LA GLACE ET LA LUMIÈRE

J’en ai parlé déjà : c’est nous (gens du nord) qui avons la plus belle —les jours ensoleillés bien entendu— la plus riche lumière. De toute la planète. À cause de la réflexion des neiges. Les auteurs de cette recherche en luminosité  l’affirmaient, disant que la lumière n’était pas aussi belle, ni aussi pure, ni aussi éclatante dans les suds. Même en zones tropicales. Quelle chance nous avons, non ? Que ceux, nantis,  qui s’exilent à Cuba ou ailleurs  cessent de dire « je pars pour le soleil », non, ils partent « pour la chaleur ». Là-dessus, certes c’est indéniable. Mais « la lumière des lumières », c’est NOUS QUI L’AVONS, je regrette « Danièle Air-Canada », mon amie partie au Mexique pour l’hiver.

On a pu apprécier cette luminosité unique ces derniers jours et j’ai vu patiner un jeune couple. De loin. Deux silhouettes agiles, tenues ensemble, bras à la taille, deux mains nouées, ils faisaient de gracieuses arabesques sur une glace toute neuve. Aussitôt, j’ai revu le « rond à patiner » du Shamrock,  collé au Marché Jean-Talon. Lieu béni, espace vénéré, endroit mieux qu’apprécié malgré des bosses et des craques, malgré ce gras gardien bougonnant, morveux bossu au nez pourpre dans son cabanon où l’on pouvait nous réchauffer les soirs au climat sub-arctique. Il y avait qui nous épatait une musiquette pourtant grinchante dans un mauvais haut-parleur. Ersatz pauvres des valses de Strauss.

Il y avait au dessus du « rond à patiner », dans la nuit de ces soirs d’hiver, ces ampoules à abat-jour de tôle verte, pauvre lumière faiblarde capable tout de même de transformer en beautés exotiques les adolescentes, belles inconnues. Oui, oh oui, surtout, il y avait tant de jolies patineuses, les unes accortes, acceptant rapidement nos offres de « galants sur lames » et d’autres réticentes, nous jaugeant trop longuement, méfiantes. Il y avait tant de ces « wolfs ».

Après un « oui » souriant, le nouveau couple s’envolait et l’invisible Cupidon s’excitait fort. Nous glissions en harmonies, noués de nos quatre mains, utralégers,  nous rêvions. L’amour peut-être… Nous avions 14, 15 ans ! Tournoyant aux quatre coins de la glace, nous nous faisions un cinéma « techicolors », hollywoodien. Ah les filles ! Non, papa, je ne ferai pas un prêtre plus tard. Souvent en jupettes, de velours, avec de longs bas de coton rose, corsées dans des blousons à minous de blanche laine  angora aux pompons virevoltants, la souple escorte, mouvante, souriait à la vie soudain si libre, engluée dans cette multitude colorée qui tournoyante. Joli spectacle que nous nous donnions à nous-mêmes, immense « valse des patineurs » populaire dans nos quartiers  modestes, nos villages et nos banlieues.

Congés d’un romantisme à bon marché, bref extrait de temps hors-nos-études, inattendu conte de fée sous l’œil blasé, ronfleur de ce gardien à mine patibulaire. Qui guettait l’heure de fermeture. Onze heures pile ! Oh, la chance ! À 16 ans, ma fée patineuse qui laisse sa tête reposer sur mon épaule, les cœurs qui battent plus vite, il y aura d’autres tours sur patins, puis prise du numéro de téléphone. Cinéma samedi soir ? Se présenter bien et alors la permission de fréquenter sa patineuse  « les bons soirs ».

Je vais guetter l’installation, dans « la plus belle des lumières », du bel  anneau à patiner sur le lac Rond, ici. De jeunes couples vont s’y mouvoir, je marcherai sous cette lumière rare dans l’anneau des piétons voisin. « Vieux » avec des coeurs jeunes dans notre lumière unique, tournons.

MOI SI J’ÉMIGRAIS…

Minute, marmotte ! Des citoyens d’Outremont, « religieux très pieux », se comportent en racistes ? Oui. Ils ne sont pas des Québécois et c’est ce qu’ils veulent. J’enrage, tais-toi l’écureuil ! Moi, émigrant,disons en Italie, je me transforme vite en Italien. Je fais tout pour que mes enfants puissent se sentir des Italiens, parmi les petits Italiens, au sein des petits Italiens. Ici, plein d’émigrants qui nous méprisent. Ça suffit, pas vrai le rat musqué ? S’intégrer à notre nation, 84 % on est.  Question d’épanouissement, d’intégration indispensable jadis. Je pense à nos Curzi, Nuovo, Corbo, tant d’autres. Ce refus est un raciste. Oui, le raton laveur sur mon bac noir !  dehors ! Si je n’estime pas les Italiens, je n’avais qu’à émigrer ailleurs. Eille, l’Arabe,  en Suisse fais comme les Suisses. Sage et vieil adage partout. Avec minarets ou sans !

En 2009, nous sommes entourés d’émigrants qui se « renferment » en ghettos nostalgiques. Pour s’imperméabiliser au centre-ville à 84 % de la population. Ces ghettos se multiplient, malsain, comportement. Méprisant. On dirait un reproche à ce que nous sommes ! Bizarre. Oui, un racisme, dans « Parc Extension », dans « Côte-des-Neiges », ailleurs.  Une erreur et une attitude insultante. Là, il y a grogne. Réaction, protestation. Les Hammisch, intelligents, colonisent un territoire précis aux USA. Parmi nous, le « ghetto encouragé » (sauce multiculturelle à la Trudeau-le-jetsetter-anational,  qui voulait nous diluer) est un piège à cons, nuisible aux émigrants abusés. Par la mollesse imbécile des chefs politiques actuels. Par notre complaisance de mous. Par la tolérance accommodante des mollusques aux pouvoirs.

Oui, mésanges voletantes, m’exilant au Moyen-Orient, je m’intègre, je lis le Coran, j’étudie les us et coutumes de ma nouvelle patrie, l’histoire de mon nouveau pays, sa culture  ancienne ou populaire. Ce nouveau monde où je décide de refaire ma vie exige ce respect. Ici au Québec ? Pas d’espace pour le bon sens ? Moi, migrant, tout faire pour que les miens ne se sentent pas trop longtemps « des étrangers ». Il est important de me fondre à cette nation où j’aurais décidé de m’installer. Cette simple logique ne fonctionne pas au Québec ?  Nos « carpettes » en autorité encouragent le ghetto maudit, le subventionne (via un cégep traître, Marie-victorin) multiplient les entorses aux lois. Ils font en sorte que les enfants de nos émigrants perdent des chances de devenir des citoyens parmi les autres. Danger car ils hypothèquent leur bonheur. Et si un Richard Martineau dénonce « qu’au Moyen-Orient c’est le rejet total face aux autres cultures et religions », la « nouille » Lysiane Gagnon rétorquera : « De sales dictateurs en ces contrées,rien à faire. » Autrement dit : « Vos gueules, les Martineau et abandonnons tous ces abusés aux mains de ces tyrans despotiques ! » Belle pensée humanitaire. Dire aussi que l’enfermé en ghetto est comme encouragé dans son mépris raciste à notre égard par trop de Québécois américanisés, aliénés (tel Hugo Dumas et Cie), colonisés dominés par la culture « pop and rock » des riches voisins. L’émigrant l’imite, jouant le minoritaire consentant. Ce tout greffé à l’« amerian way of life ». Adieu alors le respect de notre culture et du français au centere-ville. Redressons-nous, debout ! Tiens mon Noireau-Barak, une pinotte pour ta gueule !

BLANCHIMENT ?

Chaque année, le subtil manège reprend. Vient un jour froid de décembre, et tac ! Le lac fige ! Comme dans un film, une séquence où le temps stoppe. Arrêt sur image ? On regarde à sa porte-fenêtre, le soleil est timide, le ciel est ni clair, ni sombre. On se trouve entre deux mondes. L’eau, d’habitude mouvante, d’habitude charrié au moins lentement, le plus souvent du Chantecler vers le parc public et sa plage, eh bien, l’eau se meurt. Plus de vie. Ce n’est pas l’onde calme de l’été torride, d’une canicule assommante, non, non, j’observe une masse noire, une eau qui se noie ! Une eau folle, masse liquide qui a perdu la tête. Chaque fois, on le sait : le moment est venu. Voici vraiment l’hiver sur le lac.

L’autre jour, midi, lac immobile, bien noir. Le gel guette. Prise totale, l’eau change de forme. Caramel blanc, vaste palette de glace qu’on imagine bien dure de sa fenêtre. On retient son souffle, c’est un concours sans arbitre, sans but, sans récompense, un match des dieux, d’un Olympe inexistant. Dieux invisibles et inconnus. Je guette : au beau milieu du lac, dernière résistance des fluides, des flaques bougent encore un peu, comme échevelées, l’eau désespérée. Agonie noiraude au centre de tout. Quelle est au juste ce singulier, secret coma ? L’air d’hiver qui tue ! L’eau noyée râle : « définitif adieu cher été ! » Soudain, le lac est tout blanc. Voilà la magie. C’est une chimie qui revient chaque année. Soudain, notre partie de ciel, tout cet air, si vide il y a un instant, se chargeait de fins cocons pas trop visibles. Vous voilà donc signaux cristalloïdes ! Venez, jours d’hiver, soyez chez vous, Princes vêtus de blanc et princesses en robes de mariées d’antan. Bienvenue, les enfants vous aiment, royaux hiverneurs. Place aux jeux, aux patins et aux skis ! Quoi, premières neiges de 2009 et le lac soudain tout pâle, immense pan de blancheur égale.

Comprenez-vous, ma fascination nouvelle depuis que je vis ici ? Loin des montréalités, des trafics quotidiens. Il me semble qu’il y a mille ans de cela, en 1985 ? Ce temps où, tous les mains, je filais vers la rue Papineau, vers des micros friands « de nouvelles neuves », les genoux pleins des quotidiens, ma chasse aux actualités. C’était au temps où mon horizon n’avait ni lac blanc, ni ciel bleu, mon lac était d’encre de journaux, mon ciel bourré de nouvelles fraîches. Drogue ?, j’ai gardé des manies. De Rosemont, ma sœur Marielle, recherchiste, m’expédie ses lots de coupures et sur mon bureau face au lac blanc, Marie-Élaine Groulx, n’arrive pas à faire « place nette », tant de fraîches coupures ! Après 13 ans, manie de ramasser les actualités comme si j’avais encore à chroniquer avec Paul Arcand à CJMS tous les matins. Arriver à ne guetter que les oiseaux et la moufette, les deux marmottes, les tourterelles et le cardinal ? Ce raton-laveur au joli loup noir, le castor enfui hier… et une souris verte !