LES YEUX DANS LES YEUX

À ma quotidienne saucette hydrothérapique, à cette auberge L’Excelsior, une fin d’après-midi : un face à face rare. Je cuisais en homard dans les tourbillons de la ronde cuvette et qui j’aperçois par une bow window ? Un raton laveur bien grassouillet qui gratte dans la vitre. Je sors du bain et je cours vers lui. Je me penche et, les yeux dans les yeux, nous avons échangé. Monsieur Raton Laveur avait son fatal loup  noir, masque vénitien sobre, comme baissé sur les joues, on aurait dit qu’il avait les yeux comme un peu sortis de la tête. Lassé de ne pas pouvoir me gruger les doigts que je lui tendais volontiers, il se détourna du vieil homme en maillot de bain  pour aller et venir dans la neige juché sur un podium ce service où se voyait une poubelle au couvercle branlant. Hélas pour lui, vide !

Rentré, je fouille dans les coupures que m’expédie Marielle, ma sœur et documentaliste. Seigneur ! Patrick Lagacé —de l’Empire convergent La Presse-Desmarais— patauge en « citoyen du monde », vous savez cette niaiserie à façade mondialiste pour s’engluer au fond dans le monde anglo-américain —qui est $$$, tout puissant. Lagacé joue le surpris quand la SSJB —Luc Savard, patron— affirme que « Arcade Fire », groupe anglo qui vit et enregistre à Montréal (louangé à Los Angeles et à Londres) ne serait pas accepté au spectacle national du 24 juin. Bébé-Pat est très choqué. Tous les connaisseurs de ce milieu « rock-pop-rap-etc » savent que, désormais, ce groupe va filer vers les grandes messes sauce anglo-américain. Et tant mieux pour eux. Tout le monde sait bien aussi  que le 24 juin fête la résistance française sur ce continent de 350 millions d’anglo-américains.

C’est clair mais le Lagacé, déguisé en mondialiste à gogo,   préfère singer le grand étonné et  sort « maudite ceinture fléchée ». Il sermonne des gens simplement logiques, raisonnables. Lagacé —un franc-farceur— va jusqu’à comparer la SSJB avec le racisme anglo qui nous jetait jadis « Speak white ». C’est tout simple et normale que la fête soit française le 24 juin. À 100 %. Ces tarlais, ces bêtas de la tolérance « zozo »  et de l’accommodement « toto » me font ch… suer.

Même Empire-Gesca : Alain Brunet avance que notre gala québécois  —ADISQ—  n’est qu’un spectacle de paroisse qui nie la réalité « cosmo » de Montréal. Paul Arcand le regrette aussi, dit Brunet-Courroie-USA. Ce docile publiciste des amerloques en devient un raciste inverti. Il se méprise. Le reporter Émilie Côté —même Empire—  flatte ce cultural businessman à « branding commercial », Simon Brault,  qui jouit de ce  « Montréal, ville cosmopolite ouverte. » Faux : rien des autres cultures du monde, c’est toujours l’aliénante foire anglo-saxonne. « Cosmopolite » mes deux fesses !

Ajoutons ce petit boss colonisé aux lettres ouvertes de La Presse —il pense qu’on s’en aperçoit pas, cher Vigneault— qui publie surtout les aliénés, place aux Michel Lebel ( des Laurentides hélas) affirmant qu’on est « tous des  xénophobes déguisés ». On dirait le québéphobe Mordecaï Richler. Lire un  certain J.F. « Imitons nos émigrants et parlons notre langue en famille ». Tel quel ! On s’incline pas par respect mais par envie de vomir !

LE MOIS DES NOIRS

On ne voyait aucun Noir dans ma jeunesse. Pas un seul. Nous disions, sans aucune discrimination, « nègre » dans mon jeune temps. Non, pas un seul Noir en vue jadis. Les quartiers populaires du nord de la ville étaient constitués de « Canadiens français catholiques. Il y avait « le » Chinois. Un seul par paroisse ! Celui qui tenait buanderie dans son échoppe modeste, humble boutique, avec grillage de protection (mais contre quoi donc ?), peint de couleur marron aux lettres d’annonce en blanc. On en avait peur. On avait peur de tous les « étranges ».

Dans Villeray, on trouvait aussi un petit ghetto de « blokes », les Irlandais de la paroisse pauvre Holly Family. Une église inachevée au coin de Faillon. Devenu un temps un éphémère hôpital chinois ! Eh bien, j’ai fini un jour par côtoyer quelque peu des « nègres », je le redis, comme on les nommait tous en ce temps de la guerre de 1939-1945.

II  m’est arrivé qu’ayant un oncle employé par le —on disait le Ci Pi Ar— CPR comme  cantinier. Il vivait sa vie debout, en titubant un peu, à bord des trains Montréal Québec, Québec Montréal. Merveille pour le collégien, il accepta de m’employer le week-end comme aide un bon  jour. J’ai donc porté le grand plateau-panier —on disait un cabaret— en bandoulière et j’ai circulé dans les wagons en annonçant :  « Cigarette, tabac, liqueurs  sandwiches, chocolat, pinotte ! »  Et bis et re-bis, du wagon de tête au wagon de queue, là, où un jour, je vis le cheuf Maurice Duplessis entouré de sa garde et buvant son éternel jus d’orange —depuis qu’il avait quitté les affreux fossés de l’éthylisme !

Avec cet oncle Léo, ce sera forcément mon premier vrai contact avec les nègres de Montréal. Ces derniers (dans tous les sens du mot) trouvaient à s’engager comme discrets valets, comme « porters » le plus souvent, en humbles préposés aux bagages des voyageurs quoi. La belle vieille gare Windsor où j’avais mon « smoke blanc » (sic),  où je partageai à quelques occasions le vestiaire du frère de papa.

J’avais bien remarqué que l’oncle Léo était gentil, aimable et même enthousiaste avec ces gens « de couleurs », comme on disait aussi. C’est que l’oncle —joué par un sosie, l’acteur René Caron, à « La petite patrie »—  aimait bien rigoler, qu’il était d’un tempérament ludique, qu’il était un gaillard enjoué, friand de chaleur humaine où qu’elle puisse se trouver. Avec ses camarades de travail, Léo, avait trouvé un genre humain qui lui convenait à plein. Il les aimait.

Aussi je me souviendrai toujours de ce tout premier contact plus intime avec les Noirs. Terminé le voyage de Québec et il me dit : « Viens, mon neveu, je t’amène manger rue Mountain ( c’était son nom avant la loi 101) tu vas te régaler. Je le suivis, qui me payait la traite quoi et nous sommes entrés dans une vaste gargotte tenu par des Noirs. Quelle ambiance ! Ce sera l’étonnante découverte à quinze ans de la santé à vif. Aussi de la poule au pot avec les longs poils de l’oiseau rôti ! Je n’aimais pas trop.  Ce fut aussi ma première chope de bière et…l’amour de cette ambiance. Je découvrais un peuple rieur et possédé d’une bonne humeur  non feinte, d’un tempérament ultra vivant. Des gens qui riaient sans cesse. Je n’avais jamais vu ça, nous étions collectivement plutôt camouflés, retenus, prudents.  Pas top enclins à nous livrer au naturel, sauf bien entendu au temps des Fêtes ! J’avais les yeux grands, le sourire au bec de constater cette joie brouillonne, tonitruante !  Dans ce resto il y avait une mini plateforme et un Noir s’y centra pour jouer de sa  trompette. Des air d’une tristesse bizarre qui m’avait remuer. Les camarades de Léo venaient jaser à notre table mais c’était en anglais,  hélas : blagues, farces et moquerie car Léo rigolait ferme. Mon oncle les aimait et il état aimé d’eux, je le voyais bien. Moins constipés évidemment que les blokes, moins hypocrites, nous restions tout de même méfiants en public.

Je suis rentré chez moi ce soir-là sachant qu’il y avait en bas de la vile, du coté de Griffintown, de l’Ile aux Oies,  de la Petite Bourgogne et de Pointe St Charles, tout un petit peuple pauvre mais d’hommes rieurs, d’hommes joyeux. Et j’en avais été si bien sur Mountain Street en 1945.

UN COLONISÉ TRÈS ALIÉNÉ

L’auteur de l’excellente biographie de Jerry Boulet, Mario Roy, ne devrait pas sortir de son champ. Ce scripteur n’est pas bien équipé intellectuellement et il vient de publier une ineptie grave où il pisse sur l’ouvrage de Claude-Henri Grignon, où il chie sur « Mon oncle Antoine », le film de Claude Jutra. Tout    ça vaut pas de la chnoutte selon le coco de La Presse.

« Du folklore », le mot pris dans un sens dérisoire. Selon Roy, la vraie culture vivante vient des pays riches et puissants.. Quel colonisé ! La culture populaire des pays peu peuplés est sans aucune importance, donc, «  Séraphin », c’est lamentable, insignifiant. dérisoire. Attitude d’un aliéné. Pouah ! Si les artistes des pays de taille modeste veulent s’illustrer ça devient du pénible folklore.

Le Mario Roy donne le beau titre d’art aux artistes des grandes contrées puissantes. Les autres ? De la schnoutte. Le créateur de New York ou de Paris est un pondeur important. Mais le créateur de la Norvège ou de la Finlande…ou du Québec », des minables !

Le 29 janvier, le déraciné Mario Roy affirme donc que Grignon —«Les belle histoires des Pays d’En Haut »— c’est rien. Que « Mon oncle Antoine », c’est de la p’tite bière.  Que raconter le hockeyeur « historique » Maurice Richard ou bien cet enfant musicien surdoué, André Mathieu, c’est vétille et broutille. » Non mais…quelle cloche !

Fabriqué à Paris ou à Londres, à Los Angeles ou à New York, c’est du sérieux. Pour ce misérable déraciné les artistes  d’ici ne devaient s’exprimer, comme Moujadi Wouawad, que sur les grands sujets universels, qu’ « Incendies » —tourné par Villeneuve— se déroulant au Moyen-Orient, ça va.  Ce jeune exilé venu de Beyrouth, lui, a le droit de raconter sa petite patrie, si un Québécois le fait, c’est l’ouvrage d’un provincialiste. Les amusants contes de Pellerin (Claxton), c’est quoi pour Roy?,  du « p’tit esprit de village ». Les pondeurs de mythes ne doivent venir que des pays peuplés densément. Il  dit qu’il faut donc avoir honte de cette martyrisée « Aurore ». Plus aliéné que Mario Roy, tu meurs. Filmer la piscine à jet-set à  Kigali au Rwanda, ça c’est du grand art !

Je viens de lire le très ennuyeux roman « L’homme blanc » de Perrine Leblanc. Ça se passe en Russie, à Moscou. Oh, oh, les louanges pleuvaient du milieu colonisé ! C’est un plat navet. C’est bon, c’est si loin des Laurentides, pour les snobs à la Mario Roy, ce coco écrit qu’avant EXPO ’67, il n’y avait rien au pays. Le cave fait mine d’ignorer qu’il y a eu, par exemples patents, Arthur Buis, Olivar Asselin, Jules Fournier, l’ami de Grignon, Olivar Asselin, des géants alors qu’actuellement qui peut les accoter ? L’éditorialiste Mario Roy ? Un pou.

Ne parlons plus de nous, taisons nos existences, ne nous exprimons que sur Moscou, Kigali, Beyrouth et, en certains chics médias on applaudira. Quelle tristesse.