OUTREMONT MA CHÈRE !

Tout jeune, j’entendais toutes ces moqueries sur Outremont. Jalousie ? On parlait de cette banlieue du centre-ville comme d’un ghetto snob. Mondain. D’un lieu de pédants. J’écoutais. Je ne savais rien. Les adultes, parents, voisins, amis de la famille répétaient les «scies» anciennes. Des propos de commères ?
Je répétais volontiers dans mon Villeray les critiques, les horions, les blagues méchantes sur ce petit territoire de «riches infâmes, égotistes, durs, fermés, avares, etc.». Les blagues méchantes allaient bon train, en s’amplifiant. Une toute petite ville de très grands bourgeois mesquins, quasi-asociaux. Une petite cité avantagée, vaniteuse, remplie de gens importants, mais aussi de gens louches. De bandits cravatés quoi ?

Il a fallu que j’y emménage en 1986 pour découvrir… quoi donc ? Un simple village. Avec, pas loin, ses magasins, boucherie, épicerie, cordonnerie, quincaillerie, plombier, etc., etc. Ses églises et ses modestes synagogues. Bien entendu, il y avait aussi du vrai. Il y avait une partie de la ville aux habitations vraiment luxueuses. Des habitations en orme, de mini châteaux, de véritables manoirs opulents au sud, le long du Mont-Royal. Mais il y avait aussi de simples rues dans tout un secteur d’Outremont, au nord, où des gens vivaient apparemment bien modestement. Loin des «fions» insultants de ma jeunesse innocente. Il y avait à Outremont des maisons à trois étages, comme dans Villeray, des bâtiments de style ouvriériste quoi, fréquents au nord de la rue Van Horne surtout.

Je découvrais en 1986 des parcs. Autour de chez moi, trois parcs ! Dans mon enfance il n’y avait qu’un parc. Un grand certes. Le Jarry. Et puis, à Outremont-ma-chère, il y avait des arbres, beaucoup d’arbres; Cela, oui, faisait de ma nouvelle ville, un lieu formidable. Durant la belle saison, tous ces feuillus ne faisaient pas que de l’ombre, mais une sorte de décor. Décor si vivant, si remuant, chuintant les jours de bon vent. Les rues donc installées en un naturalisme épatant. Magnifique cela.

Et j’enrage chaque fois que j’ai l’occasion d’aller dans une de ces neuves banlieues (dans les couronnes, au nord comme au sud) et que je découvre chaque fois (à Fabreville la dernière fois) très navré, choqué vraiment, l’absence «totale» des arbres. Cela coûte si peu ! Planter deux arbres dans son parterre, c’est facile, pas cher, c’est simple. Je ne saisis pas la raison de cette paresse niaise.

J’ai aussi découvert à Outremont toute une population de gens instruits. Cela fait un peuple courtois, fort aimable et sociable le plus souvent. La proximité d’une grande université fait toujours cela, bien entendu, à Boston comme à Baltimore.

Non, on m’avait menti. On avait odieusement caricaturé. Jalousie ? C’est plausible. Je ne dis pas qu’il n’y a aucun bandit (cravaté ou non) à Outremont. Il y en partout. Je ne dis pas davantage qu’Outremont est dépourvu d’idiots, de cons, de sottes, de voyous, de «gosses de riches» mal élevés. Non, oh non ! Je dis que cette étrange petite banlieue au coeur de la métropole, devenu un arrondissement, n’a rien d’un ghetto-de-richards, de parvenus ou de nouveaux riches. C’est une diffamation imbécile. Qui chantait qu’il y avait des écoles et des églises à Las Vegas ? À Outremont, j’ai même vu un SDF, oui, oui, un vagabond en loques, s’installant dans un coin de garage désert, sale, «à vendre», pour y passer la nuit ! Tante Rose-Alba se serait étouffée, n’en aurait pas cru ses yeux, elle qui nous répétait : «À Outremont, l’argent pousse dans leurs maudits arbres qui encombrent partout!»

3 réponses sur “OUTREMONT MA CHÈRE !”

  1. Je demeure à la campagne. Si on m’obligeait à revenir à la grande ville, mon choix serait : Outremont ! rien d’autre ! J’adore cette ville où j’ai habité dans ma jeunesse.

  2. Dans les années 1965-1970, j’avais des amis qui habitaient Outremont, je n’ai jamais vraiment trouvé que c’était un quartier « snob ». Mais on le disait. Tout comme on le disait de Ville Mont-Royal dans laquelle je passais tous les jours pour me rencdre à l’école normale Jacques-Cartier. On le disait encore plus de Westmont où je n’allais jamais. Mais on disait bien aussi que Ville-Saint-Laurent, que j’ai habitée à différentes époques, était peuplée de riches et était essentiellement anglophone. Autant de légendes urbaines. Tant qu’on ne vit pas en quelque part, on ne sait rien, on attrape au vol quelques préjugés et on en fait une vérité.

  3. Je suis originaire de la Mauricie et j’ai passé une très grande partie de ma vie à Québec dans un quartier tranquille, avec des arbres, à un jet de pierre de l’Université Laval, dans un milieu social assez homogène où j’ai démarré ma famille. Puis les temps ont changé et j’ai été contraint de déménager à Montréal. Après avoir fait le tour des quartiers j’ai choisi Outremont. Je connaissais les rumeurs sur Outremont mais j’avais déjà appris à passer outre. Les gens de la Mauricie croient que Sainte-Foy (Québec) est un quartier de snob…après y avoir passé 30 ans je peux aujourd’hui en rire…c’est tout faux ! J’ai choisi Outremont pour ses arbres cathédrales et ses rues envoutantes, et son esprit de gros village…avec le mémérage qui va avec..mais c’est tellement humain…que c’est beau !

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