« THEY ARE BACK »

À Miami, à l’automne de 1994, un journal se moquait du retour des Québécois sur leurs plages. Et une caricature montrait un bedonnant, bière à la main, on lisait »They ‘re back! ». Colère des Chambers of commerce » floridiennes. Elles savaient les revenus que ces exilés du nord apportaient. Imaginez aussi les protestations des habitants des « mobils homes » là-bas ! Le choc ! Ma station-radio, CJMS, m’expédia illico pour enquêter à Hollywood et Sunny Islands. J’en fis des aquarelles « à bedaines » et un roman : «  Pâques à Miami ».

Je pourrais écrire de nouveau « There are back » en voyant dans le ciel du village ces noires bestioles nommés corneilles. L’horreur pour certains dont ma Raymonde qui éprouvent une sorte de répugnance. Pire encore que celle provoquée cette semaine par une chauve-souris qui papillotait sous nos plafonds toute une soirée. Elle voit un vampire, un Dracula, un Batman menaçant. J’ai fini par l’abattre d’un raide coup de balai.

Bien vrai que ces cris des corneilles n’ont rien de mélodieux, plus riien à voir avec les turlutteries de nos  merles tout l’été. Quoi de pire ? Bon. On a le choix en matière de « retour ». Ainsi la reporter Elma Elkouri (La Presse du 20) nous ramène cette sottise des « deux solitudes ». Cette connerie. Y a-t-il deux solitudes en un autre pays ? Nulle part. La dame Rima jasait sur les anglos du Québec qui ont « grand peur » d’être dilués, on connaît ça, on a tellement essayé à Londres et, plus tard à Ottawa, de nous diluer. Ce fut un échec, on est désormais une nation avec un pays à faire naître et les jeunesses moins molles y verront sans doute.

La loi 101 (qui nous a sauvé) pour le « Globe and Mail », c’est la coupable des tueries de Dawson et de Polytechnique ! L’épais quotidien publiait volontiers cette connerie. Voici donc un loi 103 pour permettre aux riches (anglos et assimilés) d’éviter notre « maudite » langue nationale. Comme si c’était un patois, un créole, un jargon ! Au Québec, il y a une culture ultra-vivante, et on est plus de 80% à en vivre, il y a aussi une petite minorité qui montre un refus (racisme inconscient?) de s’intégrer à nous, la majorité. Une fatalité inévitable dans tous les pays. Dame Elkouri  écrit : « Hélas, la tradition des « deux solitudes » se poursuit » et elle affirme que si nous avons (davantage que les anglos) d’écoliers décrocheurs, c’est que l’on se prive, par manque de communications (!),  de l’expertise du « monde anglo ». Entendez, les USA ! Non mais ! En France, il n’y a rien sur ce sujet ?

Ouf ! Bon, je préfère, « retour encore », rouler à l’entrée de Saint Sauveur et contempler ces admirables murailles minéralisés. C’est Percé, son rocher, cent fois,  chaque fois, j’aime contempler cette marque pérenne du temps immémorial, de l’époque des moraines et de la fonte des glaces. Ah oui, ce retour des lugubres coassements annoncent l’automne comme le lugubre racisme de notre minorité refusant de s’intégrer à nous. Voyez cette petite école-à-part, joli ghetto, ici à Sainte Adèle avec enfants « mis à part » à cause du racisme francophobe, quelle malheur !

PARTIES-DE-FESSES CHEZ DUCEPPE !

Je sors de chez Duceppe. Aimeriez-vous savoir ce que pense un Vieux Shnock comme moi des spectacles actuels ? Okay. Imaginez un loft petit-bourgeois, visite d’un prof retraité ( très excellent Gérald Tassé), voisin de palier. Apéros bus, il va forniquer comme une bête avec la jeune voisine d’étage  (formidable A,-C.Toupin). Une grande blessée. A perdu un premier bébé. Il y a aussi l’épouse de ce retraité ( toujours mieux qu’excellente Monique Miller ), endeuillée elle aussi encore d’un enfant mort jadis, psychosée qui tient à montrer son fond de culotte au jeune mari du loft ( très, très bon, David Savard). Quoi encore chez Duceppe ? Il y a le fils du couple sexoliste, un ado retardé ( étonnant surdoué Éric Bernier). Il forniquera tout comme son vieux papa avec cette voisine névrosée, vêtue de fantasmes. Ça se suce jusqu’aux doigts de pied, mes dames et messieurs, voyeurs, garrochez-vous y !

L’auteure parvient à faire planer de troubles atmosphères. C’est de « Rosemary’s baby » 2 ! Admirable sur ce plan ce « À PRÉSENT » de Anne-Catherine Toupin. Aucun moment poétique. Pas une seule ligne pour nous élever, nous faire rêver. Le brutal « constat » de l’individualisme-21 ième siècle ? On est loin d’un Garcia-Lorca, d’un Pierre Perrault, du riche Pirandello. Du théâtre de ma jeunesse.

Cette « cérémonie », « burlesque » au fond montre des réalités bien éloignés d’un Gratien Gélinas qui illustra le tragique orphelinat d’un bâtard (« Tit-Coq ») ou le désespoir de l’innocent abusé ( « Bousille et les justes »). Ce troublant « À présent » est loin aussi du Michel Tremblay  poignardeur, ouvreur des ventres du pauvre monde de l’ancien  Plateau Mont-Royal.

Plus de place désormais pour la poésie, mépris inconscient ?« Le monde n’en veut pas de la maudite  poésie ». Mépris de soi au fond. L’ intrigue de ce « culs par dessus tête » ouvre sur un égout. Ce théâtre québécois dure depuis le Meunier de « Les voisins »; des abrutis, de feu-Robert Gravel avec « Il n’y a plus rien » au nihilisme total, du Boucher au sinistre « Douze poses ». Après ce lubrique jeu bestial (brillante direction de Frédéric Blanchette) verra-t-on un jour une pause  dans ce ultra-réalisme sur des bourgeois détraqués ? Viendra-t-il une (ou un ) auteure capable d’insérer des moments de lumière avec des phrases d’une espérance minimum. Assez de ces machines-à-rébus, du « constat » chirurgical, de la complaisance supra-réaliste, « art pompier ». Tchekhov, même Arthur Miller, font voir des lueurs de beautés au sein des misères. La très évidente intelligence de Madame Toupin va-t-elle un jour s’allier (oui, je le gagerais) à une humanité dramatique hors les parties-de-fesses ?

LE NAGEUR DU LAC ET NOTRE NOYADE

Sans cesse, un matin, un midi, une fin de journée, au milieu du lac, je vois le lac traversé par un prodigieux nageur. Souvent comme une simple boule de bowling, bien noire, émergeante. Boule humaine remuante dans l’horizon du lac. Ainsi un nageur passe. Figure comme mythique, Sisyphe à son labeur répété.

Mais trêve de méditationa, je suis indigné par notre actuelle noyade. La langue du « gros voisin riche » s’installe comme jamais, en métropole surtout. Vite, une loi ! SOS ! Je n’ai aucune carte de parti politique. Il s’agit de notre noyade. Pendant que Christine St-Pierre-ministre molle, traîtresse,  calcule comment aider à l’anglification des enfants de nos déracinés, sonne à maints signes l’alarme : nous glissons vers l’assimilation. Il nous faut vite une loi québécoise sur les migrants. Et merde aux « pères Noël » de la Supreme Court ! Cette loi acceptera n’importe qui venant de la francophonie mondiale.

Pas de choix. Le temps presse. Il faut fermer nos frontières à tous ces migrants (de l’« anglophonie »). D’Asie  lou d’ailleurs. Stop aux ghettos anglifiés genre Parc Extension. Ou Côte des Neiges. Vite un bouchon. Des pays solides comme France, Espagne, Italie, etc., n’ont aucune crainte de noyade, nous faisons exception, nous sommes que 2 % de la population sur ce continent nord-américain. Une telle loi s’impose si nous voulons survivre entant que nation différente. Éviter la noyade. La menace est réelle. La dilution grossit. L’assimilation lente (promise par Lord Durham) gagnera si on ne fait rien.  Jean (ou John ?) Charest aura-t-il ce courage, cela surprendrait mais sait-on jamais. Les militants du Parti de Camille Laurin doivent inscrire une telle loi dans leur programme. Pauline Marois doit réaliser le péril :chaque jour qui passe amène la désagrégation de notre culture particulière sur ce continent.

Ce nageur courageux qui va d’un horizon l’autre me stimule.  AGIR : plus un seul migrant venu des pays plus ou moins anglophones. Refus net. Avec un ministère à Québec qui se tient debout, qui doit voir à notre survivance comme « nation » (mot aimé du Harper). Ceux qui, frileux, inconscients surtout, s’énerveront, sont des aveugles, des sourds surtout. Allez marcher au centre ville de la métropole, cent et mille témoignages avertissent. C’est devenu évident, effarant aussi. Il faut agir de toute urgence avec une loi forte, claire. Certainement discriminatoire, pour notre salut, notre survie. Aucun, (« none is too much », disait le King d’Ottawa), oui, aucun « aspirant québécois » ne doit être accepté sur notre territoire s’il n’est pas francophonisable.

Ce nageur étonnant qui traverse d’une rive l’autre m’est symbolique, exemplaire. Si l’on répugne par un excès de démocratie mal intégrée, à cette radicalité, on est fichu, ce sera, à « pas très long terme », notre disparition. À échéance prévisible nous serons écrasés par le rouleau-compresseur-english-only ! Tous ces migrants venus des ex-colonies britanniques ont un grand choix : les neuf autres provinces du Canada. À Québec il doit y avoir une volonté : la résistance. Comme nation absolument unique en Amérique du nord donc plus un seul nouveau venu de tous ces pays d’influence anglaise. Refus net aux bureaux québécois d’émigration. Québec seul décide. Ce sera notre sauvegarde et notre normal épanouissement, la fin des périls, du danger constant, des menaces stérilisantes, que ce « deuxième début ». Comme la « Loi 101 » fut l’enclenchement vital en faveur de notre culture. Le temps est venu, il est d’une urgence indiscutable. Le nageur du lac ? Une image de pérennité.