La fille « orignale » !

Ce mardi-là, je suis allé jeter un œil dans un sombre enclos, j’ai vu la rangée de guetteurs: ô, gagner un lot au jeu de vidéo-poker ! Magasin aux illusions avec « bandits manchots », chassés jadis, installés par l’État pour vider les poches des « croyants » du fatum grec ! Je venais du Calumet, à côté, pour acheter ma pitance-actualités. J’y allais déjà à vingt ans et je ne permettrai à personne de dire que c’est le plus bel âge. J’aimais ce bel hebdo « Arts et spectacles », made in Paris, France. Je grimpe toujours, à pied : magasins ou ex-restos « à louer » souvent. Au 31 Morin vivait le docteur Rochon et sa fille Pauline, l’âme du Centre d’Art, mon employeur. Un peu plus haut, le « Citrus », modeste bistrot à terrasse « très » parfait pour  une bouffe originale, J’y étais hier ! Où il y a le parc Aubert, S’AGITAIT la Grosse Madame et son caboulot du coin. Démoli. Ce bout de la rue Morin avait des airs de far wesT. Il n’en reste que la maison de briques du « El Forno ». En face l’épicerie-boucherie Blondin, pas loin, un petit hôtel, « Le Chateauguay », disparu. En dessous, son pub d’où je voyais parfois sortir mon camarade Grignon, capot de chat au vent, marmottant au vent du nord de 1950 !

Suffit les souvenirs, je rentre et coup de fil du Jean-Paul Voisin : « Y a un orignal sur ta grève, va voir ! » Vite, je cherche l’appareil-photo, puis les jumelles et quand je descend l’escalier, trop tard. Vrai yatch-à-moteur la bête accoste déjà en face, au rivage du Chantecler. Des témoins abondent. Voisine Ouellet : « Il descendait à l’épouvante dans la rue, comme revenant de l’église ! » Pieux animal ? Messe basse ? Maurice Voisin :  « J’allais porter mon sac de déchets et paf !, face à face, c’était une femelle ! » Oh, une fugueuse des bois du Sommet Bleu ? Ado délinquante ? Le calme revenu…à midi, encore ce petit bonheur, au ciel du village, d’entendre sonner nos cloches, l’air vibrant, rue Lesage. «  C’est l’Angélus », ma mère chantait toujours.

« L’économie en reprise », titre Le Devoir centenaire. Vrai ?  Preuve : j’ai pu vite vendre mon pédalo et j’ai acheté une toute légère chaloupe au Susuki de Ste Agathe, 48 livres ! Puis, des coussins au Rona de Gaston Miron, un grand drapeau chez Canadian Tires et… à notre Rona-Riopel… oui, oui, une scie à chaîne. Pas pour moi. Un soudain besoin de madame, allez-vous me croire ? Ma tendre et si douce Raymonde veut émonder des tas d’anciens bosquets de chèvrefeuilles  mourants. Oh, ça va être un Massacre à la tronçonneuse, je le crains, chers lecteurs. Je songe à ma vaillante mère, pour couper un petit brin du peuplier de la cour, maman appelait à grands cris son mari, mon père.

Les temps changent et c’est ainsi qu’une  jeune « fille orignale » se garroche vers l’église ! Mécréante, impie, elle fait la nique au curé pour débouler toute une rue pavé et puis nargue mon voisin (qui a rénové la maison du Notaire Potiron (oui !), Maurice Lagacé. Puis, la « fille » court se faufiler entre nos haies et,  rut maudit,  va plonger dans le lac Rond pour, sans doute, rejoindre au Loup-Garou de l’ouest, un de ces « p’tits maudits boms ». Ce ceux qui défient le sermon inhumain des cardinaux cathos, sauce Ouellette.

Eh,bin bon !

NARCISES, TULIPES, JACYNTHES ET JONQUILLES !

Enfant né en 1930, jamais de fleurs dans mon monde.  Aucune. Nulle part. Des fleurs ?, futilité, « une affaire de luxe », pensaient les petites gens de mon temps. Sauf aux saints autels de nos églises les jours fériés. Que des pissenlits. Si vulgaires… Que les Italiennes de mon quarter allaient cueillir (les feuilles) en vue de laitues qui nous mystifiaient, sotte répugnance.

Dans Villeray, quelques exceptions pourtant, certains parterres, ceux des riches « professionnels », rue Saint-Denis,  notaires, médecins, avocats. Pas tous. Au coin de Jean-Talon, de biais avec La Casa Italia, une dame se fit vendeuse de bouquets. Pour « naissances, mariages et morts ». Elle se nommait en néon rose sur son enseigne : « Madame A. Lafleur, fleuriste ». Boutique pour « gens en moyens » évidemment.

Désormais, et c’est bien, on voit des fleurs partout. Dans des tertres municipaux, sur des poteaux à corbeilles, dans des platebandes, publiques ou privées. C’est souvent accompli avec du fort talent, des arrangements merveilleux parfois. Aussi, chaque printemps, comme ces temps-ci, je revois non sans un certain étonnement, de très fort nombreuses hordes d’acheteurs de fleurs dans des pépinières et j’ai ma favorite à Val Morin. Pour les capricieux il y a ces « bien connues » et très fréquentées serres à Lafontaine, vrai jardin botanique avec multiples offres, pas loin de Saint-Jérôme.

Bientôt, mon bonheur, je reverrai encore ma Raymonde toute souriante, gants aux mains, à ses pieds, maints sacs de terre riche et, dans des barquettes de plastique-mousse plein de ces petits pots aux « pousses » que l’on souhaite prometteuses. De vives couleurs naîtront tout autour de la haute galerie. Elle a le pouce vert, comme on dit. Des papillons, de jolis colibris excités viendront butiner au fond des corolles ouvertes, vibrionnant à leur aises. De la beauté suspendue !

Initiative nouvelle de ma part cette année : j’ai acheté des sacs de fleurs dites « sauvages » car je veux enjoliver cette partie du terrain du bord de l’eau comme « exproprié » par la Ville. À son comptoir, un jardiner de Val Morin m’a garanti les résultats : une joyeuse sauvagerie florale ! Ma hâte ! Ces jours-ci, j’étais donc « L’homme qui plantait des fleurs », cher Giono. Mon ex-prof de dessin quand j’avais seize ans, le célèbre animateur Fred Bach, aurait été fier de moi. Ah, nous revenons de loin, certains d’entre nous. D’un temps pauvre où l’on devait se contenter de dérober du lilas ordinaire dans certains parcs de Montréal ou certains jardins privés. Toujours désargentés, c’était le cadeau-bouquet banal —mais aux odeurs manifestes— à offrir à cette fille aux yeux doux, aux cheveux soyeux. Baiser langoureux en récompense ?

Circulant rue Saint-Denis l’autre midi, voyant tous ces gens radieux buvant du vin ou de la bière aux tables des parterres de tant de cafés, je me demandais pourquoi, jadis, personne ne songeait à installer une terrasse extérieure à son restaurant, à son bar ? Mystère. Était-ce seulement notre relative pauvreté qui nous a privé de fleurs durant tant de décennies ? Ou bien quoi donc ? Un certain puritanisme ambiant ? Une religiosité imbécile ou une sorte d’austérité niaise ? Quoi ? Bon, les temps ont changé, merci Dieu, souvent pour le mieux. Le printemps bien installé, qui n’admire pas jacinthes, jonquilles, tulipes et narcisses ? Qui ?

MES JOLIS RATS !

Arrivants à Sainte-Adèle en 1973,  constatation d’un recoin de terrain inondé. Même en été. La cause ? Les maudits remblayage des voisins. Jadis. C’est moins tolérés, en 2010,  ces nuisances pour ceux qui ne se haussaient point ! Mes voisins à l’ouest, les joailliers Saint-Jean, avaient « remonté » leur terrain, et tant pis pour les autres ! L’eau de leur berge, ainsi refoulée, forma chez nous une « fausse-baie », stagnante,  marécageuse; rien à voir avec ces naturelles terres basses, inondables, qui servent de tamis, de filtres. Nous avions donc des eaux mortes puantes et des quenouilles (médicaments chez les Amérindiens !). Un met apprécié des rats musqués et des  castors. Bienvenue alors aux grenouilles. Que de crapauds qui chantaient la liberté, cher Félix Leclerc. Que de têtards au rivage chaque année !

Aveu : on a fait combler ce faux marais. Dompages de terre et puis problème écologique. Collectivement, nous tous, bons bourgeois proprios, étions des ignares. L’écologie élémentaire condamne ces égocentriques allongements de terrains riverains. Autrefois c’était la mode conne des rivages clairs et nets, tout nus, sans arbres surtout. Des murs de béton au ciment peint en blanc, parfois garnis de fausses pierres décoratives ! Visitez ces horreurs le long des lacs et rivières. Mode désormais combattue avec ordre de remettre en l’état, quand les élus mettent leurs culottes ! On voit même des courts de tennis (chez Laniel), ou bien une piscine ! Anarchie, égotisme, tristes époques niaises, saloperie d’ignares que nous étions.

Désormais : nouveaux règlements, rivages des lacs  « à rendre à la nature . Va-t-on obliger la démolition des tennis et piscines ? Observons ça. On est donc venu chez moi avec affichettes : défense de tondre ! Expropriation ? Oui. Loi rétroactive ?, oui, ce qui est illégal ? Nous nous sommes inclinés par amour du petit lac Rond pas mal abîmé, qu’il faut tenter de régénérer. Chez moi, la Ville viendra-t-elle boucher « son » égout pluvial déversant les déchets de la rue Morin dans le lac ? Observons ça. En tous cas ça bougonne ici et là mais « la loa c’é la loa », cher Séraphin Poudrier. Va-t-on  jouer la carte des « privilèges acquis » ? Aveu donc : en 1980, on a fait jeter de la terre sur notre « fausse baie »; les quenouilles arrachées disparurent. Moins de croassements, moins de castors, de rats musqués. Au printemps pourtant, c’est le retour de l’eau. Punition ! Autre aveu, j’aimais, qui venaient nous narguer avec leurs rameaux de saule au bec, ces chers rats moustachus…

… mais, autre chose, hier, sous notre haute galerie, funeste vision ! Qui va là, qui creuse farouchement son terrier, elle, Donalda, notre grasse marmotte avec, sur le dos, une horrible plaie ! Quoi ça ? La nuit, quel féroce combat est livré ? Un mystère !

À la belle Yolande…

Chère ministre, j’ai lu votre « défense » face à l’accusation : « Vous devriez pas, aux frais des contribuables, enseigner l’anglais aux émigrants. » Vous avez rétorqué que « c’est à cause du contexte québécois ». Réponse maladroite, chère ministre, réductrice. La vérité -munissez-vous en- c’est que la langue des « tout-puissants » étatsuniens -pas vraiment celle de l’Angleterre – est devenue une langue marchande universelle. Rien à voir, Yolande James, avec ce que vous nommez « le contexte québécois ». La langue de « l’actuel » plus puisant des pays du monde c’est l’anglais pour des raisons historiques évidentes ; « USA » veut dire : ex-colonies anglaises émancipées.

Je dis « actuel » car on annonce que -vers 2040- ça va changer. En 2040, enseignera-t-on le chinois gratis, à nos émigrants ? Foin de votre « contexte québécois », il y a partout un immense « désir des USA », une « admiration des USA », une « soumission » intéressé au fric-US ». Partant, à sa culture ; forcément capable de réussites évidentes grâce aux moyens forts, voir son cinéma, sa télévision, sa musique pop et rock. Ça n’est pas par indifférence au suédois ou au portugais qu’une Céline Dion et tant d’autres surdoués avides se sont convertis aux USA. De Vancouver à Moscou, en passant par Berlin ou Bruxelles, c’est consentie. Lâchez-nous « le contexte québécois ». Même à Paris, France, c’est l’américanophilie. Des Français lucides se décident enfin à freiner cette anglomanie galopante. Je rigolais ferme, chez Charrette, en écoutant des Nathalie Pétrovski, des Josée Legault chicanant l’avocat Julius Grey sur « Émigrants trop choyés ». Plein de Québécois jeunes, telle Nathalie P., délaissent nos collèges, s’inscrivent à Concordia. De mes petits-fils y allèrent. Voir les raisons ci-haut.

C’est à cause de cette fatale « attraction mondiale » du géant « actuel » et, en « Chine qui monte », le phénomène se répand. Non madame James, il n’y aucun « contexte québécois », une personne qui veut un bon job ou qui veut brasser la moindre business, à Prague ou à Montréal, qui doit communiquer avec… disons un Hongrois ou un Espagnol, sort son « américain » de base. Qui est, bien sûr, de l’anglais-américain primaire. Pour se comprendre en tant que deux étrangers en rencontre d’affaires.

Rien de québécois là-dedans. Parler comme vous le fîtes, madame, c’est du déni de réalité mondiale. L’émigrant, d’ici, pas moins intelligent que n’importe quel franco qui s’inscrit à Concordia, a compris cela. Pour un job qui compte, un peu satisfaisant, payant comme il faut, il lui faut aussi le english speakig. C’est incontournable « actuellement » à Rio comme à Rome ou à Lisbonne. Humiliant, oui ! Je gage que Vercingétorix, le chef vaillant des Gaulois, avait appris quelques mots de Latin face au puissant César. Fin des armes en 2008, César-de-Washington a des moyens modernes d’assimilation : ciné, télé, musique pop. Plein de « courroies dociles », des masochistes inconscients, se tirent dans le pied. En médias francophones d’ici, ils gèrent la publicité des riches envahisseurs. Gratuitement ou en voyages payés par César, pour cette assimilation. Ces cons de journalistes du Québec, surtout à Montréal, collaborent (comme dans collabos) à leur perte à plus brève échéance qu’ils croient. Leurs jeunes publics prêchés iront bientôt à la source, aux médias-USA. Fin de leur lectorat et ils se feront congédier. Bin bon !