TOUJOURS….LE BONHEUR !

M’y accrocher une dernière fois au…bonheur. Tenter de décrire ce bel état. Je lis de la philosophie et bang !, je tique :  « Le bonheur? Non, c’est la sagesse et la vérité qu’il faut chercher, pas le bien-être. » Ouen.

N’empêche, en attendant la sagesse, inviter ceux qui me lisent à apprécier des petits riens. Ainsi, jeudi, au jardin d’entrée de l’hôpital de Saint-Jérôme, au beau soleil (quel bel été on a), attendant de me coucher tantôt sous une machine inspectrice en mode nucléaire (okay?), admirer la toute ronde silhouette d’une jeune femme qui aura un bébé bientôt. Bonheur de vie.

Malgré mon anxiété pour ma « patte folle » (qui me fait grimaces), admirer la dévotion des préposés divers en cet immeuble remuant. Où l’on croise toutes les souffrances humaines, les bénignes et les délirantes. La patience enjouée de celle qui me pique pour injecter une coloration avant « ma » bombe atomique,  chercheuse de failles ! En riant, je menace de baisser culotte trop vite, elle me dit : « faites ça et j’appelle la sécurité! » Je dis : « Je suis du stock patrimonial culturel. À manipuler avec soins » et elle fait : « Ouen, ouen ! » Moqueuse et ironique, à la gare-des-mal-en-point, tout le monde s’égalise, mon cher Claude Dubois !

On rit, Raymonde et moi. Bonheur de savoir « la vaste-machine- étatique-santé » parfois efficace, prompte aussi. Corridors. L’un pleure sobrement, renifle, une autre sanglote dans une épaule offerte, à l’hôpital de  Saint-Jérôme, jeudi midi, que de couloirs aux sièges garnis de « patients », où attendent  tant de braves gens, vieillards cacochymes, enfants aux yeux creux, dames corpulentes et jaseuses, jeunes hommes en bravaches tatoués mais affaiblis et angoissés…voir tant de masques. Par pudeur. Retenue. Oui, le bonheur pour moi « le jamais malade », de pouvoir apprécier ces vaillantes fourmis « blanches » (les sarraus) qui s’affairent à soulager, à consoler, à réconforter.

Ces jours-ci que de ciels mouvants avec vifs nuages très voyageurs. Monsieur-le-facteur-vent sans cesse en batailles vigoureuses, mer de banderoles d’oriflammes, bleu pur et blanc propre. Bonheur d’un firmament cinétique, d’un cinéma animé aux  lumières alternatives,  temps stimulant, ah oui, quel bel été.

Et vous, crottez mon radeau, goélands amoureux. Le couple part, revient, et repart… danse nuptiale folichonne; leur bonheur ailé. Moi, étendu dans mon transat, « su’a, gal’rie », petit cigare cubain aux doigts, entouré de mes chers revues « Historia » (achats chez le Filion du « Calumet »), je baisse un invisible chapeau au petit bonheur ordinaire; je finirai un jour par me rapprocher de « la vérité » et de « la sagesse » aussi, promis, m’sieur le philosophe. En attendant, je garde l’idée qu’il faut la faculté de s’indigner (et on me connaît là-dessus) et garder aussi la faculté (pas moins vitale) de s’émerveiller. Donc, sorti de l’intimidant « moulin nucléaire » de l’hôpital, attendant le verdict, je m’émerveille d’un colibri fou dans la corbeille-balançoire au dessus de ma tête.

ENCORE…LE BONHEUR !

Je ne vais pas cesser de le décrire, « c’était un p’ tit bonheur que j’avais ramassé… », oui Félix et je l’ai amené chez moi. Il est présent quand on ne rêve pas à des bonheurs impossibles. Il a fallu descendre en ville, attablés à ma chère Moulerie, aux quatre brises dans un crépuscule tout rose, rue Bernard, le bonheur, je l’ai vu, aux yeux des enfants sortant du Bilboquet pas loin avec des glaces colorées aux dix doigts salis. Les rires. Les langues sorties. Le petit bonheur du soir qui monte. Il y a peu, même rue, passait souvent le cher vieux Guy Maufette, le regard en chansons à son cabaret du soir penché.

Le lendemain, retour ici, et nos oreilles qui rient ma foi, qui entendent, bonheur, ces volées de cloches dans le plein midi sous le toit de l’église de Saint Sauveur qui luit comme de l’argent vif;  trésor grimpé au dessus de toutes ces marquises magasinières. On y a bouffé une belle large pizza très tomatée en reluquant la joyeuse horde des visiteurs. Vivants trottoirs sans cesse animés du village. Saint Sauveur offre sa magie qui est faite…de quoi ? De magie.

At home… Raymonde frappe fort dans ses mains, Jambe-de-bois, mon acrobate à queue rouge, mon trapéziste inouï, est de retour. Et en forme. Son bonheur à lui : menacer nos mésanges mal cachées dans la pinière. « Scandale », crie ma douce, : « Le salaud, il bouffe les fruits du mahonia. » L’arbre à fortes corrugations et aux bleuets sauvages encore jaunes. Une réserve (à conserves) pour les pics et les autres. Notre acrobate fou grignote, vole,  recrache, gaspille. « Ouste et ouste ! », claque ma Raymonde effarée. L’espiègle la défie, se sauve, revient.

Sans cesse, un colibri, mini-paquet d’ailes toutes  « vibrationnelles », fait sa patiente tournée des corbeilles suspendues, animant les éblouissantes rougeurs végétales. Bonheur de juillet. «  Assis su’a gal’rie », comme nos anciens, c’est le spectacle —last show, last show !— d’un soleil qui va au lit très tard et s’est encore fabriqué sa gigantesque marmite au rivage pour des cuissons aveuglantes. Sous le saule qui résiste, le vaillant jumeau du « tombé », bord du lac métamorphosé en vastes gamelles c’est de la lave, une « fondue » palpitante, pulsative. Bonheur des yeux, nerveuses illuminations en guise d’adieu… jusqu’à demain. Si Miss Météo consent.

Comme souvent, bouée fixée à la cheville, un nageur émérite, casquée, lunetté (sic), traverse d’un rivage l’autre. Son crawl à la ponctuation bien rythmé fait songer à une mécanique et épate. De jeunes congressistes du Chantecler jouent au ballon volant sur la plage, cris victorieux mêlés à ceux d’indignation chez les perdants. La vie bat. Un jeune enfant éclate en sanglots, tombé d’un radeau. Un enfant éclate de rires, tombé d’un pédalo. Mon très vieux Jean-Paul, nu et recroquevillé sur son quai, dort comme un bébé, le bonheur. De nouveau la famille « palmipède », le groupe des huit avec la mater fermant le joli cortège. Pas loin, Nicole, la femme-du-docteur, remue vivement dans une saucisse de plastique-mousse jaune. La femme-de-l’ex-maire-Grignon, m’apprend que mon camarade, Pierre, s’assomme tout seul contre une poutre du grenier, ça aussi, le bonheur ?

LE BONHEUR…

C’est quoi le bonheur ? Souvent peu de choses. Des simples. Des chaudes. Voir, rue Morin,  un enfant courir au milieu du parc des Familles. Qui tombe. Des parents accourent. Le bambin se redresse et éclate de rire : « Avez-vous eu peur, oui ? » C’est peu, ce gros chat tout gris et bien rond qui traverse une rue  près des ex-côtes de ski 40-80, comme s’il était « the king of the word ». Ralentir, devoir stopper et laisser passer le minou, non mais… Je riais.

Le bonheur c’est, samedi en fin d’après-midi, tous ces piétons qui déambulent lentement rue du Chantecler. Le rivage luisait à nous aveugler, argent vif, du mercure en fusion ! À la terrasse du Luau, ce jeune couple qui s’enlace de leurs quatre …jambes ! Mains pressés, fronts collés. Leurs beaux sourires. « Tu penses que je m’en aperçoit pas ». En face, à Del Forno, deux vieilles dames très dignes se soutiennent en quittant le parking. Pas loin, au carrefour, derniers rayons couchés de l’Astre sur les parasols enlignés chez « Dino’s ». Oh : « Je vous entends jaser… »,  oh oui cher Vigneault !

Le bonheur c’est mon plein cône de molle glace au chocolat au coin du boulevard, ma Raymonde se régale de l’érable succulent, elle. Et Stéphanie, la patronne (qui aime me lire ici, dit-elle) nous raconte un bon bout, un long brin de sa vie. La chaleur humaine.

Le bonheur, c’était cette petite foule estivale, jacassante, bruyante, épanouie,  au parvis du théâtre d’été d’ici. C’était de m’acheter pour 50 cennes un tas de livres usagés à l’Ouvroir dans cette rue remodelée derrière chez mon quincaillier,  Théoret. C’est André, émérite jardinier, qui examine de folles herbes importunes et puis, mécontent,  qui court prendre un sécateur. C’est ma Donalda, imprudente,  qui reste figée au milieu du terrain semblant admirer la fausse vive bataille de mes deux canards « crotteurs » de radeau.

C’est le vent ce matin-là, c’est la pluie fine et soudaine, l’autre midi, c’est le clocher joyeux du midi qui sonne, c’est ma vieille belle voisine, Hélène (une enfant d’ici et d’il y a très longtemps) qui juge l’eau « bonne ». Et s’y baigne. Le bonheur de la revoir et je lui chante « l’Hélène » du « pâtre grec ». Elle sourit. Une maîtresse d’école en long congé, Marie, sourit. Le bonheur : la grosse famille-canard qui repasse, flotte d’ailes, de têtes de linotte, de becs et de pattes invisible MAIS TRÈS… ramantes. La mamma, ALTIÈRE, QUELLE CLASSE !, ferme la marche comme toujours et, SOUVENT, les compte, belle ribambelle. Le bonheur c’est le cris joyeux des écoliers à la plage. C’est le bel ado sur son scooter rouge qui ralentit et qui ose entamer une neuve causerie avec cette mignonne brunette qui joue l’effarouchée…quelques instants. Le bonheur, c’est la vie ici et là si tu ouvres bien les yeux et cesse de te regarder le nombril.

À L’EAU CANARDS

Pour vite guérir de cette cuisse arthrosique, qui me fait tant souffrir, je veux recourir à l’hydro-thérapie. Baignades sur baignades donc. Médecine gratuite. Et que vois-je, au large, sur notre radeau ? Deux beaux canards. Côte à côte, le couple se livre à des parades (séduction ?) fort remuantes. Plumes piquées sur l’estomac, cous tendus, sans cesse des coupscde becs en l’air, les ronds corps comme recroquevillés soudain ou alors très extendus ! Ça ne finit pas.
Chaque fois que je m’approche, flouc!, flouc !, vite, à l’eau canards !
Cuissse moins endolorie, m’accrochant à mon « radeau de la méduse » découverte d’un lit touffu de…crottes ! Un dégueu tapis, très intense, de petits cacas bruns. Brun comme mon couple de canards. L’an dernier, c’était le reposoir de quelques goélands et ils crottaient, oui, en blanc les planches de mon radeau ! Quoi ? Si des merles, dit rouges-gorges, s’amènent et s’abonnent à notre radeau, sera-ce du caca orangé ? Si mon cher beau Cardinal s’y installe, des crottes rouges ? Et noirs les excréments des corneilles ? Non mais…
Guérie de ma jambe, je devrai me débarrasser de cette abondante défécation… aviaire ! Merde, c’est le cas de le dire.
Au travers de mes innombrables petits cacas-d’oies brunes, des plumes toutes blanches sont comme greffées sur le bois. Mystère ! Il en résulte un radeau un peu mystérieux. En tous cas, un lieu, une halte, où l’on s’interdit de grimper désormais. C’est, nazi, l’occupation. Or, depuis des jours et des jours, l’on assiste à des promenades bien ordonnées, très sages avec maman en queue de file, d’une nombreuse famille de jeunes canards (10 à 12). J’observe : aucun contact entre mes généreux « chieurs » du radeau et cette famiglia ! Bizarre ! Ils ne se voient pas, dirait-on. Ils s’ignorent ? Mystère !
Ce radeau … Oh oui, dire qu’enfant, au bord du vaste Deux-Montagnes, à Pointe-Calumet., interdiction d’avoir un radeau bien à nous. Mon « papa-peureux » (et pieux comme on le lira dans mon prochain bouquin « Papamadi ») refusait net chaque fois qu’on l »implorait. « Non, et non, mes enfants, jamais, un radeau source de dangers, d’accidents, de noyades ». Pourtant on en voyait un peu partout chez tant de voisins villégiateurs, des grands et des petits, des hauts et des bas. De belles jeunes filles s’y prélassaient, bronzant sous le vent du large. De jeunes adonis s’y déployaient faisant montre d’audace, s’inventant des plongeons inédits.
Compensation ? Pas aussitôt arrivés au Lac Rond, il a donc fallu la construction d’un radeau, objet défendu de ma jeunesse. Passons-nous notre existence d’adulte à colmater ces manques ? Tabous d’antan ? Empêchements à ce que nous croyions « le bonheur » ? Ça se peut. Ainsi, hier, un homme est venu voir le saule géant tombé et scié, devenu un long muret de bûches. Ce mystérieux voisin demande de pouvoir se choisir des morceaux. Il se livre à un artisanat de bols de bois tournés avec art (il m’a montré son album de photos). Retour en jeunesse ? Il m’a avoué qu’avant de devenir un important fonctionnaire fédéral, il avait fait un peu de poterie. On jase et oh, soudain, retour des canards, merde, crottin en vue !

LES QUÉBÉCOIS EN RACISTES DOMINANTS ?

Un jeune cinéaste anglo-québécois vivant au Québec ( mal intégré et mal informé), se confie à un reporter : « La culture au Québec, son cinéma, c’est « tout blanc et franco, rien, jamais, pour ses minorités, pour nous les anglos. Ou les Haïtiens ».  Sa stupide lamentation étonnera grandement une vedette québécoise comme l’excellent Norman Brathwait —ou le surdoué Gregory Charles— et tant d’humoristes à succès. Au Québec, nous sommes évidemment majoritaires (comme des Italiens en Italie, etc.). 80 % de la population. La culture est forcément blanche et franco. Le fou-cinéaste y voit du racisme, un nombrilisme, de l’injustice.

Je lis ces conneries, comme toujours, pour nous diffamer et j’ai besoin d’air. Au rivage, des canards visitent les labyrinthes de l’imposant dôme noyé du vieux saule frais tombé. Un rat musqué, gras comme un brigand, trotte vers le quai, son abri. Une marmotte (ma Donalda ?), grasse comme une voleuse, traverse le terrain, nez fouineur collé au sol. Belles visions qui consolent de ce  fabriquant du film  « Je suis Lénine », ou Trotski, peu importe hein ?, une fable jugée médiocre, continuait de baver sur les Québécois. Mon Dieu, que je suis inquiet pour l’épanouissement de la minorité anglo ! J’en dors p’us ! Comme s’il y avait pas trois cent millions d’anglos (300,000, 000) sur le continent ! Comme si nous n’étions pas que 2% de résistants sur ce continent. Si notre culture « blanche et franco » vit bien, s’épanouit fort, eh bien, ce fait en Amérique du Nord ne cesse de susciter l’admiration. Tous les observateurs de l’univers et nos visiteurs du monde entier ont le chapeau bas ! Notre surprenante survivance, notre farouche résistance est prodige. On a bien raison de nous en féliciter sans cesse. Partout ailleurs sur la planète (et en Louisiane donc) ce sera le souhait « de nous assimiler » selon Lord Durham venu nous enquêter en 1839. Québec français est un miracle ! Et que ceux qui refusent de s’intégrer normalement à nous —80 % du peuple québécois— aillent pisser dans les fleurs !

Ô, tellement plus rafraîchissant de revoir soudain ce grand papillon, belle couleur chocolat avec arabesques blanches aux franges. Foufou, il volette entre les corbeilles rubescentes de Raymonde.Tellement plus ravissant d’observer ces vives mésanges-à-têtes-noires qui s’agrippent au bord des feuilles pour attraper des pucerons ravageurs, un vrai numéro de cirque !

Bon, vive l’été et sus aux diffamateurs malgré la canicule et cette cuisse ankylosée. Je vais revoir « le » Grand Saint-Pierre du Paradis à la clinique). Je souris à ma vie. Une équipe, armée de scies, va réduire en bûches le vieux saule tombé. Eh bien, non !, voilà encore un coco fêlé ! Un autre con qui joue le prophète de malheur : Québec, comme nation libre, normale, c’est terminée depuis, exactement, octobre 1970 ! » Qui parle à un magazine de Paris ? C’est la vieille « queue de veau », le faux-Prince consort. Ô con sort de ce corps. Celui  de notre Reine-nègre à Ottawa. Ce parasite culturel exilé de France, ex-documentaliste de cinéma, joue la devineresse à boule de cristal.  « Notre lutte pour une patrie souveraine, faut plus y penser, un  rêve à enterrer « drette là ». Pourtant voilà qu’une indépendantiste vient de gagner aux élections, proche de la métropole ! Pépère Lafon, qui a fréquenté des vilains séparatistes, de Vallière en Jacques Rose, de Godin en Miron, achevant sa figuration de valet muet de la Vice-Reine stipendiée, devait avaler de travers cette semaine.