OCTOBRE

Novembre s’en vient. C’est le mois le plus laid (avec mars ?). C’est le mois entre l’automne et l’hiver. J’aime l’hiver. J’aime sa lumière unique. Le répéter : avec la neige le soleil par ici est bien plus beau, bien plus lumineux que celui de tropiques. Apprécions cela. Mars, comme novembre, est lui aussi entre deux saisons, entre l’hiver et le printemps. Cela fait que novembre donc est un mois plate, mou, flou, indécis, « branleux », inconsistant, boueux, sale. Il s’en vient.

En attendant, aller marcher dans la lumière, aller musarder dans les coloris flamboyants, dans ces gigantesques pots de fleurs que sont les arbres d’octobre. Cela va s’achever. Il n’y aura plus que troncs et branches, tableaux de  Dubuffet, plus que traits bien raides, gifles au ciel, des ossatures à l’air, armature froide et sèche, agressives structures muettes et bêtes, tous nos arbres sans les feuillages. Des os sans la peau, des crânes sans chevelures.

Soudain, cette semaine, après tant de jours gris et palots, du soleil ! Et pouvoir nager dans le grand bain aux eaux chauffées de mon auberge « Excelsior ». Comme un coup d’été en octobre. Bon pour ma jambe droite, ma  « patte folle », hydrothérapie à l’eau bénite, ma foi du bon yeu ! La joie, sur les balcons du « Excelsior », des visiteurs bavardent joyeusement, dégustent des apéros, jouent aux cartes, les corps baignés par l’astre solaire, c’est octobre mimant, jouant juillet ! Merci le ciel ! Je me sauce donc chaque après-midi avec plaisir, gigotant en attendant (d’un jour à l’autre) cette « infiltration » promise par mon ortho, le Dr Makinen, de l’hôpital Notre-Dame de Saint Jérôme. Oui, oui, un jus « miraculeux »  selon mon toubib Saint-Pierre (c’est son vrai nom ). Bientôt, je quitterai donc enfin ma canne, jolie pièce de bois vernis qui me venait de mon père mort et qui lui venait de son grand frère le missionnaire; ma canne a donc frappé les sols en Mandchourie, côté mongolien. En Chine du nord, chère à madame Marguerite Duras. Une pièce de musée ?

Je ne vois plus nos canards, ni nos rats musqués, la grasse marmotte, ma Donalda sous l’escalier, reste tout aussi invisible. Hibernation de tous ? Nous les humains, pas d’endormitoire, devoir affronter bravement les froids qui viendront. On est « équipé pour », vous me direz. Vrai. Prendre rendez-vous bientôt pour les pneus d’hiver, le signal fatal cela… Oui, la routine des saisons par ici et je suis content d’en voir défiler quatre (4 !) chaque année. Cela doit être « ennuyant » de vivre douze mois sur douze sous la même saison, non ? Ici, c’est une sorte de divertissement aux quatre mois. Une chance, je crois, mais oui un bonheur, la diversité.

Octobre donc : là-dessus, partout anniversaire, lugubre pour la famille Laporte, de cette « crise » en 1970. Terrible agacement d’avoir terminé ce roman de Louis Hamelin ( « La conspiration du lynx »), si bien écrit mais si envasé dans une demi-fiction. Récit vivant mais aux flous à la sauce « sordide complot » ( comme chez Pierre Vallière et Jacques Ferron). Un conte noir en mode « conspiration diabolique ». Octobre donc, désormais à vivre ici, maintenant, « aujourd’hui même », avec, plein ma fenêtre, devant ma vieille table poquée, trois longs érables aux mille orangés, si beaux mais qui brunissent vite en oranges brûlées et qui vont tomber à terre demain…    

Une réponse sur “OCTOBRE”

  1. bonjour Monsieur Jasmin

    Vous avez conservé cette merveilleuse fraicheur de l’enfance. C’est tellement agréable de vous lire. Je m’appelle Pierrot, j’ai jadis fondé les boites a chansons les deux pierrots dans le vieux montreal. J’ai donné tous mes biens il y a trois ans pour me faire ermite des routes à travers le pays.

    Quand il pleut ou que je suis fatigué et que je vois une bibliotheque surgir au beau milieu de mes abondances existentielles, j’arrête, je pars à la recherche numérique des rêveurs et des rêveuses du coin de pays où je suis…

    Je suis tombé accidentellement sur votre blog….

    merci
    vous avez fait ma journée

    pierrot
    http://www.reveursequitables.com

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