NON À UNE « CAPITALE DE CROÛTES » ?

Sans être un très grand spécialiste en art, j’en sais assez pour avertir les responsables de notre municipalité : stop, nous sommes à la frontière du ridicule ! Commandeurs de murale,  vous foncez dans la caricature. L’art vénérable de la murale —voir, mondialement connues, celles du Mexique. Avec celle, avoisinant notre bureau de la poste —la grosse « pitoune » de draveur, ou, à mi-côte Morin, cette forge tronquée— vous nous enfoncez dans le grotesque; chères autorités municipales, assez ! Stop !

Il ne s’agit pas de montrer un art pointu, branché, abstrait ou d’avant-gardiste. Non, non. Il y a un « nouveau réalisme » en art pictural qui n’a rien à voir avec le paysage cul-cul. Il s’agit de ne pas faire honte plus longtemps aux Adélois le moindrement cultivés. La grande murale, avec un Curé-Labelle en gare (au carrefour du Boulevard) a le mérite de la modestie, de l’image « d’Épinal », (son dessin carencé, sa mauvaise perspective), relève de « l’art naïf ». Et en est sympathique.

Cet étrange projet (?) —urbain davantage que campagnard— s’enfonce dans un naturalisme hyper-répandue, le kioute « paysages ». Cul-cul, comme on dit. Pas de l’art plutôt une sorte de « petite industrie ». Préférons le graphisme un peu moderne, au Parc des Familles, du débonnaire bonhomme assis dans l’herbe montrant « Grignon-aux-champs »; graphiquement, c’est mieux. Mais d’autres relèvent d’un artisanat misérable et bien loin du vrai « métier d’art ». Cessons d’édifier ces « croûtes », de grâce ! Cessons de répandre cette imagerie commerciale d’une sotte prétention où il ne faut surtout pas amener les écoliers !

Tant qu’à sombrer dans les clichés stéréotypés, il vaudrait mieux des agrandissements d’émouvants documents historiques. (Comme ceux visibles à notre Rôtisserie St-Hubert »). Ou bien tapisser l’air adèlois avec de géantes photos actuelles originales, des ouvrages signés, hors du commun. De bonne foi sans doute, il y a un déni d’art actuel, partant un refus d’encourager nos jeunes créateurs instruits. Déni humiliant pour la relève, toute cette jeunesse étudiante en art.

Et puis illustrer platement ce qui est bien visible autour de nous c’est comme si on installait en plein Manhattan, une murale montrant  … des gratte-ciels ! Ridicule. L’ex-critique d’art (La Presse) que je fus, tente ici d’alerter des innocents sans doute de bonne volonté. L’ex-professeur d’histoire de l’art (moderne) à l’Institut des Arts Appliqués, souhaite la fin de ces installations saugrenues déplacées. Sainte Adèle, que j’aime tant désormais, ne mérite pas ce type de murales, assez d’un  amateurisme qui confine aux barbouillages des années 1930 !

LE COMBAT « FOGLIA-BOMBARDIER »

     De la boxe ? Ça oui. Ça cognait fort. D’abord, un matin,  il y a eu le Foglia osant insinuer qu’une fillette ayant pris du plaisir physique aux attouchements d’un papa dénaturé pouvait être poquée davantage par la dénonciation du sale paternel prédateur. Bon. Un malheureux dérapage. Oui. Ça arrive parfois, j’en sais long, grande gueule, là-dessus. Et puis ça revient si vite la cadence des chroniques. Bon. Or, un samedi matin, Denise B. s’attaque à Foglia à …coups rabattus ! Oh oui !

     « Moralisateur-en-chef », à l’ « intelligence pervertie » et au « snobisme inclassable ! » Ça revolait dans les câbles. Bang, bang ! Denise fesse : Foglia ? un janséniste à rebours, un obsédé du hors-normes, un séducteur abrasif et étripeur de ses propres fans, un mec à « fantasmes » pour des « postures à précipice ». Vous constatez que les gants de boxe de Denise recèlent des coups assez intellectuels. Son public confidentiel du Devoir était debout. J’imaginais mon Foglia, émérite pédaleur du Vermont, tombant de sa selle de vélo. Vermont, dis-je, non, pour Denise sa géographie est de cloaques marécageux aux bouges en tous genres ! Diable !

      Imprudent mais courageux de s’attaquer à un chroniqueur ultra populaire. Je prédisais : ou il se taira ou il se fera atroce. Vous allez voir. « Foglia, bombarde-t-elle, en semant le trouble dans les esprits est un jouisseur sournois, en banalisant la pédophilie, il régale les pervers et méprise les naifs ». Tow! Pow ! Ceris dans les estrades. L’arbitre sera livide. Poings brandis, Denise cogne encore : « Foglia joue les Freud des profondeurs en s’appuyant sur des témoins dérangés et veut se singulariser par la déviance, par effet de mode, de tendance et il dérape ». Lance et compte !

         « Il délire, dit-elle, ignorant les limites de sa responsabilité en exerçant un métier public et des lots d’étudiants vont le copier, se plaint Denise, sans son talent. »

Elle l’achève » Foglia sert de défouloir aux écrasés craintifs, vous tranche la gorge si on le contredit, arrogant il ne se dévoue qu’à son propre mythe… et à son angoisse ». Ce mot ? Denise « Freud : « Oui Foglia transpire l’angoisse et, ainsi, nous émeut parfois ! » Le combat changeait de ton ? Non : « Foglia en intouchable omnipotent rédige du pervers, du douteux. »  Bang ! Pas une faille ? Oui : « Foglia  dit haïr les riches et les patrons… pourtant il les épargne (il a déjà attaqué le boss André Pratte durement !) , préférant dédaigner les vedettes ! »   

      Là, je me suis dit : si Foglia réplique, il va lui sortir son album (vénal ?) sur Céline Dion, ses topos du canal 10 (populisme), etc. Eh bin non ! Pas de Céline ni TVA, il répliqua en huit coups de gant bien rouge :

      1, madame, souvenez-vous de vos mots envoyés à moi comme pour me prier de parler de votre récent livre. 2,  madame, vos romans sont médiocres. 3, madame, à Paris, vous avez chié sur tout le monde, dans Libé par exemple. 4, madame si intuitive, revenue au pays, vous avez publié avec un psy qui fut ensuite radié de son ordre ( M.Saint-Laurent ?). 5, j’aime pas, madame, qu’une personne in-intelligente me trouve de l’intelligence. 6, je persiste, madame, l’hystérie anti-pédophile —avec appel au lynchage— peut traumatiser une fillette davantage (sic !). 7, pourtant, ajoute Foglia, personne pour aller arracher les couilles des jeunes tueurs morrons-à-vroum-vroum (quel rapport ?). 8, madame, c’est l’automne,  les froidures…le Québec pâle… j’ai envie de partir.

      Oh ! Ces derniers mots du « matamore » des billettistes ? Le public se tait, la cloche a sonné. Au bord de l’arène, je suis secoué, vrai donc cette… « angoisse » ? Partir ? Lui ? Denise Bombardier l’a-t-elle frappé très en bas de la ceinture ou plutôt trop « au cœur » ? Derrière sa « pose » ?

RETOUR D’UN « ENFANT DE VILLERAY »

1986. Déménageant de la rue Cherrier vers la rue Querbes dans Outremont-en-bas, j’étais content d’avoir mon nouvel éditeur… disons « sous la main ». Un voisin de la rue Ducharme. Avec Lanctôt-éditeur, ce sera d’abord : « Pâques à Miami », sorte de « tombeau » littéraire à mon père mort. Puis ce sera : « Enfant de Villeray », une autobiographie de mon enfance. Un récit apprécié, vite épuisé. Voilà mon cher felquiste (qui avait payé sa dette pour sa prise d’otage), au bord de la banqueroute et qui me propose une dette en retardant de me payer mes droits ! Mon refus net ! Mon récit tari, eh ! Eh bien, fidèle lectorat, consolez-vous, voilà que Michel Brûlé (Les Intouchables) vient de ré-imprimer mon « Enfant de Villeray » qui sera en librairies dès le 10 novembre, jour de mon anniversaire. Avec, en complément (style DVD et ses annexes) en beaux noirs et blancs, vingt-cinq « portraits » tracés de ma banche main, portraits des protagonistes de mon enfance. J’imagine la hâte dans les foyers de gens cultivés, hum…

Oh, comme il y a loin justement de ces années 1930 dans mon cher Villeray (comme dans un paisible village) à nos jours, à ces élections. Que dirait mon catholique papa de tout ce bordel montréalais ? Seigneur ? Lui si pieux, si bon citoyen, membre du Tiers Ordre, si « à cheval sur les principes ».

Il serait étonné, scandalisé surtout, de savoir qu’il y a tant de ces candidats bien naïfs, superbes candides, se faisant enfirouaper par de généreux (hum !) donateurs. Horresco referens ! Madame Toupet Blanc, péquiste, tout comme monsieur Innocent-Premier, libéral, face aux offres acceptées d’enveloppes brunes bourrées de fric, affirment haut, net, clair, n’avoir rien vu, rien su… Des anges ! Des purs ! Les menteurs, les hypocrites !

Allons, si mon papa du haut de l’éther, écarquille les yeux de surprise, les électeurs un peu informés, eux, se doutent bien que des élections… eh b’en ça demande du pognon, de la mazoune. Ces compulsifs aspirants de pouvoirs divers ont besoin de ces magouilleurs, Québéco-italiens ou non, et de toutes ces espèces sonnantes et trébuchantes. Ces messieurs-dames, entreprenants entrepreneurs, « cracheurs de fric »  cupides, sousmisionnaires retors, s’entourent de musclés casseurs de bras, de nez, de lunettes, alouette ! De bien liturgiques sacreurs organisent des discrètes rencontres restauratrices (sic). Sinon avec le futur élu en direct, du moins avec ses sbires, les grenouilleurs en proches alentours dudit candidat. Débarquement des briques !

Ainsi un ex-directeur de Chambre de commerce (tiens, tiens !), au nom céleste, « Labonté », a vite su par quel croche chemin il faut passer si on souhaite arriver au beau bureau lambrissé de la mairie. Ou à ses coulisses d’importance. La madame Toupet Blanc en a « blanchi » davantage quand le chat « noir » sortit du sac. Innocent Premier, sans trembler d’un poil, ce pur Outremontais qui a pas su « compter les compteurs », accursionniste ambivalant, eh bien, il ricane.

« Elle itou,  comme bibi, a savait pas rien ». Cette crasse va faire, hélas, qu’on ira moins nombreux voter et que le cynisme va grandir. Qu’à l’avenir, des gens compétents vont refuser de s’avancer dans des sentiers balisés bizarrement, maffieux, remplis de merde, disons le mot : de « marde ».

Comprenons-nous bien : des penauds, timides, mous, pleutres, lècheculistes « Directeurs d’élections » se taisent. Des ministres responsables (hum)  entonnent l’air connu : « Que la bonne police fouille ! » Le grand chef Charest  —« Non, pas d’enquête comme la Seco, non ! »—  sachant « très très très » bien de quoi il retourne, regarde ailleurs et siffle. Pauline, notre aimable châtelaine souverainiste, ne pipe mot. Tous, ils savent le réel : sans argent, sale pas sale, fin des moyens solides et pas de victoire ! Ainsi va la vie et plusse de gens ordinaires n’iront plus voter. Résultat prévisible, la nature ayant horreur du vide, un tyran, un brave « despote éclairé », un démagogue viendra s’installer un jour. Pour longtemps.

Bon, novembre s’en vient, la neige, blanc manteau utile,  va finir par tomber, on sortira nos pelles… La vie courante chassera tout cela, la vie ordinaire passe, ne craignez rien, bien avant cette sordide élection municipale. Primo vivere, non ?, nous, les cochons de payeurs, on a pas « d’enveloppe brune » renflée à notre porte. On va payer taxes et impôts, braves et silencieux agneaux ! Ces saloperies extrêmement navrantes vont durer. Homo…sapiens, sapiens, qu’ils disent, ouais !

***

ENFANT DE VILLERAY : LE RETOUR

[deuxième version]

En 1986, déménagé rue Querbes (à Outremont-en-bas) j’aimais bien avoir mon éditeur pas loin. C’était Jacques Lanctôt, l’ex-horribilis felquiste preneur d’otage (M. Cross). Il avait payé sa dette à la société comme on dit. Hélas, mal pris, un jour, il rechigna à payer mes droits pour « Enfant de Villeray ». Qui est une autobiographie de mon enfance. Je vous en parle pour vous dire, cher fidèle lectorat, que cet « Enfant de Villeray » (vite épuisé dans le temps) vient d’être ré-imprimé. Il sera en librairies dès le 10 novembre (jour de mon anniversaire !).  En couverture, un gamin blond, frisé et en culottes courtes, tirant sur sa pipe-jouet. Éditeur : Michel Brûlé.

Mon Lanctôt banqueroutier ré-exilé à Cuba (volontairement encore !), j’ai comme éditeur actuel le cher Marcel Broquet, vite joignable à Saint Sauveur. 10 minutes en Jetta. Marcel vient de m’expédier au Salon du livre à Sherbrooke où, vendredi dernier, je fus « l’invité d’honneur », si ou pla. Où j’ai pu causer à satiété, en kiosque et sur deux tribunes, de mon « Rire de Jésus ».

Ces mondanités littéraires, hum, me mettent en retard. Revenu dans mon village, c’est l’ouvrage pré-hivernal : couper l’eau d’arrosage en avant et en arrière, vider les corbeilles aux fleurs fanées. Poser cette satanée clôture de lattes et jute pour protéger mes « souffles de bébé » plantés jadis. Installer mes tapis de « coco ». Lundi, au beau soleil, à quatre pattes, enfouir les feuilles mortes dans un million de sacs orange. Ouf, re-ouf ! Ma belle Raymonde, fougueuse au râteau, n’en finissait pas de m’expédier cette sacrée marée de détritus jaune et rouge, faisant des petits, moyens et gros tas croustillant comme Corn Flakes sur le terrain. Merde ! Voilà ce qui ramène le grand auteur « d’honneur » à ses vraies dimensions humaines : homo crapahutant en salopette.

Les deux vélos à ranger en cave. Pis le pédalo à grimper sous le saule. Le quai à mieux ancrer. Le radeau à protéger des glaces à venir. Pas oublier de mettre à l’abri sous la galerie (sans déranger mes marmottes hein !) les transats, leurs matelas… et autres sièges. Oui, ouf et re-ouf ! Qu’il était loin ce décor sherbrooquois de monsieur l’écrivain d’honneur en week-end.

C’est pour dire. La vie. Soudain, je sursaute, une chantepleure du jardin fait des gouttes et, clic-clic, ailes battantes, voilà une jolie mésange vive acrobate, tête à l’envers, vient sucer cette eau rare. Ma joie !

Revenions donc d’Estrie comme deux rois mages (hum) cherchant Sainte Julie (notre Jésus à Béthléem). Aller admirer l’enfant nouveau-née : Laurence. Qu’elle est mignonne, cette nièce, nouvelle québécoise, nous roulions donc par des routes de campagnes. Loin des plates autoroutes. Et, partout, mêmes soins, mêmes travaux préparatifs pour défier notre long hiver. Tous ces villages, de Saint Césaire et Chambly, à Saint Marc et  Beloeil ! Que de vivants ! Tout ce peuple québécois varié, multiforme, répandu, fourmillant et qui se débat, qui range les « choses de l’été » comme moi, comme tout le monde. Car bientôt novembre… première neige quand ?

ENFANT DE VILLERAY : LE RETOUR

En 1986, déménagé rue Querbes (à Outremont-en-bas) j’aimais bien avoir mon éditeur pas loin. C’était Jacques Lanctôt, l’ex-horribilis felquiste preneur d’otage (M. Cross). Il avait payé sa dette à la société comme on dit. Hélas, mal pris, un jour, il rechigna à payer mes droits pour « Enfant de Villeray ». Qui est une autobiographie de mon enfance. Je vous en parle pour vous dire, cher fidèle lectorat, que cet « Enfant de Villeray » (vite épuisé dans le temps) vient d’être ré-imprimé. Il sera en librairies dès le 10 novembre (jour de mon anniversaire !).  En couverture, un gamin blond, frisé et en culottes courtes, tirant sur sa pipe-jouet. Éditeur : Michel Brûlé.

Mon Lanctôt banqueroutier ré-exilé à Cuba (volontairement encore !), j’ai comme éditeur actuel le cher Marcel Broquet, vite joignable à Saint Sauveur. 10 minutes en Jetta. Marcel vient de m’expédier au Salon du livre à Sherbrooke où, vendredi dernier, je fus « l’invité d’honneur », si ou pla. Où j’ai pu causer à satiété, en kiosque et sur deux tribunes, de mon « Rire de Jésus ».

Ces mondanités littéraires, hum, me mettent en retard. Revenu dans mon village, c’est l’ouvrage pré-hivernal : couper l’eau d’arrosage en avant et en arrière, vider les corbeilles aux fleurs fanées. Poser cette satanée clôture de lattes et jute pour protéger mes « souffles de bébé » plantés jadis. Installer mes tapis de « coco ». Lundi, au beau soleil, à quatre pattes, enfouir les feuilles mortes dans un million de sacs orange. Ouf, re-ouf ! Ma belle Raymonde, fougueuse au râteau, n’en finissait pas de m’expédier cette sacrée marée de détritus jaune et rouge, faisant des petits, moyens et gros tas croustillant comme Corn Flakes sur le terrain. Merde ! Voilà ce qui ramène le grand auteur « d’honneur » à ses vraies dimensions humaines : homo crapahutant en salopette.

Les deux vélos à ranger en cave. Pis le pédalo à grimper sous le saule. Le quai à mieux ancrer. Le radeau à protéger des glaces à venir. Pas oublier de mettre à l’abri sous la galerie (sans déranger mes marmottes hein !) les transats, leurs matelas… et autres sièges. Oui, ouf et re-ouf ! Qu’il était loin ce décor sherbrooquois de monsieur l’écrivain d’honneur en week-end.

C’est pour dire. La vie. Soudain, je sursaute, une chantepleure du jardin fait des gouttes et, clic-clic, ailes battantes, voilà une jolie mésange vive acrobate, tête à l’envers, vient sucer cette eau rare. Ma joie !

Revenions donc d’Estrie comme deux rois mages (hum) cherchant Sainte-Julie (notre Jésus à Béthléem). Aller admirer l’enfant nouveau-née : Laurence. Qu’elle est mignonne, cette nièce, nouvelle québécoise, nous roulions donc par des routes de campagnes. Loin des plates autoroutes. Et, partout, mêmes soins, mêmes travaux préparatifs pour défier notre long hiver. Tous ces villages, de Saint-Césaire et Chambly, à Saint-Marc et  Beloeil ! Que de vivants ! Tout ce peuple québécois varié, multiforme, répandu, fourmillant et qui se débat, qui range les « choses de l’été » comme moi, comme tout le monde. Car bientôt novembre… première neige quand ?

LE F.L. Q., EST-IL NÉ À OUTREMONT ?

Combien sommes-nous à être ému en découvrant les signes du passé, même une simple photo jauni ? Un jour, hasard, je tombai sur un tas de photos perdues, ce sera des heures à scruter des inconnus, deviner des destins sur ces anciens visages. Ces yeux méfiants ? Des moues de bravades. Angoisses ou bonheurs mélangés. Les témoignages de ceux qui sont passés avant nous peuvent nous attendrir, pourtant je sais des gens qui font fi de ce qui a pu se débattre, lutter, s’acharner à vivre. Des égotistes sans doute.

Imaginez mon réel plaisir quand l’abonné que je suis de la Société d’histoire d’Outremont reçoit un de leurs bulletins. Le numéro de l’automne —no. 16— raconte une étonnante outremontaise. Avec deux amies dans son genre, une certaine  Délia Tétreault installe en 1903 une petite école rurale. Exactement là où se trouve aujourd’hui le Parc Garneau. Ce sera, par la suite, l’acquisition du 353 Côte-Sainte-Catherine, alors un simple chemin de campagne. Il y aura une « passerelle de bois », dit le bulletin, entre les deux locaux. Et puis ce sera sa petite communauté ( Missionnaires de l’Immaculée–Conception) qui déménagera dans la « demeure Languedoc », nommée Villa Springrove. Belles photos anciennes. J’en examine les architectures. Le 8 septembre,  on a inauguré une « place », avec plaque, pour commémorer cette Délia inouïe, angle Maplewood et Springrove. Merci Francine Unterberg. J’aime apprendre du passé. Mieux savoir qui sont passés par nos antiques chemins, nos anciens chantiers outremontais. Ainsi je sais désormais que ce Chemin de la Côte Sainte-Catherine est né il y a… 300 ans ! À 15 h. de l’après-midi, le 18 octobre au Parc Garneau, installation d’une plaque de bronze et ce cher Victor Mainville y exerce de sa belle voix de stentor. 300 ans ! Tout un bail

Par autre exemple passéiste, j’a lu une autobiographie captivante du p’tit garçon qui habitait la maison juste en face de l’église Sainte-Madeleine d’Outremont. Gamin pieux, Pierre Shneider, raconte sa vie. Écolier ramassant ses sous, il sera et  camelot et servant de messe. Père mutique, un anglophone, musicien raté, aigri, une mère angoissée. Un grand’père maternel qu’il aime. Patriote, historien amateur, un marcheur étonnant. Shneider va l’école Lajoie puis au collège classique du coin, à Saint-Viateur. Études quittées, formation d’une bande de petit-bourgeois d’Outremont. De jeunes révoltés, admirateurs du tribun Bourgault et du R.I.N., voilà Pierre l’ex-enfant de choeur en jeune « fondateur » du tout premier F.L.Q.  Bombes. Terrorisme. Candeur. La générosité du naïf desperado. Une « impatience » qui tue. Il y a des morts. Cette cellule « première » aura son délateur, argent d’un Judas, un certain Jacques Lanciault fait mettre Pierre et ses jeunes camardes en prison. Pierre Schneider raconte la suite : une vie décevante après la sinistre prison, là où la peur le fait muer en inverti sexuel d’un caïd. Sortie et des emplois d’un journalisme « policier » sordide. L’alcoolisme. Une vie ratée. L’idéalisme de l’adolescent abandonné à jamais.

Mais voyez aussi, au bulletin de la S.H.O, cette école Lajoie et son vaillant club de hockey, « Le Rex », avec les binettes des joueurs costumés. On apprend que là où vivait le P. E.Trudeau, c’était une ferme ! Celle des McCulloch, là où gîte aussi l’anglomane fou, Gilbert Rozon. Et mon amie Sophie Faucher. Ferme devenu aussi le bien beau cimetière, des terres fertiles. Comme celles que celles où j’habite, rue Rockland, rue McEachran, tout ce lot no. 38 et ses alentours, offertes pour seulement $24,000 ! Cheap hein ? Aimez-vous, comme moi,  lire de l’histoire, grande, moyenne et petite ? Oui ?

CHATS, AIGLES ET TÉLÉ À TREMBLANT

Me voilà, fin d’un jour, soleil timide et bas, en chemin pour l’Excelsior de l’obligeant Jacques Allard, sa baignoire d’eau « au brome », chauffée… bon, rue Henri-Dunant puis rue Archambault, juste avant de descendre vers le magasin de fer Théoret du Boulevard, à ce carrefour, un chat ! Puis deux, puis trois ! Diable, c’est le spot aux félins ma foi. Je ralentis et cherche des yeux la mère-Michelle de la comptine ! Quoi cela ? Tant de minous en ce secteur ? L’Hallow’een d’avance ! Rue Beauchamp, revenant de ma chère « École-des-p’tits-chefs » je vois souvent le vrai chat. Le simple chat. Celui de nos manuels scolaires de première année à l’image « chat ». Le blanc. Le banal. Ses taches noires aux pattes, au cou, sur la tête. Classique, universel chaton banal comme anonyme. Je le regarde gambader dans les parterres, autour des maisons. Le mage de l’innocence, de l’insouciance aussi car je sais qu’un jour je le verrai écrasé mort en pleine rue.
Mon bain dehors. Je fais la planche et nage « mode renverse ». Dernières saucettes en plein air, je le crains car les haies de l’Excelsior s’assombrissent. Cèdres ou sapins. J’aime, sur le dos dans l’eau, regarder le ciel  et que vois-je, très haut, un oiseau de proie ? Rapace laurentien, croix noire planante au firmament. Pygargue, urubu, crécerelle, effraie des clochers (mots appris à une expo récente là-haut). Non, illusion, je regarde mieux : serai-ce une simple libellule et bien plus proche de mon nez que je crois ? Non plus. Ah !, un vrombissement se fait entendre, c’était un petit avion venant du nord, de type cessna. Comme les aéroplanes de mon enfance, années 1930, traversant le ciel de Villeray. Gamin, rêver d’y monter un jour.
Le lendemain matin, départ pour Tremblant. On m’offre 30 minutes de télé communautaire sauce Cogeco. Raymonde et moi d’abord épatés par les abrupts paysages « au nord de notre nord ». Vives couleurs hissées partout, les Japonais sourient! Là-haut, on tourne en rond, pas d’affiches claires. On  ne verra pas ce neuf Casino où nous aurions risqué quelques « trente sous ». Tant pis. Roulons.  On m’attend dans le (désormais) « quartier » de Saint Jovite. Revoir au soleil d’octobre  la si jolie vivante rue-principale-de-magasins. À une extrémité, le centre culturel et de loisirs pour l’Interview. Hélas,  haute palissade et ruban jaune : Attention ! Travaux, danger ! Entrons. Local lumineux agréable. Rosette Pipar, animatrice accorte et qui écoute bien, c’est rare, m’offre le fauteuil de son confessionnal. Alerte causerie avec trois caméras comme témoins. Le jour de diffusion ? Pas encore fixé. Cette télé modeste est sans carcan aucun ! Bon. Terminé et je sors. Le soleil arrose une jolie cascade, un parc-amphithéâtre comme celui de Sainte-Adèle, à énormes pierres et gazon. Une colline et la rue animée saintjovitienne (sic) avec des allures de fête. ET pas de tIt-minou, nulle part ! Aucun. Même pas le blanc tacheté si banal…

SALUT L’AUTOMNE !

Nous voici donc dans octobre…Mais pourquoi donc tant d’écureuils qui courent d’un trottoir l’autre ? Je les vois traverser sans cesse nos rues ? Si pressés, où vont-ils  donc ? J’en vois tous les matins maintenant quand je descend la côte Morin pour acheter chez mon homonyme (Jasmin du IGA) mes gazettes du jour.

J’ai vu d’abord voisin-Jodoin, Jean-Paul, assis (un gamin de 80 berges), par terre, devant chez lui; la chaudière de peinture entre les pattes, brassant sa crème bien beige. Dernière couche sur le déclin de bois pour protéger ses murs des froids mordants qui vont nous siffler dessus ? Dans la rue du Parc-de—la- Famille, revoir cette vieille bellement ridée (c’est beau les rides des femmes !) marchant avec son chien fou, son sac d’épicerie plein. Aussi, qui grimpe la Morin, ce ventru dodu, longue queue de cheval sur le dos ! Le faux cow-boy, faux Clint Eastwood du Sergio Leone. Ne se presse point, regarde partout. Autre matineux re-croisé, Beaupré, descendant en ville, nerveux avec des mines de détective privé, il fume à grosse boucane.

Mes gens. Mon monde familier. Mon village aimé.

Ainsi, ces beaux écoliers, sacs aux dos, qui attendent leur bus jaune au bord du trottoir pas loin du bar La Cachette.  La vie de chaque jour. Revoir le chat d’ardoise qui pisse sur un bouleau près du Café à mi-côte. Avec son chien barbet excité au fond des bras, revoir ce jovial nabot, petit colosse roux aux pas agiles. Un matin chasse l’autre et le temps passe. Il y a ce chien…(de classe ou de chasse),qui tire fort sa veille maîtresse à la silhouette raffinée, longs cheveux de neige. Et voici André, fougueux jardinier, roulant des épaules, regard pétillant. Revenu chez moi, ma Pauline est à son râteau. Et « l’autre Raymonde » (celle de Maurice), qui étend du linge. Pour la senteur sans doute. Me souvenir alors des lundis de lessive dans ma petite patrie. Nos ruelles pavoisées, drapeaux de nos vies modestes au vent ! Octobre s’installe donc, les couleurs toutes hissées.Tantôt, rue Beauchamp, autobus aux vitres brunies. Binettes épatées des Japonais-à-kodak qui n’en reviennent jamais de nos ors et de nos sangs. Des adieux lumineux d’avant…la chute ! Je sors le bac noir. Surgit ma Raymonde qui me dit : « J’allais à mon Inter-Club de Piedmont et qui je vois, au milieu de  la 117, j’ai cru à un chien énorme, un lévrier, un chevreuil au galop ! » Risque fou, cette 117 si large ? Rut qui commande ? Hier, elle alla marcher seule autour du lac et, terrasse du Chantecler, ravissement. « Si tu avais vu le lac ! D’un bleu stupéfiant, étonnant ! ».

Non, moi enfin sorti d’un immense rhume, je restais assis à lire mes chères biographies. Ces temps-ci, la Duras et le Eistein. La Yourcenar et le Jack London. Grippe à l’horizon, devoir aller aux aiguilles (que l’homme n’aime pas) ! Oh, télé-4,  annonce pour montrer ces cascades chez Polar Bear’s Club. J’y étais allé en plein hiver. La Rivière-à-Simon folle de rage et en 1985 (!) une simple cabane, un gardien veillant en une installation primitive. Suer d’abord puis, en maillots, dehors, de vieux cordages et une passerelle branlante. Raymonde ’85, héroïque, qui se jette « dans les bras de Simon », sa baignade folle dans ces flots ourlés de glaces. Ce lieu a prospéré, immense parking et on y annonce une vaste piscine !

Un matin récent, je dois aller —cum pedibus— chez mes charmantes postières. Bon pour ma santé. Qui me suit ? Une bestiole inconnue de moi. Vraiment un chien, disons une sorte de laideron pékinois, la phalle basse, baveur et les oreilles à l’envers, les pattes courtes. Si je stoppe, cette vadrouille stoppe aussi. Par quel instinct veut-il absolument marcher dans mes pas ? Quand je sors du bureau de la poste, il est dans les bras d’une punkette. Trous calculés aux genoux, un anneau au sourcil, au nez et à la babine ! Elle l’ouvre : « Y é fou raide, y suit tout l’monde » ! Remontant par des rues secondaires, je me retourne, les deux me suivent. « Y a que j’veux le vendre. Combien vous me donnez pour ? » Je dis : « Rien, j’ai peur des chiens, m’amzelle! » C’est vrai.