« MATANTEPAULINE À SAINT DONAT »

Nous étions, rue Saint Denis,  de très jeunes enfants et nous ne savions rien du « nord », des Laurentides. On croyait que c’était très… très… loin, proche du pays des rennes, du Père Noël ! Peu à peu on a mieux su. Car maman invitait à la maison, rares occasions, sa grande sœur, Pauline qui vivait par là, dans l’nord ! À Saint Donat. Sorte d‘exilée à nos yeux candides.  Vivre là-haut, si haut, où il devait faire si froid ! Avec son mari, l’oncle  Paul (Thibault), « matantepaulne » voyait à la bonne marche de leur hôtel « Le Montagnard ».

Quelle joie lorsqu’on la voyait arriver. Nous savions qu’elle apportait un peu de gibier, des pièces de viande « bin spéciales », disant c’est de la part de certains clients chasseurs. Parfois elle disait : « cadeaux des « Abénakis ». Cela donnait davantage de crédibilité à nos croyances : elle habitait « audiablevauvert ! »

Et puis, joie !, elle avait toujours de nouvelles  photos (en noir et blanc dans ces années 1930). Nous nous exclamions : « Matante quoi ça ? » Tante Pauline  souriait heureuse d’étonner ces enfants-de-ville. « Ça mes chéris, c’est une snowmobile », là-haut où on ne dégage pas les chemins enneigés, c’est essentiel, par exemple, pour aller chercher nos clients à la gare. Ça roule, mes enfants,  en grande, tempêtes ou non. On a des congères (elle disait bancs de neige) de dix parfois vingt pieds de haut ! Rien ne peut arrêter une snowmobile, voyez les grosses chenilles de métal sous le carrosse géant. » On contemplait longuement cet engin de tôle noire luisante, très épatés. Cette sorte de minibus, inconnue de nous, impressionnait fort nos jeunes yeux.

Retournés à nos jeux (parchesi, serpents et échelles, etc.) ma mère la questionnait sa grande sœur « sans enfant », à voix basse, se censurant, avec des mots bizarres dont le sens parfois nous échappait. Nous finissions par comprendre que notre chère tante « du grand nord » avait de graves  problèmes. Son Paul de mari (nommé Polo), était un furieux adepte de la dive bouteille et profitait amplement du bar de son hôtel. Pauline haussait le ton : « Il boit le bar ! Tu m’entends, Germaine,  il boit le bar   ! » Il y avait des sanglots mal retenus. Grand malaise parmi nous. S’essuyant les yeux de son mouchoir à dentelles, Pauline tentait vite de changer d’ état d’âme : « Voyez mes enfants, ça c’est notre lac en face de l’hôtel ! » N’étant encore jamais sortis du quartier —où il y avait le petit lac de la Carrière-Villeray, coin DeCastelnau et Everett— on découvrait un lac immense, le vaste Archambault. Et puis ce sera le défilé : photos de la file de chambre, Simone, d’un chantier dans une pinède, d’un « sauvage » ramancheur, du maire en calèche, du curé aux fraises, des beaux bouleaux « noirs ». D’un chardonneret bin jaune qui mangeait dans sa main, alors, tante Pauline éclatait de rire et nous en étions tout rassérénés.

Il y a quelques années, Raymonde et moi,  sommes allés en pèlerinage à Saint Donat, on le sait maintenant, pas bien loin d’ici. L’hôtel, vendu, a été rénové et le proprio, amusé, nous a sorti une grande photo encadrée de l’ancien « Montagnard ». J’ai fait faire copie. En souvenir de Pauline.

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