MANGER, MANGER…

Plein d’oiseaux légers, des sittelles (?), voltigent autour de mon « bleuetier », spectaculaire vision de vivacité. En 1978, terrain du bas de l’escalier, entre nos lilas de l’ouest aux fleurs mauves et ceux de l’est aux fleurs blanches, il y avait plein de ces sauvages cerisiers. J’avais distinguer un jour un arbre aux feuilles bellement gravées de sillons, aux petits fruits pourpres. J’en ignorais l’espèce. Un sureau ? J’ai déraciné et déménagé (dans une haie) les cerisiers pour lui laisser toute la lumière. ET, rapidement, il a grossi. En juin, des fleurs jaunes surgissent et, à la mi-juillet, se forment plein de es grappes de petits fruits d’un bleu de… bleuet ! En bien peu de jours, les oiseaux videront notre cher arbuste de cette bouffe estimée. Manger, manger !

Or, drôle de hâte, quelle urgence, mon Dieu !, des oiseaux fleurètent dedans déjà ! Devinez qui s’amène pour chasser ces innocentes petites proies ? Lui, Jambe-de-bois. Mon fier acrobate, mon écureuil à la patte folle ! Faut le voir chasser, usant de stratégie qu’il croit astucieuse, tacticien zélé, il se cache, saute et sursaute, s’envole la queue comme une aile, revient et… tombe ! Ses dégringolades sont loufoques et m’empêchent de poursuivre mes lectures sur la galerie d’en arrière. C’est «Ringling and Brothers », c’est « Le Cirque du soleil » en miniature !

Manger, manger ! Pendant une absence, une certaine « Mathilde » (qui nous a laissé sa carte), au nom de l’urbanisme écologique, est venue mesurer « notre petit arpent du bon dieu » (titre de roman) au bord de l’eau. Elle a mis une enseigne au sol. En somme c’est une sorte d’expropriation sans aucune compensation, à l’avantage de toute la communauté. Perte, et rétroactive (est-ce légal cela ?), d’une part de la propriété. Achetée en 1973, « tel que vue ».

La loi, sertie d’amendes : On devra abandonner à mère-nature un gros paquet de mètres de notre territoire ! Le fantôme de l’ex-voisin, Séraphin, ricane dans le vieux saule : « La loâ c’é la loa, viande à chien ! » Bon. Ça de moins à entretenir. À tondre. Et ma Raymonde, la proprio, veut bien participer à la sauvegarde des rives, combattre la pollution du Rond (par phosphates, engrais, et cetera). Adieu donc pelouse ! Droit d’y planter des arbustes, tel le « myric beaumier » ou autres espèces semi-marines.

Au moment où je jongle à « comment régénérer » ce rivage devenu «  domaine public » ma foi, coup de fil de l’autre écrivaillon de la famille, mon David, à Ahuntsic. Ses « vieux » se sont exilés en Baie-des-Chaleurs pour « roulotter » à Bonaventure, dans notre finistère. « Allo Papi ? Des boule-à-mythes » (il rit), c’est bon ça, je suis pris avec toute une trâlée de mouffettes dans la cour, oopa, moman et leurs petits ! » J’approuve. Y songeant (à ces boules) pour Jambe-de-bois, l’assassin de nos si vives sitelles.

Voilà qu’au moment où je pars pour un achat de fraîches fraises et de « naturelles » tomates de notre maraîcher qui est revenu rue Valiquette proche de « La muse bouche », un resto couru, je songe au perpétuel silence sous le perron d’en avant. Mais où sont nos moufettes d’antan, poète ? Mystère.

La veille, au lac, j’ai vu la carpe rouge et or qui avalait goulûment les p’tits ménés sous le quai de Maurice-Voisin. Manger, manger ! Rentré pour luncher, à la télé, un de mes chers documentaires animaliers. Que voit-on ? Éternelle histoire de créatures, inférieures n’est ce pas?, se mangeant les uns, les autres. Meurtrières tarentules velues de l’Amazonie, tropicaux scorpions venimeux, serpents tueurs, l’anaconda capable de « faire bouchée » d’un homme…manger, manger ! J’entends gémir un oiseau dehors, Jambe-de-bois a-il frappé ? Cela me coupe l’appétit.

3 réponses sur “MANGER, MANGER…”

  1. L’activité première des animaux est de se nourrir. Pour nous, les humains, c’est différent justement parce que nous avons compris comment accumuler des réserves pour pouvoir faire autre chose que de courir après notre bouffe !
    Quoique je trouve agréable de passer des heures à préparer un bon souper !

  2. et pourtant il n’y pas si longtemps que l’homme est parvenu a vivre sans le scectre de la Faim…

    quoique je parle a travers mon chapeau…

    il y a des millions d’Americains qui vivent avec la faim au quotidien

    sans parler du reste du monde….

    equilibre de la faim bien precaire…

  3. Bonjour

    Vivant aussi en pleine campagne ,contre les doryphores presentement, je donne en Général a manger les écureuils ,les suisses et les pigeons ,aux visons.
    Aux renards et coyottes: les marmottes et les ratons. Les mouffette parfois prisent dans la cage sont des mangeuses de vers de hannetons.J`ouvre doucement la porte et hop! Les corneilles ramassent les campagnols et les souris laissés en vue a coté du hangar.
    Quand a ma vieille jument de 21 ans piquée de cortisone ,son jour venu « la
    loa¨ me forcera a l`expédier pour la¨viande a chien¨ plutot qu’a un doux repos a la
    lisiere de la foret.
    Pour pas me faire bouffer mes quelques fraises par une douzaine de jaseur des cedres , j’ai du les couvrir d’un filet. Elles ont procurées de grands bonheurs dans le palais de quatre des petits enfants de votre cousine Lise.

    Régalons nous c’est la belle saison!
    Jean-Luc Francey

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