UN JOVIALISTE DÉCONNECTÉ, JOYAL

Cré Serge Joyal, va ! C’est un ex-politicien très ancré fédéraliste, un rare député-ministre car très cultivé, courtois et tout, lisse comme un marsouin quoi. Il lui arrive, retraité d’Ottawa, de pousser un fion, de lancer des idées saugrenues. Ainsi, il faudrait dire de gros  »Mercis » à nos protecteurs-du-français, les anglos! Ainsi, selon le jovialiste Joyal, c’est Ottawa-la-brave qui nous a sauvé, Québécois, et notre culture et notre langue.

Mon Joyal y va de sa croyance bizarre en plein média et on imprime ça à La Presse et avec empressement. Qu’est-ce qu’on n’imprimerait pas chez les intéressés financiers «des marais», gardiens autoproclamés du «bon sens» sauce canadian? Or, il s’agit d’une foutaise. Un correspondant du Devoir lui a collé un gros zéro et raconte le réel. Le vrai score en francophonie nord-américaine, c’est 2%, 4% chez les tolérants canadians et, aux USA, 7%. Oui, côté résistance, là où, jadis, nous étions (métis francophones compris) 40% (au Manitoba), c’est réduit à 4% désormais. Pire, c’est actuellement 2% de survivants francophones plus à l’ouest, à l’orée des belles Rocheuses. Or, en Louisiane, c’est mieux, c’est 7%…

Ces chiffres de pourcentage illustrent un fait: si on avait écouté le bouillant chef des patriotes, Papineau (qui est le gros méchant de Joyal), écoeuré des Lord Durham racistes, recommandait de nous annexer aux jeunes États-Unis. Plutôt qu’à ce louche «Projet-Canada», eh bien, vu notre nombre imposant — face à une Louisiane très peu peuplée à cette époque — les jeunes Étatsuniens auraient donc mieux toléré (protégé ?) notre langue. Et, en 2009, il en serait sorti de cette annexion un Québec tout aussi français.

Le délicat Joyal, mieux ferré en antiquités qu’en realpolitik, a voulu jouer avec la question «survivance française» et vanter comme un cabochon une «Ottawa-la-généreuse». Il s’est mis un doigt dans l’œil, on vient de lui dire ça. Et si je sors les «racistes» lois anti-françaises de la francophobe Ontario (ou d’autres provinces), certains abusés vont encore crier au commentateur rancunier. Or, il faut être animé d’une complaisance inouïe, d’un aveuglement total, pour se boucher les yeux. On vient d’avoir une nouvelle idée de ce racisme anglo durable lors d’un tout récent festival, ici, à Montréal. Un énervé proprio d’un théâtre (le Ste-Catherine) nous a chié dessus (je regrette, pas d’autre expression). Et on a alors de jeunes valets (à plume molle) de ces financiers «des marais» (La Presse) tenter de camoufler l’enragé raciste, d’excuser l’hurluberlu démonté. Non mais… coups de pied au cul perdus, non?

Rien à faire, au monde des ententistes-à-tout-prix dont le joyeux toton Joyal, rien à craindre et crachons sans vergogne sur le patriotisme. Je garde bien en vue sur mon babillard cette saloperie graphique du célèbre caricaturiste (The Gazette) Asslin (ass, oui, sic). On y voit un des nôtres, en affreux serpent qui se ronge l’anus! La légende de ce fin dessin? «The Quebec Nationalist». Eh oui! Asslin (re-sic) a la folle franchise, le culot total d’afficher carrément sa francophobie en pauv’tit montréalais. Qui souffre, n’est-ce pas? Fausse minorité dans un océan de blokes! C’est nous, le 2% sur ce continent, non?

Tous ces Asslin qui craignent tant les effets de notre précieuse et indispensable Loi 101 de Camille Laurin, imaginent que leur langue anglaise va s’effondrer ici! Hen, hen, quoi? Farcesque! Nos anglos hypocrites font mine d’ignorer qu’ils sont trois cent millions (300 000 000!) tout autour de nous. Et ils se fichent bien que ce fait têtu puisse polluer chaque jour tant des nôtres. Pas juste la p’tite Picard, chuinteuse et chanteuse amerloquisante. Un effroyable colonialisme via cinéma, télé et musique rock (et jazz?) qui n’inquiète nullement tant de nos chroniqueurs, ces dociles déracinés, ces inconscients agents de contamination de l’Empire Hollywood-McDonald’s, ces courroies-de-transmission dociles, les Brunet-Cormier et compagnie !

JASMIN-GRANDE-GUEULE SE LASSE ?

       Mes plus fidèles lecteurs me signalent une sorte de « chute de pression », me reprochent de m’adoucir, d’avoir changé de  thèmes, d’être devenu plus… plus tolérant, comme plus léger. En fait, oui, c’est vrai, je cherche à me détacher d’un rôle ancien. Une pose qui m’était naturelle, celle de l’indignation. Qui me transformait en invité-béni-des-médias-à-débats. Petit personnage public bien utile aux tribunes à chicanes, en radio, télé, etc. Mais, que voulez-vous, on se lasse de jouer le rôle du « méchant jappeur » et du perpétuel gueulard. Le grand âge venu, oui, on en revient de protester sans cesse.       

       C’est que la vie passe vite.

       C’est que, peu à peu, on réalise que l’homme ne varie guère. Je vois fort bien —ces temps-ci— de ces chaudes graves  pathétiques, cruelles actualités. Si sinistres. Au loin, ces fous furieux que l’on dit kamikazes, leurs voitures (ou camions bourrés de dynamites) piégés. Je vois bien tous ces assassinés innocents (à Kaboul ou à Bagdad) au nom de prophète (monté au ciel à cheval et armé !) Mahomet. Et de son chef le grand Allah. Plus proche, je vois bien ces magouilleurs infâmes, ces tripatouilleurs dégueulasses, cruel pirates en cravate chic bien   capables de détrousser ces riches bourgeois rêvant (il faut le dre ça aussi) de gains rapides. Richards en gros moyens, anglos du west island, que l’on conduit à la ruine totale avec un immoralisme éhonté.

       Comme je vois aussi un inconscient vandale (sic), P.D.G.  qui jette notre argent public (d’Hydro-Québec) dans les cours de récréation de chics collèges. Je vois bien, écoeuré, sa ministre de tutelle —l’élue Normandeau— aveuglée ou folle ?, qui défend, protège, ce Thierry-vandale (sic). Inouï au monde libéral de John Charest cela !

      Or, vais-je gueuler, vomir, m’étouffer scandalisé ?, oui, le temps passe, à critiquer sans cesse on risque de s’aigrir. On risque de cesser de s’émerveiller, ce qui est grave, très sérieux. Tout abruti par les comportements de ces « crooks », ces ignobles  scélérats, démons civils. Cela, ici, en nos alentours québécois comme en Irak lointain. Ou en Afghanistan. Non ? Pas vrai ? Vérité que cette importance de savoir toujours s’émerveiller ? Mais oui. Essentiel pour vivre relativement heureux.

       Alors, il vous vient l’envie de parler, de rédiger sur des beautés ordinaires, sur des gens ordinaires. Ce matin, sur un oiseau tout simple, une jolie mésange à tête noire par exemple, qui batifole avec un colibri au dessus de la jardinière bondée.

        Cela fait du bien. À l’âme. Et puis, je l’avoue, les vieux « cassandre » comme moi,  on espère qu’il vient toujours de jeunes « bougalous », grincheux audibles,  bien équipés intellectuellement et qui vont savoir dénoncer, fustiger, démasquer les traîtres de toute nature, aux gabarits variés, dont l’espère pousse sans cesse. Il faut savoir sortir d’une certaine table noire, cher Aznavour, il faut savoir se retirer de ces combats qui font illusions parfois. Garder raison. Savoir que, malgré tout, en général, l’homme est bon,  l’être humain, est du bon côté des choses de la vie. Je veux y croire, j’y tiens, pas vous ? Albert Camus a dit : « Il ne faut pas désespérer les hommes ».

Le fantôme

      Rue Morin, au carrefour du Dino’s, il y a un mini parc. Denise m’avait servi un plat « pita au poulet » avec la sauce généreuse, mes chères patates grecques. Je vide ma Corona mexicaine, je traverse la rue…je n’étais pas sûr de ma vue mais il me semble qu’il était là, assis sur un banc, jambes croisés, visage haut levé, souriant au vent et à moi m’approchant de lui. C’était lui, non ? M’installant à ses côtés, hésitant,  j’ose : « Écoutez, c’est fou mais vous êtes le portrait vivant d’un prof de ski du Chantecler, mort aujourd’hui, Michel Normandin ! » Toujours souriant de ses belles dents blanches,  il me dit : « Vous vous trompez pas. C’est moi. » D’instinct je regarde autour de moi. Personne au carrefour. « Oui, ajouta-il, je reviens par ici parfois. On me voit. Ou on me voit pas, ça je ne sais pas de quoi ça dépend. »

       Il riait comme il riait avec éclat jadis. Normandin me fut un camarade épatant dans le triste hiver de 1951-52. Si joyeux, lui, si enthousiaste. Il incarnait à mes yeux une sorte de joie de vivre comme innée. D’un tel naturel. Il y a des gens, de cette façon, ils irradient le bonheur. Un don ? Fallait le regarder aller. Toujours disponible sur les pentes de ski, moniteur expert certes, toutes les techniques, ils les possédait, mais aussi très capable, avec ses si engageants sourires, d’initier au ski, des enfants ou des « vieux » voulant s’y mettre…et de bien jolies jeunes demoiselles. Oh que oui !  Je voyais bien  les regards énamourés des belles et fidèles élèves.

       Il y avait aussi que ce jeune guide étant si bien dans sa peau, il nous attirait tous à lui. La neige était son élément. C’était communicatif, entraînant. Moi, l’aspirant artiste de vingt ans, pauvre plongeur du Chantecler, je tentais de survivre, encouragé, comme stimulé,  par Guy Normandin l’entraînant . Notre soleil. Là, j’avais du mal, sur ce banc, de croire à une apparition, il y avait longtemps que je ne croyais plus aux fantômes. « Vous vous moquez de moi monsieur-qui-que-vous-soyez, donnez-moi une petite preuve que c’est bien vous, Guy Normandin. » Il me parla de sa voix pétillante d’antan après avoir ri de nouveau : « Écoute-moi bien l’écrivain, quand on me dit que je lui ressemble d’habitude je dis c’est hasard, clone,  un sosie mais pour toi (il allait passer au « tu ») je fais une exception. Je vais te raconter ceci : tu te souviendra, chaque matin nous prenions, tous les employés, le petit déjeuner dans un coin de la cuisine de l’hôtel. Oui ? Un matin de 1952, lendemain de Jour de l’An, Marcel le-saucier-venu-de-Marseille, nous est revenu d’un coup de téléphone et, écrasé,  il éclata en larmes. Sa mère venait de mourir là-bas. Il en fut inconsolable. » Je me souvenais. C’était vrai, notre jeune cuisinier marseillais resta longtemps prostré et c’est lui,  Michel, qui réussit à le sortir de son chagrin. Normandin était contagieux de sa perpétuelle joie de vivre.

     J’étais fasciné. C’était donc vraiment lui à mes côtés, Michel-le-séducteur, si efficace en slalom comme en chasse-neige, le lumineux professeur de ski. Je n’en revenais pas. Je me levai, me rassis, me relevai encore, il riait de me voir en proie à tant de nervosité : « Il y a, mon Claude, qu’on ne regarde pas bien, qu’on ne fait pas vraiment attention aux gens que l’on croise. Et surtout, on refuse de croire au surnaturel. » Je devins mal à l’aise, je traversai en courant la rue du Chantecler voulant alerter ma chère Denise. Arrivé sur la terrasse du Dino’s et  voulant d’un regard vérifier le coin du parc… plus personne sur le banc ! Un chien perdu y grimpa.

AH, JOUER DANS L’EAU !

Le livre (ancien) du sexologue Ellis sur « L’ondinisme » parle de couples appréciant « se pisser dessus » (eh oui !) et aussi de cette attraction universelle, si naturelle, pour l’eau, cela, dit le savant, depuis notre eau première, du ventre maternel. Voyant une vivante pub sur les prodigieux jeux d’eau de Saint-Sauveur et son vaste parc sophistiqué, je songeai à nos jeux d’eau modestes de jadis.

Il y a eu d’abord, 1930-1935, la grande cuvette de tôle à remplir d’eau frette en ville pour les jours de canicule. 1935-1939, fréquentes expéditions (avec maman débordée) dans la pauvre pataugeuse bétonnée au parc Jarry. Et puis vint (10 cennes l’heure !) le modeste bain public, rue Saint-Hubert. À puantes odeurs de javel brut. Rien à voir avec ces excitants appareils modernes de tous les Saint-Sauveur du territoire. Oh non ! L’eau offerte, en bassins, en canaux, sur matelas, en tubes géants, ou autrement, en cascades, en piscine-à-vagues, l’eau, oui, est un fascinant et perpétuel, et très profond  appel. Il n’y a qu’à écouter les rires, les fous cris de joie des jeunesses en liesse en ces lieux. Du temps de bibi en « papi-gardien » je fus bien obligé de risquer ma peau dans ces glissoires géantes, ces tunnels, ces viaducs. Un benjamin tenait mordicus à imiter les aînés. Alors, à plus de 60 ans, à l’Aquascade de Pointe-Calumet, à Ste Adèle (disparu ce site) ou à Mont Saint-Sauveur c’était « à l’eau le vieil homme », veut, veut pas et cela tout au haut de très géantes échelles qui me faisaient très peur… pris de vertige, je fermais mes vieux yeux !

L’eau : élément tant apprécié en belle saison (pas celle de 2009 ). Le grand bonheur dieu Neptune ! 1940 vint, de 10 à 17 ans, net progrès, ce sera des heures et des heures à barboter du matin au soir, dans le grand beau lac des Deux Montagnes. Il aurait pu, ma foi, nous pousser des branchies ! On se faisait sécher tous les soirs en se secouant la peau au son du boogie-woogie dans les dancings aux constructions bancales.

L’eau courante, vivante, peu polluée en ce temps d’après-guerre était « LE » souverain loisir dans ces villégiatures « aux camps sur pilotis ». Deux petits lacs se formèrent à Pte Calumet à force de siphonner du sable pour des plages artificielles lointaines. On y allait souvent, outre-clôture —« danger, no trespassing »— excités de glisser des hautes dunes qui attendaient leurs wagons de fret. Mais là, hélas, ni cascades ni fougueuses fausse-vagues maritimes.

Des temps plus modernes venaient, de vastes piscines extérieures s’ouvraient enfin. À Verdun d’abord, puis à Cartierville. Joie de nos amis restés en ville. Il reste un fait concret, têtu : l’eau-à-baignades exercera toujours désormais cette fascination et nouds écoutions, médusés, papa nos racontant : « Pour nous, enfants de 1900, jamais de trempette, nulle part. Natation jamais enseignée et interdite. À Laval, habitant pourtant juste en face de la rivière, nos parents craignaient l’eau courante comme on craint la peste. »

Ah oui, ils étaient éloignés des piscines-à-vagues folles !

GRENOUILLES, CHAT ROYAL, ONDINISME

        Un temps (circa 1995) je partais parfois chasser la grenouille avec mes héritiers ! Il y en avait pas mal dans le marais deltaïque du Chantecler. Aussi chez Vermette-les-absents jusqu’au Domaine des condos Major. Leur grand bonheur : filets à la min, l’Œil vif, le bec crochu de tension, ils guettaient la bestiole aux cuisses ragoûtantes (only for the « goddam frenchmen »). La chaudière remplie de ces batraciens à larges gueules, nous revenions vider le tout à notre rivage. Ma Raymonde grimaçait. Mes gamins fièrement : « Quoi ? Ça mange des millions de moustiques, hein papi ? » La jolie belle-mère souriait.  Poliment ?

       Ces nuits-là, le chant lugubre des croassements montait dans la nuit ! Une musique bien peu harmonique et adieu Mozart ! Ce matin-récent, Voisin-Maurice et bibi nous tentons d’embraser des branches mortes chacun à son foyer. Qui voyons-nous dans les (désormais) hautes herbes de la grève ? J’avais cru revoir Valdombre-le-pelé. Pas du tout, c’était un impressionnant chat aux allures royales avec de nobles regards…versailaises, ma foi. La beauté ! Belle bête mordorée au pelage quatre tons : brun, pourpre, doré et rouge. Noblesse. Sang bleu. Elle guettait mes grenouilles qui chantaient… de la gorge. À frenchcat hen ? Le lendemain, quand un Steven-écolo s’amena, calepin aux pinces, en vue de juger de l’abatage d’un antique saule, pas de mon Monarque hélas ! Ce saule, mon ex-voisin, Claude-Henri Grignon, gamin, devait y grimper !

        Mardi matin, l’André, zélé jardinier du Voisin-Juge, rencontré à l’IGA jasminien, me fit part encore de ses sombres pronostics. Pour les arbres comme pour les fleurs, à l’entendre août sera la catastrophe estivale. Il m’a fait peur.

     La veille, tard, l’habile bricoleur Pierre-Ugo venu me dépanner, je raconte cet aristocratique félin venu du pays de Cléopâtre : Monarque-4-tons ! Il rit. Clé en man, pince « monseigneur », cric, crac, croc, il stoppe l’erratique fuite d’eau à la cave. C’est ça, la jeunesse et c’est dimanche, mon Gabriel-musicien rentré d’un fou périple en Europe avant d’enseigner en septembre. Je n’en reviens pas : d’auberge-de-jeunesse en auberge-de-jeunesse, sac au dos, ces vieux ados vont de Munich, à Venise, de Bruxelles à Toulouse, de Barcelone à Londres : « Papi regarde des photos…numériques ! Gabriel dit se souvenir de nos battues-à-la-grenouille. Rares ensoleillements, hier encore (dirait Aznavour) de nos rouges cardinaux filent d’ouest en est. Pour aller où ? Où se cachent nos tourterelles disparues? Mystère. Le soir descend, on ne voit plus les chauves-souris de jadis. Mystère.

      Surgit cette mésange tellement pas sauvage qui vient me regarder lire. Elle se rapproche, est-elle allé à l’école ?, assez pour déchiffrer mon bouquin du sexologue Havelock Ellis (1910-20)  sur…l’ondinisme ? J’en doute. Mais cette belle petite frimousse penchée sur des pages ouvertes …

OUTREMONT MA CHÈRE !

Tout jeune, j’entendais toutes ces moqueries sur Outremont. Jalousie ? On parlait de cette banlieue du centre-ville comme d’un ghetto snob. Mondain. D’un lieu de pédants. J’écoutais. Je ne savais rien. Les adultes, parents, voisins, amis de la famille répétaient les «scies» anciennes. Des propos de commères ?
Je répétais volontiers dans mon Villeray les critiques, les horions, les blagues méchantes sur ce petit territoire de «riches infâmes, égotistes, durs, fermés, avares, etc.». Les blagues méchantes allaient bon train, en s’amplifiant. Une toute petite ville de très grands bourgeois mesquins, quasi-asociaux. Une petite cité avantagée, vaniteuse, remplie de gens importants, mais aussi de gens louches. De bandits cravatés quoi ?

Il a fallu que j’y emménage en 1986 pour découvrir… quoi donc ? Un simple village. Avec, pas loin, ses magasins, boucherie, épicerie, cordonnerie, quincaillerie, plombier, etc., etc. Ses églises et ses modestes synagogues. Bien entendu, il y avait aussi du vrai. Il y avait une partie de la ville aux habitations vraiment luxueuses. Des habitations en orme, de mini châteaux, de véritables manoirs opulents au sud, le long du Mont-Royal. Mais il y avait aussi de simples rues dans tout un secteur d’Outremont, au nord, où des gens vivaient apparemment bien modestement. Loin des «fions» insultants de ma jeunesse innocente. Il y avait à Outremont des maisons à trois étages, comme dans Villeray, des bâtiments de style ouvriériste quoi, fréquents au nord de la rue Van Horne surtout.

Je découvrais en 1986 des parcs. Autour de chez moi, trois parcs ! Dans mon enfance il n’y avait qu’un parc. Un grand certes. Le Jarry. Et puis, à Outremont-ma-chère, il y avait des arbres, beaucoup d’arbres; Cela, oui, faisait de ma nouvelle ville, un lieu formidable. Durant la belle saison, tous ces feuillus ne faisaient pas que de l’ombre, mais une sorte de décor. Décor si vivant, si remuant, chuintant les jours de bon vent. Les rues donc installées en un naturalisme épatant. Magnifique cela.

Et j’enrage chaque fois que j’ai l’occasion d’aller dans une de ces neuves banlieues (dans les couronnes, au nord comme au sud) et que je découvre chaque fois (à Fabreville la dernière fois) très navré, choqué vraiment, l’absence «totale» des arbres. Cela coûte si peu ! Planter deux arbres dans son parterre, c’est facile, pas cher, c’est simple. Je ne saisis pas la raison de cette paresse niaise.

J’ai aussi découvert à Outremont toute une population de gens instruits. Cela fait un peuple courtois, fort aimable et sociable le plus souvent. La proximité d’une grande université fait toujours cela, bien entendu, à Boston comme à Baltimore.

Non, on m’avait menti. On avait odieusement caricaturé. Jalousie ? C’est plausible. Je ne dis pas qu’il n’y a aucun bandit (cravaté ou non) à Outremont. Il y en partout. Je ne dis pas davantage qu’Outremont est dépourvu d’idiots, de cons, de sottes, de voyous, de «gosses de riches» mal élevés. Non, oh non ! Je dis que cette étrange petite banlieue au coeur de la métropole, devenu un arrondissement, n’a rien d’un ghetto-de-richards, de parvenus ou de nouveaux riches. C’est une diffamation imbécile. Qui chantait qu’il y avait des écoles et des églises à Las Vegas ? À Outremont, j’ai même vu un SDF, oui, oui, un vagabond en loques, s’installant dans un coin de garage désert, sale, «à vendre», pour y passer la nuit ! Tante Rose-Alba se serait étouffée, n’en aurait pas cru ses yeux, elle qui nous répétait : «À Outremont, l’argent pousse dans leurs maudits arbres qui encombrent partout!»

CHATS, COLIBRIS ET… LA RETRAITE !

À  trois rues, un long chat gris, inconnu de moi, court vite la queue en l’air. Moins loin, un autre félin coureur, noir et blanc. Idylle ? Il file chez la belle Lalancette du Parc Lafontaine, Pauline. Qui se remet de son voyage en « lambulance.» Et vive madame Jodoin ! Tantôt, mon Parizeau-musqué, sous mon quai, qui me lorgne du coin de l’œil, méfiant, on dirait. Notre rivage est un marécage : spouich, spouich…. j’y suis à l’aise ayant appris que les Jasmin étaient —avant « le » grand voyage—  des Cahier. Ou des Caillés et s’exilaient des marécages (nord-ouest du Poitou). C’est le maudit message d’un amateur d’archives. Courriel décevant. Cela m’a rabattu le caquet généalogique !

Des colibris ne se découragent pas de « tant d’eaux » et butinent du suc à nos corbeilles dégoulinantes. Oh, sur la longue galerie d’en arrière, certaines mésanges à-tête-noire se cachent dans nos stores de bambou enroulés ! Nidifient-elles ? Pas la saison? Petits cacas blancs partout en tous cas. Ce juillet parti, on se sentait tous des Noés bibliques virtuels. Encore de ces incessantes pluies en août et on s’échoue sur un Mont Ararat laurentiden, non ? Au parterre plantation par le vieil homme —vite essoufflé— des « spirées » de chez Botanix. Le dos tourné, mon blondinet  jambe-de-bois qui fourre ses pattes et son groin dans la terre fraîche ! L’ai fait fuir et lui ai crié: « Non, non, ouste, aucune pinotte de caché là ! »

Grand soleil soudain vendredi dernier et Daniel, mon désormais valdavidien de fils qui part canoter avec sa belle à l’est de Tremblant. Au retour, on amène le couple à la pizza-sur-four-de-bois de Grand’pa rue de L’Église. Yam ! Ce journal intime improvisé vous annonce que l’artiste du lieu, Guy Montpetit, voulant fixer un antenne sur le toit d’un voisin ami, a chuté. S’est cassé les osé Sortira de l’hôpital bientôt. Un jeune de 70 ans ! Un avertissement. Savoir dire « non » si ma Raymonde ose (est toujours après moi !) me commander un grimpage imprudent.

Ne plus rien faire. Tiens, on m’invite à « Deux filles le matin » de TVA,  pré-enregistrement, la recherchiste : « On veut vous entendre parler « retraite ». Je dirai : « Ne plus rien faire ! » Ce qui faux et vrai, bien entendu car c’est de l’ouvrage de guetter mon écureuil à spirée. Le parizeau-musqué. Les chats et les oiseaux nicheurs-en-stores.  Oh, nos trois vaillants tondeurs de gazon qui s’amènent avec leurs furibonds rasoirs ! Que la souterraine gente des insectes se tasse ! Ne plus rien faire et le retraité observe ces farouches barbiers-à-pelouse.

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