étage comme celle du bas. Je crois entendre comme un souffle qui se répercute, qui va s’intensifiant. Le gars de la ville a un peu peur. Je ne sais rien d’une campagne, j’ignore tout de la vraie nature. Voilà que ça gratte fort maintenant, que l’on se frotte contre le mur de côté, là où le ruisseau venu du lac Rond coule vers les cotes de la 40-80. Quid ? Un rôdeur ? Un fou, un bozo ? Une bête ? Bruits qui persistent… ce halètement très inquiétant… je crains l’intrusion ou même que la bête soit à l’intérieur déjà.

L’HOMME QUI A VU L’OURS !

Garçon des villes, on ne craint ni les chiens méchants ni ces chats errants -« en chaleurs »- qui envahissaient les ruelles. Mas les vraies bêtes du Nord… ces sourds grognements puis secousses contre mon mur, des coups frappés… L’anxiété m’envahit, je n’ose descendre de mon antre. Il le faut, courage. Me voilà donc dans l’échelle, calculant chaque degré. En bas, commutateur défectueux, ma veine ! J’allume ma lampe de poche arrachée du tour à poterie. J’éclaire… le sombre, le recoin d’où vient ce brouhaha. Rien. Dehors, c’est toujours ce souffle bestial, puis : bing,  bang, bong ! Je m’empare d’une pelle pointue. Vaillant et surtout curieux, j’entrouvre la porte de l’écurie…

Silence maintenant. Que la nuit et sa lune d’opale si seule là-haut, devant moi le chemin désert qui conduit à l’hôtel. Au loin des cris vagues. Hiboux ? Je sors, marche prudemment vers le coté d’où provenaient ces bruits insolites. Rien. Soudain, pas loin dans le boisé derrière l’écurie, quelque chose remue. Ça marche, carcasse énorme, c’est noir, rond, touffu et balourd. Sous des sapins, gros dos rond dans un fossé, s’éloigne…un ours ! Le premier de ma vie ! Qui se tourne, lueurs d’yeux qui m’examinent, je recule, l’ours repart pour aller zigzaguer entre les rares chalets, à l’époque, de nos bons bourgeois.

Je rentre, guère rassuré, je reste inquiet car, quand je reviendrai tard, du Q.G. des employés de l’hôtel, avec mon bidon d’huile à chauffage pour mon poèle coleman -le gérant, M. Marin, le permet- je pourrais faire une de ces rencontres si inégales. Celle de l’ours et de l’homme. Au fait est-ce un rejeton de « mon » ours celui-là qui rôde au Sommet Bleu ?

UN VOLEUR, UNE SOTTE, UN FOU ET UN CON !

Ah, les actualités ! Ma joie et aussi mon désespoir parfois.

Un grand auteur britannique a dit : « ma Bible et mon journal du matin, mes deux nécessités ! » Il y a du vrai ? Le hasard fait les choses diablement amusantes parfois. Ainsi, un matin, j’ouvre mon quotidien et je lis sur une seule colonne, une seule,  quatre brefs articles.

Voilà tout un monde, le nôtre, en cet été de 2008,  en résumé. De haut en bas : un voleur, une sotte, un fou et enfin un con. En haut de la pile : lisons que le magouilleur pro-fédération, « chum » de Chrétien-l’innocent, Charly Guité, vient de perdre en Cour d’appel. Ce grand, ce très haut fonctionnaire « rouge » à Ottawa, ce non-élu qui brassait notre argent public pour faire pavoiser ses feuilles d’érable et autres cadeaux, eh bien trois juges le redisent : « coupable ». Preuve accablante, disent-ils. Ce cow-boy aux bottes larges était jaloux des autres voleurs, les Jean Brault (30 mois) , Paul Coffin (18 mois) . En juin 2006, le sieur « patroneux » a pris 42 mois de prison, lui ! Les deux larrons, eux, avaient plaidé coupable. Il avait refusé de témoigner à son procès, le voleur-controleur des gaspillages éhontés du trésor commun.

Juste en dessous du sinistre « botté », une sotte. L’ex-athlète reconnue coupable d’enlèvement ( de son enfant !), en septembre 2007; Morin, un juge, autorise la reprise du procès. Trois juges vont s’asseoir sur le bout du banc. Jugée « coupable » avec absolution partielle (!) et probation de deux ans, Myriam Bédard.  Un certain John Pepper (!), avocat de Mme. Bédard, veut un acquittement, c’est simple ! On a pu observer (en septembre) une sorte de « gourou » grimaceur , -amateur de tableaux de Casserman-, aux traces et aux trousses de la jeune championne de jadis. Nous avons été nombreux à craindre de la manipulation. Un juge dit à ce Pepper : « Bon, on va refaire le procès ». Ouin… La sotte avait osé amener sa fillette avec elle dans une sorte de tentative (apparente) de fuite aux USA. L’ex-mari n’avait pas apprécié, comme on sait. Pauvres enfants de couples en querelles : des proies, des victimes !

En bas de colonne : un con. Voici même le con des cons ! Un vrai fou ! Un jeune joueur de hockey, au Royaume du Saguenay, Jonathan son nom, le fils d’une immense vedette qui est proprio d’un club « junior », et « le » vrai  coach, soudain ce dénommé Jonathan Roy, en cours de joute, perd les pédales. 19 ans, pas cinq ans, 19 ! Colère subite incompréhensible ! Un gros et vieux bébé ? La foule hurle, n,En revient pas. Il patine vers l’autre gardien des buts, le tapoche, le cogne, le boxe, le frappe…et son rival, aucunement intéressé à la bagarre générale qui se déroule, se laisse faire ! Un très large public (à la télé) a vu le comportement du jeune con. Un grand malade ? Un cas d’asile ? On sait pas. Voilà qu’on vient de brandir : six mois de prison ! Oh ! Ou bien : $2,00.00 en amendes ? On verra. Procès suivi en vue. Quatre mois plus tard…Il va y avoir donc procès « au civil », comme on dit. Le con ne doit plus avoir envie de ricaner ni de lever un index stupide, celui d’un jeune cogneur stupide.

N’oublions pas le fou ! Alors là, c’est le mystère. L’incroyable. Dans un bus Greyhound, compagnie fiable et reconnue, un passager, un client, un homme anonyme,  soudainement, sort un couteau. À ses côtés un jeune homme roupille. Voilà  que l’homme au couteau frappe l’ewndormi !!!. 40 fois ! Une violence de cinéma d’horreur au Manitoba. Tous le monde se sauve. On bloque le mécanisme d’ouverture des portes du bus. Voilà le fou enfermé. Il va cuper la tête du poignardé ! Vraiment c’est le cauchemar ! Les policiers accourus devront parlementer avec le dément. Craignaient-ils le suicide ? Le fou… qui arpente le couloir du véhicule une tête coupée à la main… finira pas se rendre. Les 37 qui venaient d’Edmonton et se dirigeaient vers Winnipeg vont certainement faire de bien mauvais rêves et pendant longtemps.

Ainsi va le monde parfois. Il pleut et…il pleut. Juillet fut bien moche… Août…bien… hum…on verra bien. Une chose va durer beau temps ou mauvais temps : il y aura d’autres sottes, d’autres cons et bien des voleurs et, espérons-le, le moins de fous possible. Prenez en paix le bus pour un voyage agréable, il est rare qu’un fou surgisse, Dieu merci ! Mais rien ne nous préserve des sottes, des cons et surtout des voleurs. À Ottawa ou ailleurs.

BATMAN CHEZ MOI !

Aveu : à mon âge, j’ai encore peur des chauve-souris. Enfant on nous disait que ces noires souris volantes, à crocs et à griffes,  s’accrochaient fermement à nos cheveux. Brrr….Tout comme on disait « porte-épic » pour « porc-épic », que ce « mini-sanglier » lançait ses aiguilles avec violence ! Peurs venues de sornettes répandues. Dans les années 1940 nous lisions goulûment ces « comics-books » achetés au kiosque du coin rue. Il y avait « Batman ». On a parodié des œuvres de génie, des « classiques », les transformant en farces grossières, cette fois, à l’inverse ce Batman, banal héros de B.D., est installé dans un film apprécié, à l’aspect philosophique, historiette muée en débat sur le mal (le Joker) et le bien (Batman). Grand succès, unanime. J’aurais pas cru voir cela un jour. Le talent, c’est prouvé, peut amener une telle métamorphose. Un Picasso, avec un guidon de vélo, une selle de cuir, a signé un « taureau » qui est au musée, vaut une fortune.

La mort de Batman

En attendant d’aller voir ce Batman métaphysique, un soir tout récent, j’entends des cris perçants à l’étage. Ma dulcinée et ses appels « au secours » ! Des portes qui claquent ! Je quitte mon « mou » fauteuil et la télé des les « durs » « Tudor », oreilles dressées. Silence là-haut et puis, qui descend prudemment l’escalier du cottage ? Ma femme, front inquiet, yeux quasi hagards : « Fais très attention, la bête est descendue. » L’apocalypse à Ste Adèle, P.Q. ? Toujours tendue à l’extrême, une fébrile Raymonde m’indique d’un index tremblant, la salle à manger: « Une grande chauve-souris ! »

Batman chez moi.  Mise en marche de scanner inouï. Vue d’une boule noire accrochée à un rideau de dessus de fenêtre. Jouer le brave : « Bouge pas, je reviens. » Elle lâche : « Fais ça vite, je t’en supplie ! » Porte-patio. J’ouvre. Dehors nuit noire. Lumière jaune à allumer. L’escalier à descendre et, dessous, m’emparer d’une épuisette. Je remonte, trois par trois marches.

« À nous deux, Vampire de salon ! » Patiente femme, son index m’indique toujours la noiraude protubérance. Et crac ! J’abat mon piège d’un seul geste. Plus rien ne bouge ! Mini-Batman gît au fond du filet. Jeté, il se retrouvera au pied des lilas. Soulagement de la « feummme » (merci Clémence). Enfant de ville, jadis, des légende se tissaient, chauve-souris, sale suceur de sang se soudant à la peau du crâne.

Revenu, la compagne me dira : « Pis ? Elle s’est envolée ? » Moi : « Ah non. Morte. Avec l’épuisette, j’avais visé le cou. » Elle : « C’est plate ça ! Tu aurais pu faire attention, ça bouffe mille moustiques à la minute, le savais-tu ! » C’est comme ça : d’abord les cris d’orfraie et puis : « Méchant, pourquoi tuer !» C’est pour ça que le poète  Aragon a noté : « La femme est l’avenir de l’homme ».

Des animaux partout ma foi ?

Le lendemain, la voix de ma fille revenant d’Ogunquit : « Salut papa, on roule Marc et moi sur la 91, on vient de voir une immense dinde sauvage multicolore en bordure de l’autoroute, un oiseau fantastique, on aurait pu l’écraser… » La veille de mon « mein kamft » (mon combat) contre Batman, ma Raymonde, la 117, la Rivière aux Mulets, qui aperçoit un chevreuil la traversant élégamment. Son brusque freinage :« J’aurais pu m’y cogner, très lourd obstacle, perte de contrôle, pare-brise fracassé, la mort ». Encore ? Avant-hier,  Lynn ma belle-fille de Val David, me narre « son » orignal,  vu « de ses yeux vus », fascinée et craintive à la fois.  Le surlendemain, voilà une saintsauveurienne qui nous raconte : «  Étonnant, je ramassais de nos pommes, soudain, un immense orignal au milieu de mon sentier, qui m’observe, patient. Quand je rentre dans le boisé avec mon panier, il poursuit sa marche, calme, poli. »

Dernière heure : 1- Mon raton-laveur a jeté la brique posée sur mon bac noir et bouffe ! 2- Au rivage, ma pâle bête palmée si bizarre ? Un lecteur m’instruit : « Sans doute une grenouille albinos. » « Albinos », ça existe donc ? Merci.