À PIEDMONT, L’AMOUR ET LA MORT !

En fin d’après-midi, en attendant l’ouverture de ma chère École Hôtelière, où Serge-sourire louange sans vergogne les plats du jour, je lis « L’Orestie », celui des sombres drames grecs, dans un « poche » payé une piastre. Que de sang versé, me disais-je, que de meurtres, que d’enfants égorgés ou empoisonnés ! Et ici ? C’est la paix dans nos collines, non ?

Non.

J’émerge, enfin enfin, d’une sorte de paralysie; on sait mon grand amour des enfants et voici un papa devenu fou d’une peine d’amour qui se venge et sort un couteau et tue !  Dans une coquette maison de Piedmont, un père, mon cher Eschyle, poignarde à mort ses deux enfants.

Stupéfiés, scandalisés nous apprenons : « un couple de deux médecins, un séparation, deux innocents tués ». C’est bref d’abord. Pas de ce « Temple solaire » comme à Morin Heights, ni dépravé pédophile, non, rien de dégueulasse, on nous répète : un médecin. Un spécialiste. Silence dans nos chaumières : une sorte d’intimidation. Quoi ? Ni voyou, ni  drogué ! Deux assassinats par un instruit « monsieur-le-docteur ! »

Un soir Il y a 400 ans avant Jésus-Christ, des gens s’assoient dans des arènes aux sièges de pierre. Ils sont venus entendre claquer la mort, écouter les pleurs, les cris, les larme de sang. L’Orestie à Piedmont, les drames sanglants du dramaturge grec Eschyle. Voyez ses mânes, ou ceux de Sophocle, se réincarnant avec des papyrus aux doigts, gémissant : « Février 2009, infanticides à Piedmont ».

Le funeste criminel n’aura plus besoin d’afficher ses beaux diplômes, il a beaucoup tué, ses enfants et l’épouse amoureuse en allée, aussi ses vieux parents, ses camarades de travail à l’hôpital de  St Jérôme, désorientés, ses amis incrédules, ses voisins étonnés. La mort ! Il est, son serment d’Hippocrate mis en torchon («  à tout prix,  conserver la vie » ). La mère doit fuir un futile poison : la culpabilité. Pas facile mais essentielle affaire. Lu seul est responsable du lâche assassinat de… de  nos convictions primordiales car «  On ne tue pas », m’sieur Moïse, n’est-ce pas ? Surtout pas ses enfants !

Il nous est si nécessaires de nous croire bons et humains, pas vrai ? Il a tué pour un temps l’espoir dont on a tous besoin en cette « vallée » larmoyante, si décevante à l’occasion. On veut croire au bons sens, aux sentiments équilibrés, à la bonté, à une compassion minimum. Non ? Ce soir-là, il y a des siècles, dans l’amphithéâtre sous les étoiles, l’écrivain Eschyle fait frissonner d’horreur tout un peuple, jour atroce se lamente un invisible chœur, ai-je vu des fantômes dans notre désert théâtre de verdure rue Morin et à Piedmont ? Une vanité éperdue, toute puissante, un orgueil démesuré du jeune mâle bourgeois, va aveugler totalement un coeur. Le glacer. L’armer d’un couteau. Cher Eschyle, on est encore en 2009 au bord des larmes et il n’y a plus aucune étoile dans le ciel laurentien. Nous nous taisons, Ce tueur-à-sarreau-immaculé nous fait éprouver une certaine honte.

Homo lupus homini ?

Oui, mais des enfants ? J’émerge enfin, enfin, lentement. On s’est senti comme sali par ce médecin fou qui ira longtemps en prison, c’est prévisible. Nous ? On ira se laver où de ça. On sortira de nouveau, le cœur gros, il faut bien nous raisonner, nous consoler. Aujourd’hui encore, partout, des gens prennent soin des petits. Dans des maisons, des garderies, dans des écoles, des cours de récréation. Un peu partout, il y a des gens qui savent et se souviennent, pour toujours, qu’on ne tue pas des enfants innocents. Jamais, m’sieur le docteur, surtout pas pour se venger d’une compagne en allée.

Une réponse sur “À PIEDMONT, L’AMOUR ET LA MORT !”

  1. Ce qui m’attriste le plus dans cette triste affaire c’est qu’on n’en tirera aucune leçon pour l’avenir…
    Les hommes séparés vont continuer à souffrir et à être violents, des fois;
    les enfants très jeunes et sans défense vont continuer à se faire tuer;
    les mamans vont continuer à se culpabiliser pour rien….

    On se sent totalement impuissants.

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