« BONHEUR, ES-TU LÀ ? (Yvon Deschamps, philosophe )

On a dit : « Trop grave, la guerre, pour la laisser aux mains des militaires de carrière. »Alors ?  « Trop grave, la sagesse, pour la laisser aux mains des philosophes diplômés ? » Oui. Iconoclaste venu de Saint-Henri, un Deschamps fut un fameux prof de philosophie. Ce bonheur que nous cherchons tous (depuis même avant Platon), ces temps-ci,  il est dans toutes nos collines aux arbres bourgeonnant en millions de boutons verts. J’ai un fils ( pas du tout en colère, cher Félix Leclerc) en paix, qui se nomme Daniel et, ses deux gars partis du foyer familial, il rassemble ses notes en vue d’un bouquin populaire. Sur quoi ? Le bonheur. J’y crois —et pour paraphraser le psy Guy Corneau, je pourrais dire : « Père anxieux, fils calmant ».

Daniel a souvent rasséréné « son vieux papa »  qui, on le sait, est d’un tempérament pressé, stressé. Le fils du père peut se faire père, le saviez-vous ça ? Me répétant que :« plus que force ou rage…(Lafontaine) calme et patience viennent à bout de tout », il disait vrai. Daniel n’était qu’un adolescent quand il inventa une douzaine de récits de science-fiction ! Sorti de l’Université de Montréal, Daniel signait deux courts métrages qui furent diffusés à Télé Québec et à la SRC. Puis il fit  du journalisme, à Quebecor et puis « de compagnie », à Bell. Rentrant de New York, il ouvrit un jour une « Galerie du Néon », dans le Mile-End. S’ajoutant un diplôme de l’Uqam, il se fit « maître d’école ». Enfin, être ludique, il y a presque deux décennies, Daniel trouve sa vocation : concepteur-producteur  de jeux-de-société. Je pense qu’il en est à son septième, qui sera publié en fin d’été. « Bagou », qui s’amusait du vocabulaire, sa première invention est encore actif.

Ces temps-ci, il y a donc sur sa table de travail ce projet de livre sur… Le bonheur. Moi l’agité du bocal ( Ferdinand Céline), l’ex-imprécateur des radios, le polémiste hurleur retraité, Daniel est donc mon antipode. Cela nous divertit. Cher Corneau : « Père excité, fils assureur. » Je ne sais plus combien de fois me voyant en vitupérateur, Daniel contribua à me calmer les nerfs, savait me faire prendre mieux conscience que nous avons la chance de vivre à cent mille lieux de ces pays où l’on bafoue tous les droits. Daniel avait raison de me faire percevoir l’extraordinaire chance d’être du bon côté des choses. Certes on a toujours raison de se scandaliser face aux injustices mais voyant l’« inflation verbale » (dans les média ou en privé), contre vétilles et broutilles, Daniel proteste. Je suis étonné de cette sagesse, retenue et sobriété, méfiance aussi des grossissements niais. Oui, vrai hélas, une part gigantesque des humains sur cette planète sont privés de l’élémentaire, il me faisait du bien de me le dire. Son livre fera donc du bien, j’en suis déjà persuadé, j’ai hâte de lire ça. C’est «  philosophie » que de bien vivre petits et grands bonheurs et ne jamais oublier les douleurs extravagantes qui hantent des continents entiers gardés dans pauvreté et ignorance. J’ai confiance en son bouquin qui va calmer tant d’angoissés.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *