Oui, BÊTE PUANTE ET ACTUALITÉS

Le patriote Parizeau: « Y am on my way out ». Moi itou, je me sens devenu un sur-informé car depuis 1960 que je lis les journaux tous les matins. Et « l’homme » ne change pas hélas ! Comprenez-vous, jeunesses de La Vallée, que je préfère écrire sur mes chats et mes marmottes ou sur Barak, mon noir écureuil ?

Actualités encore : avec le contrôle pour (sur)protéger nos producteurs agricoles, tu dois payer ton lait 64 cents de plus, ton beurre $1.50 de plus qu’ailleurs… où il n’y a pas ce système. Maudite nouvelle ! Quoi ? Trop de nos émigrants refusent de s’intégrer, se croient installés en Ontario. Dans La Presse d’Émilie Côté (qui ne commente pas !) des« ethniques » déclarent : « On blame des anglos de pas parler français mais il y a des francophones qui parlent pas anglais. » Tel quel ! Non mais… D’abord dire qu’on est pas des « francophones », on est des « Québécois ». Comme répétait feu-Falardeau : « On dit pas des « japonophones » mais des Japonais. »

Hum, préférer raconter mes canards retardataires quand Bellavance ( La Presse) étale la question « cigarettes clandestines » et réussit à ne pas y mettre (pas une seule fois) le mot « amérindien ». Le toto ! Encore ? Fouglia détraqué (La Presse) content que des séries-télé « made in USA ». Il zieute des « zistoires » où les tabous les plus sordides tombent un après l’autre. Le pédaleur apprécie cet étalage; est-il pressé d’y voir un jour de la bestialité ? Privé de vélo, il s’ennuie… « la mère de tous les vices ». Écrire plutôt sur un raton-laveur se déchaînant contre (nuitamment) mon bac noir ! Nouvelle ? Il va y avoir une inévitable réforme de l’orthographe. Denise Bombardier (Le Devoir et TVA) s’en énerve. Résistance classique au progrès ? Le nénufar sera joli, la farmacie utile et un onion c’est bon !

Et puis quoi ? J’ai apprécié ce très fameux roman noir « La route » de McCarthy. Je ne crois pas aller voir le film qu’Hollywood. Déjà des critiques graves. Ensuite ? Lysiane Gagnon (La Presse) frappe fort sur les « nouveaux curés ». Ces zélotes de l’écologie pure : « Un clergé fondamentaliste ». Y a du vrai. La chasse aux pollueurs muant en « chasse aux (nouvelles) sorcières ». Dans VOIR, douleur d’y lire une déclaration du camarade Lévy-Beaulieu : « Oui, j’écris beaucoup, c’est que les femmes ne m’aiment pas. » Ça m’a fait mal. Vrai que les « beaux » (comme moi) ont peu de temps et écrivent moins. Je ris. De moi. P’is ces actualités ? Madame Stéphane Dion a bavé dans le web sur le chef Ignatieff. Hum,   le bonheur qui nous change des fausses solidarités stipendiées. Oh, j’aperçois ma bête puante (plus revue sous mon balcon depuis longtemps) qui rôde chez Maurice-Voisin. Cherche-t-elle une neuve cachette ? Hein ? « Grosse » nouvelle malodorante,

en noir et blanc !

SMOKE MEAT, TYMBALES ET CADEAUX

Il y a peu, ces beaux jours en guise d’été indien en retard. La rue Bernard pleine de dîneurs aux tables de ses terrasses. Bonheur des yeux. On y alla, Raymonde et moi, un midi, pour le croque-monsieur de la Moulerie, un autre midi, pour le cher smoked meat de Lester, ses cornichons à l’aneth. Invités à souper à Mont-Royal sur Simcoe Circle chez l’ex-cynique, grand sec d’Orléans, André Dubois, mon amoureuse cherche un présent à offrir à Mimi divine cook. Elle file vers ce magasin de cadeaux pas loin de chez Lester. Que d’offres cocasses là ! Un lieu féerique. Un caverne d’Ali Baba ?

Le soleil donc. Partout. Courses…au marché si varié des Cinq-Saisons puis à la banque. Aussi à cet autre magasin-à-cadeaux, sosie du Mille-Feuilles de la Laurier, une papeterie inouïe côté sud de Bernard. Encore là, vaste choix aux rayons garnis d’inventions légères pour cadeaux divers. Dont un des  jeux de société de mon designer de fils, Daniel.  Des tablettes débordantes aux joyeuses inutilités bien agréables. Embarras du choix toujours et toujours, dehors, ce soleil d’été étonnant !

Qui va là, square Madeleine-Ferron ? Est-ce bien mon Tit-Louis, lui qui était avec nous tous au 42 Avenue des Pins en 1948, l’annexe de l’École du Meuble. Où il tambourinait sans cesse. Sur tout et sur tous. En maniaque fervent des rythmes. Eh bien, prévisible, Louis deviendra « le » célèbre timbalier —éméritus— de l’OSM. Louis Charbonneau, aujourd’hui retraité, a gardé même visage et même sourires. Je passerai acheter magazines et journaux chez l’aimable maghrébin-québécois en sous-sol du Manoir d’Outremont. Je donnerai de mes livres à Claude, la bibliothécaire du lieu et aussi on petit-déjeunera avec mon cher beauf’ Jacques, tous ravis de ce répit à jours chauds.

Outremont comme un village. Lieu familier où l’on est bien, d’où nous vient ce bon petit bonheur ? Urbi bene ibi patria, disait les pages roses du Larousse : où on est bien, là est la patrie. Ah nos petites patries en cours de vie ! Je me suis souvenu —vacances d’antan— les si belles longues blanches plages du New Jersey, jusqu’au Cap May, et, pourtant, au retour, le contentement très profond de retrouver sa petite géographie familière. Aller à Paris, métropole si fourmillante visuellement, si riche en décors historiques et puis, au retour, éprouver le bon grand bonheur de retrouver son monde, ses vues, ses familiers contours du quartier où l’on vit, adopté. Même chose si tu vas à Londres, tu as vu les berceaux de tant d’histoires nous concernant souvent tant de monuments célèbres mais, revenu chez toi, c’est la très grande satisfaction. À Rome aussi, tu peux voir les antiques sites du temps d’un vaste Empire disparu, des trésors architecturaux fabuleux, et, revenu at home, tu te sens si bien, si heureux.

Ma parole, le vieux poète, Louis de Ratisbonne avait donc raison ? On lisait : «  Nulle terre n’est si douce que la terre où nos sommes nés ». Faut le croire ? Et mon grand Dostoïevski, exilé un temps, qui déclarait « qu’il n’y avait pas pire malheur que d’être apatride ». Vrai aussi ? Mon fier camarade, Dany La ferrière —Prix Médicis à la boutonnière— ne cesse-t-il pas de gratter son grave bobo haïtien ? La fuite. Enfin, le soir restant chaud, on s’attable au «plus que parfait » Petit Italien et on a vu Martineau-l’excellent-tireur-fou (et franc) en actualités qui minaudait avec une belle enfant, pas loin, Pierre-Karl Péladeau, lui aussi avec une jolie fillette, et tous les passants, rue Bernard, souriaient à cette inattendue pause d’avant les neige

LES COUS VERTS !

Il y a donc des canards de ce nom : colvert. Au cou vert. Comme il y avait pour les humains « les jarrets noirs », pour les Jasmin, maraîchers penchés du Village Saint-Laurent « les dos blancs. » Mercredi midi, dernier feu de broussailles sans doute, apparition de quatre insolites nageurs dans la demi brume novembrienne sur le lac. Deux couples de colverts. Toujours étonnant ! Sont raides, comme immobiles de photo Marc Barrièrecorps, pourtant déplacements ultra rapides. Leurs palmes (pattes de grenouilles invisibles!) s’activent avec une rare force motrice. Ils zigzaguent autour du rivage, avec mouvements de culs en l’air !Ils avalent dieu-sait-quoi sous l’onde. Jean-Paul-Voisin, qui dort bien moins que moi, me parle de visions d’aubes avec outardes et huards, « Terribles, non, leurs cris plaintifs, me dit-il. » C’est vrai. Nourrissant mon feu, je ne me lasse pas d’admirer ces cous —et têtes— d’un vert flamboyant. Si métallique. Qui luisent au soleil de ce mercredi.

Souvenir : à chaque année entre 1940 et 1950, papa m’amenait avec lui, en bus, au « camp ». Pour clouer des persiennes (car brigandages parfois), couper l’eau, rentrer les chaises, désamorcer la pompe. Souvent devoir enduire de goudron (veux balai coupé comme pinceau ) le toit. Qui coulait sans cesse ici et là. Corvée rituelle pour l’hiver qui s’en venait Avenue Proulx à Pointe Calumet.

Oh comme j’aimais « avoir » mon père bien à moi !Être seul avec lui. Tout ce jour de novembre, Germaine, ma pauvre mère, devait « garder » le restaurant du sous-sol, dans notre « petite patrie ». On entendait à l’ouest de la Pointe, des salves répétés : coups de carabines des chasseurs de canards (colverts compris). Bien camouflés dans leurs barques garnies de branchages de cèdres. Ces disciples de Saint- Hubert s’installaient tout au long de la « Grande Baie » et des vastes plages « sulpiciennes », devenues le Parc Paul-Sauvé. S’étaient tues pour l’hiver les machines de Miron-le-cimentier qui siphonnaient du sable tout l’été. À la Fête du Travail, Pointe Calumet cessait de vivre. Retour de la vie le 24 juin suivant ! Notre paix ? Sans cesse fracturée par les incessantes décharges de chevrotine, ces tueurs de canards d’Oka, de St-Benoit, de St-Scholastique ( nommé Mirabel), de Ste-Monique et de St-Augustin, de La Fresnière, troublait mon père. En rangeant des effets dans notre cabanon, je le voyais grimacer, durcir les mâchoires, se scandaliser. Il m’avait dit : « Ils peuvent donc pas laisser vivre en paix les animaux de la nature, non ? » Papa était un doux, un pacifiste, un membre du Tiers-Ordre de Saint François, comme on sait, ami de tous les oiseaux, colverts inclus !

Ici, nos colverts ont la paix, cher papa ! Ils vont et viennent comme excités par cette bouffe invisible du fond du lac. Pas question d’abattre ces jolies proies luisantes, aux cous et têtes d’une joaillerie étincelante. Sont-ce les derniers signaux de la beauté naturaliste avant le blanc partout ? L’hermine répandue dans toutes nos collines ? La beauté ? Allant à l’École-Bouffe, plus tard, la beauté de nouveau ! Oui, sous une laide tente-garage, rue Grignon, qui me cligne des yeux ? Belle grosse tête toute blonde ? Félin d’un blond émouvant, à la fois énorme et svelte qui se dandine, cherche où s’asseoir, trouve, se gratte une oreille fougueusement, sursaute, me re-redécouvre et puis baille énormément, ma foi, c’est l’enseigne du lion-MGM, en mini. Une belle journée donc. De vert hypnotique et de blondeur fauve.

LE ROUGE VOLE !

Par ma fenêtre, soudain, le rouge vole ! - photo du webmestre -

J’écris ceci et…par ma fenêtre, soudain, le rouge vole ! Le joli couple de cardinaux venu manger du « soleil-tourmant » (tournesol) sur notre galerie. Hier, mordoré, le Chat-Royal, m’observait sous la frondaison sapinière. Je ramassais les bois morts des chèvrefeuilles récemment sciés. Je veux aller lui confier un secret  —« qu’il va neiger »— frout!, fuite aussitôt chez ma voisine. Une Blondinette sans Dagwood. C’est la deuxième fois : petite neige —du sucre en poudre!— tombée partout par ici, début des ouates hivernales. J’aime l’hiver. Les premiers mois, les premières neiges. Mais en mars… des giboulées encore, non !

Allant rue Lesage à mon École-des-Chefs, jusqu’à la rue Ouimet, du blanc partout donc. Une vision… de vaste martre ? Beauté muette, symbole, synonyme d’un certain silence, d’un calfatage anti-bruit ? Dans nos gènes, au plus profond de nos chromosomes, se niche l’immaculé paysage familier aux Québécois. Fatidique « annonciation novembrienne », signal des froids à venir. Je sors de mon comptoir-à-bouffes- estudiantines avec truites, côtelettes d’agneau, petit pot de chestnut home madeгардероби, du suc’à’crème façon grand-mère, mes chers « carrés au dattes » ! J’aperçois une  tigresse, comme six panses et qui trottine toute lente, remplie de vie. Tonneau rond, elle n’est plus qu’un ventre et on voit à peine ses quatre pattes. Fruits d’amours estivales, pesante de progéniture. Imaginez le roulis : immense bedaine à terre. Stop, elle m’a vu, regard de travers, méfiance, prudence maternelle. Ralenti soudain car son balcon a une marche. Où donc vivront les rejetons nombreux de sa couvée ?

Souvenir : en 1990 par là, Raymonde et moi entendons des bruits bizarres dans notre mur mitoyen. On cherche, on palpe, n colle nos oreilles. Des sons curieux, sortes de feulements lointains. Il va être minuit, nous voyez-vous dans l’escalier du cottage, rue Querbes, fébriles et tâtant les murs. Oh, nous  repérons la source, c’est en bas des marches, mais  qui râle, se plaint ? Des esprits ou nos voisins (des juifs hassidiques) racistes et sauvages ? Cérémonial kabbalistique ? On descend, jusqu’à l’escalier de la cave. Ça y est, sons plus clairs, c’est ici ! Sous la dernière large marche, mobile, une grosse minoune blanche et six chatons miauleurs ! Je me rappelle un soupirail laissé ouvert,oublié. Ouf ! Les fantômes n’existent vraiment pas et coup de fil à la SPA. Prompte  arrivée d’une bénévole qui ramène toutes ces vies, rue Jean-Talon ouest. Fin.

Oh, encore, le vol rouge ! Ces deux flammes d’ailes autour de la mangeoire, indifférentes à nos mésanges blanchâtres. Et mon Barak-l’Acrobate qui surgit sur la galerie, qui fait des calculs de saut, c’est clair. Puis qui s’en va, indifférent,  la mine indépendante. Quoi ?, les rongeurs ( dont les écureuils) dédaignent-ils la viande rouge ?

LE TEMPS ET RIEN D’AUTRE, M’SIEUR AZNAVOUR ?

Soufflant un peu entre des sacs bourrés de feuilles mortes, voilà Barak, écureuil noir du coin faisant l’acrobate agile, Raymonde a suspendu sa mangeoire à graines, il rôde, nos mésanges s’énervent, je le chasse, il revient sans cesse, finit par me cracher : « Serais-tu capable, jasminovitch, d’une chronique entière sans un seul  point ?,  on me connaît, je m’y jette :

d’abord pour signaler un bien goûteux « resto provençal », Chemin Péladeau juste au pied de la SAQ, aussi un autre, aussi bon marché le midi, chez « Luciano », quartier Mont-Rolland, qui me rappelle « La Chaumière », lieu cher disparu, angle Richer, printemps de 1970,  et, sur sa terrasse côté lac Rond, rencontre avec le grand-manitou-des-programmes à TVA, l’ex-crooner Robert L’Herbier qui m’appréciait hénaurmément (!) en écrivain-chroniqueur, le big boss m’avait (très) généreusement offert de me transformer en tout-puissant anchorman à son ultra populaire Canal 10, mais, à quarante ans, père de deux enfants, ma frousse du free lancing, du pigisme, je m’incrustai au Canal 2 en fonctionnaire fédéral, sous haute surveillance comme je le racontais au Canal 4, à Rosette Pipar de Cogeco, je me savais estampillé security risk et hugly separatist par les Trudeau paranoïaques, du genre à foutre en prison-Parthenais le grand poète de Sainte Agathe, Miron, adieu donc à ce pont en or et, sept mois plus tard, ce sera la police chez moi, à une rue de la Prison de Bordeaux, pour vérifier l’état de ma fournaise (hum !), plus tard, les plaques de vélo de mes deux jeunes (hum !), j’étais candidat échevin dans Ahuntsic pour un parti ouvriériste, le FRAP, et, en médias, Jean Marchand, chef syndical défroqué et politicailleur névrosé, criait : « Le FRAP est la façade des terroristes du F.L.Q. », bang ! annulation de toutes nos réunions de cuisine, nos Montréalais vissés aux petits écrans, le Jérôme à Boubou-pas-de-culottes, Choquette, ministre de la Justice en cowboy fou, the gun in the belt, enfermé au Reine-Élysabeth, gueulant : « Faut faire bien attention d’être juste aussi avec la pègre », quelle page d’histoire hein ?, Drapeau le maire mégalo jappait aussi : « Ce FRAP élu, le sang va couler dans les rues ! », Pierre Laporte égorgé rue Armstrong à Saint-Hubert (on a jamais trop su comment) et puis les rats-de-la-cave-de-St-Marc mis en tôle, le calme revint, je ne serai pas échevin —adieu enveloppes brunes, trois ans passent, joli printemps de 1973, ma Raymonde entre un Lautrec-show et quoi encore ?, voit une pancarte « à vendre » à une rue de « La Chaumière », veille modeste maison, centenaire, au déclin de bois bombé, tout bosselé, l’herbe très haute partout, proprios en proie à la maladie, pour 25,00 tomates, Raymonde, jeune réalisateure de télé pas riche, cassa toutes ses tirelires, alla à sa Caisse de Radio-Canada, achetait ce qui sera… notre nid d’amour ! Fin.

« Ça y est, j’ai dit, je l’ai fait, Barak. Pas un point ! » La bête eut l’air satisfait.