MOURIR À SAINTE ADÈLE, P.Q.

Il y a des chansons sur mon village : « Dans l’train pour Sainte-Adèle, tchou, tchou » du géant Félix. Celle de Ferland, « P.Q. ». Et d’autres encore. Jeune, ce lieu était comme mythique. Avec la radio, et la télé plus tard, le prolifique  Grignon, le premier, contribua fortement à « mettre sur la carte » ce village laurentidien (*) entre Saint Jérôme et Saint Agathe, juste au nord du dynamique Saint-Sauveur. Ceux qui estiment ma prose à La Vallée voudront sans doute me retrouver avec ma vie racontée quand j’étais petit garçon et puis gamin intrépide aux (hélas !) mauvais coups flagrants, enfin en adolescent romantique comme nous le sommes tous à cet âge, tourmenté par un avenir imprécis.

Ces fidèles croisés dans nos rues et qui me disent apprécier mon écriture voudront (chez un Renaud-Bray par exemple) se procurer « Enfant de Villeray ». Livre de poche pas cher frais sorti des presses. Ilustré de 25 portraits (parents et gens du quartier) dessinés de ma blanche main ». « Toute enfance est un roman », a-t-on écrit. « Enfant de Villeray » est mon autobiographie. Ma jeunesse. À la dernière page, c’est septembre 1951, je dis adieu à Villeray et à ma mère qui a les yeux pleins d’eau sur le balcon de la rue Saint-Denis. Je pars pour Sainte Adèle.

Est-ce que je vais y mourir, l’âge est arrivé pour me poser la question. Quand je songe à 1951, je revois l’époque des jobs d’étudiant. En milieu modeste, les ados cherchent des emplois d’été. Je serai « planteur » dans un bowling, puis emballeur dans un marché Steinberg rue Saint-Hubert. À coté du ciné PLaza où le remuant Norman Bratway (né dans ce coin !) enregistre « Belles et bommes ». Avant Sainte Adèle pour organiser mon atelier-écurie, j’aurai appris, rue Clark,  à démonter les parapluies (Brophey Umbrella), rue De la Gauchetière, à assembler des sandales de plastique ( Smith’s shoes). Je fus refusé chez KIK COLA rue Villeray, mais interrompant monsieur Laroche, directeur d’un Business College voisin, qui causait avec monsieur Lapierre, gérant chez « Seven Up », j’obtiendrai son « oui » et j’allai corder des caisses par rangés de douze de haut ! Hasard ? Quand « Seven up » fermera, c’est feu M.Laniel, mon voisin de Sainte-Adèle qui ouvrira là son « Laniel’s amusement. »; un Jean Coutu actuellement. Les fils de richards, comme Elliott Trudeu, ne s’éreintent pas trop, font du canotage derrière Morin Heights, ou villégiaturent à Ogunquit.

Je recommande aux parents ces jobs d’été, le jeune y découvre la vie du plus grand nombre, l’existence rude de la majorité. À seize ans, à dix-huit ans, j’ai pu m’humaniser et comprendre le terrifiant réalisme du populo. En fabriquant des « fudsicles », sorbets variés,  chez Lowney’s, usine devenue une jolie bibliothèque rue Lajeunesse, à Ahuntsic. Ou en fabriquant, rue William, des bustes de papier-maché pour les vitrines de la PLaza. Sainte Adèle, son centre d’art, allait me délivrer de ces pénibles emplois. Je rêvais. Même Picasso aurait honte de ses céramiques made in Vallauris. Je rêvais beaucoup à la fin de mon enfance dans Villeray (Michel Brûlé, éditeur).

* j’écris « laurentidien » désormas car « laurentien » s’est toujours appliqué à tous les habitants de toutes les vallées du fleuve Saint-Laurent; cela de Gaspé à Gatineau, n’est-ce pas ?

C.J.

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