FILM EN ROSES ET EN MAUVES

Maudite vieillesse, maudit glaucome; lundi dernier, devoir descendre en ville rencontrer encore mon savant chinois, le docteur Chen. Roulons. Soudain, cesser net de chialer, de râler.  Ce ciel ! Ce firmament insolite ! C’est la fin du jour bientôt, le gros disque d’or (rond soleil à ma droite) se laisse tomber à l’horizon de l’ouest. L’éclairage d’or qui transforme tout. Une lumière oblique, dramatique, la plus saisissante, transforme tout. Ce ciel aux moutonnements de camaïeux gris, ces plaques d’ardoises variées forant un dôme inouï. Ses contrastes violents entre des rayures crépusculaires, au sud de l’autoroute, à l’est aussi, voûte infinie de « rocheuses » avec des zébrures si noires, si noires. Esquisse aux fusains d’enfer !

Rouler sur la 15 et, en même temps, avoir vu un film. Inédit, fameux court métrage. Sa durée ? De la sortie de Saint-Jérôme jusqu’au boulevard L’Acadie, oui, un bon 30 minutes.  Ma place de navigateur me fait un fauteuil privilégié, c’est Aile, alias Raymonde, qui conduit à cause de ma durable patte folle, due à l’absence de radiologues pour une infiltration monitorisée de « Sync-machin ». On vous dit : « Attendez, on vous téléphonera ! » Souffrez quoi ! Ces maudits hôpitaux et cliniques ! On me répétait : « système de santé pourri su Québec » et je doutais. Maintenant, je sais., c’est vrai : pourri !

Lundi, ces visions. Ma Raymonde sacrifiée un peu, conduite oblige. Mais comme moi elle s’esclaffe de bonheur visuel en attrapant de bons bouts du show. Ces nues aux gris variés qui se meuvent et voici maintenant, au dessus de Blainville puis ce sera Laval, un couvert céleste fait des roses et des mauves en une alliance subtile ! Ponctuation ?, ces freinages graphiques aux violents violets ! Un cinéma époustouflant, mes amis. Se forment, se rassemblent, se massent des zones de lilas. On croit une terre, un sol poétique, voir la tête à l’envers des collines douces et, défi à Darwin, rouler tête bêche. Terre,  terre, cher Colomb, aborderons-nous sur ce continent aux pourpres adoucis ? C’est beau ce film anonyme, visionnement gratuit. Merci « Paradis productions ? » pour ces bobines se dévidant à plein pare-brise. Roulons. Chomedey : c’est encore mieux, voici un arc en ciel ! Mon premier depuis longtemps. Cela part (miracle ?) de l’Oratoire du « saint tout nouveau » et des bâtiments universitaires dorés par ce soleil couchant sur le mont Royal. Cela grimpe, se juche très haut, bel arc de lumières multicolores. Quel beau court métrage en cette fin de journée-là.

Docteur Chen, soignez bien mes vieux yeux menacés. Vouloir voir encore pareilles images ! Voici encore mieux, devant l’arc en ciel sous ces nuées opalines, soudain rassemblement de centaines d’oiseaux blancs ! D’où surgissent-ils, un autre miracle de saint André ? Cela vole, mille ailes qui s’emmêlent, s’entrecroisent, taches toutes lumineuses au dessus des entrepôts, des commerces le long du couloir à-murs-insonorisants, du côté de Laval des Rapides. On en reste muets. Muets ! Dans mon roman tout neuf, « Papamadi », je raconte en long et en large ce portier modeste, l’orphelin illettré, André. On y verra le respect que j’ai pour l’humble thaumaturge, ce croyant consolateur qui a passé sa vie à écouter le malheur humain. Merci à lui pour ce film inédit de lundi, oui, lui, ce guérisseur, l’ex–baptisé Alfred Bessette, né  dans les hauts du Richelieu.

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