ELLE FAIT LE PLUS VIEUX MÉTIER ?

      Non, non, elle fait pas le trottoir rue Morin, la petite Turgeon, une sainteeustachoise (sic), maus non, elle fait des céramiques. Métier très vieux. Vieux comme l’histoire du monde, le four, puis le tour du potier, les cuissons des argiles… Oui, un des premiers métiers sur cette terre. D’abord je vois, pas loin de chez moi, une affiche modeste qu’on va suspendre, je suppose, qui traîne par terre. Affiche où je lis :poterie ! Ah, ce mot.

    Il y a un demi-siècle j’avais accroché, par ici,  devant mon atelier-écurie, une affiche semblable dans la rue du Chantecler. En 1951. Ce fut une banqueroute totale. Et mon retour en ville. Le choc donc. Un l’involontaire retour dans le temps. Et puis me voilà  bien content, me disant : cette fois, ça va fonctionner. On est en 2009. Il y a eu évolution. Il y a progrès. Il y a davantage de connaisseurs, non? Je touche du bois pour la jeune Turgeon.

      Là, où je vois maintenant des tablettes, un four, des moules, c‘était une boutique où faire dresser son chien, « Bon chien ». On en voyait de toutes les sortes. Des éleveurs promenaient des bêtes marmottant des ordres. Cette petite école de chiens ouvrait (et fermait) selon des horaires fort  capricieux et je vois ben qu’il n’en va autrement avec cette boutique-atelier nouvelle venue. J’en ai comme un mauvais présage. Des dilettantes, Marie-Joël Turgeon et Cie  ? Artisans-du-dimanche ? Pourtant, me raconte un feuillet, dès l’école secondaire (dans Deux-Montagnes ?) elle gagne une bourse via « arts plastiques ». Mieux : voilà l’élève Turgeon qui a une forte envie d’un tour et d’un four !  Diable : une vraie vocation !

      Voilà la toute jeune céramiste qui prend volontiers des cours dans un atelier de potière de sa région (Deux-Montagnes?). Ça n’est pas une ex-écurie comme dans mon cas mais une… ex-porcherie ! On a donc ça en commun : des lieux sales, d’abord inadéquats. Six années (6 !) d’initiation, de perfectionnement,  avec la dite-potière… et aussi, des cours (réguliers ?) au Cégep du Vieux, rue Ontario, en métropole. Eh b’en !

       Enfin, obtention de rien de moins, à l’Uqam,  qu’un baccalauréat en arts visuels. Elle débute, hors les études, comme prof de céramique. Enfants et adultes. Autonome, elle commence avec une production industrielle. De masse quoi. Qu’elle rejette par envie de produits plus singuliers. Enfin, ce sera l’installation de « Tréma », rue Morin, dans l’ex-pouponière-à-chiens. Elle a gagé des prix, elle montre son travail dans les salons appropriés, expose dans des galeries et des boutiques. (De là la place si souvent cadenassée ?) Comme on a pu voir ses poires (en noir et blanc), ses mini-mosaïques,  à Val David cet été chez Ishikawa (l’expo : 1001 pots).

       Dans mon temps, il y a un demi-siècle, nos façonnions des vases à fleurs, des pichets (à eau, à lait, à sirop, à crême), des compotiers, des « bocks » à bière  et des cendriers (tout le mode fumait)! Nous étions bien loin des chics designers bien branchés, des pondeurs minimalistes à la mode, des concepteurs de pointe (bien aiguisée). Nous étions sans baccalauréat aucun. Des candides quoi ! Mes admirateurs étaient des étudiants fauchés… et je ferai faillite. Pour la jeune Turgeon, je veux le succès, oui, ça me vengerait, alors, bonne chance madame !                      

Lien vers le site de Marie-Joël Turgeon

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