SORTIE DE SAISON

D’abord c’est sale. Partout. Rues et trottoirs recouverts d’un sable sali. Et puis rien encore aux branches des arbres; les pelouses, les jardins comme encore morts avec leurs lueurs  jaunasses, funèbres. L’air plus doux maintenant nous fait pourtant espérer fort la venue -le retour- de la verdure.

Autre signe pré-printanier ? Les tournées d’inspection de chats comme réapparus. Il y a eu, je l’ai dit, celui tacheté de si jolis poils rouges; il y a aussi, le gros blanc aux zones orangées. SA première visite l’autre jour alors qu’il faisait nuit ! Ma surprise quand j’ai allumé la lampe jaune -qui chasse les moustiques. Tas muet dans son coin, gros paquet inerte sus une balustrade, sa fourrure à peine remuée sous le vent nocturne. Calme et gras félin…et  qui veille ? Cette grosse bête, la queue et les pattes repliées sous le corps, bien assis au bout de la galerie, tête tournée vers le rivage, voit-elle à travers la noirceur ? Un galantin rendez-vous nocturne ?

Ou bien à quelle solitude familière se livre-t-il volontiers ? Ô le mystère du monde animal ! À quoi peut rêvasse un chat orange et blanc ? Enfin, j’ai revu mon cher vieux Valdombre toujours comme un peu ébouriffé. Il ne change pas. Il m’est revenu donc, toujours en faraud, illusionné. Il a fait le tour de la galerie, il a feint la force, ce port altier un peu ridicule, ce dos haussé, sa démarche d’officier nazi dans un film d’horreur… Tout de même, ces marques aux flancs, aux pattes, qui racontent fort bien qu’il n’en pas pour si longtemps mon tigre pour rire. Fin des mangeoires par ici, ces trois chats délivrés ainsi de fantasmes encombrants, reviennent donc constater…quoi donc ?  Que ces maudits oiseaux ont fini de se foutre d’eux.

Bien loin de la vallée-aux-chats, au ciel, l’autre midi,  deux lignes craquelantes vibraient. Ces cris à notre firmament, bien faibles et pourtant mais bien fortifiants.  Que d’oiseaux géants qui filent… vers Mont-Laurier ?  Vers l’Abitibi ? Ces appels émouvants au zénith, bien en haut de nos têtes humaines, le rituel grand voyage au nord de notre nord. Raymonde et moi on a levé le visage en même temps, nos yeux amusés de leur « v » gigantesque, nos regards en constatant -ligne ailée qui se brise, se reforme- la délinquance de ces migrants criards.  On voudrait bien les accompagner en une pascale résurrection et ascension. Ciel, la volière de Dieu !

Non, on va rester par terre. Dans nos jolies collines aux éléphants ombreux et fauves encore mais qui vont muer en pachydermes aux camaïeux divers de verts ! On va surveiller les bourgeons bientôt et voir reverdir la flore laurentienne, cher Marie-Victorin ! Sept longs et beaux mois de « l’autre » beauté qui s’en vient, celle qui m’ordonne de ranger pelles et brosses,  de laver les vitres, de défaire les lattes et le jute anti-neige, d’arroser le carré de bitume devant ma porte. De sortir du coffre du portique le cerf volant bon marché, la casquette légère, le cadenas de nos deux vélos…et d’y jeter le bonnet fourré, le foulard noir, les épais gants de cuir et les mitaines de laine. Et puis, sait-on jamais, voir arriver la chatte blanche et orangée avec un chaton dans la gueule ! Ou bien le tacheté de pourpre ! Pour Valdombre, il doit le savoir, il est trop tard. La marmotte Donalda, sortie de sous l’escalier, l’a frôlé un matin et, j’ai bien vu, pas un seul regard au tigre !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *