RETOUR D’UN « ENFANT DE VILLERAY »

1986. Déménageant de la rue Cherrier vers la rue Querbes dans Outremont-en-bas, j’étais content d’avoir mon nouvel éditeur… disons « sous la main ». Un voisin de la rue Ducharme. Avec Lanctôt-éditeur, ce sera d’abord : « Pâques à Miami », sorte de « tombeau » littéraire à mon père mort. Puis ce sera : « Enfant de Villeray », une autobiographie de mon enfance. Un récit apprécié, vite épuisé. Voilà mon cher felquiste (qui avait payé sa dette pour sa prise d’otage), au bord de la banqueroute et qui me propose une dette en retardant de me payer mes droits ! Mon refus net ! Mon récit tari, eh ! Eh bien, fidèle lectorat, consolez-vous, voilà que Michel Brûlé (Les Intouchables) vient de ré-imprimer mon « Enfant de Villeray » qui sera en librairies dès le 10 novembre, jour de mon anniversaire. Avec, en complément (style DVD et ses annexes) en beaux noirs et blancs, vingt-cinq « portraits » tracés de ma banche main, portraits des protagonistes de mon enfance. J’imagine la hâte dans les foyers de gens cultivés, hum…

Oh, comme il y a loin justement de ces années 1930 dans mon cher Villeray (comme dans un paisible village) à nos jours, à ces élections. Que dirait mon catholique papa de tout ce bordel montréalais ? Seigneur ? Lui si pieux, si bon citoyen, membre du Tiers Ordre, si « à cheval sur les principes ».

Il serait étonné, scandalisé surtout, de savoir qu’il y a tant de ces candidats bien naïfs, superbes candides, se faisant enfirouaper par de généreux (hum !) donateurs. Horresco referens ! Madame Toupet Blanc, péquiste, tout comme monsieur Innocent-Premier, libéral, face aux offres acceptées d’enveloppes brunes bourrées de fric, affirment haut, net, clair, n’avoir rien vu, rien su… Des anges ! Des purs ! Les menteurs, les hypocrites !

Allons, si mon papa du haut de l’éther, écarquille les yeux de surprise, les électeurs un peu informés, eux, se doutent bien que des élections… eh b’en ça demande du pognon, de la mazoune. Ces compulsifs aspirants de pouvoirs divers ont besoin de ces magouilleurs, Québéco-italiens ou non, et de toutes ces espèces sonnantes et trébuchantes. Ces messieurs-dames, entreprenants entrepreneurs, « cracheurs de fric »  cupides, sousmisionnaires retors, s’entourent de musclés casseurs de bras, de nez, de lunettes, alouette ! De bien liturgiques sacreurs organisent des discrètes rencontres restauratrices (sic). Sinon avec le futur élu en direct, du moins avec ses sbires, les grenouilleurs en proches alentours dudit candidat. Débarquement des briques !

Ainsi un ex-directeur de Chambre de commerce (tiens, tiens !), au nom céleste, « Labonté », a vite su par quel croche chemin il faut passer si on souhaite arriver au beau bureau lambrissé de la mairie. Ou à ses coulisses d’importance. La madame Toupet Blanc en a « blanchi » davantage quand le chat « noir » sortit du sac. Innocent Premier, sans trembler d’un poil, ce pur Outremontais qui a pas su « compter les compteurs », accursionniste ambivalant, eh bien, il ricane.

« Elle itou,  comme bibi, a savait pas rien ». Cette crasse va faire, hélas, qu’on ira moins nombreux voter et que le cynisme va grandir. Qu’à l’avenir, des gens compétents vont refuser de s’avancer dans des sentiers balisés bizarrement, maffieux, remplis de merde, disons le mot : de « marde ».

Comprenons-nous bien : des penauds, timides, mous, pleutres, lècheculistes « Directeurs d’élections » se taisent. Des ministres responsables (hum)  entonnent l’air connu : « Que la bonne police fouille ! » Le grand chef Charest  —« Non, pas d’enquête comme la Seco, non ! »—  sachant « très très très » bien de quoi il retourne, regarde ailleurs et siffle. Pauline, notre aimable châtelaine souverainiste, ne pipe mot. Tous, ils savent le réel : sans argent, sale pas sale, fin des moyens solides et pas de victoire ! Ainsi va la vie et plusse de gens ordinaires n’iront plus voter. Résultat prévisible, la nature ayant horreur du vide, un tyran, un brave « despote éclairé », un démagogue viendra s’installer un jour. Pour longtemps.

Bon, novembre s’en vient, la neige, blanc manteau utile,  va finir par tomber, on sortira nos pelles… La vie courante chassera tout cela, la vie ordinaire passe, ne craignez rien, bien avant cette sordide élection municipale. Primo vivere, non ?, nous, les cochons de payeurs, on a pas « d’enveloppe brune » renflée à notre porte. On va payer taxes et impôts, braves et silencieux agneaux ! Ces saloperies extrêmement navrantes vont durer. Homo…sapiens, sapiens, qu’ils disent, ouais !

***

ENFANT DE VILLERAY : LE RETOUR

[deuxième version]

En 1986, déménagé rue Querbes (à Outremont-en-bas) j’aimais bien avoir mon éditeur pas loin. C’était Jacques Lanctôt, l’ex-horribilis felquiste preneur d’otage (M. Cross). Il avait payé sa dette à la société comme on dit. Hélas, mal pris, un jour, il rechigna à payer mes droits pour « Enfant de Villeray ». Qui est une autobiographie de mon enfance. Je vous en parle pour vous dire, cher fidèle lectorat, que cet « Enfant de Villeray » (vite épuisé dans le temps) vient d’être ré-imprimé. Il sera en librairies dès le 10 novembre (jour de mon anniversaire !).  En couverture, un gamin blond, frisé et en culottes courtes, tirant sur sa pipe-jouet. Éditeur : Michel Brûlé.

Mon Lanctôt banqueroutier ré-exilé à Cuba (volontairement encore !), j’ai comme éditeur actuel le cher Marcel Broquet, vite joignable à Saint Sauveur. 10 minutes en Jetta. Marcel vient de m’expédier au Salon du livre à Sherbrooke où, vendredi dernier, je fus « l’invité d’honneur », si ou pla. Où j’ai pu causer à satiété, en kiosque et sur deux tribunes, de mon « Rire de Jésus ».

Ces mondanités littéraires, hum, me mettent en retard. Revenu dans mon village, c’est l’ouvrage pré-hivernal : couper l’eau d’arrosage en avant et en arrière, vider les corbeilles aux fleurs fanées. Poser cette satanée clôture de lattes et jute pour protéger mes « souffles de bébé » plantés jadis. Installer mes tapis de « coco ». Lundi, au beau soleil, à quatre pattes, enfouir les feuilles mortes dans un million de sacs orange. Ouf, re-ouf ! Ma belle Raymonde, fougueuse au râteau, n’en finissait pas de m’expédier cette sacrée marée de détritus jaune et rouge, faisant des petits, moyens et gros tas croustillant comme Corn Flakes sur le terrain. Merde ! Voilà ce qui ramène le grand auteur « d’honneur » à ses vraies dimensions humaines : homo crapahutant en salopette.

Les deux vélos à ranger en cave. Pis le pédalo à grimper sous le saule. Le quai à mieux ancrer. Le radeau à protéger des glaces à venir. Pas oublier de mettre à l’abri sous la galerie (sans déranger mes marmottes hein !) les transats, leurs matelas… et autres sièges. Oui, ouf et re-ouf ! Qu’il était loin ce décor sherbrooquois de monsieur l’écrivain d’honneur en week-end.

C’est pour dire. La vie. Soudain, je sursaute, une chantepleure du jardin fait des gouttes et, clic-clic, ailes battantes, voilà une jolie mésange vive acrobate, tête à l’envers, vient sucer cette eau rare. Ma joie !

Revenions donc d’Estrie comme deux rois mages (hum) cherchant Sainte Julie (notre Jésus à Béthléem). Aller admirer l’enfant nouveau-née : Laurence. Qu’elle est mignonne, cette nièce, nouvelle québécoise, nous roulions donc par des routes de campagnes. Loin des plates autoroutes. Et, partout, mêmes soins, mêmes travaux préparatifs pour défier notre long hiver. Tous ces villages, de Saint Césaire et Chambly, à Saint Marc et  Beloeil ! Que de vivants ! Tout ce peuple québécois varié, multiforme, répandu, fourmillant et qui se débat, qui range les « choses de l’été » comme moi, comme tout le monde. Car bientôt novembre… première neige quand ?

2 réponses sur “RETOUR D’UN « ENFANT DE VILLERAY »”

  1. Bravo,
    Vous avez fait ma journée, éloigné mon cafard de voir tomber cette première neige.
    J’ai mis à mon agenda d de réserver ce livre qui ne vient pas assez vite à mon goût!

    Bonne journée

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