LE PAYSAN DE SAINTE-AGATHE

Nous étions des jeunes métropolitains impatients,  aspirants en tous domaines artistiques. On se demandait qui était cet orignal, frais sorti de communauté, descendu du Nord. Noiraud à mâchoire carrée, nommé Gaston Miron, ce défroqué mal vêtu, mal nourri, harangueur inlassable, nous paraissait un rejeton d’agriculteur naïf. Miron déambulateur infatigable, fut, pour sa pitance, commis de librairie ou zélé faiseur-de-paquets chez des éditeurs cathos. À nos yeux de citadins fiers-pet, cet hurluberlu nous semblait pas mal « habitant », mot injurieux en zone bohémienne, autour du Carré Saint-Louis.

Miron, fils de petit menuisier descendu de son village des Pays-d’en-haut, rêvait comme nous. Méfiance d’abord. ce verbeux Miron semblait « trop » Action catholique, un dadais mal dégrossi. Bon gigueur et bon joueur d’harmonica, gueulard animateur façon campagnarde, il nous captiva. Enfants-de-ville assez prétentieux on ne se moquait plus de lui en ces années 1950. Ces provinciaux « descendus-en-ville », se multitpliaient. Un Lapointe du Saguenay (relire « Le vierge incendié »), un Gilles Carle d’Abitibi, un Claude Caron de la vallée de la Gatineau. Au début, fier Miron, corbeau criard dans son sombre manteau ou imper noir, se démenait sans cesse partant vendre — « une piastre » l’exemplaire—  des plaquettes de poésie, frappées « L’Hexagone ». Debout des heures dans le tramway-Saint-Denis, du Terminus-Viger aux confins de Montréal-Nord.

Après la guerre de 1939-1945, Québec restait une vaste nef de pieux parents « dominés-des-Anglais », conservateurs, nationalistes arriérés. Nous, jeunes trublions, on moquait ces valets du cléricalisme, paroissiens votant pour le tyranneau Duplessis. Vont débuter des révoltes, par exemple, en 1949,  celle du professeur Borduas et sa bande. Adieu les anciens et ouvrons–nous au surréalisme. Ces fils d’« habitants » furent d’indispensable alliés. Une fois intégrés les poètes de la Résistance, Desnos, Éluard, Char, Aragon, vont naître ici des Giguère, Ouellet, Portuguais, Pilon, Brault, Perrault, et lui, Miron. Les années 1960. « L’habitant-de Ste Agathe » écrira avec une sévérité mystérieuse, publiera parcimonieusement, un vrai « séraphin laurentidien ».  Devenant tard, une figure de proue avec ces mots rapailleurs, il était un stimulateur, barde, imprécateur, soutenait notre renaissance. Tant qu’il sera jeté en prison en octobre 1970 par les fédérats duettistes néo-fascistes : Trudeau-Lalonde, Bourassa-Choquette, Drapeau-Saulnier . Des ignares sans mémoire baptisant des écoles, des ponts et des aéroports de ces noms des serviteurs du désordre établi.

Et puis, larmes, un samedi matin de 1996, à Ste Agathe, dans un assourdissant silence, six poètes sortaient le cercueil de Gaston Miron de l’église pour le mener au cimetière d’à côté. Dans la rue d’en face, un vieux menuisier, mains aux poches de son tablier, nous salua d’un coup de tête… casquettée.

2 réponses sur “LE PAYSAN DE SAINTE-AGATHE”

  1. Cher Claude .

    Dans cet énoncé , je reconnais au présent l’histoire du passé qui se répette à nouveau

    Sainte Agathe des monts n’à pas changé ni ses personnages ni son présent qui est teinté de la toile de fond du passé.

    Elle devient une ville inerte qui ne connaitrera pas d’avenir si cette mentalitée perdure.

    Oui je croit en l’avenir mais j’espère que cet avenir ne sera pas garant de son passé.

    J’étudie l’histoire de Sainte Agathe des monts ou ma mêre Germaine Bélair fut baptisé en 1912 dans cette magnifique cathédrale de la rue principale.

    Ce ne sont pas mes racines qui mon fait m’établir en 2001 dans cette ville mes ce merveilleux paysage .

    Mes ancêtres sont au passé mais cette mentalitée paysane à la Dûplessi dans notre politique présente en 2011 se sent encore sur la place publique et sur le parvis de l’église.

    J’aime cette ville historique mais je n’aime pas ce que j’y ressent comme avenir présent et futur.

    J’ai appris en 10 ans ce que les leçons d’histoires ne leurs ont pas dit à mots voilé leurs ancêtres centenaires leurs on légué.

    Oui j’y vit et je reste tout de même fier de cette magnifique Sainte Agathe des monts. point à la ligne!!!!!

    Pour le reste hmmm ??????

    Jean-Pierre Lamoureux
    10 rue des ardoises
    Sainte Agathe des monts
    819-321-2852

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