LE DROIT DE TRICHER ?

Voilà qu’un enfant du Saguenay disparu est proclamé « victime », rejet. Est-ce bien vrai ? Les recherches se poursuivent. On tient facilement des coupables. On pointe du doigt… l’ensemble de la cour de récréation. Presque tous : des sales petits rats, des jeunes chiens. En réalité, ces « autres » sont simplement des enfants normaux, ordinaires. Des pervers, prétendait papa-Freud ! Ils ont un code, des usages, un lexique au vocabulaire primitif, utile pour tenir à distance « les grands », profs teigneux, adultes encombrants et en avant pour une lingerie « distinctive ». Pour une « manière » d’être, une « façon » d’être en un territoire rempli d’interdits des adultes.

Être ou ne pas être… libre ! Il y a les ordres à la maison, il y a, tous les jour, cette école obligatoire et ses damnés règlements. Des gamins (les filles, non ?) se taillent une zone, avec ses rites. C’est l’éternel besoin du « groupe » et cela a un nom : l’instinct grégaire. Qui existait il y a mille ans, sera encore présent dans mille ans, dès l’enfance mise en gang, scolarisée. Même pour de vieux petits garçons prolongés (!), cet instinct grégaire dure. Ressembler aux autres. En clubs « des boys », en gangs de rue organisés, réunions bruyantes en « cages ». À sport.

Écoutez-moi bien les rejetés : n’écoutez pas les autorités culpabilisées qui jurent qu’ils vont sévir ! Je vais vous conseiller de façon réaliste : cessez de provoquer sans le vouloir, trichez un peu, jouez le jeu, déguisez-vous un brin, acceptez de vous changer en être « comme tout le monde ». Ça rassure, ça fait du bien au gang et la peur niaise. Jouez le grégaire, celui qui comprend ce besoin d’un « troupeau ». Jeune, je détestais le hockey, j’ai joué celui qui aimait ça. Je détestais le « ballon captif », je m’y essayais volontiers. Je ne voulais pas, dans nos ruelles, chasser les chats-pards (qu’on disait marcoux), je m’y suis mis, criant, loin en arrière, avec la meute. Des frustrés. Je cachais mes livres de lecture, je me posais un masque.

J’allais volontiers au Parc Jarry avec un gant usé et une batte pour crier « strike one, fall ball, strike two » quand j’aurais souhaité la biblio chez les pompiers du marché Jean Talon. Rue St Hubert, je riais des farces cochonnes sur les vendeuses du 5-10-15 cennes, quand je déplorais les grossièretés. Je mettais à regret des sous dans la fente des machines-à-sous chez Peter’s. J’ai cassé des carreaux. J’ai moqué la grosse Alba, rue Drolet, ridiculisé la guichetière nabote du cinéma Château, le manchot, portier à la Casa Italia.

Je riais à faux. Ne pas être rejeté de la bande. J’ai accepté la petite tricherie humaine. Vous verrez, on en meurt pas.

Écoute-moi bien le rejeté : déguise-toi un brin, ça passe vite le temps de la cour d’école. Viendra ensuite le vrai temps. Tu pourras être « ce que tu es ». En paix. Les chefs-voyous, eh bien, tu les reverras, en misérables crétins. On ne change guère. Fini de tricher sous leur petite terreur. Tout le monde te  le dira : « Tu seras devenu quelqu’un ! » Eux, non !

Une réponse sur “LE DROIT DE TRICHER ?”

  1. Enfin ! oui, enfin: un commentaire original, intelligent, vrai, sur le phénomène qui fait jaser tout le monde ces jours-ci….
    En effet, le truc est simple : «if you can’t lick them, join them !»
    Tout le monde peut faire semblant, pour sauver sa peau !
    Cesser de se démarquer en se promenant avec son petit livre de St-Exupéry au lieu d’un «comic» de Superman ou de Tarzan. S’habiller comme tout le monde au lieu de porter des bas de cachemire beige et des Bermudas bleu foncé.
    Apprendre et raconter des jokes plates, se tenir avec des copains au lieu de faire toujours bande à part…
    J’ai dû me plier à cette masquarade moi aussi … et je m’en suis sorti !

    Merci Claude !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *