TÉLÉ RARE :MARC LABRÈCHE

Ce comédien est étonnant. Originalité indéniable. Il a débuté avec un talk show à TVA (un show sournois..) qui n’était pas piqué des vers mais montra son culot à TQS (la fin du monde…). Puis, muni de partenaires fidèles, de collaborateurs doués, il fait montre chaque semaine, à la SRC, le soir, tard, d’un zest de génie. Je pèse le mot. Son feuilleton caricatural sur l’amour-en-haute-bourgeoisie, avec ses silhouettes enflées, sa galerie de portraits loufoques —si souvent inénarrables— a bien servi à illustrer les talents de Labrèche.

Maintenant à son faux talk-show hebdomadaire, c’est « le lieu » du surréalisme. Un monde rare dans la bonne et jamais surprenante sauce psyclologique qui envase nos émissions ordnaires. Labrèche est sur un mode apprécié des jeunesse. Rencontrant à La Moulerie un de ses chroniqueurs (Brassard), je lui ai dit qu’André Breton, le « pape », comme le dadaïste, Tristan Tazara, seraient fiers d’eux. Il a souri. Labrèche, alias « l’incontrôlable », offre aussi dans ses hilarantes apparitions comme incarnations, hélas ! des cochoncetés gratuites. Aussi  des tirs « bas-de-ceinture ». Infantilisme ? C’est la rançon à payer —pauvres voyeurs de nous— pour obtenir les forts moments. Pas bégueule de nature, j’estime autant le vaudeville que le burlesque mais… le grotesque ! Méprisable. Et méprisant envers le public. Ça va vite un spectacle par semaine. Et puis le « bon jugement » est toujours une denrée rare. Il lui sera beaucoup pardonné à cause de ses trépidations visuelles, répétons le mot, « géniales » Non, pas facile de montrer tant d’éclats chaque semaine. Marc Labrèche le fait.

Je veux lui rendre l’hommage qu’il mérite. Je ne lui dois rien et il ne me doit rien, Même s’il a su extrêmement bien incarner mon alter-égo,  jouant un jeune ado de Pointe-Calumet. Ce sera, en 1980,  75 sketches de ma série « Boogie-Woogie »,  des récits de 1948-1949 et Marc sortait de son école à Sainte- Thérèse. Il y fut parfait, romantique à souhait. Pourtant il n’avait pas un bon rôle car je cherchais moins à m’illustrer qu’à faire voir ce petit monde des villégiatures.

À chaque jeudi-fou, il y a trois « réguliers » avec Labrèche. Ce trio goguenard renforce le mode surréel du show. Robert Sauvé a des audaces héroïques, ce chevelu maigrelet à cou fin, aux yeux exhorbités, à parlure trépidante, joue en acrobate avec… Avec rien. Il bafoue tout. On rit. Il n’y a dans ses propos aucun plan, pas d’idée, nul « motif » raisonnable. Monsieur Stupéfiant Sauvé s’y montre en bouffon échappé de l’asile. On rigole. Houde fait son Paul : mine grave, sérieuse, ton professoral, il nous garroche des incongruités pas énormes, hénaurmes ! Il surprend. Quand il réussit.  Car il connaît parfois l’échec (comme Sauvé), il en va du genre qui  est fort intrépide. Se met aussi en danger, le grand Brassard avec sa chronique de bobards niais, de potins cons, d’échos vides, un tissu d’absurdités savoureuses. On rit. Le Brassard jongle avec des faits hachurées, en mots incompatibles,un feu d’artifice.

Enfin, atout géant, Labrèche s’est découvert des talents d’imitateur. Voilà que cet animateur est en passe de devenir un vrai maître en la matière. Qu’il incarne une religieuse ou son élève boutonneuse, qu’il imite Bégin ou Christiane Barre- Oblique-Charrette, Valises-Schneider ou Kévin Parent,ou toute  autre figure médiatique, Labrèche y arrive parfois de façon hallucinante. Ah oui, chapeau Jeudi La brèche !

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