UN BEAU RAT LUSTRÉ !

     J’aime aller observer le débit de l’eau aux jolies ruines de l’arche d’entrée, proche du resto «La  Valloise », Chemin du Chantecler. Là, où le lac file vers l’est en bruyant, stimulant, ruisseau à travers les maisons tout autour du site abandonné, dit « 40-80 ».

    Qui je vois là, se baignant ? Lui, « Parizeau », mon rat musqué familier. Il se lisse les poils tourné sur le coté. Il sourit. Il fait si beau maintenant. Il doit guetter les premières feuilles des saules nains. Il m’a dit  (il me jase par clignements d’yeux) qu’il raffole des poissons rouges que l’on jette au lac en fin de vacances. C’est son régal.

      Le prof sabbatiqueur, le neveu-fesse-gauche par ma bru, Murray La Pan, est venu m’emprunter le pédalo. Sa première pêche. Interdit désormais, me dit-il, de débarquer, à la descente municipale du parc, sa chaloupe d’aluminium. Ste Adèle veut prévenir la contagion-algues-bleues (!) venue de son Saint-Sauveur. J’ai ri. Pas lui.

      « Le Calumet », incendié avec l’ex-hôtel Laliberté ! Hélas !  Désormais achat de journaux au IGA d’un homonyme jasminien. Une employée, héritière, que je  questionne : « Hen, quoi ? Nous autres, venir de Ville Saint-Laurent ? Non. On vient de Ste Rose ! » Bon, bon. À la caisse, une ancienne, accorte, joyeuse, venue du clan Lamoureux, m’apostrophe : «  Ah b’en ! Vous ! Il y a un demi-siècle, vous veniez manger à la pension chez nous, non? » Oui. Oh, la bonne soupe pas chérante !

     Une des belles Lamoureux deviendra buraliste au célèbre « Petit Journal »,  rue Jean Talon ouest et je la revis, y allant en tentant de vendre mes premiers contes. Plus aucun « canard » ne publie des contes hélas pour les apprentis écrivains ! Cécilia (?) y était donc, toujours si bleue de ses yeux, si blonde des cheveux, si blanche immaculée de peau. La beauté !  En 1952, l’aspirant artiste mangeait aussi chez « la grosse madame » juste  au coin, là où on lit « Parc Louis Aubert ». De ce pâté de bâtisses style western, il n’en reste que l’annexe de Del Forno. Lieu qui était un chic « Thea room », déjà sombre avant de muer en l’ex-« Chez Pep » à Cotroni. Je voyais mon vieux camarade, le « lion réacto-bleu », Grignon, sous l’aubarge Chateauguay. Paf pas paf, il entrait ou sortait du pub, capot de chat grand ouvert.

       À cette époque, des marguilliers bien bourgeois acceptaient pour l’église neuve, ces bizarres sculptures hiératiques, ouvrages d’un  parisien exilé ici, Pierre Delanoé.  Au champ vacant du coin de l’église, des gars de chez Bell m’offraient une place « à vache » en leur club de baseball ! Refus !

       Murray rentre à quai la ligne ballante : « Il avance pas l’diable, vot’ pédalo ! » Bredouille, il sourit.  Oh, bruits de brousailles, voilà mon « Parizeau musqué »  fuyant nos myrics beaumiers, plongeant. Bof ! Je fais voir mes neuves chaises longues -en rotin-made-in-China-  achetées « pas cher » viande à chien,  dans un champ vague proche de Rona. Murray apprécie et, intrigué, examine plutôt ces trous partout dans le sol. Curieux ouvrage des mulots troglodytes. Fort soleil de fin de mois ! Je m’allonge, je songe à cette Lamoureux à la caisse du IGA, oh merde !,  nous avons eu vingt ans un jour, un jour…

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