GLOIRE ET DÉCADENCE ?

À quinze ans nous rêvons. Nous imaginons l’avenir. Glorieux certes. Quel enfant, à un moment donné, s’imaginant « spécial », si « à part », n’a pas imaginé qu’on lui cachait ses origines. Adopté en secret ? Né d’un prince ou d’une reine enfuie, embarrassée par sa venue au monde ? J’allais un jour être comblé.

Voilà que ce midi-là, mon père, humble restaurateur de Villeray, nous sort une affaire : son cousin le notaire, hélas socialiste (du CCF), père de notre cousine célèbre à la radio, Judith, bref un homme instruit, cultivé, aurait fait des recherches généalogiques fouillées. Papa nous révéla : «  Tenez-vous bien :  Amédée a découvert que ces Jasmin venus du Poitou viennent d’Espagne ! » Plus étonnant, expliquait notre père, ces Jasmin venaient du Maghreb africain, des Berbères ! Je cessai d’avaler la fricassée de maman. J’étais mystifié, me questionnant, où donc était cette Berbererie ?

Papa enchaîna : « Selon Amédée Jasmin, nos aïeux faisaient partie des fameux conquérants de l’Espagne. Oui, nos ancêtres lointains (car on est en 700 par là) ont passé par Gilbraltar, pour partager l’historique célèbre règne arabe dans la péninsule ibérique. Oui, avec le glorieux chef de guerre, Abdel Rhâman. » Pouvez-vous imaginer mon étonnement ? Fini nos pauvres du Poitou guettant le voilier au port de La Rochelle. Fini ces Jasmin en petits soldats du régiment de Repentigny. Je découvrais des racines bien plus fameuses, un passé autrement plus glorieux. Le jeune ado se voyait fort bien intégré avec ces armées conquérantes, ces victorieux envahisseurs.

Devant partir pour le collège, je tenais une histoire avantageuse et, gonflé d’orgueil, mon regard brillait. Je vénérais mon oncle Amédée même si c’était un peu vague : étions-nous des sémites mi-Arabes, mi-Juifs ? Un peu des « hommes bleus », Touaregs ? Papa acheva « Hélas, nous sommes montés combattre à Poitiers Charles Martel et ce sera la mort d’Abdel Rhâman. La retraite. Le rêve d’une France islamisée évanoui. Le Jasmin décidait de rester au Poitou et, mes enfants, vous connaissez la suite, le soldat Aubin Jasmin qui s’installe cultivateur à Saint Laurent. »

Pas peu fier, je me mis en frais de répandre cette avantageuse recherche du père de Judith. Et puis, patatras, un Jasmin expert sur le web, un gars du Nord, dégonfla mon ballon : «  Je regrette, votre oncle s’est amusé à fabuler, nous venons tous, les Jasmin, des pauvres marécages du nord-est du Poitou. »

Je ris et je digère la mauvaise nouvelle !

5 réponses sur “GLOIRE ET DÉCADENCE ?”

  1. M. Claude Jasmin. Que de beaux souvenir du quartier Villeray . Le marché
    Jean-talon Le parc Jarry L’institution des sourds-muets ou nous allions patiner
    certains jours. et aussi visiter le musée… Et que dire du petit restaurent du coin
    ou on allait prendre un ‘coke’ De beaux souvenirs de l’école Philippe Aubert de Gaspé. Jai demeuré rue Jules Verne pendant cinquante ans lieu de mon enfance.

    Merci Gérald Moisan

  2. Vous auriez des origines lointaines berbères que cela ne m’étonnerait pas. D’où vous viennent ces yeux de braise et la machoire de fer?

    Avouez que ce serait amusant 🙂

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