TREMBLEMENT ET NOYADE D’UN CENTENAIRE ?

D’abord parler de la fameuse secousse terrestre venue de l’ouest. Au début, devant mon ordi, j’avais cru à un cortège de ces maudits bruyants camions sur ma vieille « Route rurale numéro I », alias la rue Morin. Non, ça durait, Ça ne finissait plus. La peur ?  J’ai cru ensuite à un long grondement d’un  tonnerre. Mais ça ne finissait pas,  alors oui, terrorisé, vite, vite, je me suis jeté dehors !

Quand ma tendre reviendra de la ville : « Pis? As-tu eu peur ? J’écoutais la radio de l’auto, c’était un tremblement de terre, venu du pays de mon enfance, Claude,  la vallée de la Gatineau ! » Je vis avec « une fille d’Hull ». Vieux gag. J’ai donc vu ce que cela fait, un tremblement des sols. J’étais en Haïti un moment, à Port-au-Prince, avec mon camarade Dany Laferrière et j’ai eu une peur bleue !

De la galerie, terminée la peur, je vois la vie reprendre : un merle foufou (dit rouge-gorge), batifole dans un haut chèvrefeuille à l’ombre des érables. Comme pris d’une joie féroce ! Une attaque aux bourgeons naissants ?

Le dimanche précédant, s’amène « la Fête des pères », s’amène ma fille, le mari, deux petits-fils : « Bonne fête papa-papi ! » Mon fils de Val David, Daniel, lui, visite Barcelone. Escargot bizarre, mon Éliane traîne sur son dos (une voiture Chevrolet), une longue carapace plastifiée. Marco-gendre descend au rivage, d’une seule main, la chose bleue et si légère déniché à son Costco. C’est alors la sinistre découverte ! Haut comme un édifice de quatre étages, gît dans l’eau, mort, notre saule plus que centenaire. Douleur de voir ça, la vraie peine. Ce vieil arbre en a tant vu : depuis 1980, des générations d’adèlois en chaloupe, en canots (à moteurs dans le temps !)  Plus jeune il a vu un voisin Grignon, Claude-Henri  en culottes courtes lui grimpant dessus! Il a vu, beaucoup plus tard, mes petits-fils si heureux, très fiers, dans leur cabanon improvisé entre ses gros bras. Les a vu aussi accrochés au gros câble de nylon jaune (installé par le pasteur protestant Toupin, un ami). Ils étaient de vaillants Tarzans crieurs s’élançant dans le lac. Eh bien, notre vieux saule penché, le voilà mort, noyé. ses branches, toutes,  « le bec à l’eau ».

Il  y a un an, le voyant la tête si basse, penché à mettre en danger des avironneurs du rivage, on a songé à la scie tronçonnante comme euthanasie. Demande du permis à l’Hôtel de Ville et envoi d’un jeune « savant » qui examine l’auguste « incliné » et décrète : « Refusé. Cet arbre est sain. » Bon. Merci le jeune ! La nuit, veille de la Fête des pères, la chute du vieux témoin ! C’était un duo, des saules-jumeaux, oui, deux frères siamois. Des cousins vieillissent le long de la rive. Du coté de Jodoin-Voisin, il y en a un de  mille ans, ma foi. Tiendra-t-il encore mille ans ?

Nous voilà, les « mal conseillés par la Ville » pris avec l’orphelin survivant. Penché à son tour, le tronc fait voir maintenant une énorme plaie, craque béante. Le brutal arrachement du frère l’a sérieusement amoché !  Le « savant urbaniste » appelé nous dira-t-il encore : « Arbre sain à ne pas couper ? » Bon. La vie continue : à Toronto, les polices ont fait du gros fric, ici, de nouveau, mon merle (rouge de gorge) voltige heureux autour du sorbier et va se cacher dans ce gigantesque amas de branches noyées. ! Bon. J’aime la vie.

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