Pâques dans Villeray

Je connais du monde qui va comme en pèlerinage là où ils ont né. Les uns montent loin, au Saguenay ou en Abitibi. D’autres filent vers l’est, notre Finistère à nous, Québécois, la Gaspésie. Certes, il y a, pour nos migrants, de bien longs voyages, revoir l’Italie ou le lointain Vietnam ! Certains n’ont pas loin à aller : un simple changement de quartier ! Sans parler de ceux qui n’ont pas changé —jamais— de « monde ». Nés là, ils vont mourir là. Il reste un fait : l’être humain éprouve souvent un besoin —comme le saumon— il remonte là où il fut « pondu ».
Risquer parfois la déception : ma cour a rapetissé, ma rue devenue inanimée, cette grande église me semble insignifiante. C’est que le temps transforme nos souvenirs, pas vrai ? Ce « vaste » parc où l’on allait jouer a bien changé, mini tertre de verdure ! À Pâques, invitation à bouffer par deux de mes cinq ex-gamins, petit-fils vieillis (déjà ?). Où ? Dans Villeray, ma petite patrie. On y va avec beau soleil qui décline rue Papineau. L’air est si doux pour revoir ces rues de ma jeunesse aux maisonnettes, sages, bien rangées derrière ces vieux (parfois) arbres. Des rues moins passantes et davantage de voitures stationnées le long des trottoirs. Mon monde familier, ma vie d’antan et, chaque fois que j’y reviens, des émotions indéfinissables m’envahissent. Nous y voici, chère modeste rue Chabot. Quand je retourne en ces zones où j’ai vécu vingt cinq ans, un « bien aise » me recouvre. Le soleil « pascal » penche et sort ses couleurs tamisées sur tout Villeray. Au 6805 rue Chabot (chante Beau-dommage !) Thomas Jasmin, l’étudiant en administration de l’Uqam, est pris par son boulot d’à point (à temps et demi !), on l’attendra et c’est Simon Jasmin qui nous accueille, l’épicurien gastronome. Il sera le « chef » et à l’italienne car il connaît son papi. Amusés, Raymonde et moi, de revoir les anciennes fenestrations, le couloir classique, l’arc de plâtre sous un plafond, les larges chambranles moulurés des portes, les hautes plinthes, décor de nos jeunes années. Ce mini hangar a été aménagé pour des appareils domestiques inconnus de notre temps. On visite la cour, du bois,un patio à BAR-B-Q, n’est-ce pas ? Jadis, manger dehors, oh non, jamais! Thomas s’amènera avec Jade, sa vibrante copine. Je découvrirai qu’une partie du salon, en un autel sacré moderne, contient sur une longue table les instruments électroniques de l’ « ère » à ordinateurs. Sept à table ! Ce sera un vrai banquet. La veille, Simon était allé en Petite Italie. On n’en revient jamais de voir nos petits galopins (d’hier, non ?) devenus des jeunes gens. De plus, quant à moi, installés dans ma patrie d’enfance. Résurrection ? La vie vive nous bouscule et tard, j’en avais comme un point au cœur, devant remonter en collines, là où les maisons sont juchées, ô anarchie visuelle !, comme en quinconce !

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