DANS « LES PLAINES » DU FARWEST QAND VIENT LA NUIT !

Une radio veut m’entendre gueuler sur le show Moncalm-Wolf, 1759. J’ai refusé. Craindre ce rôle de pitre-chialeur sur l’automatique. Me retenir d’enfourcher tous les ânes cabochons des chemins, d’emboucher toutes les trompettes en places publiques.

Quand je dis à un recherchiste de télé  -qui cherche des criards à empoignades- que ce genre de spectacles est un inoffensif hobby connu dans le monde entier. (J’en vis un b’en plate au château de Bloy en 1980 !) Que cette activité ne me dérange pas… eh, il ne me rappellera pas ! En effet, ces défilés pathétiques, souvent cul-cul, costumés « d’époque » peuvent favoriser un certain tourisme « bon enfant ». À Tikédéronga (sic) sur le Lac Champlain, paraît qu’on rejoue sans cesse la bataille franco versus anglo; on y ramasse un peu de fric.

Un de mes petits-fils adorait se déguiser en preux chevalier du Moyen-âge  un temps. Casque, épée cote de mailles bien lourde. Le dernier film d’Arcand montrait de ces reconstitutions. Dérisoires et même loufoques souvent. Bon.

Il y a qu’il y faut du talent, sinon, b’en… du gros fric ! À Québec, cet été, on prépare donc un de ces « chiards ». Illustrer notre défaite aux mains des mercenaires Suisses, Autrichiens, Allemands payés par la monarchie à Londres Le maire Labaume espère le succès, aussi le bonheur des chambres de commerce ! Les coureurs de festivals en été, se fichent bien du motif. Festivité gratuite, ils souhaitent voir de beaux costumes, b’en anciens, de luisantes  armes b’en antiques, d’entraînantes fanfares b’en militaires.

Et (surtout ?) des bing bang, des boum-boum, à effets sonores et lumineux avec fumées qui puent et b’en noires ! Ah les badauds du mode entier ! Or, de jeunes québécois, non sans raison, veulent casser la patente. Ils regrettent cette ignorance des foules niaises, exploités par les malins du commerce. Pour ces gens politisés, cultivés, frange nationaliste conséquente, il y a l’accablant symbole, la fin de la Nouvelle France. 1759, deuil. « Folie d’oser commémorer une défaite ! »

Commémorer ? À mon avis,  non. Fêter, là oui. Hélas, pas facile de différencier la chose !

Mais le touriste, local ou venu de la Nouvelle Angleterre, se fiche bien de cette navrante réalité et il applaudira volontiers si les Plaines d’Abraham montrent un bon show, un gros show ! Une « parade » impressionnante. Ensuite, hop ! les restos pleins, les hôtels de même et « bonhomme-Labaume » ira dormir en paix. Quoi ? Le Dieu-commerce a des droits.

Voyez-vous ça, plein d’estrades en face de l’église, à Saint-Eustache ? Des canons de Colborne patinant sur la Mille-Îles glacée? Le jeune héros Docteur Chénier qui va mourir et la pluie des obus (en plastique) ? Le monstre Vieux Brûlot bavant de bonheur, torche à la main, succès touristique pour 2038 ?

Ou bien, en 2037, la victoire (eh oui !) de Saint-Denis ? Nos fiers Patriotes avec leurs fourches, des pics et des pelles faisant fuir les troupes de Gore (victorieux à Waterloo !). Pleine déroute et on verrait, assis aux estrades, le Richelieu couvert des barques des battus anglais qui retournent à Sorel ? Ça « poignerait-y »? J’irais pas voir ça,moi. Ni à Québec ni à n’importe quel Fort-Machin, ça m’ennuie ce théâtre simpliste. J’ai toujours détesté ces « pageants » à papier-crépelé coloré, ceux des curés et des révérends frères. Écolier, il fallait assister de force à ces misérables « séances ». Je sais bien qu’avec beaucoup de fric (de notre argent public) brassé à Ottawa, le dit-pageant pourrait avoir grande allure. Mais, je préfère les bons textes, ceux du répertoire ou les créations modernes. Hélas, faire un Avignon, ça dépasse des ignares incultes à la « Labaume-Tourist-room »  ou à la « Juneau-Commandites » ! Le bon peuple s’ennuie et le coco d’amerloque cherche des lieux où mener son gros autobus à vitres fumées ! Eh !

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