ÉLIANE, AVOIR DU CŒUR

      Je vous raconte une fillette de neuf ans. Éliane B. son nom. Elle a vu à la télé, à Haïti, la catastrophe ! Un monde soudain viré à l’envers. Les secousses sismiques terrifiantes, ce ravageur tremblement de terre. Éliane voit toutes ces misères, ça passe et ça repasse. Sans cesse, l’horreur ! Elle a neuf ans et elle a du coeur. Elle a voulu agir. Comment s’y prendre pour soulager ? Aux actualités télévisées, un soir, elle voit le visage accablé d’un garçon de son âge. Elle en est… transpercée ! Ces yeux d’une détresse indicible, elle a frissonné. Alors elle est allée dans sa chambre, à sa cachette, dans son placard à linges, à cette petite boite bleue et, dans une enveloppe jaune, un petit écrin de velours noir, dedans : sa jolie bague. Étincelante, un très ancien bijou, un cadeau de sa grand-mère morte. À un réveillon de Noël, en bien mauvaise santé, elle lui dit : « Regarde, ma petite fille, c’est ma bague de fiançailles, Je t’en fais cadeau. Tu la gardes et, quand ce sera ton tour de te fiancer, tu  te l’offriras à toi-même. »  
      Eh bien, Éliane, brave enfant, va la donner. Elle veut que cela serve. Éliane se dit qu’à ses fiançailles —on est du monde moderne— on n’a pas vraiment besoin d’un tel gage. C’est qu’il y a un certain regard qui la hante, oui, on aurait juré que ce jeune garçon la voyait, il la voyait vraiment, a-t-elle senti,  ce gamin perdu, en larmes,  dans sa ruelle jonchée de ruines. Oui, il l’implore, elle ! Non, il ne fait pas que fixer une rondelle de vitre sombre, lentille d’un caméraman. Depuis, ce visage de détresse totale la hante.
      Elle va se défaire de la bague antique. L’écrin au fond de sa main, Éliane en parle à ses parents. Leur surprise d’abord et puis l’admiration. La mère et la petite fille vont chez le bijoutier du quartier.  Exam,en à la loupe : « Mais cette vaut des milliers de dollars » !
       Dans la rue Éliane regarde encore et encore l’imposant chèque signé par le diamantaire. Chez elle, vite, recherche dans les pages jaunes puis coup de fil du téléphone à la Croix-Rouge. L’affaire va se régler rapidement, une jolie bague va muer en secours divers et ce visage du garçon en larmes, pour Éliane, va se métamorphoser. Sa consolation. Une agente de l’organisation internationale passe chez elle : « Une telle somme ! Ça vaut la peine de rencontrer la jeune donatrice. Il y aura un photographe. » Sur la photo, Éliane B. ne sourit pas, elle songe au visage torturé d’un garçonnet en sanglots. La dame n’en revient pas, si jeune et avoir un coeur si grand. Éliane sourit : « Bof, est-ce que je vais me fiancer un jour, ça se peut que je devienne collectionneuse de dons comme vous, et puis je suis d’un genre qui aime pas trop les bijoux, j’épouserais donc un garçon qui s’en fiche lui aussi.». Rires qui fusent, chez la dame, chez le père et la mère et puis Éliane rit à son tour.
     Au paradis promis, est-ce que la grand-maman rit aussi ?

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