« QUEL BEAU DIMANCHE MAMZELLE GERMAINE »

    Un matin, réveil, il est déjà neuf heures ! Paresse, rester étendu. Ouvrir un œil et puis les deux : sur le mur, dans mon rideau de fenêtre, ça bouge.Dehors, du vent dans les branches des cèdres ? Ça bouge beau ! Cinéma libre et gratuit. Les plus beaux jeux d’ombres et de lumières sont souvent donnés ! Savoir voir. Imiter Renoir. Jeux de lignes, nids tricotés, des bizarreries… de toute beauté, des images graphiques, elles d’une fine dentelle de deuil, dentelle bien noire.

       Le soleil s’amuse de tout ? Plus envie de sortir du lit ce matin-là, captivé, comme hypnotisé  par ces fins mouvements, silhouettes découpées si délicates, si finement..

      Puis tu vas marcher sur les eaux comme un Jésus laïc. Sur le lac gelé, entendre des craquements, la petite peur, enfantine, comme jadis, à quatre ans, le soir, quand tu craignais l’ombre au fond d’une garde-robe, quelque chose bougeait ou bien tu entends des soupirs, non, des craquements. Sur le lac, au soleil, ce dimanche-là, s’il fallait, hum… si  la glace s’ouvrait sous tes pas, très soudainement, un malchance, non ?, une faille, oui ?, on sait jamais. Tu as entendu un vrai craquement cette fois, tu avances et,crac, il te semble, tu rêves pas, un autre « crac » feutré, encore.    

        Peureux, tu marches moins vite, tiens ! Les autres patinent tout autour de toi, dans l’anneau blanc et bleu, ils volent comme en état de lévitation, ô c’est beau des jeunes patineurs ! Bras en balançoires, ils tournent entre nos collines, ils vont à toutes volées, de vrais jeunes  innocents ! Ils filent rapides comme des fantômes ! Je jongle avec rien dans les mains, ni quilles ni anneaux (olympiques ou non ). Images furtives sur le La Rond, pantins d’un peintre, images peintes d’un Normand Hudon ou d’un Breughel.

         Des esprits sur patins bien aiguisés, on dirait des elfes, sylphes, insectes légers, volants, bravo ! Des appelés de dieux inconnus, craints aussi des insomniaques à mauvaise conscience. Fantômes bien réels si vois vous approchez, visions d’hiver qui va finir dans 30 jours. Voici qui passe, canne au poigne, cette belle vieille que je connais, survivante nostalgique. Ce vieux bonhomme—que je connais aussi— assis très droit encore sur un banc de la municipalité, il rêve au soleil d’une épouse morte trop tôt. Salut René ! L’autre, s’achetant un chocolat chaud dimanche, se souvient trop d’un enfant disparu, parti trop vite, précoce exilé en Scandinavie et qui n’écrit jamais. Salut Michelle !

       Cet ami fauché bêtement, je garde toujours son souvenir, voici son sosie à sa ligne à « pêche blanche », lui au lac !, coup au cœur mais pas un mot, taire la douleur du meilleur ami trop vite disparu. On a déjà vu ça, au cinéma, un revenant, dans la réalité, c’est sans espoir. Patinez belle jeunesse, le tems passe vite, lui aussi il patine. L’existence se prend, n’est pas un concours. N’y aura aucune médaille, ni de bronze ni de fer blanc. Ils glissent sur le lac juste pour boire de l’air pur, c’est gratuit, donné, eaux froides qui vont fondre dans 30 jours, la mort, bonne pour les autres, je sais j’ai eu dix ans. Adieu la peur, ayant lu des histoires vraies et récentes sur des motoneigistes vrais ! …

Marcher sur le lac et voir un enfant se sauver de vous, même si on cache sa canne noire ! « Oui, les adultes l’effraient, hélas… » dira la maman. Un joyeux drille me fat voir un drôle de traîneau à longs minces skis, machine si légère à panier bas en avant, à haut guidon de beau bois, une merveille. Brel chantait : « Quel beau dimanche mamzelle Germaine ! »

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