SAINT-ADÈLE À NEW YORK !

On s’excitait, on en revenait pas personne !

    À New York, le prestigieux magazine  « TIME », une publication lue dans le monde entier, offre à son immense lectorat un article élogieux et ilustrée sur… oui,  sur Sainte-Adèle ! Raison de cette fantastique publicité ? Le village avait passé commande à un dessinateur-caricaturiste coté, qui habitait rue Blondin, le grand-nabot, Robert Lapalme. Il fit la maquette du tableau éléphantesque,  toute la côte Morin de bas en haut, en murale inouïe, fresque de plein-air géante. Le romancier de « La pente douce » à Québec, Lemelin, courriériste au dit-magazine avait alerté ses patrons  et on est venu voir ça, on a cru bon d’en révéler l’initiative aux centaines de millions d’amerloques. Imaginez la fierté laurentienne. La manne de touristes.    

       L’année d’avant, croyez-le ou non, j’avais eu ma « bine » dans un numéro du « Variety », autre magazine ultra tout puissant des USA. En vérité, j’étais pas seul avec ma binette, il y avait toute la troupe de Paul Buissonneau. « Variety » voulait faire les éloges de notre théâtre ambulant, « La Roulotte ». Qui était une idée de Claude Robillard, drôle d’ingénieur, cultivé, imaginatif, qui dirigeait le Service des terrains de jeux. Les fous de « baseball-et- hockey-only » enrageaient en découvrant les initiatives de Robillard. Voyez-vous ça ?, des cours de danse, de théâtre, de marionnettes, de musique. Et aussi de peinture, j’en fus le propagateur de 22 à 25 ans, trois ans pour les « p’tits pauvres » des centres récréatifs, de Pointe St-Charles en passant par le faubourg-à-mélasse. En 1955, j’organisais une première : toute La Galerie-12 du Musée des Beaux-arts, , avec l’accord du directeur fut consacrée aux barbouillages de mes « créateurs en culottes courtes ». C’est mon ami Lafortune -celui de la « petite maison dans la vallée »- qui fit les affiches.

       Revenons au village pour dire que c’est de Saint-Adèle qu’est né en 1960 mon tout premier roman, « La corde au cou », roman se méritant le « Prix du Cercle de France ». Roman qui fit débuter -« pour trop longtemps » diront mes détracteurs- cette vie d’écrivain. Je vous explique qu’ en ce temps-là, 1960, il y avait une vie culturelle vive par ici dont, je l’ai dit déjà, l’âme ouvrière dévouée était Pauline Rochon. Décédée en exil consenti, à Ste-Augustine, Floride, très malade). Il y avait même un « Salon du livre » ! Une société « bourgeoise » active nichée au Sommet Bleu principalement (avec un club prestigieux), animait le tout. De ce groupe d’heureux bien nantis, l’active épouse du poète -qu’on disait « mondain »- le radioman (« La pension Velder »), Robert Choquette. Avec leur chalet joli du côté des cotes 40-80, derrière le vaste domaine du feu-Montclair, les Choquette collaboraient au Centre d’art.

      À l’été de 1959, je fus choisi pour faire la décoration de ce Salon-du-livre tenu au Curling (démoli depuis ) du Chantecler. J’avais décidé d’en faire un jardin naturaliste à l’aide d’allées bordées de centaines de jeunes sapins coupés. Mon aide était un ado plein d’entrain, fils d’un célèbre chrooner, Jean Lalonde. Petit Pierre sciait et clouait en chantonnant sans cesse et, bon sang, on lui trouvait volontiers une jolie voix. En guise de haltes en ce début d’été chaud,  madame Choquette m’amena à la piscine. « De mes bons amis, gloussa-t-elle, les richards Bronfmann ». Beau domaine feuillu et fleuri aux abords de la 117. Mais voyant sa mignonne héritière s’exciter de trop avec « le simple décorateur » que j’étais, -vilain matelas gonflable !- madame mit fin rapidement à ces haltes !

       J’avais mon thème. Le roman « La corde au cou » dès ses premières lignes, décrit cette piscine des « Driftman » (changeons les noms) à Sainte-Adèle. En ouverture de récit au « je » : l’assassinat -par mon héros- d’une jolie « mannequin », maîtresse infidèle. La suite de « La corde au cou » ? Facile. Après chaque jour de « décoration », je rentrais au terrain paternel de Pointe-Calumet en roulant -ô coccinelle !- par des chemins de campagne, l’autoroute finissant au nord de Blainville. Je « piquais » donc par des routes secondaires, Sainte-Monique, Saint-Augustin, Saint-Benoit, Saint Joseph-du-lac… débouchant au lac des Deux Montagnes. Ce sera les stations du fuyard « recherché ». Chemin de croix du jeune  assassin.

« Cu,i cui,  mon histoire est finie »,  disait maman-Fonfon !

claudejasmin.com

Une réponse sur “SAINT-ADÈLE À NEW YORK !”

  1. Pour ceux que cela intéresse, la Roulotte de Buissonneau est stationnée chez Paul Buissonneau, à Mandeville. Paul aimerait bien s’en débarrasser mais pas en la donnant à n’importe qui !
    Y a-t-il des intéressés ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *