« LES MENSONGES QUE MON PÈRE CONTAIT »

Mon titre est aussi celui d’un film que je n’oublierai jamais tant il m’avait ému. Il raconte l’existence précaire d’un pauvre  regrattier —guenillou— vue par son petit-fils, rue Saint Urbain à Montréal. Ce « Lies my father told me », louez-le, voyez-le sur le web, est signé, Ted Allen. Comme à chaque fin d’hiver j’ai terminé —un rituel— mon roman annuel.  Je m’étais plongé en enfer, chez Belzébuth, Lucifer et Satan. En fin d’été paraîtra donc « Papamadi », mon titre de travail où je raconte les frayeurs enfantines causées par les récits de mon papa. Père très pieux et prenant plaisir à me raconter le mode des voyantes, des stigmatisées et autres mystiques ! Frissons !

De nos jours, les jeunes aiment toujours avoir peur. Dans mon temps aussi. Mais pas trop ! J’aimais ses récits de démonologie candide, ce monde tourmenté, pas loin de Sainte Adèle, à Chertsey. Ou à Pointe Claire quand un grand chien noir attaquait à la porte de l’église ! J’en dormais mal souvent… mon Dieu, un ami dit : «  C’est à lui, drôle de père, que tu dois cette vocation d’écrivain ? » Ah bon !

Rédigeant cette ténébreuse part de mes souvenirs, j’ai pris un plaisir fou. Faire revivre par exemple Melle Curotte, ici, dans le nord ou cette madame Brault aux rives du Lac Saint-Louis. Que de pieuses âmes violemment possédées du démon ! Ni ce  saint « Frère André » —sa chapelle hantée par Lucifer,— ni Thérèse Neumann —saignante à flots les vendredis—, ni Catherine Emmerich —décrivant la Passion en langue  Araméenne— n’avait de secrets pour le gamin que j’étais.

C’est en faisant revivre ce drôle de père que je me suis souvenu de sa « haine » des Laurentides. Eh oui ! Vers 1940,1945, la bonne réputation « du Nord » grandissait. Tant que l’on se mit à réclamer qu’il vende son petit domaine —50 pieds par 300 pieds— pour aller « passer nos étés dans le réputé nord ! »  « Moins « commun », disait ma Germaine de mère snob. On fit des pressions. Mon père s’en enrageait. Il

appréciait son cher Pointe-Calumet, étant sans auto, il pouvait s’y amener par train ou par bus.

À chaque fois qu’on l’en implorait avec nos « Achète donc un chalet dans l’nord ! », c’était une occasion pour lui de peindre en noir les Laurentides : « Le Nord ?, non mais, vous savez pas ça : ici, à la Pointe vous êtes toujours en maillot de bain même le soir grâce à la chaleur accumulée par le sable partout. Mais dans les Laurentides, c’est le froid et tôt, il est pas quatre heures de l’après-midi qu’il faut mettre un gros chandail de laine. On gèle ! Vous regretteriez vos baignades à la noirceur souvent. » On se taisait, on se refroidissait.

La notoriété « laurentienne » ne cessait pas, aussi on y revenait et ce sera : « Les Laurentides, pauvres enfants innocents ! Danger de vous assommer sans cesse. Ici, dans le notre beau grand lac des Deux Montagnes,  vous pouvez aller nager loin. Et n’importe où, c’est jamais creux. Dans l’nord, approchez-vous de n’importe quel lac et plongez. Bang, c’est  une fracture du crâne ! Tous ces rochers invisibles dangereux, le front qui pisse le sang, parfois la mort ! » Impressionnés, on se taisait. Était-ce exagéré ? Nous ne savions rien des lacs du Nord. Une fois, revenants encore à la charge, papa déclare :

« Écoutez-moi bien, je vous entend vous plaindre de nos p’tits maringouins de la Pointe mais dans vos Laurentides de rêve, c’est un fléau avec des « mouches noires », qui vous arrachent des morceaux de peau grands comme des vingt-cinq cennes! » On ouvrait la bouche ! « Oui, les vacanciers d’en haut se promène avec des pansements rougis partout sur le corps ! »

On ne reparla plus du nord en ces années 1940.

J’y vis depuis plus de 30 ans et je ne me suis pas encore fracturé le crâne, il peut faire très chaud certains soirs d’été et je n’exhibe aucune plaie purulente causée par une vilaine  mouche noire !

Mon père était un curieux personnage, vous n’aurez qu’à lire mon « Papamadi ».

Une réponse sur “« LES MENSONGES QUE MON PÈRE CONTAIT »”

  1. Quel plaisir de lire dans votre livre Papamadi l’histoire de Mme. Breault. Je me souviens, je devais avoir dans les 15 ans et ma grand-mère avait ce livre que nous avons mes cousines et moi et on était pas mal perplexes face à ces faits peu empressées d’y croire. Encore aujourd’hui plus de 40 ans après j’aimerai bien relire ce livre et savoir ce que l’Église en pense en ce moment…pour une fois que nous avons eu une « visionnaire » au Québec! Quoiqu’il en soit ce petit moment de souvenir m’a fait du bien et m’a clairement montré que même en 70 je n’étais pas trop crédule
    merci

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