PARTIES-DE-FESSES CHEZ DUCEPPE !

Je sors de chez Duceppe. Aimeriez-vous savoir ce que pense un Vieux Shnock comme moi des spectacles actuels ? Okay. Imaginez un loft petit-bourgeois, visite d’un prof retraité ( très excellent Gérald Tassé), voisin de palier. Apéros bus, il va forniquer comme une bête avec la jeune voisine d’étage  (formidable A,-C.Toupin). Une grande blessée. A perdu un premier bébé. Il y a aussi l’épouse de ce retraité ( toujours mieux qu’excellente Monique Miller ), endeuillée elle aussi encore d’un enfant mort jadis, psychosée qui tient à montrer son fond de culotte au jeune mari du loft ( très, très bon, David Savard). Quoi encore chez Duceppe ? Il y a le fils du couple sexoliste, un ado retardé ( étonnant surdoué Éric Bernier). Il forniquera tout comme son vieux papa avec cette voisine névrosée, vêtue de fantasmes. Ça se suce jusqu’aux doigts de pied, mes dames et messieurs, voyeurs, garrochez-vous y !

L’auteure parvient à faire planer de troubles atmosphères. C’est de « Rosemary’s baby » 2 ! Admirable sur ce plan ce « À PRÉSENT » de Anne-Catherine Toupin. Aucun moment poétique. Pas une seule ligne pour nous élever, nous faire rêver. Le brutal « constat » de l’individualisme-21 ième siècle ? On est loin d’un Garcia-Lorca, d’un Pierre Perrault, du riche Pirandello. Du théâtre de ma jeunesse.

Cette « cérémonie », « burlesque » au fond montre des réalités bien éloignés d’un Gratien Gélinas qui illustra le tragique orphelinat d’un bâtard (« Tit-Coq ») ou le désespoir de l’innocent abusé ( « Bousille et les justes »). Ce troublant « À présent » est loin aussi du Michel Tremblay  poignardeur, ouvreur des ventres du pauvre monde de l’ancien  Plateau Mont-Royal.

Plus de place désormais pour la poésie, mépris inconscient ?« Le monde n’en veut pas de la maudite  poésie ». Mépris de soi au fond. L’ intrigue de ce « culs par dessus tête » ouvre sur un égout. Ce théâtre québécois dure depuis le Meunier de « Les voisins »; des abrutis, de feu-Robert Gravel avec « Il n’y a plus rien » au nihilisme total, du Boucher au sinistre « Douze poses ». Après ce lubrique jeu bestial (brillante direction de Frédéric Blanchette) verra-t-on un jour une pause  dans ce ultra-réalisme sur des bourgeois détraqués ? Viendra-t-il une (ou un ) auteure capable d’insérer des moments de lumière avec des phrases d’une espérance minimum. Assez de ces machines-à-rébus, du « constat » chirurgical, de la complaisance supra-réaliste, « art pompier ». Tchekhov, même Arthur Miller, font voir des lueurs de beautés au sein des misères. La très évidente intelligence de Madame Toupin va-t-elle un jour s’allier (oui, je le gagerais) à une humanité dramatique hors les parties-de-fesses ?

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