MON DAVID À DOS D’ÉLÉPHANT ?

Ceux qui ont lu -ou qui liront- mon dernier bouquin de récits « Des branches de jasmin » seront-ils si surpris du fait ? L’aîné de mes cinq jeunes « mousquetaires », David, assiste à l’arrivée dans toutes nos librairies de son premier recueil de « mots ». Sa plaquette d’une écriture surréaliste se titre d’un seul mot, « L’éléphant », éditée chez L’Hexagone.

De mon gang d’ex-gamins, David est le seul « homme de lettres », il est fou des mots, ce qui me réjouit évidemment.

Cet enfant que je bourrais de contes et légendes, d’inventions loufoques, dont je garnissais la fantasmagorie de loups, d’hyènes, de mandragores et autres plantes reptiliennes… eh bien, voilà qu’il me sort un éléphant ! À son tour il invente. Librement. Devenu jeune adulte, quoi, le voilà donc, mon David, sur le dos de « sa » bête ? Un éléphant ! En hardi cornac ? Cela,  dans des indes imaginaires, voyez une écriture libre, très libre. Rien à voir -vous verrez bien- avec la prose « petite semaine », celle d’un ex-pute, d’une ex-escorte à ministre, et tout le reste.


Lisez-moi ça ! Cela vous fera une récréation. Poétique. Si bienvenue quand les manchettes à faits divers de « page trois », ou aux rougeurs  irakiennes, ou à économies-en-vrilles énervent. Un éléphant hors des actualités plates, ça fait du bien, c’est un peu d’ivoire aux dents pour nous défendre; chantez chorales  « qu’un éléphant, ça trompe, ça trompe énormément ! »

David Jasmin-Barrière offre donc un « tout premier » (traducteur de métier, il travaille à son premier roman) bel et bref album d’images. Mon David en jeune équarisseur de verbes, en iconographe émerveillé qui veut émerveiller. Images sans crayons ni pinceaux. Juste ses mot pissés, sortis, crachés, éjectés de son carquois, mots légers ou lourds, c’est David en chasseur enfantin d’étranges métaphores, David en jeune polisseur de simples galets trouvés. Qu’il métamorphose en diamants pour rire sur la piste du cirque de vivre.

Bienvenue et mes saluts au nouveau venu dans l’heureuse galère des écritures libres.

Ton grand-père, Claude

[lien vers le communiqué de presse de l’Hexagone]


CEUX QUI M’AIMENT…
[article hors site, -pour L’Express d’Outremont et La Vallée des Laurentides]

D’habitude en matière de sentiments intimes -si on est pas Michèle Richard ou qui encore ? – on se retient. On fait attention. Le ridicule, la vanité, une pudeur, n’est-ce pas ? Je parle de quoi là ? Je parle de ces moments dans nos vies où soudain l’émotion vous submerge. Vous secoue et vous enveloppe. Eh bien foin de cette réserve qui m’est naturelle pour cette fois et je me laisserai aller.

Il y a quoi ? Il y a que je suis ému. Très ému. Je viens d’apercevoir, sortant de chez l’imprimeur, « L’Éléphant », une bien jolie plaquette de poésie signée par David Jasmin-Barrière qui est l’aîné de mes cinq petits « mousquetaires », vous savez ces enfants-chevaliers tant aimés, que j’ai raconté dans mon bouquin de grand père délinquant.

David ? Son recueil tout neuf, chez L’Hexagone, me dit carrément qu’il y aura donc une autre bonhomme dans ma lignée qui veut bien du « fou métier » d’écrivain. Ici, ça n’est pas la France, encore moins Paris, chaque auteur d’ici -québécois qui publie de la littérature-  signifie que la nation grandit. Que le pays se sort davantage d’un passé chétif. Car, comme pour une majorité des nôtres, Josaphat, mon grand-père -l’arrière grand-père de mon David- était un cultivateur analphabète et signait son nom d’un X.

Il y a de tout cela dans mes émotions face à ce bref livre tout neuf « L’Éléphant » de David. Il y a aussi que je suis toujours bouleversé devant le premier bouquin de quelqu’un. Je sais trop les espoirs et je sais trop les déceptions. Il s’agit -publier- de jouer un jeu bien anachronique. Dans un casino vide, désert de pas perdus. Un jeu avec des cartes illusoires, celles des rêves, des mensonges arrangés, des mythes nouveaux-nés, il n’y a ni perdant ni gagnant.

Celle, ou celui, qui écrit de la littérature -et qui publie- s’embarque dans un drôle de bateau, aux voiles inventées, aux mats de cocagne toujours, à la poupe qui se prend pour une proue, flotte de Titanics sans glace menaçante vraiment. Poésie, vaisseau délicat, obsolète, peu désiré, dans des quais désertés, un port ruiné, aux escales ravagées, en des croisières qu’il faut bien nommer solitude. Elle, ou il, s’en va voguer sur des eaux dédaignées par les foules. Il s’en fiche. Il aime ce métier qu n’en est pas un.

Chaque fois, toujours,  j’y vois un personne folle et merveilleuse à la fois, agissant contre toutes les modes, les us et coutumes populaires, Mais oui, diable !, pourquoi ne pas rédiger du téléroman-de-Margot, ne pas tenter d’inventer un jeu vidéo bang-bang ou bien  chier une toune bien rock and rock man aux niaises rimes de mirliton, ou encore scénariser une pub payante bien démago-à-gogo  ?

Non, voici quelqu’un de détraqué, ma foi, mon David ou un autre… Ils croient à l’écriture -c’est une vocation, cela ne s’enseigne pas- ils croient aux mots bien assemblés, au verbe bien ajusté, à la parole bien libre, aux images originales, aux métaphores vives, aux insolites mélanges des proses bousculées  ? Le jeune écrivain fait encore confiance à l’antique médium, grimoires modernes que l’on imprime désormais à la cadence-vitesse-2008.

C’est ce qui me bouleverse, cette confiance absurde -partant héroïque- dans le livre de littérature. Alors, cette fois, je le dis, je regarde L’Éléphant, coloré pachyderme qui nous nargue comme un rhinocéros d’Ionesco ou un hippopotame anonyme. Nouvelle publication et, oui, je suis ému. Il n’y a pas si longtemps il me semble, ce David, dans un champ d’Ahuntsic, me disait qu’il voulait aller combattre les vilain snipers à Sarajevo. Il avait dix ans. Jadis, il tremblait quand je lui racontait la mandragore maudite au milieu des palétuviers. Il avait 7 ans. Il se bouchait les oreilles quand j’imitais la hyène ricanante la nuit… Déjà ?  c’est son tour maintenant ? C’est lui le nouveau conteur et il sort de son chapeau, un éléphant !

Un film disait : « Ceux qui m’aiment prendront le train », je dis ingénument « ceux qui m’aiment » prendront l’éléphant. Si parmi mes lecteurs, certains m’aiment et apprécient vraiment ma petite littérature, je les prie intensément d’aller chez le libraire pour se procurer « L’éléphant » de David Jasmin-Barrière.

Je sais bien que ce ne sera pas beaucoup mais, bon, David-le-cornac – traducteur de métier qui travaille à un roman- en serait un p’tit brin encouragé. Merci là, merci !

MADELEINE DE SAINTE MADELEINE !

Madeleine, jeune, va à la messe à Sainte Madeleine, rue Outremont. Son papa, un courtier, est mort très prématurément. Alors sa maman, jeune veuve, est retournée vivre avec ses « vieux » parents dans rue Hutcheson, près de Van Horne. Certains dimanches, pour changer de routine, ma cousine Madeleine descend au sud par l’Avenue du Parc et se rend à la messe dans l’église Saint-Enfant-Jésus du Mile End, rue Saint-Laurent et Laurier. Hélas, une maman veuve est souvent nerveuse, fragile, et veillera de trop près sur sa fille unique. Madeleine restera célibataire longtemps. Des flirts normaux -au Parc Saint-Viateur et ailleurs- mais Madeleine, une « jeune-vieille-fllle » ne ramène jamais au foyer de la rue Hutcheson un « cavalier » assez « smart » aux yeux de difficile mère, Maria. Qui est  la soeur aînée de ma mère.

J’ai beaucoup aimé Madeleine, ma belle cousine. Dans les années 1930, quand ma mère se trouvait démunie, entre deux bonnes -qui nous quittaient pour cause de mariage- c’est la belle grande cousine, Madeleine qui venait nous garder rue Saint-Denis. Elle était toujours souriante, enjouée, vive, débrouillarde pour inventer des jeux.

La semaine dernière, Madeleine est « disparue », comme dit, cocasse, la nécrologie. Ma cousine vient de quitter -à jamais- ce coquet appartement dans un de ces « Centres pour aînés » boulevard Gouin. Vaste lieu à hauts buildings nommé « la Colin Avenue  du Québec ». Là où le canal floridien bien connue des Snow Birds est remplacé par la belle rivière des Prairies. La dernière fois que j’y étais allé, il y avait un soleil radieux et mille milliers de reflets éblouissants couraient sur l’eau tout au bout du boulevard Saint-Michel. Madeleine allait bien.

Notre cousine d’Outremont, fille unique, jouissait d’une meilleure vie que nous tous. Par exemple, en fin de nos vacances-en-ville, Madeleine venait nous faire voir sa collection de photos -on rit pas- prises au bord de la mer ! Photos du chic hôtel Normandy, tout blanc,  et cela,  nulle part ailleurs -ma chère- qu’à Old Orchard. Station balnéaire -nous semblant au bout du monde !-   pas encore devenue, à la fin des années ’30,  ce lieu populaire et bon marché. Photos inouïes pour notre trâlée ! Nous l’envions, l’admirions qui semblait danser dans son seyant maillot à jupette au milieu des rouleaux blancs du rivage maritime.

Quand ma chère mémeille Albina mourut en 1942, papa hérita d’un modeste magot et ce sera alors -adieu balconville l’été!- la première location d’un chalet, Où ? En très basses Laurentides, au pays actuel de Vigneault, Saint Placide. Rendus là -une vraie « jungle » pour des enfants du macadam- notre bonheur un jour quand  maman, toute heureuse, nous annonce : « Les enfants, ma petite nièce adorée s’en vient au chalet pour passer deux semaines avec nous. » La joie ! Madeleine, une fois bien installée dans une chambre du grenier, revêtit son maillot à jupette, celui de la photo d’Old Orchard, et, en riant, donna l’ordre à la marmaille : « À vos costumes de bain, tous ! Première leçon de natation, suivez-moi tous ! » Du chalet du père Masson, on put voir le grouillant défilé jasminesque sur le sentier herbeux et pierreux, passant devant la si jolie vieille église, pour se rendre au vieux quai du bord du lac des Deux Montagnes.

En ce temps-là, jamais assez de précautions : nous nous enduisons d’huile d’olive sur tout le corps (anti-rayons-méchants) et nous portions des casquettes à palette -ou chapeaux à larges rebords- sur le crâne, des bouées gonflées à la taille (tripes de roues d’auto), enfin, de pesants  ronningshous aux pieds. Madeleine, experte nageuse -vraie Esther Williams d’Hollywood !-patiente, toujours souriante, nous initia au crawl, à la nage-de-côté, à celle sur le dos. À plonger du quai aussi.

Le temps filait et les années passèrent. Madeleine viendra habiter rue Everett, dans Villeray avec sa mère vieillissante -et donc moins contrôlante. Elle se dénichera enfin un compagnon et ira habiter, dans Ahuntsic, une de ces petites maisons que l’État avait fait construire pour nos vétérans. Un garçon sera son seul enfant, Pierre. Le voilà maintenant vieil orphelin lui aussi. C’est fou la mémoire d’enfance, non ? Quand je vais nager à l’Excelsior, je repense souvent encore à cette monitrice experte en natation, Madeleine, ma belle cousine… morte !


SAINT-ADÈLE À NEW YORK !

On s’excitait, on en revenait pas personne !

    À New York, le prestigieux magazine  « TIME », une publication lue dans le monde entier, offre à son immense lectorat un article élogieux et ilustrée sur… oui,  sur Sainte-Adèle ! Raison de cette fantastique publicité ? Le village avait passé commande à un dessinateur-caricaturiste coté, qui habitait rue Blondin, le grand-nabot, Robert Lapalme. Il fit la maquette du tableau éléphantesque,  toute la côte Morin de bas en haut, en murale inouïe, fresque de plein-air géante. Le romancier de « La pente douce » à Québec, Lemelin, courriériste au dit-magazine avait alerté ses patrons  et on est venu voir ça, on a cru bon d’en révéler l’initiative aux centaines de millions d’amerloques. Imaginez la fierté laurentienne. La manne de touristes.    

       L’année d’avant, croyez-le ou non, j’avais eu ma « bine » dans un numéro du « Variety », autre magazine ultra tout puissant des USA. En vérité, j’étais pas seul avec ma binette, il y avait toute la troupe de Paul Buissonneau. « Variety » voulait faire les éloges de notre théâtre ambulant, « La Roulotte ». Qui était une idée de Claude Robillard, drôle d’ingénieur, cultivé, imaginatif, qui dirigeait le Service des terrains de jeux. Les fous de « baseball-et- hockey-only » enrageaient en découvrant les initiatives de Robillard. Voyez-vous ça ?, des cours de danse, de théâtre, de marionnettes, de musique. Et aussi de peinture, j’en fus le propagateur de 22 à 25 ans, trois ans pour les « p’tits pauvres » des centres récréatifs, de Pointe St-Charles en passant par le faubourg-à-mélasse. En 1955, j’organisais une première : toute La Galerie-12 du Musée des Beaux-arts, , avec l’accord du directeur fut consacrée aux barbouillages de mes « créateurs en culottes courtes ». C’est mon ami Lafortune -celui de la « petite maison dans la vallée »- qui fit les affiches.

       Revenons au village pour dire que c’est de Saint-Adèle qu’est né en 1960 mon tout premier roman, « La corde au cou », roman se méritant le « Prix du Cercle de France ». Roman qui fit débuter -« pour trop longtemps » diront mes détracteurs- cette vie d’écrivain. Je vous explique qu’ en ce temps-là, 1960, il y avait une vie culturelle vive par ici dont, je l’ai dit déjà, l’âme ouvrière dévouée était Pauline Rochon. Décédée en exil consenti, à Ste-Augustine, Floride, très malade). Il y avait même un « Salon du livre » ! Une société « bourgeoise » active nichée au Sommet Bleu principalement (avec un club prestigieux), animait le tout. De ce groupe d’heureux bien nantis, l’active épouse du poète -qu’on disait « mondain »- le radioman (« La pension Velder »), Robert Choquette. Avec leur chalet joli du côté des cotes 40-80, derrière le vaste domaine du feu-Montclair, les Choquette collaboraient au Centre d’art.

      À l’été de 1959, je fus choisi pour faire la décoration de ce Salon-du-livre tenu au Curling (démoli depuis ) du Chantecler. J’avais décidé d’en faire un jardin naturaliste à l’aide d’allées bordées de centaines de jeunes sapins coupés. Mon aide était un ado plein d’entrain, fils d’un célèbre chrooner, Jean Lalonde. Petit Pierre sciait et clouait en chantonnant sans cesse et, bon sang, on lui trouvait volontiers une jolie voix. En guise de haltes en ce début d’été chaud,  madame Choquette m’amena à la piscine. « De mes bons amis, gloussa-t-elle, les richards Bronfmann ». Beau domaine feuillu et fleuri aux abords de la 117. Mais voyant sa mignonne héritière s’exciter de trop avec « le simple décorateur » que j’étais, -vilain matelas gonflable !- madame mit fin rapidement à ces haltes !

       J’avais mon thème. Le roman « La corde au cou » dès ses premières lignes, décrit cette piscine des « Driftman » (changeons les noms) à Sainte-Adèle. En ouverture de récit au « je » : l’assassinat -par mon héros- d’une jolie « mannequin », maîtresse infidèle. La suite de « La corde au cou » ? Facile. Après chaque jour de « décoration », je rentrais au terrain paternel de Pointe-Calumet en roulant -ô coccinelle !- par des chemins de campagne, l’autoroute finissant au nord de Blainville. Je « piquais » donc par des routes secondaires, Sainte-Monique, Saint-Augustin, Saint-Benoit, Saint Joseph-du-lac… débouchant au lac des Deux Montagnes. Ce sera les stations du fuyard « recherché ». Chemin de croix du jeune  assassin.

« Cu,i cui,  mon histoire est finie »,  disait maman-Fonfon !

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DÉBATS DE CON ?

       L’auteure Lise Payette, devenue columnist au Devoir, râlait dans sa colonne sur la platitude de ces débats télévisés. Elle a raconté son pépé qui la conduit, toute jeune, au Marché Atwater, proche de son Saint-Henri, natal. Là où elle a pu admirer un vrai tribun. Un orateur fougueux, emporté, au verbe incisif. C’était le cher bon gros maire (ardent nationaliste) de Montréal. Houde. Qui fut floué par le malin Duplessis. Camiiien Houde. En 1940, emprisonné en camp de concentration (eh oui !) en Ontario. Pour avoir encouragé nos gens à ne pas s’inscrire sur une liste « de conscrits » en devenir. Lise Payette a dit qu’elle avait appris, « drès là », rue Atwater, ce que c’était qu’un vrai tribun, un orateur sur hustings dynamique. Elle a raison, que d’ennuyeux discoureurs lors de ces ennuyeux débats télédiffusés ! On s’ennuie du verbe, par exemple,  hautain et tranchant, cruel et mordant d’un Trudeau, ou de la parole nerveuse, chaude, lyrique, d’un René Lévesque. Sans parler du «  roi des tribuns », feu Pierre Bourgault.

       Désormais que de tristes et ennuyeux baratineurs qui font ronfler. Cela du monocorde et nasillard Duceppe au sinistre « bonhomme sous Valium » (merci Chapleau !)  Stephen Harper, ou encore ce plate « prof tournesol », S. Dion, jusqu’à cette  écolo toutoune « green lady »,  massacrant notre langue. Oh l’écorche-oreille insupportable ce soir-là ! « Débats-télévisés-des-chefs »  ?, ces mots signifient : « mort de la parole alerte », vive, captivante. Il y a eu « Dîner de con », il y a débat de con avec un arbitre, modérateur métronomique, qui calcule les minutes et les secondes, qui joue, la langue dans la joue,  le père fouetteur ( S. Bureau ou un autre). Arbitre froid qui fait que ces machins égalitaires, ce equal time de mes deux…,  ne lèvent jamais. On reverra tout cela bientôt puisque le rouge John Charest (fils de Red Charest) semble vouloir des élections québécoises dans… pas longtemps !  Souffrance, disait Fridolin-Gratien-Gélinas !

       Ces sermonnages, sans cesse interrompus, artificiellement soutenus  – à une table ou devant lutrins-, sont d’un soporifique : pas de coup de sang, coup de gueule. Aucune émotion. Aucune humaine vindicte. C’est bla-bla-bla froid. Zzzzzzzzz… dit le phylactère de B. D. La peste de ces débats vains ! Cette sortie fort bien faite par Madame Payette face à un maire-Houde, m’a fait me souvenir d’un autre marché public, le Jean-Talon. Vers 11 ans, en 1942, papa m’amena entendre les orateurs nationalistes du « Bloc populaire ». Un « bloc » d’avant Bouchard, celui de Maxime Raymond, sénateur nationaliste, fondateur et financier. J’entendis discourir à peine un André Laurendeau. Il parlait éraillé et avec son tout petit filet de voix. Et puis, se leva le célèbre patriote Bourrassa (qui n’est pas qu’un boulevard ou une station du Métro, les jeunes), Henri, par Robert qui se tint debout en 1990 (après l’échec de Meech) 24 heures en 24 ans de vie politique. Ce Bourassa avait prononcé quelques belles paroles, on l’entendait à peine car en 1942 il était devenu un petit vieillard maigrelet. Il m’avait semblé avoir cent vingt ans. Ces réunions à débats publics n’étaient pas faites pour les enfant, ça va de soi. Je n’étais pas précoce comme Lise ! Vint pourtant un moment qui m’excita : un des invités « s’empara du crachoir ». Clameurs soudaines et réveil du gamin distrait, le bonhomme (qui était-ce, diable ?) avec une gestuelle d’enflammé, des propos aux sarcasmes bien envoyés, des appels à la révolte, des cris calculés, des silences pas moins bien calculés, bref, un orateur parlait, un tribun, un vrai. Je ne  revivrai cela qu’en 1961, je n’avais plus dix ans mais 30. Quel spectacle excitant, salle louée rue Fleury, en écoutant feu Pierre Bourgault débattre sur l’indépendance.

      Bon, il est entendu que la télé supporterait mal l’emballé d’antan. Le vibrant postillonneur comme je le vis au marché Jean-Talon. Mais, merde, il y a moyen de parler en débat d’idées avec un peu de fouge, avec un  minimum d’âme. Il doit y avoir un petit moyen de causer politique, ses rêves, ses espoirs, avec ferveur. Avec un brin d’emportement. À cette même télé, il y a « La joute » -même animateur-Bureau- aux forts bons moments. On en voit souvent, à Télé Québec, de ces brefs débats bien excitants chez Marie-France Bazzo. Pourquoi à  chaque élection ces débats d’un morne ?  Trop de règles. Aucun espace libre. Corsetés, intimidés, par le maudit collier-protocole, les débatteurs se tiennent « à carreau ». Ils sentent  une intolérance totale à la vie, au mouvement, à la sortie vive, à l’humeur. Cela relève de la rectitude sotte, la peur niaise  des dérapages. Cela qui fait le sel et le suc de telles rencontres. Aux débats prochains -et ça viendra vite suggèrent des Libéraux à Québec- comment pourrions-nous échapper au genre actuel ? À ces encadrements stricts et à ces thèmes choisis. À ce : « À bas toute subite inspiration, liberté et improvisation », oui, comment abolir ces menus imposés, prédigérés par les patrons (en consortium) de ces dortoirs ? Il est très clair que le public démocratique apprécierait ces débats. Les audiences le prouvent mais, hélas, on n’affiche plus ce qui se nommait jadis « l’indice de satisfaction ».Trop gênant ? Ce serait marqué : zéro !

LE RACISME INVERTI !

En milieu  petit-bourgeois, chez de jeunes journalistes de La Presse, par exemple précis, une mode -à relent bien snob- s’installe. Le grand amour pour un cosmopolitisme qui s’étale au centre-ville. Rue Saint-Laurent par exemple. On en fait des articles enthousiastes genre : « Ah, que c’est bon de se retrouver comme noyés au beau milieu de races variées ! »

La jouissance d’un racisme à l’envers !

Car le raciste ordinaire se méfie, lui,  de tous  étrangers, il est xénophobe comme de naissance et il fait des boutons dès que se pointe dans son entourage un personnage qui n’est pas de sa race ! L’autre racisme  c’est quoi, c’est en effet  « le raciste inverti », son contraire au raciste ordinaire et bien connu : il se méfie des siens ! De son monde. Oui, oui, il déteste les gens de « che-nous ». Aux yeux de ce chic et confortable « bobo », nous sommes -tous- plus ou moins crétins. Les Canadiens-français sont pour la plupart des gens stupides, arriérés. Les Québécois, bref, ne valent pas cher ! Voilà l’attitude habituelle du « raciste inverti ». C’est une grave maladie et cela ne se soigne pas. En certains secteurs de la jet-set on pourrait paraphraser le vieux Duplessis qui disait : « L’instruction, il y en a qui, comme la boisson, ne porte pas ça ». Souvent ils ont eu la chance de voyager et ils n’en sont jamais revenus; honteux, il décrètent donc : « nous sommes une nation de grossiers personnages mal embouchés, tous (sauf moa !) »

Il fallait lire donc cette série de reportages à la gloire de la « Main street » -la rue Saint-Laurent, dans la métropole québécoise – dans l’épais  quotidien de la rue Sant-Jacques.  On y illustrait cette rue, juste sympa, avec une complaisance totale, c’était « la rue des rues ». Pourquoi ? Parce qu’on y croise pas top des nôtres! Non mais… On y a donc lu les grands frissons d’amour, les gloussements inouïs de jeunes rédactrices fofolles; « racistes inverties ». « C’est-y assez bon pis fin, pis beau tout ce petit monde bariolé, représentants de tant d’ethnies… ». Ça frisonne du grand bonheur d’être comme débarrassé en y déambulant de son monde-à-soi. De sa misérable  ethnie qui a le malheur d’être majoritaire en ville, ailleurs que sur la Main. Vilain défaut ça, être une majorité ! Vilain défaut aussi ce « malaise » raciste, un complexe con, une névrose niaise, non ? Le ridicule tue-t-il encore ? On ne verra jamais cette bizarrerie en pays normaux. Ni aux USA  ni en Allemagne ou en France, au Mexique ou en Italie. Pas même dans des petits pays comme la Suède ou la Norvège. C’est une pose d’ex-colonisés, une attitude d’ex-dominés et de cocus content.

On omettait de dire que plusieurs de ces témoins honorés, « sur Main street », ne daignent pas apprendre la langue de la majorité et que, souvent, ces « saintlaurentiens » méprisent en ne s’intégrant pas le moins du monde  la nation qui les a accueillis.

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