À PIEDMONT, L’AMOUR ET LA MORT !

En fin d’après-midi, en attendant l’ouverture de ma chère École Hôtelière, où Serge-sourire louange sans vergogne les plats du jour, je lis « L’Orestie », celui des sombres drames grecs, dans un « poche » payé une piastre. Que de sang versé, me disais-je, que de meurtres, que d’enfants égorgés ou empoisonnés ! Et ici ? C’est la paix dans nos collines, non ?

Non.

J’émerge, enfin enfin, d’une sorte de paralysie; on sait mon grand amour des enfants et voici un papa devenu fou d’une peine d’amour qui se venge et sort un couteau et tue !  Dans une coquette maison de Piedmont, un père, mon cher Eschyle, poignarde à mort ses deux enfants.

Stupéfiés, scandalisés nous apprenons : « un couple de deux médecins, un séparation, deux innocents tués ». C’est bref d’abord. Pas de ce « Temple solaire » comme à Morin Heights, ni dépravé pédophile, non, rien de dégueulasse, on nous répète : un médecin. Un spécialiste. Silence dans nos chaumières : une sorte d’intimidation. Quoi ? Ni voyou, ni  drogué ! Deux assassinats par un instruit « monsieur-le-docteur ! »

Un soir Il y a 400 ans avant Jésus-Christ, des gens s’assoient dans des arènes aux sièges de pierre. Ils sont venus entendre claquer la mort, écouter les pleurs, les cris, les larme de sang. L’Orestie à Piedmont, les drames sanglants du dramaturge grec Eschyle. Voyez ses mânes, ou ceux de Sophocle, se réincarnant avec des papyrus aux doigts, gémissant : « Février 2009, infanticides à Piedmont ».

Le funeste criminel n’aura plus besoin d’afficher ses beaux diplômes, il a beaucoup tué, ses enfants et l’épouse amoureuse en allée, aussi ses vieux parents, ses camarades de travail à l’hôpital de  St Jérôme, désorientés, ses amis incrédules, ses voisins étonnés. La mort ! Il est, son serment d’Hippocrate mis en torchon («  à tout prix,  conserver la vie » ). La mère doit fuir un futile poison : la culpabilité. Pas facile mais essentielle affaire. Lu seul est responsable du lâche assassinat de… de  nos convictions primordiales car «  On ne tue pas », m’sieur Moïse, n’est-ce pas ? Surtout pas ses enfants !

Il nous est si nécessaires de nous croire bons et humains, pas vrai ? Il a tué pour un temps l’espoir dont on a tous besoin en cette « vallée » larmoyante, si décevante à l’occasion. On veut croire au bons sens, aux sentiments équilibrés, à la bonté, à une compassion minimum. Non ? Ce soir-là, il y a des siècles, dans l’amphithéâtre sous les étoiles, l’écrivain Eschyle fait frissonner d’horreur tout un peuple, jour atroce se lamente un invisible chœur, ai-je vu des fantômes dans notre désert théâtre de verdure rue Morin et à Piedmont ? Une vanité éperdue, toute puissante, un orgueil démesuré du jeune mâle bourgeois, va aveugler totalement un coeur. Le glacer. L’armer d’un couteau. Cher Eschyle, on est encore en 2009 au bord des larmes et il n’y a plus aucune étoile dans le ciel laurentien. Nous nous taisons, Ce tueur-à-sarreau-immaculé nous fait éprouver une certaine honte.

Homo lupus homini ?

Oui, mais des enfants ? J’émerge enfin, enfin, lentement. On s’est senti comme sali par ce médecin fou qui ira longtemps en prison, c’est prévisible. Nous ? On ira se laver où de ça. On sortira de nouveau, le cœur gros, il faut bien nous raisonner, nous consoler. Aujourd’hui encore, partout, des gens prennent soin des petits. Dans des maisons, des garderies, dans des écoles, des cours de récréation. Un peu partout, il y a des gens qui savent et se souviennent, pour toujours, qu’on ne tue pas des enfants innocents. Jamais, m’sieur le docteur, surtout pas pour se venger d’une compagne en allée.

LE DROIT DE TRICHER ?

Voilà qu’un enfant du Saguenay disparu est proclamé « victime », rejet. Est-ce bien vrai ? Les recherches se poursuivent. On tient facilement des coupables. On pointe du doigt… l’ensemble de la cour de récréation. Presque tous : des sales petits rats, des jeunes chiens. En réalité, ces « autres » sont simplement des enfants normaux, ordinaires. Des pervers, prétendait papa-Freud ! Ils ont un code, des usages, un lexique au vocabulaire primitif, utile pour tenir à distance « les grands », profs teigneux, adultes encombrants et en avant pour une lingerie « distinctive ». Pour une « manière » d’être, une « façon » d’être en un territoire rempli d’interdits des adultes.

Être ou ne pas être… libre ! Il y a les ordres à la maison, il y a, tous les jour, cette école obligatoire et ses damnés règlements. Des gamins (les filles, non ?) se taillent une zone, avec ses rites. C’est l’éternel besoin du « groupe » et cela a un nom : l’instinct grégaire. Qui existait il y a mille ans, sera encore présent dans mille ans, dès l’enfance mise en gang, scolarisée. Même pour de vieux petits garçons prolongés (!), cet instinct grégaire dure. Ressembler aux autres. En clubs « des boys », en gangs de rue organisés, réunions bruyantes en « cages ». À sport.

Écoutez-moi bien les rejetés : n’écoutez pas les autorités culpabilisées qui jurent qu’ils vont sévir ! Je vais vous conseiller de façon réaliste : cessez de provoquer sans le vouloir, trichez un peu, jouez le jeu, déguisez-vous un brin, acceptez de vous changer en être « comme tout le monde ». Ça rassure, ça fait du bien au gang et la peur niaise. Jouez le grégaire, celui qui comprend ce besoin d’un « troupeau ». Jeune, je détestais le hockey, j’ai joué celui qui aimait ça. Je détestais le « ballon captif », je m’y essayais volontiers. Je ne voulais pas, dans nos ruelles, chasser les chats-pards (qu’on disait marcoux), je m’y suis mis, criant, loin en arrière, avec la meute. Des frustrés. Je cachais mes livres de lecture, je me posais un masque.

J’allais volontiers au Parc Jarry avec un gant usé et une batte pour crier « strike one, fall ball, strike two » quand j’aurais souhaité la biblio chez les pompiers du marché Jean Talon. Rue St Hubert, je riais des farces cochonnes sur les vendeuses du 5-10-15 cennes, quand je déplorais les grossièretés. Je mettais à regret des sous dans la fente des machines-à-sous chez Peter’s. J’ai cassé des carreaux. J’ai moqué la grosse Alba, rue Drolet, ridiculisé la guichetière nabote du cinéma Château, le manchot, portier à la Casa Italia.

Je riais à faux. Ne pas être rejeté de la bande. J’ai accepté la petite tricherie humaine. Vous verrez, on en meurt pas.

Écoute-moi bien le rejeté : déguise-toi un brin, ça passe vite le temps de la cour d’école. Viendra ensuite le vrai temps. Tu pourras être « ce que tu es ». En paix. Les chefs-voyous, eh bien, tu les reverras, en misérables crétins. On ne change guère. Fini de tricher sous leur petite terreur. Tout le monde te  le dira : « Tu seras devenu quelqu’un ! » Eux, non !

PORTRAIT DE L’HOMO LAURENTIS ?

Je filais à ma chère piscine de l’Excelsior, quand je le revis qui marchait sur la 117, énergique, bras ballants, nez en l’air. C’était bien lui. Un familier anonyme. Chaque fois que j’en croise un de ces costauds aux yeux clairs, il me semble le connaître. Je le sais par coeur et j’aime cette silhouette gossée rudement. Vous le croisez souvent, c’est « le type laurentien », visage sculpté à la hache, faciès buriné. Son visage façonné par le cruel ciseau des vents d’hiver qui sifflent en nos collines.
Homme sans âge précis, mâchoires carrées, cheveux salés et très poivrés, « des cuisse comme deux troncs d’arbre », pas vrai Raoul ? « L’habitant », reflet de nos anciens temps si durs par ici. Rien de l’agriculteur paisible des généreuses plaines maraîchères de « l’en bas de nos montagnes ». Mon buriné est nommé un jack of all trades, le villégiateur dira le jobber. Indispensable.
Félix-Antoine Savard, a parlé de lui, « Menaud maître-draveur »,musclé mais fragile, illusionné mais abandonné. Avant Vigneault qui l’a bien chanté, Félix Leclerc, qui lui ressemblait à La Tuque, a crié : « Ring-ring, Mac Pherson s’est noyé !» Un autre ? À Sainte-Agathe, le gars du menuisier, le Gaston, qui alla au sud se faire religieux et qui changea d’idée et s’acheta un harmonica, se lia aux images-en-mots pour devenir Gaston Miron ! Mis en bel album de chansons tout récemment. Fini la drave, restait… le « jack of… » Voyez mon survenant, « dieu des routes » qui dévore en riant rauque un beignet au Ultramar du Boulevard. Qui boit du café chaud, gars aux biceps d’acier, aux jambes arquées, au dos déjà courbé. Cou de taureau, cheveux de fer précocement. Cantonnier d’occasion, il peut tout conduire, fardier ou tracteur ; il pratique tous les métiers manuels, ce matin, la voix éraillée par tant de saisons dehors, tu l’entendras éclater de rires féroces. Il compense par un humour ravageur d’avoir été obligé d’ignorer les longues écoles, mais il est courageux et il accepte, bravades, des risques. Il en récolte, jeune, plein de rides au front, de plis sous ses yeux. L’homo laurentis aime fêter aussi, même un rien, une bagatelle. Il ira aussi pleurer aussi s’il le faut, au salon mortuaire, l’ami gringalet dégringolé dans la chute mortelle. Fatras de bières trop vite vidées ? Il a oublié l’heure, alors bourré de houblon, il vomit sa colère et l’injustice derrière le mur d’une buvette. Demain, mon gaillard sculpté se réinstallera à un autre emploi précaire. Qu’il s’est négocié pour quatre sous. Faut pas que son fils devienne un… jack of trades. Salut à tous mes Jean-Guy Groulx. Et merci !

DEUX ÉCUREUILS ET TROIS GAMINS !

Ne le répétez à personne, ma femme partie aux courses chèvrefilsiennes, -me voyez-vous ?- je me couche au plancher le long des portes-patio pour observer un gros écureuil. Très  noir. L’alerte acrobate de jadis (Jambe de bois) a changé d’ère (circassiennne). On le voyait plus. Nos suisses agités ? Pareil. Donc, il y a ce couple -père et mère sans doute- deux noirauds, grasses mais vives machines et, c’est comique à voir, totalement indifférents aux nombreux petits oiseaux qui tournoient autour d’eux !

Quand ces bestioles ailées se cherchent des graines tombées de nos deux « magasins » suspendus, quand ils se touchent quasiment, nulle agressivité, pas de chasse, aucun inconvénient. J’ai même vu le père-noiraud se tasser devant deux légères parulines ! Quel mystère et quel naturaliste patenté m’expliquera cet étonnant phénomène ?

Donc ce matin-là, voyant Gras-Noir picosser le long des portes, je me couche pour mieux l’observer. La bête se fige en découvrant ma ronde boule de billard à sa proximité. Elle me fixe et je la fixe. Face à face durable. Ça n’est pas ma première expérience. Ce regard des bêtes ! Si étonnant, comme humain ma foi du bon yeu ! J’en ai une sorte d’émotion, choc de deux natures si éloignées et portant proches parents par l’échange -justement- des regards.

« Les yeux sont le  miroir de l’âme », nous disait-on naguère, enfants aux petites écoles. Vérité, ma foi ! J’ai vécu cela, ce choc avec un quasi-malaise, pour des chiens. Des chats aussi, parfois face à un cheval ou une vache, souvent, pour des singes dans des films montrés à la télé. Oui, une parenté. Plus  insistante, troublante même avec les singes, ça c’est certain, monsieur Darwin sieur De L’Évolution.

Alors, oui, le regard de cet écureuil. Rien pour l’effrayer. Il me dévisage les pattes en l’air comme si on se connaissait quoi. L’expression, comme si on avait gardé les cochons ensemble ! Soudain un Geai bleu surgit et va s’accrocher au rebord de la mangeoire principale dans des images d’ailes énervées. Cela suffit pour que mon écureuil de charbon me délaisse et, peureux ?,  change de posture.

Bon, suffit, je me relève, je vaque à mes travaux du jour. Me reste, comme collé au cerveau, le noir regard du noir rongeur. Bizarre, j’y voyais une trace de…De quo ? De solidarité, oui, de fraternité même. Que c’est regrettable tout ce monde des animaux incapables de communiquer vraiment avec nous tous. Nous verriez-vous?, matins ou soirs, parcourant praires, vallons ou collines et devisant joyeusement avec ces compagnons de vie ? Quels propos échanger avec le monde animal. Hum, on imagine une participation minimum sans aucune complexité, nous causerons comme avec d’éternels poupons, de sempiternels bambins.

Vaisselle rincée et rangée, je retourne aux portes de la galerie, qui je vois ? Lui, Noiraud, le museau dans la vitre. Il m’aperçoit et, aussitôt, se dresse sur ses pattes arrière, alors,  je ramasse un croûton et j’ouvre doucement. Aucune peur, encore les yeux dans les yeux. Mais quand je lui lance le pain, froutch ! Le maudit Geai bleu a foncé, l’enfourche à son bec et repart aussitôt dans son beau fracas bleu et blanc. L’écureuil me jette un coup d’oeil -courroucé, je jurerais- j’y vois de la déception mais, hélas, je n’ai plus de pain.

La belle vie même en froid février ? Oh oui, ce soir-là, à ARTV, ma joie quand défilent les images d’une nature primitive, africaine. Un documentaire sur lions, éléphants, gnous, hyènes. Mes émissions préférés ? Oui, si j’excepte « Les Parent »avec ces trois gamins au naturel absolument renversant.

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DANS « LES PLAINES » DU FARWEST QAND VIENT LA NUIT !

Une radio veut m’entendre gueuler sur le show Moncalm-Wolf, 1759. J’ai refusé. Craindre ce rôle de pitre-chialeur sur l’automatique. Me retenir d’enfourcher tous les ânes cabochons des chemins, d’emboucher toutes les trompettes en places publiques.

Quand je dis à un recherchiste de télé  -qui cherche des criards à empoignades- que ce genre de spectacles est un inoffensif hobby connu dans le monde entier. (J’en vis un b’en plate au château de Bloy en 1980 !) Que cette activité ne me dérange pas… eh, il ne me rappellera pas ! En effet, ces défilés pathétiques, souvent cul-cul, costumés « d’époque » peuvent favoriser un certain tourisme « bon enfant ». À Tikédéronga (sic) sur le Lac Champlain, paraît qu’on rejoue sans cesse la bataille franco versus anglo; on y ramasse un peu de fric.

Un de mes petits-fils adorait se déguiser en preux chevalier du Moyen-âge  un temps. Casque, épée cote de mailles bien lourde. Le dernier film d’Arcand montrait de ces reconstitutions. Dérisoires et même loufoques souvent. Bon.

Il y a qu’il y faut du talent, sinon, b’en… du gros fric ! À Québec, cet été, on prépare donc un de ces « chiards ». Illustrer notre défaite aux mains des mercenaires Suisses, Autrichiens, Allemands payés par la monarchie à Londres Le maire Labaume espère le succès, aussi le bonheur des chambres de commerce ! Les coureurs de festivals en été, se fichent bien du motif. Festivité gratuite, ils souhaitent voir de beaux costumes, b’en anciens, de luisantes  armes b’en antiques, d’entraînantes fanfares b’en militaires.

Et (surtout ?) des bing bang, des boum-boum, à effets sonores et lumineux avec fumées qui puent et b’en noires ! Ah les badauds du mode entier ! Or, de jeunes québécois, non sans raison, veulent casser la patente. Ils regrettent cette ignorance des foules niaises, exploités par les malins du commerce. Pour ces gens politisés, cultivés, frange nationaliste conséquente, il y a l’accablant symbole, la fin de la Nouvelle France. 1759, deuil. « Folie d’oser commémorer une défaite ! »

Commémorer ? À mon avis,  non. Fêter, là oui. Hélas, pas facile de différencier la chose !

Mais le touriste, local ou venu de la Nouvelle Angleterre, se fiche bien de cette navrante réalité et il applaudira volontiers si les Plaines d’Abraham montrent un bon show, un gros show ! Une « parade » impressionnante. Ensuite, hop ! les restos pleins, les hôtels de même et « bonhomme-Labaume » ira dormir en paix. Quoi ? Le Dieu-commerce a des droits.

Voyez-vous ça, plein d’estrades en face de l’église, à Saint-Eustache ? Des canons de Colborne patinant sur la Mille-Îles glacée? Le jeune héros Docteur Chénier qui va mourir et la pluie des obus (en plastique) ? Le monstre Vieux Brûlot bavant de bonheur, torche à la main, succès touristique pour 2038 ?

Ou bien, en 2037, la victoire (eh oui !) de Saint-Denis ? Nos fiers Patriotes avec leurs fourches, des pics et des pelles faisant fuir les troupes de Gore (victorieux à Waterloo !). Pleine déroute et on verrait, assis aux estrades, le Richelieu couvert des barques des battus anglais qui retournent à Sorel ? Ça « poignerait-y »? J’irais pas voir ça,moi. Ni à Québec ni à n’importe quel Fort-Machin, ça m’ennuie ce théâtre simpliste. J’ai toujours détesté ces « pageants » à papier-crépelé coloré, ceux des curés et des révérends frères. Écolier, il fallait assister de force à ces misérables « séances ». Je sais bien qu’avec beaucoup de fric (de notre argent public) brassé à Ottawa, le dit-pageant pourrait avoir grande allure. Mais, je préfère les bons textes, ceux du répertoire ou les créations modernes. Hélas, faire un Avignon, ça dépasse des ignares incultes à la « Labaume-Tourist-room »  ou à la « Juneau-Commandites » ! Le bon peuple s’ennuie et le coco d’amerloque cherche des lieux où mener son gros autobus à vitres fumées ! Eh !

LE DÉLIRE DES ROZON ?

 Je tiens Gilbert Rozon, notre initiateur du « commerce de l’humour » pour un homme doué. Et chanceux, sa société est florissante. Quand il sort de sa « traque-aux- comiques », il devient bizarre. Une organisation (« relations internationales ») l’invitait  à proposer sa recette pour un « Montréal à branding »  et l’expert en « rigolades » a glissé dans des suggestions relevant du délire.
Audacieux et favorisé du sort, Rozon n’est pas bien équipé intellectuellement. Définir du sociétal, orienter et fonder des tendances pertinentes avec paramètres durables, n’est pas de ses compétences. Bien au contraire. Sa culture est limitée. Rien à voir avec, par exemple, « fonder le Festival d’Avignon ». Ou de Stratford ! Ainsi notre débrouillard Rozon définit de puissantes mégapoles -New York, Paris, Londres…et Las Vegas- comme des « villes culturelles », elle sont bien davantage que cela. Farcesque de les réduire à ce seul rôle. Y joindre Las Vegas, là ! Plaisanterie ? La culture et Las Vegas,  antipodes, même si «Vegas » veut se réhabiliter avec des chiards visuels de « variétés ».   
Et Rozon affirmera qu’Hollywood c’est « cinéma mondial », grave retard, car les meilleurs films se font partout. Ils sortent de cette ex-movie-star-city où on fabrique « en série » des séries-tévés. Plus déroutant ? La formule du « spectacle non verbal ». Évident que cette industrie « non-verbal » sert le commerce touristique : pas de culture, de langue autre pour ralentir le fric, la vente des tickets ! Danse et  jazz ? Mimes et acrobates ? Un branding banal au fond, répandu avec pas de culture « verbale  », pas de pensée.  Adieu théâtre solde et que Cannes garde le cinéma « verbal ». Jadis et aujourd’hui, il y a un vaste public pour les clowns muets. Charlot, prisonnier technologique de l’époque « non-verbale » fut génial.
Money maker à box-office, tournez-vous vers la planète  « non verbal », exemple, le jazz rock anglo américain ! « Businessman en show-business » recommandez à Montréal (aux huit mois de froidure !) de s’acheter -avec l’argent public- du design original ! Des éclairages urbains  sophistiqués. Une architecture AVANT-GARDISTE.  Avec l’argent public bien entendu. Le musée à Bilbao ? Riche touriste, tu y vas une fois, tu vois la patente inouï et tu n’y reviendras plus.
L’hyperactif commis-voyageur Rozon est un désâmée (mot du philosophe américain Alan Bloom). Sauce répandue  l’internationaliste cosmopolitique, partout. Toutes les villes -de tous les continents- se cherchent une gamique-à-touristes. Auteurs ? Tous à jeter. Le «verbal » ?,  une vieille baderne n’est-ce pas ? Rozon, tel un narcisse s’auto projetant, définissait, à sa conférence, l’artiste en « touriste chez lui »(ses mots !). Il ne jure que par un Montréal hédoniste, voyeur et exhibitionniste festif, non mais… Réduction de nos artistes. Ces Rozon confondent-ils nos débrouillard « patenteux » (son mot) avec les richards arrivistes et les parvenus du jet set ? Autre conseil farfelu : « Servons-nous du surdoué Lepage comme d’un utile propagandiste, dit-il ! En fin de causerie, l’apôtre du « spectacle non-verbal » souhaite soudainement, tenez-vous : « Une loi nouvelle pour nos émigrants imposant l’apprentissage de… trois (3) langues ». Il en fume du bon ! Ce branding « ville-du-créateur » est bien singulier. J’entendais ricaner mais jetons plutôt un manteau-de-Noé sur le doué organisateur d’humoristes… la plupart…« verbaux ».

DANS LES PHARMACIES…(air de Trenet)

Jeune, je rigolais de voir ces « vieux » qui traînaient des photos de leurs petits enfants. Leurs « chéris-chéris » enveloppés dans le plastique de leur portefeuille. Je regardais rapidement les binettes et complimentaient par politesse. Par devers moi : « Non mais quels sentimentaux, mes « vieux » camarades radiocanadiens! » Eh oui, plus tard, ce sera mon tour. Je me surprenais, à 60 ans, de montrer à tous les binettes de mes cinq petits trésors chéris ! Leçon de vie.

Autre leçon me revenant en boomerang ? Ces « vieux » encore et leurs descriptions de maladies, leurs précieux remèdes, ces petits bocaux remplis de pilules ! Quels emmerdements ces bavardages descriptifs des malaises divers. Quelle complaisance envers les pharmacies, leurs havres de bonheur… à les entendre glousser de bien-être à ces comptoirs bénis ! Je ricanais. Un jour, encore mon tour : mes « blanches », Lipitor, pour le méchant cholestérol, et mes petites « jaunes », Pantoloc, pour les reflux gastriques. Bien puni, m’sieur le ricaneur d’antan. Sans parler de ces gouttes pour contrer la menace de glaucome en des yeux qui faiblissent.

Dans les familles pauvres comme la mienne l’était, le pharmacien était « le docteur ». Ma mère courait des diagnostics rapides. Et bien fréquents ! Onguents, huiles, sirop, et autres « élixirs ». Dans la file de notre École Hôtelière, on s’amusait à nommer les vieux remèdes de jadis. On a ri. Du liniment Ménard au Sirop Lambert, du Castoria à l’huile de ricin maudite ! C’était moins cher que la visite au médecin. On trouvait un apothicaire (pas de femmes en ce temps-là) à chaque coin de rue dans Montréal. Et Charles Trenet n’en revint pas d’y trouver…de tout.

Mon paternel, à chaque mi-décembre, y trouvait des sirops, et, avec de l’alcool pur, il se montait un bar étonnant pour le temps des Fêtes. Il était fier d’offrir un choix fort varié  d’apéritifs et de digestifs, « home made ». Il fallait le voir calculer ses doses avec des sirops verts, jaunes, bleus, rouges et, à force d’y goûter pour un résultat valable… mon pieux papa devenait complètement « paf ». Il allait se coucher en titubant et en déparlant et ma mère allait le remplacer à sa gargote du sous-sol dans La petite patrie !

Je me souviens encore du pharmacien-peintre Armand  Besner, coin Jean-Talon. Cet apothicaire était davantage passionné par la peinture. Sa pharmacie changée en galerie d’art exposait ses « huiles » et celles de son groupe de «  La monté-St-Léonard ». Comme je me souviens du pharmacien Filion, coin Saint-Denis et Faillon où j’allais me procurer une puante graisse « miraculeuse » pour la gorge malade de ma grande soeur Marcelle, pour, surtout, espérer croiser sa jolie fille dont j’étais amoureux fou à 13 ans !

Les temps changent, à ma pharmacie, celle de notre clinique, que des… pharmaciennes ! Enjouées et sarcastiques quand je veux les taquiner. L’autre jour, une en sarrau immaculée se questionne, voyant une posologie augmentée ( ces gouttes au coucher): « Hum, dit-elle, c’est plus fort maintenant ? » Moi : « Oui et, effet secondaire pervers, mon visage se couvre de poils, je deviens un loup garou,un wherewolf ! » On rigole, j’offre de faire entendre les hurlements qui sourdent de moi à chaque mnise-au-lit ! On a ri.

De tout M. Trenet ? Oui. Des lunettes de plongée et un de mes romans (!) chez Uniprix. Chez Brunet, des piles à prothèses pour mes faibles oreilles mais nulle pharmacie, Charles,  pour « l’œil de vitre » du chat blanc-sale-mal pelé, « Jambe de bois », le copain du tigré « Valdombre » qui est   revenu roder après une longue absence !

VIVRE EN LIBERTÉ

(à tous chroniqueurs-chialeurs en média)

Ah oui, si nous pouvions vivre sans tous ces itinérants, vagabonds gênants, avoir une police forte mais nous ne vivons pas en Orthodoxie, nous vivons en Liberté.

Si on pouvait éliminer ces bouges à homos, ces cabarets vulgaires et ces clubs d’échangistes, mais nous ne vivons pas en Orthodoxie.

Le bonheur que ce serait d’emprisonner les ados criards, les excités sur patins, sur skate board, ces jeunes survoltés qu encombrent les voies publiques mais non, nous vivons en Liberté, pays maudit.

Pouvoir nous rassembler partout en paix, les culs-ronds-de-bourgeois, protégés par une forte gendarmerie et goûter la tranquillité des heureux possédants, non, hélas, nous ne vivons pas en Orthodoxie mais en Liberté.

Enrageant ce laxisme qui laisse se répandre cette jeunesse bruyante, ces fous énervés, ces coureurs à défis qu’on n’ose jamais menotter… nous vivons en Liberté, hélas !

Pourquoi se priver ? Pourquoi ne pas multiplier les lois,  les règlements, sans cesse, de nouveaux interdits, de ceci et de cela, pouvoir vivre en toute protection, volontairement cadenassé en « Pays des merveilles », en toute prévention et de façon permanent, bien à l’abri des vandales, des lascars, des malfrats ? Mais non, on ne vit pas encore en Orthodoxie.

Vivre en Liberté, c’est, hélas, hélas !, vivre dans les risques, tolérer les trublions, endurer les jeunes et vieux délinquants, supporter les mal pris, les démunis, aider les déboussolés, les mal instruits, les laisser jouer aux dés dans ce parc au soleil, c’est ne refuser, horreur !, de ne pas vouloir vivre en Orthodoxie.

Vivre en Orthodoxie, ce serait, ô joie !, vivre tranquillement, très au ralenti, bien calfaté et s’épanouir très lentement, sans effort, surveillé, encadré, réglementé, s’éviter ainsi tout ennui, toute blessure, tout risque et, volontiers,  bannir toute surprise, exister en un songe béat, en un pays plat, morne, sage, sans aucune aspérité.

On en connaît, pas vrai ?, de ces chroniqueurs braillards, (télé, radio, presse) reporters froussards, jeunes pépères trouillards, critiques chroniques qui rêvent de perfection « ici et maintenant ». Petits fascistes idéalistes, tranquilles fanatiques d’une sagesse improbable, intolérants et perfectionnistes. Braillards à plume et à micro ou caméra, démagogues assoiffés de mondes imaginaires, abonnés compulsifs aux arguments populistes, amateurs de désespoirs. Experts en descriptions des MOINDRES noirceurs, ils rédigent sans cesse leurs ÉTERNELLES lamentations. Des complaintes sous forme de râles interminables, article après article, ils se font (presse, radio, télé) les chantres masochistes des petits, moyens et grands malheurs quotidiens : trop de neige dans nos rues, trop de malades en hôpitaux, pas assez de garderies ! Ils veulent vivre en Orthodoxie. Là où rien, pas un pli, ne dépasse. Trop-et-pas assez est leur motto… ad vitam eternam !

Cette peur du « mal peigné », ce goût macabre, féroce  désir de tout réglementer, cette crainte de la liberté, conduit toujours -tard ou tôt- en contrée nazifiante.

On finit par tuer le métèque, le juif, l’homo, le gitan, le bohème, l’émigrant. L’artiste…le pas correct, l’audacieux, le « pas comme les autres ». C’est un Hitler ou un Staline qui grimperont sur les épaules des petits bourgeois tranquilles qui rêvent de confort, de paix artificielle, de vie quotidienne « très bien organisée ».

C’est le bel avenir sinistre du bunker-ghetto, là où on installe partout des caméras, où on pose de solides clôtures grillagées, avec des gardiens en guérites et des cartes à puces pour enter au paradis-de-l’ennui-bourgeois. C’est commencé; en 2009, ça n’est plus de la science-fiction ni de l’anticipation, vous le savez bien.  

AH QUE L’HIVER (air de Vigneault) !

Des experts en physique l’affirment, nous avons par ici (régions boréales)  la plus belle lumière du monde. Bien. À cause des neiges, de la réverbération, sans doute. Est-ce assez pour nos détourner des « si invitants » suds ?

Hum…Nous avons donc la plus fameuse des luminosités, je veux bien,  mais… pas « la chaleur ».  Ne pas confondre. Chez mon camarade exilé à Key West, Tremblay, ils ont cela la chaleur mais, l’ignore-t-il, une lumière bien ordinaire. Oh, ouengne ! Quoi, que préférez-vous, lumière ou chaleur ?

Retraité d’un boulot quotidien (scénographe) pour gagner ma vie (la littérature hen…), me voilà en proie à… la fuite ! Au sud évidemment. Ce sera, dès 1986, les séjours d’hiver en Floride d’abord. Grand plaisir de rouler sur la fameuse 95. Petites plaisantes découvertes en chemin. Enlever du linge à mesure. Arrête à Philadelphie, puis à Washington. Fouiner en Caroline (les deux), niaiser en Georgie, visiter la jolie veille Savannah !

Joie d’enter à Daytona, première plage de sable vraiment chaud. Revoir l’antique St Augustine, premier bourg bâti des États-Unis, du temps des Espagnols. Vouloir voir partir une fusée, certaines années. Enfin, installation à North Miami, à Bal Harbour, à Sunny Isles. À Hollywood ? Non ! Trop c’est trop.

Cela, cette petite migration temporaire, dura quoi, 10 ans, 15 ans ? On découvre la futilité de cette opération-soleil. L’hiver, en fin de compte, passe presqu’aussi (presque !) vite que l’été. Gaspillage.

Nous voici en début de février, un mois qui file assez vite, puis ce sera mars, avec un soleil plus chaud et toujours  notre lumière « la plus formidable de notre univers » ! Viendra avril et la solide délivrance du froid. Et des bourgeons aux arbres. Nous avons, Raymonde et moi, cessé de protester « maudit frette noère », de brailler, et nous avons cessé de nous sauver. En République Dominicaine ou à Cuba, que de vaines illusions ! La Florida, on l’avait vu, on en avait fait le tour, de Naples à Tampa et Clearwater, côté golf du Mexique,  de South Beach « en rénovation » jusque chez Céline et René, côté Atlantique. Ô Worth Avenue, ô dépenses mondaines !

Oui, nous restons ici désormais. Pourtant, cet hiver, avec tant de neiges tombées et tant de jours d’un temps ultra « arctique », nous voilà à parler de nouveau fuite hivernale. Eh oui « la misère des riches », bon, okay, disons des « pets bourgeois ben nantis ». Au prochain hiver, nous songeons à « cent jours » à Carcassonne, à Perpignan. Ou bien pénates posées à Saint-Raphaël !  Pouvoir rester tout à fait des francophones quoi ! Télés, radios, revues et journaux. Livres. Et avoir le train ultra rapide pas trop loin. Chanter : « Revoir Paris » ! Mais… on me parle du fléau terrible, nommé le  mistral. Aller vivre l’hiver à Menton alors,  proche de Nice et Monaco. Ou bien où ? Aidez-nous !

À moins que : décembre 2009 qui s’amène et nous voilà ben calmes tous les deux, patients, endurants… Et puis janvier 2010 qui viendra, tolérable. Attente.. dans notre « plus fantastique luminosité du monde ». Et puis, paf !, qui va là ?  février qui file, comme maintenant, on se retrouvera en mars, et on guettera avril. En réalité, on ne sait plus trop quoi faire. Aidez-nous !

Vrai que l’hiver passe relativement très « assez vite », vrai que certains jours froids on en bave et on maudit le ciel québécois ! Vrai aussi qu’ici, bien, on a nos affaires, habitudes, us et coutumes, on a nos petites choses, les occasions de bon théâtre (voir Christiane Pasquier l’autre soir au Go , oh !) et de films solides (ces écoliers Noirs perdus, à Paris, oh !), de bons repas rares (chez Esmeralda !). Et quoi encore ? Il y a les parents, les amis. Tudieu, est-ce croyable ? La vieille baderne de Louis de Ratisbonne avait donc raison : « Aucune terre n’est si douce que la terre où nous sommes nés ». Croisant de nos migrants, j’ai mal pour eux parfois : en être venus à accepter -pas toujours volontairement- le total déracinement. Aïe ! On y pense pas assez. Le génial Dostoïevski parlait : « Être devenu apatride, le pire des malheurs ! »

Bon, frette pas frette : je reste icitte !