« OSTI DE FIF ? »

C’est le titre d’un livre de protestations d’un comédien, M.Jasmin Roy. Il publie un bouquin de lamentations complaintes racontant sa détresse, écolier efféminé moqué. Ses petits compagnons d’école l’ont rendu très malade. Au fond d’une dépression. Tempérament ultrasensible, un caractère extra délicat ? Qui, enfant, n’a jamais eu à subir les horions et les piques de ces gamins effrontés qui ont besoin de caricaturer, de cogner aussi parfois. Des frustrés souvent battus dans leurs grossiers foyers inamicaux. L’enfant un peu solide (pas nécessairement fort),déjà bien à l’aise dans ses contours, passera outre à ces tracasseries infantiles. Je ne compte plus les fois où des voyous en cour de récréation, rue De Gaspé dans Villeray, me traitèrent de « fifi ». Ça ne me touchait guère, je connaissais mes faiblesses et mes forces. Chance de posséder déjà une identité bien assise ? Ces jeunes insulteurs ne m’importunaient pas vraiment puisque je possédais un solide bon début d’identité. Ces matamores n’aimaient pas « mon genre », tant pis, riez, tiraillez-moi, j’allais mon chemin (des écoliers) devinant —comme pour toujours— qu’il y a des rivalités, des fossés, qui séparent la foule enfantine aux études primaires.

J’étais de ceux qui rêvassaient. Dans la lune. Nous étions peu nombreux mais pas si seuls en fin de compte. J’étais pas « fou de  baseball », ni du hockey. J’ai senti, enfant, que je ne ferais jamais partie de « tous les autres ». Je n’en étais ni heureux, ni fier. C’était « ma » réalité, je l’assumais. Je ne serais jamais un « vrai » gars ! Combien sommes-nous ? Encore aujourd’hui, je sens, je devine que mes bonheurs ne font pas partie des valeurs appréciées des majorités, on me moque encore à l’occasion. Pis après ? À dix ou à douze ans, dans ma cour, le samedi, je préférais organiser une séance bouffonne plutôt que d’aller (au Parc Jarry) affronter l’équipe de baseball des petits Irlandais de Holy Family. Je ne lis jamais le « cahier-sports ». Il faut accepter une (relative) solitude, cela qui énerve tant de gens. J’aimerais mieux faire partie intégrante « des autres », j’ai comme tout le monde, un instinct grégaire. Combien de fois, enfant, je me suis senti « pas comme les autres ». Ainsi, je ne vais jamais fêter à « La Cage aux sports » et je ne vais pas me conformer. À bas le conformisme. Nous ne sommes pas —« ma mère : « ne lis donc pas tant, mon p’tit gars ! »— nombreux à apprécier un paysage subtilement étonnant, qui dérange. Alors on s’éloignera de vous. Affaire de culture, de niveau d’instruction ? Pas du tout, je connais de savants universitaires (de Poly ou de Héc) indifférents à des beautés trop insolites et je connais des ouvriers (qui n’ont pas eu la chance des longues études), très capables d’apprécier des choses hors du commun.

Je ne souffre pas de cette sorte de solitude mais il m’est arrivé pourtant de souhaiter être « tout à fait » comme tous ceux qui m’entourent. Que j’aime. À mon grand âge, je ne peux plus espérer me fondre dans « mon monde », ma nation que j’aime tant. Le petit Jasmin Roy, enfant, s’en rendait malade ! Pas facile d’être « le p’tit gars au fond de la cour » qui ne joue jamais au ballon-captif ( je détestais ça), préférant observer cette grosse femme qui étend du linge dans une ruelle ! Mes compagnons se gaussaient de mon refus d’un gant-de-baseball, bafouaient mon livre de Jules Verne écorné; dans mes poches, aucune carte de vedettes du hockey, aucune photo de Gene Autry ou de Roy Rogers, cowboys aimés. Comment nommer mon indifférence aux ricanements ? Parents, maîtres, soutenez mieux « l’enfant pas comme les autres. » Parents, ne vous contentez pas d’encombrer de vos plantes des dirigeants, ces derniers ne peuvent empêcher « le règne de la bêtise » (salut Jacques Brel), oui, ces « crieurs de noms » aux petits garçons « pas comme les autres. »

Une réponse sur “« OSTI DE FIF ? »”

  1. Dans mon temps, l’école était un milieu moins dur qu’elle l’est de nos jours.
    Je n’ai pas connu de cas de «taxage», comme ça se pratique aujourd’hui. On se criait des noms : fifi ! tapette ! ti-cul ! mais ça n’allait pas plus loin, sauf quelques petites séances de tiraillages que les dévoués frères avaient tôt fait d’arrêter…
    Je n’envie pas nos jeunes d’aujourd’hui…

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