UN PÈRE AU JARDIN DE SA FILLE

Ce fut un beau dimanche.

Devoir aller au si joli jardin de sa fille et se laisser  fêter. Allons-y. Se questionner en chemin : « ais-je été un bon père »?

Cela existe-il ? Je n’ai pas été un bon père. Je ne crois pas. Un « pas pire ». Oui. Je fus un père qui a fait ce qu’il a pu. Qui s’essayait à ce métier bizarre, si délicat, et si précieux sans aucun manuel de conduite disponible. Sans livre de conduite quoi. Comme pour tous les pères de la terre.

Mon père n’a pas été un bon père. Il a fait ce qu’il a pu. Lui aussi.

J’ai dit tout cela à mes enfants et petits-enfants, tout cela et autre chose au beau jardin d’Éliane, rue Chambord. Je disais qu’il y a des orphelins un peu partout. Que des enfants  vécurent, trop jeunes, beaucoup trop jeunes, sans papa aucun sous le toit familial.

Et puis, de nos jours,  il y a tant de ces pères fuyards. Irresponsables. Éternels ados. Tous ceux qui « lèvent les feutres », se sauvent, paniqués. Ainsi, oui, plein d’orphelins-de-père avec une vague idée, bien floue,  d’un père absent. D’un  « en allé », parti tout peureusement.

À ce dimanche, cette commémoration des papas, ce fuyard a un mal souvent, des regrets le rongent, mais il va se taire, orgueilleux, silencieux dans son lointain repaire de fuyard.

Je vois donc ce dimanche-là tous les miens bien vivants, heureux de vivre apparemment, au jardin ahuntsiquois,  et moi aussi, je suis bien, je suis content. Propos et confidences, signaux chauds, caresses, étreintes à l’arrivée, éclats de rire au petit banquet de grillades succulentes de Marco, habile rôtisseur, gendre et webmestre. Tout autour de la terrasse, bosquets d.jà mûrs, petits arbres fruitiers, bouquets variés, c’est « la verdure en ville », avec le bruit assourdi d’un trafic minime rue Prier, rue Fleury pas loin, écho discret.

Juin joue pleins feux, un crépuscule bien luisant,  cet éclairage oblique qui change tout, le vieux « Galarneau » qui se couche, luit vivement encore rue Chambord. Voici l’été pour vrai, , les papas contents, et l’été pour de bon.

Je suis encore vivant, moi le vieil orphelin de père. 80 piges l’an prochain ! J’ai osé dire : « Serais-je de retour ici, un tel aimable jour férié, l’an prochain ? »  Silence au jardin. On verra bien. Soyons fataliste. Branches de jasmin : trois grands jeunes hommes me regardent rire en riant. Le benjamin, Gabriel, part bientôt pour bourlinguer librement en Europe. En septembre, il sera, sérieux prof de musique. Celui dit « du milieu », Laurent,  acrylise sans cesse de fougueux tableaux et, tous les après-midis, il va soutenir, à Verdun, des « faibles en maths ». L’aîné, David, mon dauphin inouï,  farfouille ses méninges-à- images scripturaires. Il tisse, après « L’Éléphant »

Ce sra « Un enfer » de Dante dans un métro à comédie divine. Il traduit un roman « shakespearien ».

Le pépé admire tant de jeunes vies autour de lui. Le papi est heureux et murmure en rentrant de la fête : « Merci la vie !

2 réponses sur “UN PÈRE AU JARDIN DE SA FILLE”

  1. Le rôle de père dépend aussi du rapport père-mère…. Je pensais jouer mon rôle de façon traditionnelle jusqu’au jour où la mère de mes enfants en a décidé autrement…
    Quand nos enfants nous parlent encore, à nos âges, c’est très bon signe !

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