RAPIDES, CASCADES ET REMOUS

Je m’installai en Laurentie, en villégiateur d’abord, 1973 et trois  lieux me fascinent tout de suite. Les rapides au coin de la 117 où je m’achetais du bois à rénovation, au lieu dit

« Rivière aux mulets ». Disparu ce vieux « clos-de-bois » familial.  Puis je découvrirai la Doncaster et ses trépignants rapides, son mur de béton, un barrage devenu inutile sans doute, disparu lui aussi. Enfin ce sera les cascades inouïes en aval de Val Morin sur la piste cyclable.

D’où nous vient cette fascination des eaux trépidantes ? Lointain besoin -de telles eaux vives- venu d’ancêtres qui appréciaient (ou craignaient ?) la sauvagerie d’un continent fraîchement adopté. Voilà que je découvre bien tard, une  Rivière-du-Nord débordante en avril et mai, fous flots, impétueux remous. C’est du côté de l’ex-usine Roland. Pauline et Jean-Paul nous y menaient, ô,  nos exclamations ! Réel plaisir à observer les féroces remuements de cette toute « démontée », ses îles noyées. Le paysage, sans soleil ce midi-là, se donnait des airs intimidants, énormes grondements.

Partout, tout a fondu, partout donc remous, cascades et rapides fous…Grande joie de regarder l’eau sortie de ses gonds. Colère de dieux cachés, menace insolite d’un déluge proche, la nature révoltée et nous, purs innocents, on ne sait pourquoi. Une démence liquide impressionnante qui nous laissait la bouche ouverte. Un album aux images sévères, ouvert aux pages arrachées qui illustrent des énervements ondins bien plus vraies qu’au cinéma-à-catastrophes. Le sol vrombissait !

Impression de terres fragilisées à tremblements insolites. Souhait secret d’être emporté…vers où, on ne sait trop, secret besoin de déportement, des voyagements, ceux des anciens, du folklore à « canot volant » avec un Satan ricaneur. Enfants de Montréal, nous ne voyions rien de ces rivières enragées et nos petits bateaux de papier-journal, rue Jean-Talon, ne  voyageaient qu’en d’étroits caniveaux aux eaux salies, remplissage par l’arrosoir municipal. Notre pauvre plaisir tout de même. Ce n’est pas nous, modestes gamins de Villeray,  qui allions, tel le fiable échevin Frank Zampino, voguer sur le luxueux yacht d’un riche mossieu  Accurso.

Non. Mais, devenu un petit peu plus riche (hum) à trente ans, j’achète un hors-bord d’aluminium (moteur de « 50 forces ) et je découvre mes premiers rapides à Ste Anne de Bellevue, à ceux de  St Eustache sur le lac, à ceux du Cheval-Blanc, à Ste Dorothée. Le bonheur des yeux et des oreilles séduits, la fascination des grondements du dieu Neptune ! Aux portes de ma ville, en 1965, tant de crues, de gonflements sur la Des Prairies juste en aval de Laval-sur-le-Lac.

J’y suis donc retourné voir la Nord délinquante, il y a peu. À la rambarde d’un petit pont la chevauchant, je songeais

aux temps jadis quand l’usine du Sieur Rolland fonctionnait à plein. Sir Bob Dylan, oui, les temps changent ! Ce qui ne change pas ? Cette fougueuse rivière sur ce site à rochers noyés, depuis bien avant Champlain et Cartier. Immuable. Comme  de toute éternité, pas moins furieuse en 1400 qu’en 2009 ! Des enfants couverts de fourrures y venaient-ils pour y jeter des bouts de bois, et, comme moi, les regarder voguer à toute vitesse vers son lointain point de décharge, en Argenteuil,  dans l’Outaouais ?

Une réponse sur “RAPIDES, CASCADES ET REMOUS”

  1. bientot 12 ans d’exil et c’est toujours le souvenir des eaux vives de mon adolescence qui reviennent me chercher…
    ah la plaisante stupeur de sentir le rapide en aval
    et la grande fierte une fois les remous franchis… j’aime l’ocean, plus que la mer, et suis toujours enchante par les histoires de marins bretons…
    mais au fond il reste je suis un marin d’eau douce, un enfant des rivieres du bouclier canadien…
    Metabetchouan, attends-moi, je serai la bientot

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