BLANCHIMENT ?

Chaque année, le subtil manège reprend. Vient un jour froid de décembre, et tac ! Le lac fige ! Comme dans un film, une séquence où le temps stoppe. Arrêt sur image ? On regarde à sa porte-fenêtre, le soleil est timide, le ciel est ni clair, ni sombre. On se trouve entre deux mondes. L’eau, d’habitude mouvante, d’habitude charrié au moins lentement, le plus souvent du Chantecler vers le parc public et sa plage, eh bien, l’eau se meurt. Plus de vie. Ce n’est pas l’onde calme de l’été torride, d’une canicule assommante, non, non, j’observe une masse noire, une eau qui se noie ! Une eau folle, masse liquide qui a perdu la tête. Chaque fois, on le sait : le moment est venu. Voici vraiment l’hiver sur le lac.

L’autre jour, midi, lac immobile, bien noir. Le gel guette. Prise totale, l’eau change de forme. Caramel blanc, vaste palette de glace qu’on imagine bien dure de sa fenêtre. On retient son souffle, c’est un concours sans arbitre, sans but, sans récompense, un match des dieux, d’un Olympe inexistant. Dieux invisibles et inconnus. Je guette : au beau milieu du lac, dernière résistance des fluides, des flaques bougent encore un peu, comme échevelées, l’eau désespérée. Agonie noiraude au centre de tout. Quelle est au juste ce singulier, secret coma ? L’air d’hiver qui tue ! L’eau noyée râle : « définitif adieu cher été ! » Soudain, le lac est tout blanc. Voilà la magie. C’est une chimie qui revient chaque année. Soudain, notre partie de ciel, tout cet air, si vide il y a un instant, se chargeait de fins cocons pas trop visibles. Vous voilà donc signaux cristalloïdes ! Venez, jours d’hiver, soyez chez vous, Princes vêtus de blanc et princesses en robes de mariées d’antan. Bienvenue, les enfants vous aiment, royaux hiverneurs. Place aux jeux, aux patins et aux skis ! Quoi, premières neiges de 2009 et le lac soudain tout pâle, immense pan de blancheur égale.

Comprenez-vous, ma fascination nouvelle depuis que je vis ici ? Loin des montréalités, des trafics quotidiens. Il me semble qu’il y a mille ans de cela, en 1985 ? Ce temps où, tous les mains, je filais vers la rue Papineau, vers des micros friands « de nouvelles neuves », les genoux pleins des quotidiens, ma chasse aux actualités. C’était au temps où mon horizon n’avait ni lac blanc, ni ciel bleu, mon lac était d’encre de journaux, mon ciel bourré de nouvelles fraîches. Drogue ?, j’ai gardé des manies. De Rosemont, ma sœur Marielle, recherchiste, m’expédie ses lots de coupures et sur mon bureau face au lac blanc, Marie-Élaine Groulx, n’arrive pas à faire « place nette », tant de fraîches coupures ! Après 13 ans, manie de ramasser les actualités comme si j’avais encore à chroniquer avec Paul Arcand à CJMS tous les matins. Arriver à ne guetter que les oiseaux et la moufette, les deux marmottes, les tourterelles et le cardinal ? Ce raton-laveur au joli loup noir, le castor enfui hier… et une souris verte !

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