VIVE MIMI PINCEAU !

Êtes-vous, nombreux, de ceux qui, tous les matins, descendent en ville par Christophe Colomb ? Et qui en remontent chaque fin de journée ? Bon. Alors, arrêtez-vous un peu au coin de Marie-Anne. Facile de se stationner par là. Vous ne regrettez pas d’avoir vu ces carreaux de lumière, ces toiles peinturées, grattées, révélées, osées et qui font « chanter la matière » (aurait dit Claude Gauvreau).
Rue Marie-Anne, jeudi, au vernissage, je me suis souvenu d’une autre jeune femme (en une vie antérieure) professeure au collège Marie-Victorin. Elle avait invité à raconter un roman, l’auteur de « La sablière » (« Mario » au ciné de Beaudin) et j’avais aimé voir, constater tant de passion. Maintenant, retraitée de l’enseignement, Lépine, libérée de ses élèves, pinceaux aux doigts, traque ses images. Fenêtres où l’on peut apercevoir des silhouettes humaines dans une nature surréaliste se livrant à des jeux lumineux qu’un Chagall aurait apprécié.

Bravo Mimi !

Il n’y a pas si longtemps, elle installait sur la toile des jardins, pleins de bouquets aux couleurs d’une variété archi généreuse. Mimi Lépine s’enterrait alors volontiers dans une riche flore et cela relevait en effet d’une sorte d’enfermement. Bien que fort décoratif, joli naturalisme, sa manière pouvait déborder en maniérisme car à force de couleurs, on arrivait à l’annulation des couleurs.

Quel virage, là, au 1040 ! Ah oui, arrêtez-vous un peu rue Marie-Anne pour surprendre dans des fenêtres mal percées, orifices secrets, des formes humaines voulant nous révéler une quête. Mimi, cette fois, raconte, illustre, cherche des sens, elle narre et s’il n’y a pas de bulles, de phylactères, il y a de muettes rencontres. Inconnus se croisant. Où ? Secret ? Personnages qui rodent, s’avancent. Statues remuantes ! Drapées qui tâtonnent.

Cette quête – une parade ? – est chez « Mimi Pinceau » du désir idéalisé. L’étoile. Vieux symbole, l’étoile de Bethléem ? Ou du chevalier de la Mancha ? Celle d’un « Petit prince » cher à monsieur de St-Exupéry ? Peu importe, aux ciels de Mimi – qu’il soit bleu, rouge ou jaune – se montre sans toujours briller ce signal d’espoir classique.

Ainsi la peinture de Mimi Lépine – qui revient d’un bout du Mexique aimé, San Miguel – n’est plus (comme avant) folles joutes de coloris empressés. Elle se veut « humanisée ». Avec ses contours grattés, poncés, effleurés, insistants ou suggérés, elle étale de l’angoisse (« Toujours là », « Arbre de vie ») et aussi avec allégresse (« Gardien du sens »). C’est un récit comme syncopé, contes ou fables angoissés comme heurtés mais, toujours, cette histoire de vies. Et de morts (et elle en porte de lourds) à n’en plus finir. Images inédites rue Marie-Anne qui insistent avec raison, n’est-ce pas cher monsieur Paul Gauguin : « Qui sommes-nous ? D’où venons-nous. Où allons-nous ?».

Bravo Mimi Pinceau (comme je l’appelle désormais).

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