GRENOUILLES, CHAT ROYAL, ONDINISME

        Un temps (circa 1995) je partais parfois chasser la grenouille avec mes héritiers ! Il y en avait pas mal dans le marais deltaïque du Chantecler. Aussi chez Vermette-les-absents jusqu’au Domaine des condos Major. Leur grand bonheur : filets à la min, l’Œil vif, le bec crochu de tension, ils guettaient la bestiole aux cuisses ragoûtantes (only for the « goddam frenchmen »). La chaudière remplie de ces batraciens à larges gueules, nous revenions vider le tout à notre rivage. Ma Raymonde grimaçait. Mes gamins fièrement : « Quoi ? Ça mange des millions de moustiques, hein papi ? » La jolie belle-mère souriait.  Poliment ?

       Ces nuits-là, le chant lugubre des croassements montait dans la nuit ! Une musique bien peu harmonique et adieu Mozart ! Ce matin-récent, Voisin-Maurice et bibi nous tentons d’embraser des branches mortes chacun à son foyer. Qui voyons-nous dans les (désormais) hautes herbes de la grève ? J’avais cru revoir Valdombre-le-pelé. Pas du tout, c’était un impressionnant chat aux allures royales avec de nobles regards…versailaises, ma foi. La beauté ! Belle bête mordorée au pelage quatre tons : brun, pourpre, doré et rouge. Noblesse. Sang bleu. Elle guettait mes grenouilles qui chantaient… de la gorge. À frenchcat hen ? Le lendemain, quand un Steven-écolo s’amena, calepin aux pinces, en vue de juger de l’abatage d’un antique saule, pas de mon Monarque hélas ! Ce saule, mon ex-voisin, Claude-Henri Grignon, gamin, devait y grimper !

        Mardi matin, l’André, zélé jardinier du Voisin-Juge, rencontré à l’IGA jasminien, me fit part encore de ses sombres pronostics. Pour les arbres comme pour les fleurs, à l’entendre août sera la catastrophe estivale. Il m’a fait peur.

     La veille, tard, l’habile bricoleur Pierre-Ugo venu me dépanner, je raconte cet aristocratique félin venu du pays de Cléopâtre : Monarque-4-tons ! Il rit. Clé en man, pince « monseigneur », cric, crac, croc, il stoppe l’erratique fuite d’eau à la cave. C’est ça, la jeunesse et c’est dimanche, mon Gabriel-musicien rentré d’un fou périple en Europe avant d’enseigner en septembre. Je n’en reviens pas : d’auberge-de-jeunesse en auberge-de-jeunesse, sac au dos, ces vieux ados vont de Munich, à Venise, de Bruxelles à Toulouse, de Barcelone à Londres : « Papi regarde des photos…numériques ! Gabriel dit se souvenir de nos battues-à-la-grenouille. Rares ensoleillements, hier encore (dirait Aznavour) de nos rouges cardinaux filent d’ouest en est. Pour aller où ? Où se cachent nos tourterelles disparues? Mystère. Le soir descend, on ne voit plus les chauves-souris de jadis. Mystère.

      Surgit cette mésange tellement pas sauvage qui vient me regarder lire. Elle se rapproche, est-elle allé à l’école ?, assez pour déchiffrer mon bouquin du sexologue Havelock Ellis (1910-20)  sur…l’ondinisme ? J’en doute. Mais cette belle petite frimousse penchée sur des pages ouvertes …

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